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	<title>Leaule &#187; Humeurs</title>
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	<description>Revue littéraire et artistique d’arrière‐garde &#124; Revue transgénique pluridisciplinaire &#124; Revue obscurantiste</description>
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		<title>Un grand Portugais&#160;: Salazar</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Jul 2010 15:30:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thorkaël</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeurs]]></category>
		<category><![CDATA[Les Imprécations de Thorkaël]]></category>
		<category><![CDATA[Jaime Nogueira Pinto]]></category>
		<category><![CDATA[Salazar]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Le quarantième anniversaire de la disparition d’António de Oliveira Salazar est l’occasion de proposer en exclusivité à notre lectorat une version sous-titrée en français d’un documentaire sur l’ancien dirigeant portugais. D’octobre 2006 à mars 2007, la chaine de télévision publique RTP1 a organisé le concours <em>Os Grandes Portugueses</em>, une déclinaison locale d’un programme britannique qui consiste à faire élire, par les téléspectateurs, celui ou celle qu’ils considèrent comme la plus grande personnalité du pays. Après une première phase de sélection, dix «&nbsp;finalistes&nbsp;», sur un panel de cent, ont été retenus et parmi lesquels figurait Salazar, ce qui ne manqua pas de provoquer l’émoi des milieux autorisés.</p>
<p>Chacune de ces dix personnalités était représentée par un «&nbsp;défenseur&nbsp;» attitré, et ce dernier devait en outre présenter un documentaire dressant le portrait de son sujet. En ce qui concerne Salazar, cette tâche incomba à Jaime Nogueira Pinto dont nous avons récemment donné, sur le même thème, la traduction d’un <a href="http://leaule.com/humeurs/salazar-que-nunca-tenhamos-de-o-chorar/" target="_blank">écrit de jeunesse</a>. Ainsi, le 13 février 2007, la RTP1 diffusa le documentaire consacré à Salazar, que nous mettons aujourd’hui à disposition dans une version pour la première fois accessible au public francophone.</p>
<p>Partie I</p>
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<p>Partie II</p>
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<p>Partie III</p>
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<p>Partie IV</p>
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<p>Partie V</p>
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<p>Partie VI</p>
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		<title>Retour sur les grèves étudiantes de 2009&#160;: Partie I</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Jul 2010 10:00:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeurs]]></category>
		<category><![CDATA[Les Complaintes de Maetel]]></category>

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		<description><![CDATA[Il me semble n’avoir pu trouver plus révélateur d’une démocratie expirante et décadente que ce qui s’est passé dans certaines facultés de France. Il n’est point mon dessein de déclarer qui, d’un gouvernement de fantoches ineptes ou d’une conjuration d’enseignants-chercheurs et d’étudiants syndiqués a irrémissiblement raison et ne comptez sur moi pour appuyer les pseudo-réformes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il me semble n’avoir pu trouver plus révélateur d’une démocratie expirante et décadente que ce qui s’est passé dans certaines facultés de France. Il n’est point mon dessein de déclarer qui, d’un gouvernement de fantoches ineptes ou d’une conjuration d’enseignants-chercheurs et d’étudiants syndiqués a irrémissiblement raison et ne comptez sur moi pour appuyer les pseudo-réformes inintelligentes du gouvernement, mais la situation mérite d’être copieusement commentée tant elle était ubuesque et pitoyablement risible. Cela a commencé dès la rentrée du second semestre de l’an de disgrâce 2009&nbsp;; en réponse aux projets de réforme des universités françaises de notre indigne Président et de sa suite d’histrions simiesques, un nombre relativement conséquent d’enseignants-chercheurs se sont bravement déclarés en état de grève et sont valeureusement restés dans le petit confort futile de leur domicile, abandonnant tout aussi héroïquement les étudiants qui, par centaines, s’impatientaient dans des amphithéâtres en attendant que les cours aient lieu. Vaines précautions&nbsp;; les professeurs avaient bel et bien délaissé les lieux de savoir, répudiant, avec la plus abjecte irresponsabilité, les étudiants déconcertés. L’après-midi de ce jour de rentrée qui n’en était pas un, était organisée, à la gloire des présidents d’université et d’une foule de jeunes ahuris festifs, une Assemblée générale, qui ressemblait plus à une sirupeuse séance de propagande exaltant l’insurrection qu’à un rassemblement posé et réfléchi visant à peser avec lucidité le pour et le contre. Pourquoi se donner une telle peine, quand les professeurs, catégoriquement butés et irrémédiablement stupides, cherchaient dans cette réunion d’information (<em>sic</em>) un moyen de séduire l’innocent étudiant, dans l’objectif de s’en attirer les bonnes grâces. Et ce qu’il y a de plus aberrant, c’est que l’endoctrinement s’est avéré orchestré d’une façon suffisamment cohérente pour assujettir un nombre certain de jeunes crétins persuadés d’avoir un rôle à jouer dans cette société inique, convaincus que leur outrecuidante personne est indispensable à la réussite de ce mouvement qui, à n’en point douter, changera la face de la France. S’ensuivirent de longues semaines d’une grève qui allait devenir de plus en plus burlesque et haïssable. Voici, donc, en quelques points l’essentiel de la grève des enseignants-chercheurs et des étudiants insurgés, dans la ville de Paris.</p>
<p>Les premières semaines furent fort embarrassantes pour la plupart des étudiants&nbsp;; abandonnés à leur sort, lassés de devoir supporter en moyenne une heure de transports puants et étouffants et de se retrouver à attendre vainement dans leur amphithéâtre un professeur qui ne vient pas et ne prend pas même la peine d’en avertir ses élèves, les salles se vident lentement et le nombre d’étudiants encore fidèles, car toujours habités d’un espoir vivace et d’une foi inébranlable en l’intégrité de leurs professeurs, finit par décroître au fil des jours. Il m’est arrivé, au bout de quelques semaines, de me retrouver avec seulement trois personnes dans un vaste amphithéâtre pouvant en abriter plus de 300. L’incompréhension est perceptible, cependant, ces quelques étudiants sérieux et persévérants se rassurent auprès d’une poignée de professeurs qui se sont décidés à poursuivre délibérément les cours. Le moindre cours est devenu une denrée rare et délectable que l’étudiant appliqué savoure comme une friandise dans cette situation de disette intellectuelle la plus sévère. L’espérance n’a point encore quitté les lieux et chacun a confiance en la prochaine reprise des cours. Las, le mouvement n’a cesse de se raffermir, c’est l’occasion pour les quelques étudiants syndiqués, qui se trouvaient en état de somnolence, de ressortir les vieux tracts de l’année dernière –&nbsp;et j’en profite pour louer le caractère économe de ces gens là&nbsp;; point de gaspillage, ces avaricieux réutilisent les tracts qu’ils avaient soigneusement élaborés lors de la dernière revendication. Qu’à cela ne tienne, les tracts sont composés de façon suffisamment vague pour resservir au besoin, il n’y a plus qu’à remplacer  «&nbsp;chiraquien&nbsp;» par «&nbsp;sarkozyste&nbsp;» et de modifier les dates, mais parfois ils semblent oublier ce détail, concentrés qu’ils sont dans la réussite de ce mouvement pour lequel ils s’investissent bien plus que leurs études. Les revendications sont toutes conçues avec un sens surréaliste du saugrenu et de l’absurde&nbsp;; demander la démission de Sarközy et d’une liste choisie de ses ministres, réclamer l’équivalent d’un salaire pour les étudiants ainsi que des logements à foison, rien n’est assez ambitieux pour l’étudiant militant. Ces révolutionnaires juvéniles s’empressent d’appâter l’étudiant indécis et errant, tentant de le convaincre, en usant d’une rhétorique lacunaire et impérieuse, d’aller à la prochaine AG. Divine et ineffable AG, inépuisable vivier de la lie communiste française, du jeune rachitique guerroyant contre l’injustice&nbsp;! Si les cours ont à peine lieu, les réunions vont bon train, et, sans se mélanger, les différents corps de l’université organisent chacun leur soviet&nbsp;; différents UFR, professeurs, étudiants, personnel, le programme est si lourd qu’il est physiquement impossible de se rendre à toutes ces assemblées qui se flattent d’exister et façonnent l’avenir avec des mots tonitruants et ronflants, toujours les mêmes. Il est éternellement question de «&nbsp;lutte contre la précarité&nbsp;», «&nbsp;défense du modèle français d’enseignement supérieur, dont les valeurs sont liberté, égalité, fraternité&nbsp;», «&nbsp;sauvegarde de la démocratie&nbsp;», «&nbsp;combat contre l’autonomie et le mauvais capital&nbsp;». Mais nous sommes en réalité devant un sempiternel réflexe pavlovien d’opposition au gouvernement&nbsp;; l’usage de termes imprécis, scandés comme un obsédant leitmotiv, révèlent que la moindre décision du pouvoir en place est immuablement perçue comme une gasconnade avilissante que ces augustes croisés, investis d’un sacerdoce quasi divin, se doivent de contrer. Si un jour le gouvernement décidait d’imposer au directeur d’université le port d’une mitre surmontée d’un élégant grelot, des professeurs et des étudiants outrés iraient toujours dire que cela est une insulte à l’école de la République (<em>sic</em>) et à ses indéfectibles valeurs. Les étudiants se lassent progressivement&nbsp;: hormis les maigres informations dispensées par le site de l’université ou quelques affiches manuscrites éparses, ils ne peuvent plus, ni aller aux AG qui se déroulent inéluctablement à un rythme d’une par jour et durent parfois une demi-journée, ni être parfaitement au courant de ce qui se trame. La fatalité, et surtout la ruse des étudiants syndiqués qui savent que plus il y aura d’AG intempestives, plus les étudiants finiront par se lasser, en profitent pour se retrouver entre eux, et, aidés de quelques professeurs désireux de refaire mai 1968, prennent des décisions à la place de tout le monde, à main levée, comme de parfaits petits délégués soviétiques au bon vieux temps du centralisme démocratique, et font taire les quelques traîtres opposants soit en les huant, si jamais ils émettent la moindre critique, soit en leur faisant croire qu’il y a une solution et qu’ils auront assurément leur diplôme, si jamais ils confient leurs craintes.</p>
<p>Du côté des professeurs, ce sont toujours les mêmes réflexes fantasques&nbsp;; ils font grève sans se soucier des étudiants et des examens qui se rapprochent hâtivement et en profitent pour multiplier les colloques à l’étranger où ils toucheront une somme respectable qui leur permettra de compléter le salaire mensuel. Car en plus de faire grève, l’enseignant-chercheur n’assume les conséquences de sa prise de position&nbsp;; là où tout employé quelconque ne percevra pas son salaire s’il fait grève, le professeur, par une manœuvre crapuleuse et indigne du directeur d’université, allégorie de la justice munificente, continue à toucher son salaire, et cela dans son intégralité. Quelques professeurs grévistes manifestent, mais pas tous&nbsp;; il m’a été dit qu’un enseignant était même revenu outrageusement bronzé de son mois de grève. Comme le vieil adage l’annonce si bien&nbsp;: «&nbsp;sous les pavés, la plage&nbsp;», le mouvement actuel de grève pourrait ajouter sa pierre à l’édifice en complétant le sage proverbe par un très approprié&nbsp;: «&nbsp;sur les pavés, le soleil&nbsp;». Les réunions des professeurs ne sont pas non plus un digne exemple d’équité et de rectitude&nbsp;; les quelques opposants, considérés comme des briseurs de grève (<em>sic</em>) sont menacés et leur vote n’est pas pris en compte. C’est ainsi que les motions passent «&nbsp;à l’unanimité&nbsp;»&nbsp;: félicitons encore une fois le machiavélisme des enseignants-chercheurs, dignes continuateurs des pittoresques coutumes communistes. J’ai ainsi recueilli l’aveu outré d’un de mes professeurs qui m’a informé, avec une franchise que je ne puis qu’admirer, que les motions n’étaient pas unanimes et que les malheureux insurgés sont victimes de persécutions indignes d’un comportement adulte et responsable. Cette thèse explique d’ailleurs les singuliers revirements de deux de mes enseignants qui affirmaient avec un flegme apparent qu’ils allaient continuer à donner cours quoi qu’il advienne, et qui se sont finalement absentés sans les plus élémentaires excuses. Tout est bon pour justifier la grève, même si les prétextes ont été amenés à changer avec le temps. Lors de ces premières semaines de mouvement, les professeurs se sont contentés d’expliquer, au lieu du cours attendu, leur position sur les réformes&nbsp;; bien entendu, c’est la «&nbsp;masterisation&nbsp; » des concours de l’enseignement, qui touche plus principalement les étudiants, qui outre le plus ces professeurs, dont le comportement est purement désintéressé. Ce n’est pas, et cela serait complètement inapproprié de le croire, pour la modification du statut des enseignants chercheurs&nbsp;! Et parfois l’étudiant interloqué se voit gracieusement servir, avec les compliments du professeur, deux heures de bouillie idéologiquement douteuse, de marmelade d’interprétations fallacieuses, surmontée de la compote de projections catastrophiques dans le futur. L’étudiant, infantilisé par cet obscur et amer ragoût est complètement impuissant&nbsp;; c’est à peine si un incrédule ose lever le doigt dans un amphithéâtre où seuls se sentent concernés les quelques étudiants politisés pour qui le discours des professeurs est semblable à une délicate ambroisie. Les autres, eux, tentent avec maintes difficultés, d’ingérer la vomissure ignominieuse, conscients que derrière l’interminable période récitée avec l’emphase et le <em>pathos</em> d’un rhétoricien impitoyable se cache l’effrayante vérité&nbsp;; les cours ne sont pas prêts de reprendre. J’ai même eu l’insigne privilège d’entendre l’un de mes professeurs se plaindre pendant près d’une heure de sa misérable vie et de l’atroce indigence du métier d’enseignant-chercheur, qui, à l’écouter, la pousserait presque à la mendicité la plus mortifiante, tout en arborant des oripeaux de haute-couture et l’opulence des ornements qui vont avec.</p>
<p>Des fourgons entiers de CRS sont rapidement sollicités sur les lieux de façon à protéger les bâtiments et prévenir toute insurrection violente de la part des jeunes communistes. Ils sont, à mon humble avis, bien à plaindre&nbsp;; leur tâche principale consiste à veiller autour des bâtiments à longueur de journée pour intimider un cénacle de jeunes crétins, vêtus comme des hippizes malpropres, pour qui n’importe quel événement est l’occasion d’un blocage. La présence des CRS est, évidemment, l’une de ces occasions&nbsp;; celle de lutter contre «&nbsp;l’État policier&nbsp;» néfaste et délétère qui étouffe la jeunesse désinvolte. En dépit de tout ce que vous affirmerait un de ces jeunes beatniks, les CRS ne sont pas des ostrogoth sanguinaires et tyranniques&nbsp;; les plus énergiques dans ces mouvements sont ces béotiens syndiqués. J’évoquerai avec un ineffable plaisir la première tentative de blocage des énergumènes susmentionnés&nbsp;; ils n’étaient pas assez nombreux pour bloquer l’université –&nbsp;cela semble caractéristique du fait qu’ils sont et resteront une minorité, même si cette minorité parvient assez remarquablement à déshonorer l’ensemble des étudiants de sciences humaines qui se retrouvent immédiatement classifiés dans la catégorie des trublions fanatiques&nbsp;– et se sont donc rendus dans les salles où les rares cours avaient encore lieu. Le <em>fatum</em> a voulu encore une fois que je demeure une funeste observatrice des turpitudes de mon siècle et que je me trouve dans l’une des dites salles. Une étudiante a donc interrompu le début du cours pour nous énoncer ses dérisoires suppliques&nbsp;: elle n’a pas beaucoup de cours, elle n’en dort pas la nuit, mais il faut que nous allions aider les syndiqués à bloquer la faculté, parce que nous aurons tous nos examens quoi qu’il arrive. Voici, en substance, la quintessence du discours d’un étudiant gréviste&nbsp;; se lamenter avec emphase sur la situation présente pour inspirer la compassion de l’auditeur, enjoindre à l’action, à la «&nbsp;lutte&nbsp;» contre le Mal incarné –&nbsp;toutes les doléances sont de bon aloi, mêmes celles qui n’ont strictement rien à voir avec le contexte&nbsp;; la régularisation des sans-papiers est une des suppliques classiques qui ont orné les tableaux des différents amphithéâtres&nbsp;– et rassurer les étudiants sceptiques en leur attestant que leurs actes ne remettront pas en cause leur semestre. La critique larmoyante des détestables CRS qui ont forcément un jour cassé le bras d’un camarade fait également partie de la rhétorique du syndiqué obtus. Assurément, ce discours démesuré et creux n’a guère persuadé les autres étudiants qui sont tous restés pour assister au cours&nbsp;; contrairement aux juvéniles grévistes qui sont persuadés qu’on leur donnera leurs examens ornés d’un fringuant ruban pour leur acte de dévotion au mouvement des professeurs, les autres étudiants, plus clairvoyants, doutent de la survie du semestre.</p>
<p>Ainsi congédiée, la communiste s’est empressée d’aller quérir ses camarades qui se sont tous rendus devant la salle pour hurler des slogans ineptes de façon à étouffer la voix du professeur qui en a été jusqu’à nous enfermer de l’intérieur pour que nous puissions étudier dans un calme tout relatif&nbsp;; les tentatives de ces révolutionnaires novices d’enfoncer la porte se sont, fort heureusement, avérées vaines. Ils se sont alors empressés d’aller bloquer les entrées du bâtiment en formant une chaîne humaine infiniment ridicule. Quelle image ces buses stupides donnent-elles des étudiants&nbsp;! En quittant les lieux à grande peine, je remarquai les CRS et les surveillants de l’université s’adresser des regards profondément dépités face à cet échantillon choisi de bêtise humaine. Cet événement a initié la seconde partie du mouvement&nbsp;; les semaines suivantes, les membres du pléthorique personnel administratif en ont également été de leurs sottes revendications en fermant toutes les salles de cours et les amphithéâtres, sauf pour les inévitables AG qui vont, plus que jamais, recueillir la fine fleur des frondeurs les plus irascibles. L’étudiant, lui, est, comme de coutume, l’oisillon déplumé que l’on peut sans aucune vergogne malmener pour assouvir les désirs vengeurs des enseignants, des étudiants syndiqués et du personnel, qui, à défaut de pouvoir importuner le gouvernement, empoisonnent la majorité silencieuse. Dans ce tiers-monde des universités, j’ai vu des cours avoir lieu dans des escaliers ou des couloirs de la faculté, dans des jardins publics, dans des locaux poubelles, dans le domicile des professeurs non grévistes ou encore dans des cafés. Le bâtiment, quant à lui, fut vide d’étudiants hormis les quelques trublions qui investissaient les lieux pendant parfois plusieurs jours, encore moins nombreux que le nombre de CRS désappointés à l’extérieur.</p>
<p>À suivre&hellip;</p>
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		<title>Que nous n’ayons jamais à le pleurer</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Jul 2010 11:18:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thorkaël</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeurs]]></category>
		<category><![CDATA[Les Imprécations de Thorkaël]]></category>
		<category><![CDATA[Jaime Nogueira Pinto]]></category>
		<category><![CDATA[Salazar]]></category>

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		<description><![CDATA[Je n’ai jamais été salazariste, du moins dans l’acceptation courante du terme. Il convient d’expliquer pourquoi &#8211;&#160;je devine en effet des moues outrées chez certains&#160;&#8211; et d’ajouter que je peux venir à l’être un jour. Je ne peux pas dire que je fus salazariste dans la mesure où je ne l’ai pas été, et je ne suis inconditionnel de personne.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="left">
<div align="left">Traduit du portugais et annoté par Thorkaël.</div>
</p>
<p>Je n’ai jamais été salazariste, du moins dans l’acceptation courante du terme. Il convient d’expliquer pourquoi &ndash;&nbsp;je devine en effet des moues outrées chez certains&nbsp;&ndash; et d’ajouter que je peux venir à l’être un jour. Je ne peux pas dire que je fus salazariste dans la mesure où je ne l’ai pas été, et je ne suis inconditionnel de personne. Seulement de ma Foi et de mes Idées. De Dieu et des Valeurs. Mais s’il est bon de garder sa lucidité et son esprit critique devant les grands de ce monde, je regrette quelque peu de n’avoir jamais ressenti cette dévotion aveugle devant un Chef, le don sans limites, la folie glorieuse du renoncement qui fait les grandes fidélités, les grands et silencieux sacrifices.</p>
<p>Ceci étant posé, les contours et les conditions définis, je ne doute pas de parler d’un Homme que j’ai vu pour la première fois le jour de sa mort et à qui j’ai embrassé les mains&nbsp;; et parler, en ne disant qu’une infime partie de ce qui devrait être dit, sans prétendre analyser, mais seulement témoigner, avec humilité et respect.</p>
<p>Pour moi et pour ceux de ma génération (qui pensons, croyons et voulons par égale mesure) nés après la Seconde Guerre mondiale, formés dans les années 1970 quand l’Europe et l’Occident se repentaient et culpabilisaient du meilleur qu’ils avaient été, Salazar est l’Homme des défis contre la Décadence, de la Volonté inflexible devant les événements, au service constant de la Vérité. Il est Vie. Exemple. Racine. Dieu, les Patries, les autres hommes ainsi faits&nbsp;: qui vivent pour leur sacerdoce, se privant des choses qui importent au commun&nbsp;: un Foyer, une Famille, des Enfants, des biens tangibles, modestes ou conséquents peu importe, mais qu’ils soient de leur possession exclusive, des affects sûrs, qui sont nôtres, se font et se perpétuent, qui sont espoir, puis raison, puis lien, et continuité, seulement nôtre, pendant un certain temps et dans un certain espace. Il a renoncé à tout ceci. Il s’est confondu à un moment donné avec sa Mission et son Service, avec le Pouvoir et l’État, il a renoncé à tout, gagnant tout. Il a choisi, en grand qu’il était, seigneur de sa vie et de son Futur. Et les choix sont difficiles, non pour ce qui suit, mais pour ce que l’on laisse derrière soi…</p>
<p>Il y a tant de singularités chez cet Homme&nbsp;: la cohérence, la fidélité, à lui-même et à ses idées, le sens de la hiérarchie et de la permanence, la sobriété, la volonté inébranlable. En Grèce, il aurait peut-être été un Sage, à Rome un de ces citoyens qui géraient la République jusqu’à la fin des temps et s’ouvraient les veines devant l’iniquité du Prince&nbsp;; au Moyen Âge, à méditer sur l’Histoire de Dieu ou, chancelier zélé du Bien commun, à exorciser les mauvais prêtres. Un grand à la Renaissance, un obscur au <span style="font-variant:small-caps;">xviii</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;; et je ne le vois nulle part ailleurs sinon dans son Vale de Lobos au «&nbsp;stupide <span style="font-variant:small-caps;">xix</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;».</p>
<p>Mais la Providence nous l’a donné à notre Époque. Je pense, avec Huxley, que les choses les plus importantes sont la Grâce et la Prédestination. De là, le Salazar d’avril 1961, le Salazar de la Résistance, le Salazar imperturbable face à l’immensité des obstacles et des tâches compte pour moi (et aujourd’hui pour presque tous…). Je me rappelle de la nuit où, en quelques mots, il nous expliqua pourquoi nous allions faire la guerre, pourquoi nous allions vers une époque de sang et de larmes&nbsp;: l’Angola.</p>
<p>Et l’Angola, au delà de la tragédie concrète, était un symbole du meilleur qu’ont le Pays et ses gens. C’était le Bojador, les Tempêtes, l’Inde, l’Histoire, le Sang, l’Empire, le Futur. L’Angola était un défi, une croisade. Notre temps arrivait. Nous étions mis à l’épreuve. Nous étions libres de partir ou de rester. De perdre ou de sortir victorieux. Il n’hésitait pas. Il était un Homme de Dieu, qui peut signifier être un Homme d’État, dans son plus grand et noble sens. Il a dit ce qui était nécessaire et de la manière appropriée. Sans dramatiser ni minimiser. Il fut, comme dirait Pessoa, l’Homme-Moyenne, la somme de nous tous et des meilleurs. L’Âme de la Race. L’Interprète dont nous allions être les serviteurs.</p>
<p>La grandeur de ce vieillard, qui savait mettre un Peuple debout, qui savait traduire les Raisons pour lesquelles les autres pouvaient et devaient mourir. Et moi, qui avais quinze ans et admirais les <em>condottieri</em> qui risquaient physiquement leur peau, les grands chefs de guerre et d’aventure qui meurent jeunes, au combat, et sont enterrés à la lumière des faisceaux, j’ai compris que l’on peut être un Héros à 70 ans, dans un cabinet de travail, entre les papiers et les livres, enseignant la bonne administration, à vivre habituellement.</p>
<p>Je le dois peut-être à Salazar. Comme je lui dois le renfort de la conviction que j’ai toujours eue que la Vérité est une catégorie indépendante de l’époque, du lieu, des nombres, des votes, des opinions, des peines, des risques, de la mort&nbsp;! Et d’avoir préservé cette terre, en la maintenant grande et répartie à travers le monde.</p>
<p>Et cet orgueil d’être Portugais, d’appartenir aux seuls qui défièrent et vainquirent l’offensive des vents de l’Histoire, et un héritage que nous avons l’opportunité de conserver et de donner à nos fils, une Nation pleine d’espace et d’aventure, où la vie n’est pas encore comptabilisée et planifiée à la manière d’un corps sans volonté ni âme.</p>
<p><center><a href="http://leaule.com/img/Quenuncatenhamosdeochorar.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-3133" title="Que nunca tenhamos de o chorar" src="http://leaule.com/img/Quenuncatenhamosdeochorar-500x319.jpg" alt="" width="500" height="319" /></a></center></p>
<p>C’était un grand monsieur, d’une lignée qui se fait rare. Il avait conscience de la Raison d’État, du pouvoir comme quelque chose de précieux, qui vient de Dieu dont à Lui seul l’on doit rendre des comptes, à chaque instant et jusqu’à la dernière heure. Quelque chose qui ne peut être ni profané, ni dilapidé, ni être à la merci de la rue, des groupes d’intérêts, de l’opinion publique changeante. Il savait que gouverner n’était pas de plaire mais de servir. Il n’allait pas vers le peuple, ni ne l’adulait (pas plus que les puissants, au demeurant…), ni ne l’entretenait. Mais le Peuple le comprenait, il lui témoignait respect et amour, et, d’avantage vers la fin, une grande tendresse. Il n’accusait pas Salazar des maux et des erreurs commises qu’il y eut à son époque, comme dans tant d’autres, et qui furent graves. Parce que tout humain a des limites, même le génie.</p>
<p>Salazar est mort un matin d’été, un jour de beau soleil qu’il n’a presque pas vu. À cette heure, en Angola, en Guinée-Bissau, au Mozambique, les Portugais se battaient pour ce dont il s’était battu et avait considéré comme plus important que la vie de chacun. Dans la dixième année de la Défense [de l’Empire], nous avions vaincu, grâce à son Action, le pire ennemi&nbsp;: le Doute.</p>
<p>Je crois que, comme il nous a si bien appris, nous ne devons pas le pleurer. Je suis contre les éloges funèbres et c’est, aussi paradoxal que cela puisse paraître, une des raisons pour lesquelles j’écris sur Salazar.</p>
<p>Il vit maintenant parmi nous, dans son Œuvre. Il vit dans ses Mots et dans ses Actes, qui sont ici et le resteront, si nous sommes dignes d’eux et si nous savons les préserver.</p>
<p>Nous ne devons pleurer les morts que si nous ne les méritons pas. Nous ne devons pleurer Salazar que si, par notre découragement, notre peur, notre faiblesse, notre inertie, notre faute, le Portugal devenait plus petit que celui qu’il nous a légué&nbsp;; si l’erreur, le mensonge, l’opportunisme, la décadence, l’abandon triomphaient&nbsp;; si l’intégrité de la souveraineté était atteinte et, si la Nation périssait, alors oui, nous devons pleurer l’Homme parce que nous lui aurons ruiné son Œuvre, et il aurait vécu et disparu en vain.</p>
<p>Mais cela ne se produira pas. Maintenant qu’il est définitivement parti, le Futur de tous appartient d’autant plus à chacun de nous. Nous prenons en effet dans nos mains ce qui reste, ce qui est bien et mérite l’amour. Et nous allons aimer d’avantage et vouloir avec plus de force ce qu’il reste à faire. Et nous allons le continuer. Et le mériter. Pour que nous n’ayons jamais à le pleurer.</p>
<p align="justify">
<div align="justify">Jaime Nogueira Pinto, «&nbsp;Que nunca tenhamos de o chorar&nbsp;», <em>Política</em>, №&nbsp;14/15, du 15 au 30 juillet 1971, p.&nbsp;3.</div></p>
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		<title>Pour saluer Ronnie James Dio</title>
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		<pubDate>Sun, 16 May 2010 20:00:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thorkaël</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeurs]]></category>
		<category><![CDATA[Les Imprécations de Thorkaël]]></category>
		<category><![CDATA[Requiescat in pace]]></category>
		<category><![CDATA[Ronnie James Dio]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons le décès de l’auteur-compositeur-interprète américain Ronnie James Dio, survenu dans la matinée, emporté par la mort à 67 ans des suites de son cancer de l’estomac. «&#160;Aujourd’hui mon cœur est brisé, Ronnie s’est éteint à 7h45, le 16 mai&#160;» annonce avec gravité un communiqué de sa femme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons le décès de l’auteur-compositeur-interprète américain Ronnie James Dio, survenu dans la matinée, emporté par la mort à 67 ans des suites de son cancer de l’estomac. «&nbsp;Aujourd’hui mon cœur est brisé, Ronnie s’est éteint à 7h45, le 16 mai&nbsp;» annonce avec gravité un communiqué de sa femme Wendy Galaxiola.</p>
<p>Ronnie James Dio possédait une des voix les plus sublimes que le Hard Rock et le Heavy Metal aient jamais connues, une voix qu’il fit généreusement vibrer sur scène pendant près de quarante ans. Débutant sa carrière musicale dans les années 1960, il vécut en 1974 sa première consécration en participant à <em>The Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast</em>, l’album solo du bassiste de Deep Purple, Roger Clover, dont le succès est intimement lié au titre <em>Love Is All</em>, chanté par Ronnie James Dio, que n’importe quel cave ignare en ce bas monde a entendu au moins une fois dans sa vie. L’année suivante, en 1975, Ronnie James Dio retrouva un autre membre de Deep Purple, le guitariste démissionnaire Ritchie Blackmore qui lui proposa de fonder un nouveau groupe, Rainbow. Il en résulta trois années fructueuses de travail, avec à la clef quatre albums, dont nous retenons la magnifique chanson <em>Stargazer</em>, un chef-d’œuvre à elle seule, probablement la plus belle jamais enregistrée par Ronnie James Dio.</p>
<p>Quittant Rainbow afin de se lancer dans une carrière en solo, Ronnie James Dio rallia finalement les mythiques Black Sabbath en 1979, recruté pour pallier le départ d’Ozzy Osbourne alors en proie à des problèmes de drogue et d’alcool. Deux albums furent produits, <em>Heaven and Hell</em>, que nous considérons comme le meilleur album des Britanniques et le mésestimé <em>Mob Rules</em>, ainsi qu’un enregistrement sur le vif, <em>Live Evil</em>, qui scella, provisoirement, la collaboration entre Black Sabbath et Ronnie James Dio. Ce dernier est remercié en 1982 après un obscur conflit d’<em>ego</em>. Pendant cette période, Black Sabbath connut probablement son apogée artistique&nbsp;: doté de capacités vocales infiniment supérieures à celles d’Ozzy Osbourne, Ronnie James Dio permit à la formation de Birmingham de pratiquer un Heavy Metal chiadé en délaissant les précédentes compositions sombres dont les riffs minimalistes étaient étirés à l’extrême.</p>
<p>Cette séparation fut alors l’occasion pour Ronnie James Dio de débuter enfin en solo, créant à cet effet son propre groupe, sobrement éponyme. Jusqu’aux années 2000, Dio produisit sous son nom une dizaine d’albums, de qualité variable, dont les plus remarquables restent à notre sens les deux premiers opus, <em>Holy Diver</em> en 1983 et <em>The Last in Line</em> en 1984. À partir de 1990, Ronnie James Dio renoua progressivement avec ses anciens compagnons de Black Sabbath. Puis le groupe se reforma officiellement autour de Ronnie James Dio en avril 1991&nbsp;; l’événement fut célébré par la sortie en 1992 d’un nouvel album, <i>Dehumanizer</i>, un effort malheureusement médiocre qui est loin d’égaler leurs pièces de maître du passé. Ces éphémères retrouvailles s’achevèrent, l’année d’après, par le retrait brutal de Ronnie James Dio. Fermant momentanément la parenthèse Black Sabbath, il revint logiquement à sa carrière en solo, livrant dès 1994 le polémique <em>Strange Highways</em>, et la poursuivit tranquillement jusqu’à ce que&hellip;</p>
<p>&hellip;&nbsp;«&nbsp;Tierce fois, c&#8217;est droit&nbsp;!&nbsp;» dit un vieil adage du <span style="font-variant:small-caps;">xii</span><sup>e</sup> siècle. En 2007, assagis par l’âge, les cœurs apaisés d’antiques rancunes, Ronnie James Dio et ses vieux complices de Black Sabbath, Tony Iommi, Geezer Butler et Vinny Appice, décidèrent de se réunir pour le plaisir de jouer de nouveau ensemble. Mais Black Sabbath existe toujours officiellement autour de l’enfant prodigue Ozzy Osbourne, ce depuis 1997, d’ailleurs sans que le groupe n’enregistre une quelconque nouveauté avec le Madman. Le quatuor adopte alors le nom de Heaven and Hell, en référence à leur première collaboration de 1980. La réunion des Anciens aboutit en 2009 à la sortie d‘un excellent album, <em>The Devil You Know</em>, plein de rage nostalgique, et qui reste, désormais, le testament musical de Ronnie James Dio. Son cancer de l’estomac fut diagnostiqué le 25 novembre 2009, brisant ainsi le bel élan que prit Heaven and Hell. Les années 2000 lui eurent artistiquement mieux réussi qu’une décennie antérieure plutôt controversée.</p>
<p>Pour conclure cette brève chronique nécrologique, ajoutons quelques précisions dignes d’intérêt concernant le défunt. Selon certaines sources, Ronnie James Dio serait, à la fin des années 1970, l’inventeur du signe des «&nbsp;cornes&nbsp;», le poing brandi avec l’index et l’auriculaire relevés, un geste que les beaufs métalleux d’aujourd’hui reproduisent à l’envi assorti de cris gutturaux quand la bière tiède et l’effet de foule ont fini d’achever leurs quelques neurones encore en éveil. En 1985, Ronnie James Dio fut le maître d’œuvre du Hear ’n Aid, un projet de charité à l’image d’USA for Africa de Michael Jackson et consorts. Rassemblant auprès de lui une quarantaine de musiciens de la scène Hard Rock et Heavy Metal, de Rob Halford à Yngwie J. Malmsteen en passant par Geoff Tate ou Blackie Lawless, le single <em>Stars</em> permit de récolter, selon l’Encyclopædia Metallum, un million de dollars en faveur de la famine en Afrique.</p>
<p>Ronnie James Dio nous manque déjà énormément, ce vaillant chanteur toujours resplendissant et dynamique sur scène, même à un âge vénérable, qui maîtrisait à la perfection une voix d’or, chaude, puissante, expressive que les années n’auront jamais dégradé. Pour nous, les modestes amateurs anonymes, ses nombreux témoignages discographiques nous rappelleront sans cesse quel grand artiste fut Ronnie James Dio. Mais en ce jour de deuil, nos pensées émues se dirigent d’abord vers sa famille.</p>
<p><em>Requiescat in pace</em>, Dio !</p>
<div align="left"><b><u>Sélection discographique</u> :</b><br />
<span style="font-variant:small-caps;">Rainbow</span>, <em>Rising</em>, Polydor, 1976.<br />
<span style="font-variant:small-caps;">Black Sabbath</span>, <em>Heaven and Hell</em>, Warner, 1980.<br />
<span style="font-variant:small-caps;">Black Sabbath</span>, <em>Mob Rules</em>, Warner, 1981.<br />
<span style="font-variant:small-caps;">Dio</span>, <em>Holy Diver</em>, Warner Bros. / Mercury Records, 1983.<br />
<span style="font-variant:small-caps;">Dio</span>, <em>The Last in Line</em>, Warner Bros. / Mercury Records, 1984.<br />
<span style="font-variant:small-caps;">Dio</span>, <em>Killing the Dragon</em>, Spitfire Records, 2002.<br />
<span style="font-variant:small-caps;">Heaven and Hell</span>, <em>The Devil You Know</em>, Rhino, 2009.</div>
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		<title>Théophile Gautier et la photographie</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Jan 2010 23:02:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeurs]]></category>
		<category><![CDATA[Les Complaintes de Maetel]]></category>

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		<description><![CDATA[L’image permet d’entrer dans les coulisses du visible&#160;: ces coulisses sont le régime de visibilité d’une époque ainsi que ses conditions. À une époque donnée, il existe toujours une forme de visibilité collective plus ou moins consciente. Certaines qualités visuelles se situent au premier plan culturel d’une époque. Il existe également une certaine légitimation des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’image permet d’entrer dans les coulisses du visible&nbsp;: ces coulisses sont le régime de visibilité d’une époque ainsi que ses conditions. À une époque donnée, il existe toujours une forme de visibilité collective plus ou moins consciente. Certaines qualités visuelles se situent au premier plan culturel d’une époque. Il existe également une certaine légitimation des formes de visibilité. Selon les dires de Michel Foucault, l’image est ce qui légitime, à chaque époque, les savoirs et les pouvoirs. Ce sont donc des dispositifs historiques inconscients. La photographie n’a pourtant été étudiée que très tardivement, dans les années 1980, d’un point de vue scientifique et objectif. Une partie de la vie sociale passe pourtant par l’image. L’étude scientifique se propose justement de découvrir les coulisses de ce visible. Les <em>virtual studies</em> se développent au cours des années 1990&nbsp;; <em>Iconologie&nbsp;: image, texte et idéologie</em> de W.J.T. Mitchell demeure un ouvrage de référence. La technologie joue également un rôle fondamental&nbsp;: chaque époque regarde ce qu’elle <em>peut</em> sur le strict plan technique. Par exemple, l’invention de la radiologie a favorisé la fascination des auteurs décadents pour la transparence et les objets ayant une part de transparence comme l’aquarium, l’éprouvette ou encore l’encrier cher à Mallarmé. Tout cela participe à un certain régime de visibilité. Il faut également compter non seulement sur ce que l’époque peut mais aussi veut voir, c’est-à-dire ce qu’elle décrète digne d’intérêt. Un consensus social et politique intervient alors. Dans son article traitant de la photographie, <em>Le Public moderne et la Photographie</em>, Baudelaire se montre particulièrement inquiet du goût du public pour cette invention. L’art dépend malheureusement du goût du vulgaire&nbsp;: «&nbsp;Est-il permis de supposer qu’un peuple dont les yeux s’accoutument à considérer les résultats d’une science matérielle comme les produits du beau n’a pas singulièrement, au bout d’un certain temps, diminué la faculté de juger et de sentir ce qu’il y a de plus éthéré et de plus immatériel&nbsp;?&nbsp;» Chaque époque entretient donc son propre discours sur le visible, discours chargé de jugements de valeur. Théophile Gautier est un héritier du pittoresque qui s’est pourtant adonné à la photographie lorsque changea le régime de visibilité. Ses récits de voyage sont chargés de pittoresque et de détails dignes d’être peints. Il y fait d’ailleurs des références constantes à la peinture. Le pittoresque se trouve ensuite limité par la photogénie. Il est possible de parler de rivalité du pittoresque et de la photogénie dans l’esprit de Gautier. Dès 1840, la photographie est omniprésente lors des périples de l’écrivain. Il part en Espagne avec un daguerréotype, l’engin ayant pourtant été inventé  à peine un an plus tôt. Gautier fait donc preuve d’une étonnante réactivité. Lors de son voyage en Espagne, il devient un praticien autant qu’un consommateur de photographie. Il commence à utiliser la photographie dans sa vie privée plus tardivement, dans les années 1850. La photographie apparaît en référence toutes les trois lettres environ dans sa correspondance et se permet d’envahir le quotidien de l’écrivain. La transition de l’époque romantique des années 20 et 30 vers une époque plus réaliste, dans les années 1840 se fait grâce à la photographie. Les grands biographes de Théophile Gautier, tel Ernest Feydeau ont remarqué cette césure nette vers un nouveau régime de visibilité.</p>
<p>La <em>spectralité</em> est un régime de visibilité purement romantique&nbsp;: les images lithographiques étaient fortement prisées dans les années 20, en même temps que l’engouement pour le Moyen-âge, les fantômes et la domination du pittoresque. Le pittoresque se caractérise par l’influence de la nature sur l’art, la peinture, l’irrégularité des lignes, le bariolage des couleurs, tout ce qui contrevient à l’harmonie et au Beau idéal. Les ruines, les draperies, l’architecture fascinent les amateurs de pittoresque. Dans le <em>Dictionnaire historique d’architecture</em>, le pittoresque se caractérise par les «&nbsp;lignes contrastées&nbsp;», les «&nbsp;perspectives piquantes&nbsp;», les «&nbsp;accidents de lumière&nbsp;» ou les «&nbsp;accessoires ingénieux&nbsp;». L’art se montre donc, le bizarre venant congrument à sa suite. La lumière joue un rôle important, en tant que modalité du visible, mais demeure secondaire. Avec la photogénie, la lumière vient directement au premier plan. L’esthétique photogénique, qui succède à l’esthétique lithographique dans les années 1840, rend la lumière capitale. À cela s’ajoute une grande régularité des lignes et l’importance de la lumière réfléchie. La photographie concurrence alors le pittoresque sur son propre terrain. Une surface photogénique est, par définition, une surface sensible à la lumière. Des dessins «&nbsp;photogènes&nbsp;» ou «&nbsp;photogéniques&nbsp;» sont marqués par cette sensibilité, d’abord sur le plan technique, puis sur le plan esthétique. Une sensation nouvelle envahit alors le paysage esthétique de l’époque. Au coefficient lumineux des objets, une valeur autonome leur est accordée. L’élément se retrouve valorisé en soi. Dans la photographie, l’image dépend de la lumière qui est source essentielle de visible. Il y a, également chez Théophile Gautier, un véritable travail de la lumière. Un travail qui se révèle avant tout patient, car il faut à peu près vingt minutes pour développer une photographie et certaines sont à refaire car le soleil capricieux s’est dissimulé derrière un nuage entretemps. La photographie est la première fois dans la mimésis où un agent technique influe. Cet élément technique est l’élément central du nouveau régime de visibilité de l’époque. La lumière sera donc omniprésente partout, dans les nouveaux traités d’hygiène, dans les trouées architecturales d’Haussmann, dans les bâtiments en verre&nbsp;: tout célèbre le règne de lumière. La photogénie est solidaire des objets optiques, contrairement au pittoresque qui dépend principalement de la main. L’optique s’oppose donc à la trace. Gautier aime particulièrement les paysages à la limite du visible&nbsp;: il aime les paysages éblouissants où la lumière est vive et abondante. Il aime les paysages russes, brûlés par la lumière et la neige. La lumière, qui créé l’image, peut aussi la détruire du fait de ses excès. Théophile Gautier veut donc «&nbsp;visiter les pays dans des saisons violentes&nbsp;», dans un processus original de sublimation des thèmes neutres. La lumière est capable de retranscrire cette violence négative. Quand la peinture est en échec, la photographie prend le relais. Dans les hautes montagnes, par exemple, la peinture ne peut agir efficacement. Les couleurs du peintre se glaceraient sur la palette. Le paysage enneigé n’offre, de surcroit, plus de dessin précis, il n’est qu’un écran vertical propice à la photographie car réflecteur de lumière. La lumière intervient donc comme un motif à part, qui sera repris par le réalisme et l’impressionnisme en peinture. Les tableaux de Gustave Caillebote sont par exemple «&nbsp;clairs comme le verre&nbsp;». Mais même les réalistes, dont Emile Zola, se méfient d’une peinture trop photographique. Le mécanisme de la photographie est d’ailleurs détesté chez Zola&nbsp;; son réalisme est à l’opposé de la photographie car, selon lui, il n’y a ni artiste ni point de vue personnel dans ce procédé mécanique et objectif qu’est la photographie. Théophile Gautier, lui, demeure sensible au réalisme lumineux de certains tableaux de Gustave Courbet. La photographie deviendrait presque un critère discriminant la peinture. Concernant les œuvres de Courbet, la <em>Danseuse espagnole</em> est jugé mauvais, car terne et sinistre. Il en va de même pour Un enterrement à Ornans, jugé boueux. Au contraire, les <em>Casseurs de pierre</em> est un tableau lumineux, donc beau. La <em>Curée</em> est également un tableau contenant de la beauté, de par le soyeux du poil du chevreuil et de par le «&nbsp;satiné de lumière&nbsp;» de sa robe. </p>
<p>La photogénie instaure une relation technique et optique entre l’artiste et la nature. La nature instrumentalisée canalise la lumière comme un écran. Souvent, lorsqu’un régime de visibilité émerge, l’écrivain y fait coïncider ses obsessions personnelles. L’écrivain a ainsi pour désir de partager le sensible et le visible. Théophile Gautier se réfugie paradoxalement dans le monde extérieur, qui est rendu incorruptible par la lumière, cet élément qui éternise les objets. Il veut fabriquer une réalité que n’atteint plus le temps, une réalité qui fixe tout. Il veut sauver l’original en le copiant, geste caractéristique de la photographie. La copie vaudrait alors plus que l’original…</p>
<p>Le thème du portrait est très régulier dans l’œuvre de Théophile Gautier&nbsp;: il y fait mention dans des articles techniques d’innovations photographiques, dans des commentaires d’événements ou dans des exploitations de daguerréotypes. Il y fait également mention dans des textes comme <em>Un mot sur l’eau-forte</em>, où il défend ce procédé de gravure contre la prétendue imposture photographique, sans doute emporté par la polémique sur le sujet. Tous les écrivains vont cependant chez le photographe, qu’il s’agisse de Victor Hugo ou de Gustave Flaubert&nbsp;: les écrivains ont été des pionniers enthousiastes de l’art photographique, pionniers heureusement encouragés par des temps de pause de plus en plus courts lors du développement de la photographie. Il est fait mention d’au moins quarante-deux portraits photographiques de Théophile Gautier&nbsp;: il en aurait sans doute existé plus. L’autoportrait photographique est une mise en scène symbolique de soi. La photographie intrigue Gautier, il confronte ainsi la pratique et la critique de ce nouveau mode de visibilité. Il existe un contraste entre l’assurance des théories arrêtées sur la photographie et les innovations. Le portrait photographique est partout mais l’on n’en parle presque jamais.</p>
<p>Le discours critique des contemporains de Théophile Gautier peut se partager en plusieurs genres&nbsp;: discours spirituel et scientifique, discours instrumental et polémique discours <em>médiologique</em> et discours expérimental et ludique. Le premier discours est issu d’une conception spectrale du corps humain, constitué d’enveloppes, que le daguerréotype reprend. Cette conception est partagée par Félix Nadar et Honoré de Balzac. L’aura du génie du sujet prend donc le pas sur la basse technique considérée comme un simple matérialisme bourgeois. Le deuxième discours, celui de Champfleury, par exemple, veut que la photographie soit une copie antiartistique du réel. La photographie entretient donc une valeur repoussoir. En attestent ces croyances saugrenues qui veulent qu’au bout de plusieurs dizaines de photographies, le sujet finisse par physiquement disparaître… Le troisième discours est celui de Victor Hugo par excellence, qui vit la révolution photographique en plein exil. Le portrait est associé à l’argent, il est disséminé, donné, échangé… Victor Hugo se voit photographié dans des non-lieux d’exil dans le but de sacraliser sa personne. Gustave Flaubert, lui, refuse la photographie qu’il perçoit comme un culte iconoclaste du logos corollaire de sa transcendance. La représentation est appauvrie par l’image, contrairement à la multiplication poétique. Cette pensée est proche du dégoût des frères Goncourt pour le clonage photographique. Le dernier discours s’exalte dans la complicité entre Nadar et George Sand&nbsp;: elle pose avec une perruque semblable à celle de Louis XIV et multiplie les allusions historiques avec un humour d’une grande finesse. Les séances sont sans cesse renouvelées, durent parfois toute la journée, avec des changements de costumes, dans une sorte de compulsion photographique. George Sand s’approprie la photographie et dévoile ses rares sourires devant l’objectif afin de «&nbsp;faire venir la figure&nbsp;». Elle cherche également à oublier sa première expérience photographique désastreuse, orchestrée par Richebourg, expérience traumatisante que seul le talent de Nadar saura faire oublier.</p>
<p>En ce qui concerne Théophile Gautier, celui-ci n’est pas indifférent à la conception spirite&nbsp;: il considère que le magnétisme et le spiritisme sont liés à la photographie et que l’âme peut agir sur la matière. Pour Gautier, il y a de l’art dans la photographie&nbsp;; l’imprécision du contenu de la photographie papier est poétique. La photographie est l’antichambre du génie avant la sublimation du réel. La photographie a aussi la capacité de traduire les phénomènes du monde et les particularismes culturels. Des artistes comme Gautier, Guys ou Baudelaire se sont largement servis de cette idée d’instantanéité de la photographie. Gautier, comme nous l’avons vu, est un homme renseigné, qui assiste à des réunions sur la photographie, se montre attentif au débat sur celle-ci et cherche à se débarrasser de l’influence des modèles picturaux. Vingt et un clichés représentant Théophile Gautier ont subsisté jusqu’à nos jours. Les photographes furent Le Gray, Richebourg, Nadar, Silvy, Barenne, Thierry, Pierson, Durat et Crémière&nbsp;: il y eut en tout treize photographes. Les photographies prises sont très diversifiées&nbsp;: portraits de famille, portrait avant le périple en Russie, <em>photobiographie</em>, portrait sur chaise, portraits de profil, parfois même portrait dans un décor en trompe-l’œil. Qu’il s’agisse de la commande orchestrée ou de la pratique impulsive, le traitement de la photographie chez Gautier se caractérise par son éclectisme. L’encodage peut être biographique, parnassien ou tout simplement être motivé par une certaine curiosité expérimentale. La photographie sert également un but biographique&nbsp;: l’écrivain se doit d’avoir le visage de son texte. La photographie peut parfois être encodée par la biographie, afin de racheter la pauvreté de l’image. La photographie se caractérise par la volonté d’étonner, de surprendre. </p>
<p>Certaines poses sont cependant récurrentes. En attestent les différentes poses de Victor Hugo&nbsp;: le penseur, le combattant, l’exilé, l’homme à l’écoute de Dieu. Les photographies peuvent s’avérer parfois très stéréotypées&nbsp;: la main napoléonienne, la posture à califourchon sur le siège, le regard hors-champ, l’encodage «&nbsp;artiste&nbsp;», l’encodage «&nbsp;voyageur&nbsp;». Il faut également anticiper la parution des nouvelles productions littéraire de l’auteur en faisant un portrait digne du nouvel ouvrage. Théophile Gautier se caractérise donc précisément par son encodage biographique, contrairement, par exemple, à l’encodage ludique de George Sand. La photographie est donc un élément éternisant et sacralisant, une façon événementielle de considérer la littérature. Dans une lettre d’Édouard Plouvier, le rédacteur, muni d’une photographie de Théophile Gautier, lui demande une dédicace. La photographie permet de créer un lien entre le lecteur et l’auteur et permet au lecteur curieux de raccorder l’homme à son œuvre. L’encodage photographique se fait donc symbolique&nbsp;: la qualité du regard, impénétrable, la force olympienne, l’importance de la main, parfois baguée, le traitement grec afin de faire rassembler l’écrivain à Homère, tout permet de renforcer la dignité et l’importance de l’écrivain. En 1864, sur la photographie de Barenne et Gaudo où Gautier se tient dans le cadre d’un décor en carton pâte, les symboles de l’écriture sont renforcés&nbsp;: Théophile Gautier tient une plume et écrit, la main et le regard sont mis en valeur. Gautier exprime également une curiosité expérimentale. La représentation photographique permet de faire rentrer l’écrivain dans l’éternité, elle permet de préserver un rapport de distance, admiratif et univoque avec le lecteur. La photographie peut également être une captation de l’étrangeté, de l’étonnement et de l’humour. Nadar veut toujours étonner dans ses photographies&nbsp;: il procède à une véritable mise en scène de l’écarquillement. Là où tous les autres sujets sont affolés d’être dans l’objectif du photographe, Gautier affiche un grand calme. Gautier n’éprouve aucune peur photographique, son désir est, au contraire, de maîtriser la photographie et de refuser de se laisser capturer par elle. Gautier veut se positionner, grâce à la photographie, de façon pérenne dans l’histoire des lettres. Il interroge ainsi son propre statut&nbsp;: le «&nbsp;daguerréotype littéraire&nbsp;» lui permet de s’affirmer en tant qu’écrivain photographique. De son périple en Russie, Gautier voulait en tirer un livre illustré de photographies. Le projet a avorté, mais l’idée était cohérente avec les idées de Théophile Gautier sur la photographie. Le portrait est donc une donnée opératoire de la critique littéraire.</p>
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		<title>Nerval, poète renaissant</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Jan 2010 23:23:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Gérard de Nerval peut à bien des égards être considéré comme un poète renaissant. Il n’est pas un cas unique, Théophile Gautier fut également un grand passeur de la littérature de la Pléiade et de la littérature allemande, les deux littératures étant étrangement liées. En 1830, par exemple, un recueil de poésie allemande fut publié, additionné d’un choix de poésies de Ronsard. Cet attrait pour la Renaissance correspond à des enjeux esthétiques et idéologiques. Les positions les plus tranchées s’avèrent être également les plus réversibles&nbsp;: les romantiques, ceux qui accusèrent les poètes de la Renaissance d’avoir assujetti la poésie au modèle antique, furent ceux qui redécouvrirent la poésie de la Renaissance. En 1820, les classiques firent redécouvrir la Pléiade en donnant une place toute particulière à Ronsard. Sainte-Beuve lui-même reconnaîtra avec prudence l’originalité de la Renaissance, au service d’un génie national hors du commun. L’on accusa les romantiques d’être les nouveaux Ronsard&nbsp;: les romantiques se servirent de cette insulte comme d’un étendard. L’œuvre de Ronsard est très diversifiée, elle est à la fois pindarique, amoureuse et anachronique mais elle se rapporte aussi aux discours, ce qui préfigura Corneille et, évidemment, Victor Hugo. Nerval est fidèle à l’esprit romantique allemand qui effectue un retour aux sources nationales et à la civilisation romaine ancienne dont la poésie de chaque peuple veut s’imprégner. Cependant, Nerval condamne Ronsard&nbsp;: il a, selon lui, commis l’erreur de ne pas avoir cru en la poésie des XIIe et XIIIe siècles et s’est consacré seulement à l’Antiquité. Nerval est proche de la <em>Défense et illustration de la langue française</em> de Du Bellay. Il faut donc rétablir la dignité poétique de la langue française. Il se réclame en faveur de la poésie de la Renaissance, dont la pratique de la langue excède et surpasse le modèle antique. Le poème «&nbsp;Mignonne allons voir&nbsp;» innove, par exemple, grâce au retour intuitif aux phrasés chantants médiévaux.</p>
<p>La pensée poétique est proche de la pensée historique&nbsp;: tout historien de la poésie doit assurer la continuité du temps et analyser les fractures brutales. L’historien doit être proche d’Edgar Quinet et de son <em>Histoire de la poésie</em>. Le siècle de Louis XIV, par exemple, en rompant avec le système féodal rompt aussi avec les formes de poésie qui s’y rattachaient. En écrivant le passé, il s’agit de le faire renaître, de comprendre la pensée de la langue. L’historien doit être sensible à l’historicité du langage et à l’origine de toute langue. Nerval attache une grande importance à la voix, il aime retrouver les vieilles ballades et les chansons populaires, il aime le Ronsard des discours pour la qualité de son énonciation et la dramaturgie vocale qui se situe bien au-delà de la naïveté des odelettes. </p>
<p>La Renaissance est aussi le lieu névralgique de l’imaginaire de Nerval. Dans <em>Sylvie</em>, il est fait mention d’ «&nbsp;une de ces pendules d&#8217;écaille de la Renaissance&nbsp;». L’écrivain s’interroge sur le sens de la Renaissance, qui est à la fois le premier des grands siècles critiques désenchantés du mondes et un siècle, de façon paradoxale, profondément habité par ce désir de renaissance. Pic de la Mirandole et les néoplatoniciens de Florence apparaissent à la fois dans <em>Aurélia</em> et dans les <em>Illuminés</em>. Après la prise de Constantinople, de nombreux penseurs byzantins virent se réfugier en Italie&nbsp;; ce mouvement permit aux érudits d’étudier le grec et d’introduire dans le catholicisme les germes de la dissidence et du renouveau. Le paganisme antique a, en effet, permis au catholicisme de se renouveler dans le passé. Nerval est également très sensible à l’alliance entre Valois et Médicis qui insuffla un air d’Italie à la France. Les pérégrinations de Nerval dans le Valois, pays de France où la Renaissance s’est le mieux incarnée, sont justement révélatrices du jeu de miroitement de l’auteur. Le tombeau de Catherine de Médicis, mêlant anges et saints chrétiens à la religion païenne inspira Nerval, qui fit se confondre la figure d’Aurélia et celle de Catherine de Médicis en tant que mères renaissantes, présences maternelles de substitution pour un écrivain qui n’a jamais connu sa propre mère. </p>
<p>La Renaissance devient donc le foyer de la poétique nervalienne. L’anthologie de 1830 balise déjà la future évolution de Nerval à travers une poésie double composée d’odelettes naïves et de sonnets hallucinés. Nerval présente quelques odelettes comme expression de sa première matière&nbsp;: «&nbsp;Je ronsardisai&nbsp;». L’inspiration de la Renaissance est donc portée par le style des odelettes. La mémoire de la forme s’approfondit avec le phrasé chantant de la langue. Il retrouve ainsi l’air des chansons du Valois, dont nous parlions plus tôt. Nerval reconnaît ainsi avoir une dette envers la Renaissance, vers laquelle il retourne continuellement, tout comme le vers poétique, issu du latin <em>versus</em>, symbolise un éternel retour.</p>
<p>La prose de Nerval a un double aspect, à la fois réaliste puis mystique et fantaisiste. <em>Sylvie</em> et <em>Aurélia</em> sont des rêves en prose inspirés des fables mystiques d’Apulée, de Dante, de Goethe et de Francesco Colonna, tant d’auteurs qui nourrissent la création nervalienne. Nerval est également un bibliophile pour qui le livre est un bel objet&nbsp;: il ne peut donc qu’être séduit par les chefs-d’œuvre typographiques de la Renaissance. L’illustration permet aussi de conférer beauté et noblesse au livre&nbsp;: c’est pourquoi <em>Sylvie</em> devait être un livre illustré. Dans son <em>Voyage en Orient</em>, Nerval dévoile les raisons religieuses qui le relient à Colonna&nbsp;: la Renaissance a intégré le paganisme au Christ en un syncrétisme qui est loin de déplaire à Gérard de Nerval. Reprenant la fable poétique de Colonna, Nerval y brode le récit de Sylvie, comme dans le chapitre 7 où les fresques d’abbaye ont des allures d’allégories païennes, ou, au chapitre 13, où les amours de Colonna, comparés à ceux de Pétrarque, réunissent deux aspect de la Renaissance&nbsp;: l’aspect mystique et l’aspect sentimental. La composition de <em>Sylvie</em> et du <em>Songe de Poliphile</em> est singulièrement comparable&nbsp;: enchâssement des rêves, modèle commun d’un récit à deux intrigues et d’une fable à deux niveaux de sens en une double quête amoureuse et spirituelle, chrétienne et païenne. Cependant, il subsiste quelques différences issues du travail de réécriture. Sylvie est en effet dotée d’une dimension autobiographique qui ne pourrait découler de son modèle renaissant. L’allégorie, qui permet à Colonna de déchiffrer sa vie dans un sens plus élevé, ne peut, chez Nerval, qu’être défaillante et le rêve ne parvient plus à illuminer la vie.</p>
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		<title>Bizarre et vie privée dans l’œuvre en prose de Nerval</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Jan 2010 23:03:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>La prose de Gérard de Nerval porte en elle une certaine conception du bizarre qui est intrinsèquement liée à la vie privée. Dans <em>Sylvie</em>, il parle des «&nbsp;bizarres combinaisons du songe&nbsp;». Le songe, comme la bizarrerie, se trouve donc au cœur de l’expérience littéraire de l’écrivain, tout comme chez Baudelaire. Le mot prend une place toute particulière dans les <em>Voyages en Orient</em>. Nerval s’en justifie même dans <em>Aurélia</em> en faisant mention de son attrait pour les «&nbsp;mœurs bizarres des populations lointaines&nbsp;». Le bizarre se retrouve donc intrinsèquement lié au genre du récit de voyage. Le sens de «&nbsp;bizarre&nbsp;» est celui d’étonnant, d’inexplicable, d’hétéroclite, de composite, en résumé, d’écart par rapport à la norme. Le terme fait référence à une appréciation subjective de l’objet et non à une description de ses traits propres. Nerval, en effet, évite certains détails descriptifs. Le mot peut se parer d’une connotation péjorative mais également positive, lorsqu’il est fait allusion d’un charme certain du bizarre. Le bizarre est intrinsèquement ambigu, car il peut provoquer un «&nbsp;déplacement des conditions du bien et du mal&nbsp;», écrit-il dans <em>Aurélia</em>. L’esthétique du bizarre serait donc liée à la mise à l’épreuve du jugement moral.</p>
<p> La vie privée se développe suite à l’amoindrissement de la souveraineté de l’homme&nbsp;; il s’agit, selon Benjamin Constant, d’une caractéristique moderne. Le bizarre peut être vu selon trois caractéristiques&nbsp;: écart, singularité et bigarrure. Mikhaïl Bakhtine fait d’ailleurs mention d’un certain «&nbsp;grotesque de chambre&nbsp;». Le bizarre est étymologiquement lié au grotesque&nbsp;: <em>bis varus</em> se rapporte en effet à la bigarrure, à la chimère. Les faits de chambre sont caractérisés par Nerval comme étant «&nbsp;bizarres&nbsp;». La chambre, qui contient de nombreux et divers livres, en référence au <em>Faust</em> de Goethe, est donc une pièce à la fois intime et bizarre, dont l’étrangeté est stylistiquement soulignée par les chiasmes et les antithèses. Le bric-à-brac de la chambre de Nerval, que celui-ci veut continuellement remettre en ordre, représente ce désir d’unité jamais acquise. Le rêve, élément intime par excellence, se caractérise par l’étrangeté&nbsp;: il est en partie dépourvu de sens. L’étranger est également bizarre, car il est un monde peu familier au voyageur. De par son dédoublement et sa folie, le personnage est également voué au bizarre. Le bizarre est donc associé à la sphère privée&nbsp;: les mœurs sont marquées par la singularité de choix personnels fantaisistes et de voyages faits au hasard. Curiosité et bizarrerie peuvent se départager en trois branches&nbsp;: irrégularité, écart et diversité. Le touriste s’adonne au trivial et s’expose aux «&nbsp;bizarres traverses du voyage&nbsp;» dans les <em>Nuits d’octobre</em>. La bizarrerie vient aussi de l’imprécision que l’on retrouve dans&nbsp;: «&nbsp;le vrai c’est le faux&nbsp;». La vie privée se caractérise donc par l’inexplicable&nbsp;: les récits naissent suite à des circonstances obscures et sont marqués par des signes d’initiés que le lecteur ne parvient pas à saisir. Nerval a souvent recours à l’interrogation pour exprimer les bizarreries de son imagination. Cette imagination pourrait s’incarner par la chimère&nbsp;; elle frappe l’esprit et présente des affinités avec le bizarre et le fantastique. Le voyageur lui-même n’est pas certain de la réalité&nbsp;: «&nbsp;quelque chose comme un fantôme rouge&nbsp;» marque l’imprécision. Nerval maintient une esthétique du flou et de l’incompréhension. Le bizarre se voit également valorisé dans l’altération des lieux communs culturels. La chambre maintient l’isolement et brise tout lien social. L’expérience privée se radicalise&nbsp;: le sujet a confiance en ses visions, se replie sur ses convictions personnelles. Le grotesque du XIXe siècle est celui du carnaval solitaire et de l’isolement.</p>
<p>Il existe également le bizarre d’immersion&nbsp;: il s’agit d’une expérience publique lors d’un voyage. Le voyage arrache le pèlerin à son univers intime et familier et le confronte à des nouveautés qui le déconcertent. Mêlé à la foule, le narrateur devient un inconnu qui ne peut être reconnu par personne, il prend part à la vie de la foule. La scène des derviches émeut le voyageur qui ne comprend pas ce qui est chanté ni ne connaît la signification des pantomimes. Les pratiques des derviches sont donc «&nbsp;bizarres&nbsp;», comme le mariage cophte ou le «&nbsp;hurlement&nbsp;» du chameau. Le «&nbsp;bizarre&nbsp;» provoque un étonnement, étonnement tel qu’il fait perdre ses repères au voyageur qui, lors de son réveil, croit se trouver à Paris alors qu’il est au Caire. La bizarrerie artistique, alliée à l’émotion sensorielle et physique, est portée, par la musique, vers l’inexplicable. Le bizarre a ses lieux communs et ses tours topiques&nbsp;; l’esthétique de la méconnaissance en fait partie. Nerval essaie de comprendre le bizarre&nbsp;: il compare les derviches avec les modèles antiques. «&nbsp;D’ailleurs, le bas peuple chrétien fête volontiers certains <em>derviches</em> ou <em>santons</em>, religieux dont les pratiques bizarres n’appartiennent souvent à aucun culte déterminé, et remontent peut-être aux superstitions de l’Antiquité.&nbsp;»</p>
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		<title>Les Rêves dans “Aurélia”</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Jan 2010 23:02:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le rêve est un élément essentiel dans l’œuvre de Gérard de Nerval et, plus particulièrement, au sein d’Aurélia, pièce maîtresse dans la bibliographie de l’auteur. Ces rêves singuliers répondent à un désir d’expérimentation précis&#160;; lors de son internement, le docteur Blanche lui demanda de décrire ces songes caractéristiques par leur fréquence et leur continuité. L’écriture [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le rêve est un élément essentiel dans l’œuvre de Gérard de Nerval et, plus particulièrement, au sein d’<em>Aurélia</em>, pièce maîtresse dans la bibliographie de l’auteur. Ces rêves singuliers répondent à un désir d’expérimentation précis&nbsp;; lors de son internement, le docteur Blanche lui demanda de décrire ces songes caractéristiques par leur fréquence et leur continuité. L’écriture du rêve reste cependant confuse, erratique et hésitante. L’écrivain éprouva effectivement maintes difficultés à écrire ces indescriptibles songes. À cette époque, le rêve relevait de la fantaisie indigne et la plupart des écrivains français ne s’en souciaient guère. Cependant, les écrivains allemands conférèrent majesté et splendeur à des songes prophétiques comme ceux de Jean-Paul Richter. Le rêve se fit également inquiétant et surnaturel chez maints écrivains romantiques allemands, comme E.T.A. Hoffmann. Infiniment bouleversé par le thème de la mort de Dieu, qu’il trouva dans certains songes terribles de Jean-Paul, Nerval en écrivit son poème poignant, le <em>Christ aux Oliviers</em>. Mais Nerval ne fut point l’initiateur de ce nouvel attrait français pour le rêve&nbsp;; Charles Nodier le précéda en rédigeant des essais et contes sur «&nbsp;l’épanchement du songe dans la vie réelle&nbsp;», comme l’écrivit Nerval dans <em>Aurélia</em>. Avant cette œuvre majeure, Nerval a lui-même laissé une place relativement ténue à l’univers du rêve. Le <em>Songe de Poliphile</em> de Francesco Colonna, récit onirique et énigmatique de la Renaissance, semble avoir également eu une influence décisive sur Gérard de Nerval. Les rêves commencèrent à se frayer un chemin dans les écrits de Nerval avec les <em>Filles du feu</em>. Dans <em>Sylvie</em>, par exemple, le narrateur se trouve dans un état de «&nbsp;demi-somnolence&nbsp;» évocateur. Jusque là, la présence du rêve dans l’œuvre de Nerval s’était faite discrète mais imprégnait son écriture. L’écrivain avait pourtant constaté que sa folie était inextricablement liée au rêve&nbsp;: il a donc tenté de passer sous silence le récit de ses songes comme s’ils étaient quelque péché. Cependant, dans son ouvrage, <em>Du Haschich et de l’aliénation mentale</em>, le psychiatre français Jacques-Joseph Moreau tente justement d’identifier la folie comme un délire très semblable au rêve. Nerval se montre particulièrement sensible à cette conception de la folie comme «&nbsp;rêve de l’homme éveillé&nbsp;». Le docteur Blanche a eu une influence considérable sur cet épanchement des songes de Nerval dans l’acte d’écriture. Le docteur Blanche semble être en effet celui qui encouragea Nerval à décrire ses rêves. Une lettre l’atteste, où Nerval écrit à Blanche&nbsp;: «&nbsp;je continuerai cette série de rêves si vous le voulez&nbsp;». Une publication de ces descriptions oniriques est envisagée, mais Gérard de Nerval se rétracte, de peur que de tels écrits ne soient guère rentables.</p>
<p>Ces rêves sont décrits dans un vocabulaire qui connaît quelques variations. Il se caractérise néanmoins par sa grande richesse lexicale et son nombre imposant de références. Nerval eût trois grands modèles&nbsp;: les visions de Swedenborg, L’<em>Âne d’or</em> d’Apulée et la <em>Divine Comédie</em> de Dante, comme il l’annonce au début d’<em>Aurélia</em>. Le parcours initiatique est donc toujours annoncé par un rêve. Les songes prennent parfois même la forme de visions. Nerval avoue vouloir transcrire les impressions d’une «&nbsp;longue maladie&nbsp;». Il a donc pour désir de faire pénétrer le lecteur dans les mystères de son propre esprit. L’écrivain ne part pas d’une résolution préalable&nbsp;; les propos introductifs sont, en effet, rédigés après l’œuvre, et se font le constat même de cette expérience. La fin d’<em>Aurélia</em> est une conclusion qui dévoile l’aboutissement de l’expérience et de la maladie&nbsp;: «&nbsp;Toutefois, je me sens heureux des convictions que j’ai acquises, et je compare cette série d’épreuves que j’ai traversées à ce qui, pour les anciens, représentait l’idée d’une descente aux enfers&nbsp;». La folie est donc une <em>catabase</em>&nbsp;: l’écrivain a suivi, grâce à ses visions, un parcours initiatique qui lui a apporté une révélation sur lui-même et sur sa perception du monde. Les enfers symboliseraient donc les zones les plus profondes du sujet. La démarche de Nerval ressemble fortement à celle de Sigmund Freud qui place, en tête de la préface de l’<em>Interprétation des rêves</em>, une épigraphe de Virgile, <em>Flectere si nequeo Superos, Acheronta movebo</em>. Dans cette tentative d’«&nbsp;émouvoir&nbsp;» l’Achéron se trouve le lien entre l’univers décrit par Nerval et celui que Freud explore. Dans son poème <em>El Desdichado</em>, Nerval écrit en effet «&nbsp;Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron&nbsp;», en référence à ses deux périodes de crise profonde. Le poète s’identifie donc à Orphée et considère ses tourments comme des descentes aux enfers, épreuves périlleuses, certes, mais qui lui confèrent le statut d’un prophète ayant acquis un savoir nécromantique. De plus, Nerval emprunte la référence des portes de corne prise dans le chant VI de l’<em>Énéide</em>. Cependant, dans <em>Aurélia</em>, cette <em>catabase</em> est ambiguë&nbsp;: elle peut apporter la connaissance de l’avenir comme elle peut tromper les hommes. Nerval voit dans Dante et Swedenborg l’«&nbsp;étude de l’âme humaine formulée sur le mode prophétique&nbsp;». Il s’agit, pour l’écrivain, de comprendre les songes et de leur donner un sens. </p>
<p>Lors de son internement de 1841, Nerval ressentit une forte pulsion l’enjoignant à l’expression poétique&nbsp;: il s’exprimait en vers dans une sorte de <em>furor</em> prophétique. Mais peu de traces subsistent de cet élan qui s’est surtout exprimé par des fresques, faites avec de la brique et du charbon, où l’écrivain, avec le souci du détail, tenta de se remémorer ses premières crises et ses pensées favorites. Ses rêves sont vagues, Nerval désire les représenter de façon plus précise afin de donner corps à cette Aurélia, allégorie féminine de son obsession. Il s’adonne à la sculpture en terre, dessine l’histoire du monde&nbsp;: l’écriture est encore très discrète et fait seulement figure de <em>légenda</em>, de légende illustrative. Nerval est tout entier pris dans ce désir de matérialiser ses fantasmes. <em>Aurélia</em> a une double visée&nbsp;: documentaire, car elle permet de comprendre les aliénés, et initiatique, car elle vise à la découverte d’un sens à l’épreuve de la folie. Là où le docteur Blanche veut saisir les subtilités d’un esprit malade, Nerval voit dans sa maladie une épreuve nécessaire, où la guérison symboliserait le pardon, la rédemption. C’est pourquoi les écrits de Nerval contiennent peu de notations physiologiques et peu d’analyses purement médicales.</p>
<p>Y a-t-il donc une langue du rêve&nbsp;? Nerval se fait l’explorateur puis l’initié ramenant des profondeurs du songe des éléments à élucider grâce à des mythes explicatifs. Nerval a ainsi besoin d’une herméneutique spiritualiste et fait l’impasse sur l’inconscient individuel. Si pour Homère et Virgile le rêve peut être soit faux soit prophétique, les distinctions de Macrobe faisaient encore autorité du temps de Nerval&nbsp;: songe, vision, rêve, spectre et oracle sont ces distinctions. Nerval ne pourra donc échapper à cette terminologie. <em>Aurélia</em> est un mélange de rêves, de visions, d’apparitions et de songes sans qu’une répartition claire soit faite entre le jour et la nuit, entre éveil et sommeil. La vision du réel s’en retrouve modifiée&nbsp;; même si la nuit demeure le temps privilégié du sommeil, le rêve éveillé vient se superposer étrangement au récit de Nerval. Il découvre même une singulière continuité là où s’imposait la frontière entre sommeil et éveil, lui permettant de communiquer d’un monde à l’autre. Cependant, les écrits de Nerval ne préfigureront pas ce que les surréalistes obtiendront grâce à l’usage des temps du présent. Nerval, au contraire, ne fait que se souvenir, en ayant recours aux temps du passé&nbsp;: sa démarche est essentiellement rétrospective. <em>Aurélia</em> est donc une œuvre complexe, un tissu bariolé dont il faut interroger les plis. Les récits de vie ne comptent que sous le jour énigmatique du rêve. Il s’agit d’écrire le récit d’une femme aimée, perdue puis morte, pareille à la Béatrice de Dante. Le poète, tel Orphée, se doit de retrouver l’amante jusque dans l’au-delà. Le rêveur, qui est au spectacle de lui-même, propose des tableaux instables, en constante métamorphose. Les images se multiplient, les détails prennent de l’importance comme s’il s’agissait d’un gage d’authenticité. L’on ne voit jamais le soleil mais les apparitions lumineuses se multiplient comme sur une gravure de Gustave Doré représentant le Paradis. Le geste de Nerval est fluide&nbsp;; jamais il ne s’interroge sur la poétique et la rhétorique de son œuvre ni ne se questionne sur l’acte d’écriture. De même, il hésite à percevoir le réinvestissement des actes de la veille dans ses songes. Le rêve devient donc presque inexplicable et absurde. Nerval perçoit tout de même un sens caché dans la récurrence de certaines images. Les séquences oniriques se veulent véritables. Il ne s’agit pas, chez Nerval, de simple fiction&nbsp;: la force de conviction de son expérience existentielle interdit au lecteur de considérer avec légèreté ces visions. Trois exemples oniriques dans l’œuvre de Nerval sont donnés avec le rêve, la vision et le mémorable. Les rêves sont courts, les visions sont semi explicatives et longues, tout en transgressant le cadre individuel, tandis que les mémorables sont un genre tout à fait neuf qui préfigure les <em>Illuminations</em> de Rimbaud. Le récit est entièrement dépendant de la première personne et un entier crédit est donné à l’énonciateur. Cependant, les modalisateurs viennent contrebalancer les certitudes d’une énonciation à la première personne. Nerval a peur d’être influencé par son imagination. Le rêve est incontestablement un «&nbsp;épanchement&nbsp;». Le premier rêve débute avec la mention «&nbsp;je fis un rêve&nbsp;» suivie de temps à l’imparfait et au passé simple assurant la forme du récit. Ce récit est caractérisé par l’incertitude&nbsp;: «&nbsp;j’errai&nbsp;», «&nbsp;je me perdis&nbsp;». Le narrateur progresse vers une destination qui lui échappe, mais cette progression est une nécessité intérieure. L’étrange apparaît ensuite, qui ouvre un trajet, menant à une diégèse. Les lieux sont plus ou moins reconnaissables, les métaphores se développent, les impressions globales et les détails se combinent, les références s’esquissent, comme la gravure de Dürer, <em>Melencolia</em>. Lors de la première vision, chaque objet s’ouvre à une altérité qui le modifie en une transfiguration singulière. Vérité et vraisemblance s’échangent leurs signes. Nerval ne voulait pas présenter un ensemble, c’est pourquoi il hésite à résumer un tableau composite dont il a voulu présenter les détails. Le tout appartient à l’esthétique du compte rendu. Dans la demeure de ses oncles, Nerval se trouve à la fois dans la matrice du familier et de l’étrange. Certains détails sont très nets&nbsp;: ils deviennent des objets transitionnels. À ces détails se mêlent métaphores, anagrammes, jeux de mots et effigies. Des phrases de réflexion critique font progressivement surface. Ils sont un rappel de la raison et également un moyen de ralentir l’allure de la diégèse. Comme Dante, Nerval retrouve le sens de la réflexion avec un guide. La confusion et la précision se mêlent dans la quête d’un paradis perdu, un site parfait, mais l’interdit veille&nbsp;: la proximité d’un tel bonheur est un leurre&nbsp;: plus le narrateur s’en approche et plus il en est écarté. Chaque image s’inscrit donc dans un ensemble herméneutique. </p>
<p>Les mémorables sont caractérisés par le lyrisme, la variabilité des temps, l’égarement et le délire. Le gain esthétique s’en trouve augmenté. Naît alors un univers inouï, à la fois symbolique et analogique. Le rêve se trouve inclus dans le contexte contemporain et se pare parfois d’un sens historique, en atteste la citation suivante&nbsp;: «&nbsp;Mon rêve se termina par le doux espoir que la paix nous serait enfin donnée&nbsp;». Le réel s’articule donc avec le rêve. Nerval assure au lecteur que nous ne pouvons comprendre nos actes que si nous acceptons l’«&nbsp;infra réalité&nbsp;», symbolisée par le rêve. Nerval cherche à innocenter sa folie au nom d’une raison cachée qui se dissimulerait derrière elle. La thématique des éléments de la vie transfigurée est récurrente. Contrairement à Freud, qui travaille le rêve comme réinvestissement des faits vécus de la veille, Nerval s’attache peu aux événements qu’il vient de vivre. La substance de ses rêves lui prouve l’existence d’un espace du dedans qui serait l’inconscient. Pour l’auteur, il y a continuité entre les rêves et la vie diurne&nbsp;: le monde subliminal des rêves, le mysticisme et le surnaturalisme, ont leur vérité en dehors de la pensée du sujet. Il s’agit d’un au-delà accessible au monde des esprits. Toute vie forme un récit&nbsp;: Nerval a multiplié les tentatives autobiographiques et a compris sa vie grâce au rêve. Son idée est que nous n’apercevons qu’un simulacre de notre vie et que le rêve peut la restituer toute entière. Les écrits de Nerval narrent le parcours d’une vie blessée qui tente de trouver les raisons de son échec. Les rêves font partie de cette morale du salut qui permet à Nerval de déchiffrer les hiéroglyphes de la vie.</p>
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		<title>Bruegel, Memling, Van Eyck&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Sep 2009 18:57:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Musée Jacquemart-André reste un divin et providentiel réceptacle, recueillant ponctuellement de remarquables expositions choisies avec un goût raffiné. La fort petite taille de la section réservée aux expositions temporaires ne l’empêche nullement de fournir des rétrospectives de grande qualité, souvent agencées avec une rigoureuse minutie et toujours agrémentées de textes explicatifs profondément édifiants. A [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Musée Jacquemart-André reste un divin et providentiel réceptacle, recueillant ponctuellement de remarquables expositions choisies avec un goût raffiné. La fort petite taille de la section réservée aux expositions temporaires ne l’empêche nullement de fournir des rétrospectives de grande qualité, souvent agencées avec une rigoureuse minutie et toujours agrémentées de textes explicatifs profondément édifiants. A présent, le Musée Jacquemart-André sert d’écrin à la prestigieuse collection Brukenthal, rassemblant des œuvres flamandes, italiennes, hollandaises et allemandes du XIe siècle au XVIIIe siècle. Cette admirable collection fut initiée par Samuel von Brukenthal, conseiller et ami de l’Impératrice d’Autriche, Marie-Thérèse, réputé pour son goût exquis et son insatiable curiosité. Il recueillit ainsi, auprès de réputés marchands, des ouvrages précieux, des objets d’art raffinés et des tableaux somptueux. Parmi les peintres que prisait vivement Samuel von Brukenthal, trois noms attestent à eux seuls de la finesse des inclinations du collectionneur&nbsp;: Pieter Bruegel, orfèvre précautionneux des richesses et des nuances du paysage naturel, Hans Memling, le subtil portraitiste flamand et Jan Van Eyck, le peintre dont les figures sont ciselées avec minutie et réalisme. L’Impératrice même lui offrit certaines de ses plus belles pièces&nbsp;; afin de disposer ces œuvres délicates dans un digne écrin, Samuel von Brukenthal fit bâtir, en Transylvanie, un palais qui devint un musée selon le testament de son défunt propriétaire. Cette magnifique rétrospective révèle l’exquis goût viennois de l’époque pour les tableaux et l’érudition rare de ce grand collectionneur. L’exposition du Musée Jacquemart-André suit un classement à la fois chronologique et thématique qui permet admirablement d’apprécier les contrastes entre les différents genres picturaux et leur rendu dans l’évolution du temps, révélant toute la variété et l’abondance de cette collection éminente.</p>
<p>La première partie de l’exposition est consacrée à l’art du paysage et au peintre Bruegel. A l’issue du Moyen-âge, les portraits exigent, en guise d’ornementation, un décor de plus en plus présent et soigné. Cette importance progressive du décor, due notamment à l’émergence d’une perspective de plus en plus réaliste, tout en gardant sa signification symbolique, permet au peintre de façonner un arrière-plan, mettant en valeur les visages et les bustes grâce à différents contrastes et insérant des motifs évocateurs se rattachant au modèle. Au fur et à mesure que le peintre élabore des décors toujours plus foisonnants et détaillés, la peinture du paysage se fait un genre autonome. Les peintres du Nord, férus de méticulosité et de réalisme, trouvent dans les paysages une façon d’exprimer pleinement toutes les richesses des effets au pinceau, toutes les contradictions des couleurs et toutes les textures permettant de relever jusqu’au moindre détail. Bruegel, en s’abandonnant à la représentation de scènes villageoises et populaires dans un décor naturel, précis et exacerbé, exploite toutes les possibilités du genre. Le <em>Massacre des Innocents à Bethléem</em> présente la scène de l’évangile selon Saint Mathieu dans un décor enneigé typiquement flamand. La place du village d’un blanc immaculé, cernée de maisons aux toits à la neige vierge, évoque l’innocence des victimes, mais également la froide cruauté des soldats ameutés en une multitude de lances levées et de cuirasses étincelantes. Une autre œuvre remarquable de cette collection est le <em>Paysage montagneux avec un moulin</em> de Jodocus de Momper et Jan II Brueghel. L’effet de perspective est accentué par le choix des couleurs&nbsp;; le premier plan repose, en effet, sur une dominance de teintes sombres, tandis que le second plan présente une variété remarquable de verts. L’arrière-plan est composé de bleu clair, conférant un sentiment d’infini à qui contemple ce tableau, renforcé par la forme fuyante de la vallée. Les quelques personnages peints se font de plus en plus sombres et imprécis suivant leur éloignement. Le ciel serein est tacheté d’oiseaux représentés avec une délicatesse exquise.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/tofo1.jpg" alt="Paysage montagneux avec un moulin" title="Paysage montagneux avec un moulin" width="500" height="274" class="aligncenter size-full wp-image-1705" /></div>
<p>L’exposition se consacre ensuite au peintre Hans Memling et aux maîtres du portrait. Cette salle présente des portraits de grands peintres flamands et d’artistes du XVIe siècle. Hans Memling est l’un des plus remarquables ciseleurs de visages. Ils sont assurément élaborés avec finesse&nbsp;; les traits sont pleins de douceur et de grâce, les carnations sont pâles et subtiles. L’<em>Allégorie de la Vertu</em>, œuvre appartenant à la collection Jacquemart-André représentant une jeune femme étreinte par des roches acérée et protégée par deux lions, révèle l’application raffinée du peintre. A partir du XVe siècle, se développe la pratique du portrait de cour. Ces portraits se devaient d’être réalistes mais comportaient parfois des codes représentant, par exemple, une qualité, un statut particulier. Les rois et les princes furent férus de cet art, qui s’étendit aux nobles et aux personnes aisées. Hans Memling peignit par exemple le <em>Donateur priant avec son fils défunt</em> et la <em>Donatrice en dévotion avec son petit chien</em>. Ces deux magnifiques tableaux devaient former un triptyque avec une représentation centrale d’une Vierge à l’Enfant. Chacun des donateurs est pieusement tourné vers la Vierge, l’homme lit une Bible tandis que la femme prie, les mains jointes. La beauté et la transparence des voiles ainsi que les somptueuses bagues de la donatrice révèlent la richesse du couple. Le petit chien, debout derrière la femme, est un symbole de fidélité, que l’on retrouve chez les fameux <em>Epoux Arnolfini</em> de Jan Van Eyck. Le diptyque de Hans Schwab Von Wertingen, représentant Wilhelm IV de Bavière et Jacoba de Baden possède lui aussi un certain nombre d’éléments symboliques qui témoignent de l’opulence du couple et de la tendre affection qui les unit. L’initiale du duc de Bavière décore le collier de son épouse et inversement, tandis que le paysage est continu d’un panneau à l’autre, prouvant la proximité des deux époux. Les costumes, soigneusement brodés, les superbes ornements et les guirlandes dorées exaltent les foisonnantes richesses du couple.</p>
<p>La troisième salle est consacrée à l’œuvre centrale de l’exposition, l’<em>Homme au chaperon bleu</em>, de Jan Van Eyck. Ce chef-d’œuvre fut, à l’époque de Samuel von Brukenthal, attribué à Albrecht Dürer. Le tableau est de fort petite taille mais de lui émane une aura mélancolique saisissante. L’intimité et la sobriété de ce portrait de cette modeste huile sur bois sont remarquables. Le modèle, probablement Jean IV de Brabant, est représenté de trois-quarts, songeur et contemplatif, tenant une bague de fiançailles. L’homme est affublé d’étoffes précieuses dont les plis sont magnifiquement rendus. La fourrure qui orne son vêtement est reproduite avec une délicatesse admirable. </p>
<p>La salle suivante est consacrée à la peinture mythologique qui permit aux artistes de déployer toute leur sensibilité et leur habileté dans la représentation du corps humain. Des commanditaires lettrés firent perdurer la représentation picturale de scènes mythologiques jusqu’au XVIIIe siècle. Les peintres peuvent y exprimer librement la sensualité des postures et la grâce des corps tout en offrant des scènes érudites aux symboles soigneusement pensés. <em>Diane et Callisto</em>, de Hans Rottenhammer, inspiré des <em>Métamorphoses</em> d’Ovide, permet au peintre de montrer la beauté des deux corps féminins dénudés, lascivement étendus, et de narrer cette scène d’Ovide où Callisto, enceinte de Zeus en dépit de son vœu de chasteté, se retrouve chassée par Diane et métamorphosée en ours par Junon. Zeus fit d’elle la constellation de la Grande Ourse.</p>
<p>Puis, l’exposition aborde les cabinets de curiosités et l’œuvre de Johann Georg Hinz. La salle se partage en deux pans, avec en premier des scènes maritimes, et, en deuxième, les cabinets de curiosités. Les scènes maritimes permettaient de montrer des navires en proie à la tourmente et aux orages&nbsp;; c’est le cas des deux œuvres de Andries van Ertvelt, <em>Bateau amarrés dans une crique après la tempête</em> et <em>Bateau de pêche dans la tempête</em>. Des expéditions navales permirent aux collectionneurs de découvrir des objets incongrus, qui vinrent remplir les cabinets de curiosités. Johan Georg Hinz excellait dans la maîtrise de cet art singulier. Son <em>Cabinet de curiosités</em> est constitué d’étagères en trompe-l’œil ornées d’objets divers. Les coquillages précieux et le corail, œuvres de la nature, côtoient statuettes antiques et vases ornés de chérubins, élaborés par les hommes. Des colliers de perles noués par des rubans font la jonction entre les richesses de l’homme et de la nature. Les différents objets sont soigneusement disposés, c’est le cas des deux mousquets, des deux coupelles et des deux goussets, donnant l’impression d’un désordre choisi, d’un foisonnement ordonné.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/tofo2.jpg" alt="Cabinet de curiosités" title="Cabinet de curiosités" width="500" height="626" class="aligncenter size-full wp-image-1706" /></div>
<p>Les peintres hollandais et flamands s’adonnèrent également à la peinture de genre, permettant de saisir des moments de la vie quotidienne des individus les plus humbles avec parfois un certain humour. Ces scènes anonymes furent fort prisées des élites pour le rendu expressif des personnages et le réalisme des décors. Le <em>Soldat à sa fenêtre fumant la pipe</em> de Frans Van Mieris fut offert à Samuel von Brukenthal par Marie-Thérèse. La fenêtre qui sert de cadre au fumeur est peinte en trompe-l’œil, introduisant une subtile perspective. Une végétation noueuse vient gracieusement agrémenter le mur. Le soldat, personnage humble, scrute avec malice l’observateur, sa bouche esquissant un sourire espiègle.</p>
<p>L’exposition dirige ensuite le flâneur vers la salle consacrée à la peinture religieuse. L’on y trouve le surprenant <em>Ponce Pilate</em> de Leonard Bramer. Pilate repose sur un trône, éclairé par une très faible lumière, et se lave les mains de la condamnation du Christ. Les turbans et les costumes des personnages confortent l’observateur dans l’idée que ce peintre fut l’un des premiers à introduire l’orientalisme dans ses œuvres. L’on a souvent prétendu que Leonard Bramer était l’élève de Rembrandt, ce qui est impossible, cependant, l’influence du Caravage dans le rendu du clair-obscur semble pertinente. Une autre œuvre remarquable de cette salle est celle de <em>Marie, Jésus et Sainte Anne</em> de Justus Sustermans. Les trois âges de la vie son représentés avec une grande dextérité. Le regard attendri de Sainte Anne, le visage serein de la Vierge et le sourire du Christ sont magistralement exécutés, de même que le rendu des tissus, le rouge dont est vêtue la Vierge évoquant la Passion de son Enfant. L’<em>Ecce Homo</em> du Titien révèle un Christ non point humble et docile, mais un Christ intensément fier, la tête redressée sous la couronne d’épine.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/tofo3.jpg" alt="Ecce Homo" title="Ecce Homo" width="500" height="644" class="aligncenter size-full wp-image-1707" /></div>
<p>L’ultime salle présente l’art de la nature morte, permettant au peintre de faire montre sa virtuosité d’illusionniste&nbsp;; chaque fleur, chaque fruit semble en effet d’un réalisme saisissant, tout en gardant sa charge symbolique qui fait de chaque nature morte une énigme à décrypter. Cet art considéré comme moindre connut un immense succès. La <em>Guirlande de fruits sur un postament antique en trompe-l’œil avec la Sainte Famille</em> demanda le savoir de deux peintres, Jan Davidsz de Heem, qui élabora l’imposante et exubérante guirlande de fruits et de fleurs, et Erasme II Quellin, qui se consacra aux éléments architecturaux et au médaillon central. Les grains de raisins sont représentés avec une telle adresse qu’ils semblent translucides. Les lourdes grappes évoquent l’Eucharistie, les châtaignes, la Passion du Christ et les noix, son trépas. Chaque fruit doit donc être mis en relation avec le médaillon représentant la Sainte Famille. Le <em>Repos après la chasse</em> de Jacob Jordaens est une nature morte de cadavres d’animaux. La chasse devient le prétexte de ce déploiement macabre. Le premier plan du tableau est donc exclusivement composé de gibier mort, lièvres, canards, bécasses. Derrière l’amoncellement des cadavres se trouvent le chasseur au repos et ses deux chiens.</p>
<p>La collection Brukenthal est donc éminemment riche. L’exposition du Musée Jacquemart-André permet d’en saisir toute la beauté et toute la variété grâce à un parcours cohérent et soigneusement élaboré. Chaque œuvre fut choisie avec goût et fait honneur à la sagacité de Samuel von Brukenthal, dont le bienveillant portrait orne l’entrée menant à la première salle en une marque de considération grandement méritée.</p>
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		<title>Gounod, Mireille et l’opéra</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Sep 2009 12:27:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les Complaintes de Maetel]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Gounod]]></category>
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		<description><![CDATA[Afin de célébrer dignement la première, à l’Opéra de Paris, de Mireille de Charles Gounod, l’Opéra national de Paris et la Bibliothèque nationale de France organisent, le temps des représentations au Palais Garnier, une monographie consacrée à l’immense compositeur français et, tout particulièrement, à cet opéra injustement méconnu qu’est Mireille. Cette exposition se situe dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Afin de célébrer dignement la première, à l’Opéra de Paris, de <em>Mireille</em> de Charles Gounod, l’Opéra national de Paris et la Bibliothèque nationale de France organisent, le temps des représentations au Palais Garnier, une monographie consacrée à l’immense compositeur français et, tout particulièrement, à cet opéra injustement méconnu qu’est <em>Mireille</em>. Cette exposition se situe dans le cadre sublime de la bibliothèque du Palais Garnier et, en dépit de sa taille menue, parvient à présenter une honorable quantité d’objets, de dessins, d’estampes et de costumes ayant trait à l’œuvre de Charles Gounod, en soulignant surtout la place de <em>Mireille</em>, opéra maintes fois remanié, mais néanmoins chef-d’œuvre, parmi les excellentes créations du compositeur. </p>
<p>D’un point de vue purement pratique, et en dépit du fait que le cadre du Palais Garnier est somptueux, l’exposition demeure fort mal organisée pour qui désire directement s’y rendre, sans flâneries inutiles. Après une errance pénible dans les escaliers monumentaux et les sombres couloirs de l’édifice, nous aperçûmes un antique plan indiquant vaguement l’emplacement de la bibliothèque. Une fois parvenus au terme de l’errance, s’offrit à notre regard une galerie abritant une exposition permanente, sans aucune mention de la rétrospective consacrée à Charles Gounod. Il nous fallut prier un surveillant de nous assister&nbsp;; nous apprîmes qu’il fallait remonter la sombre galerie et, à son issue, se tourner vers la gauche, ce que nous fîmes, nous émerveillant des étagères foisonnantes de la bibliothèque. Nous rencontrâmes, à gauche, une imposante porte close et réalisâmes que l’exposition se situait, en réalité, à notre droite. Ces pénibles égarements achevés, nous vîmes enfin le bref panneau introductif de la monographie. Cet écriteau fut le seul de l’exposition&nbsp;; que le flâneur inculte ne s’y aventure guère, il n’apprendra strictement rien de la vie et de l’œuvre de Charles Gounod. Cette exposition s’adresse principalement à un public érudit, connaissant l’opéra français, et désireux d’approfondir son savoir grâce à une substantielle iconographie. Finalement, les désagréments dus à l’oubli d’avoir indiqué l’emplacement de l’exposition avaient peut-être pour intention de décourager les visiteurs idiots, les touristes niais et, qui sait, de les perdre à tout jamais dans les dédales enténébrés du Palais Garnier, les précipitant dans une discrète fosse aux lions où leur abjecte ignorance trouverait une issue sanglante et tragique. Le nombre considérable de prodigieux ignares visitant le majestueux sanctuaire ne s’atténuant point, il nous faut stipuler que la bêtise est une épidémie farouche qui se répand avec une rare célérité ou que les lions, nobles et généreuses créatures, se sont lassés de l’indigeste pitance et ont préféré se laisser mourir d’inanition plutôt que de croquer le moindre visiteur inepte. Les théories sont, à ce sujet, encore irrésolues et nous invitons les lecteurs de <b>leaule</b> à nous faire part de leurs idées concernant la digérabilité de l’ahuri moderne.</p>
<p align=center><img src="http://leaule.com/img/Portr15.JPG" alt="Charles Gounod" title="Charles Gounod" width="352" height="425" class="aligncenter size-full wp-image-1769" /></p>
<p>L’exposition recueille des objets évocateurs, tel le miroir utilisé par Marie Caroline Miolan-Carvalho lors de la création de <em>Faust</em>. Le miroir ciselé, en cuivre et en argent, servit à l’interprète du rôle de Marguerite lors du fameux air des bijoux. D’autres objets sont plus anecdotiques, comme la petite pipe en terre ayant appartenu à Charles Gounod lui-même, ou la statuette en terre cuite décorée en polychromie et dorée représentant Marie Caroline Miolan-Carvalho dans le rôle de Marguerite, toujours lors de la création de <em>Faust</em>. Guillaume Dubufe offrit à Charles Gounod une superbe reliure pour la cinq-centième de <em>Faust</em>&nbsp;; l’ouvrage immense à la couverture de cuir doré à l’or fin, ornée, en son centre, d’un portrait de Gounod, est ouvert aux pages représentant deux scènes de l’opéra&nbsp;; Marguerite à son rouet et Marguerite priant à l’église. Ces objets révèlent, de façon remarquable, l’orgueil de la cantatrice, à l’époque du compositeur, qui jouissait de toutes les attentions et ne souffrait aucune indifférence. De nombreux portraits de Charles Gounod parsèment le parcours de la rétrospective, comme le buste en terre cuite sculpté par Jean Baptiste Carpeaux, le célèbre sculpteur français, connu pour avoir été accusé d’outrage à la pudeur suite à la création de <em>La Danse</em> qui ornait la façade du Palais Garnier. Mentionnons également le profil à la plume de Charles Gounod dessiné par Charles Garnier ou le sombre et élégant portrait du compositeur peint par Henri Lehmann, choisi comme digne étendard de l’exposition. Les écrits de Gounod ne sont guère oubliés, comme son manuscrit autographe de 1888, <em>Mémoires d’un artiste</em>&nbsp;; un essai de texte pour un oratorio, des esquisses manuscrites et partitions d’orchestre pour <em>Mireille</em>, une lettre écrite à Frédéric Mistral, l’auteur de <em>Mirèio</em>, l’œuvre qui inspira Gounod, sont également offerts au regard scrutateur.</p>
<p>Les objets ayant trait à <em>Mireille</em> ne sont ainsi guère délaissés. L’exposition révèle donc de nombreuses affiches, comme celles célébrant le cinquantenaire de la composition de <em>Mireille</em> de Daniel Dellepiane et de Léo Lelée ou encore l’affiche pour <em>Mireille</em> d’Auguste Lamy. D’autres documents soulignent les différentes mises en scène que l’opéra a connu, comme les photographies de 1909 d’une représentation de <em>Mireille</em> à l’amphithéâtre d’Arles, les maquettes de costumes pour Mireille aux champs et Mireille en bel habit de Charles Multzer. L’exposition s’attarde également sur les études de décor d’Auguste Rubé, faites au fusain et à la pierre blanche, représentant un corps couché et l’apparition de trois saintes. Une délicate maquette en volume d’Eugène Apy montre le soin qui était apporté aux décors de <em>Mireille</em>, soin que l’on retrouve également dans la maquette de décor de la crypte souterraine de Philippe Chaperon pour l’acte V de <em>Roméo et Juliette</em>. Les maquettes de Charles Cambon pour le cabinet de Faust et la chambre de Marguerite, ainsi que l’esquisse de la place devant le temple de Jupiter pour l’opéra <em>Sapho</em> expriment toute l’ampleur du travail artistique des représentations. Labeur que l’on retrouve dans les maquettes de costumes qui parsèment l’exposition, notamment celle du costume de Sapho, aquarelle du peintre Ary Scheffer. De véritables costumes permettent de voir la réalisation des esquisses&nbsp;; l’on trouve notamment les costumes de Méphistophélès, de Roméo, de Marguerite et du duc de Vérone.</p>
<p><em>Mireille</em> est donc digne de cette rétrospective&nbsp;; cet opéra demeure, en effet, doté d’une symbolique particulière. Il est le premier opéra de la saison, mais également le premier opéra sous la direction de Nicolas Joël, le nouveau directeur de l’Opéra national de Paris, anciennement directeur du Théâtre du Capitole de Toulouse, qui a remplacé Gérard Mortier, philistin décadent, féru de médiocrité béate, qui affirmait notamment&nbsp;: «&nbsp;le théâtre doit être un moyen de communication privilégié entre les différents groupes sociaux&nbsp;» (rires). Un discours mollement humaniste, d’une ingénuité pitoyable, faisant l’éloge d’un «&nbsp;vivre ensemble&nbsp;» citoyen ignominieux et cherchant, de surcroît, à prodigieusement avilir l’art. N’en déplaise à Gérard Mortier, certains groupes sociaux (sic) s’en cognent souverainement du théâtre, dussiez-vous, pour les attirer, disposer des créatures dénudées sur scène et les inviter à gesticuler avec des lampes néon plantées élégamment dans le postérieur en proférant des borborygmes informes. En outre, le théâtre n’est nullement un moyen de communication (sic), c’est un art. Comme toute forme d’art, le théâtre est intrinsèquement discriminant, car, si le théâtre révèle le goût, l’érudition, la sensibilité et la sagacité de certains, il montre uniment l’ignorance, la veulerie, le pédantisme et la stupidité des autres. L’art n’a nullement à se dénaturer, à se prostituer, pour qu’une populace vulgaire daigne confusément s’y intéresser. C’est à l’inculte de s’instruire et de s’élever vers l’art. Le nouveau directeur, Nicolas Joël, méritait donc l’honneur de voir son sacre célébré par cette <em>Mireille</em>, dont il a lui-même façonné la mise en scène, soigneuse et sobre, dans des tons de bruns et d’ors d’une grande beauté. </p>
<div align=center><img src="http://leaule.com/img/AMireille5-500x330.jpg" alt="Palais Garnier" title="Palais Garnier" width="500" height="330" class="aligncenter size-medium wp-image-1770" /></div>
<p>L’initiative de Nicolas Joël est d’autant plus appréciable qu’il s’agit également de la première fois que <em>Mireille</em> est jouée à l’Opéra de Paris&nbsp;; l’escalier principal du Palais Garnier fut, pour célébrer cet événement, orné de somptueuses guirlandes de fleurs. Une vile injustice, donc, qu’il fallait impérativement réparer, quitte à faire grimacer de dégoût les progressistes. La première représentation de <em>Mireille</em> fut sifflée par les bourgeois-bohèmes parisiens car l’opéra fut considéré comme réactionnaire. <em>Mireille</em> ne peut assurément paraître que réactionnaire&nbsp;; Frédéric Mistral, l’auteur de <em>Mirèio</em> fut un grand lexicographe de l’occitan et l’un des fondateurs du Félibrige, désireux de défendre les cultures régionales traditionnelles françaises. Ses ambitions contrastent indubitablement avec les aspirations républicaines qui annihilent les foisonnantes et complexes richesses du français en réformant l’«&nbsp;ortograf&nbsp;» et nivellent coutumes et traditions singulières en vantant une sous-culture uniformisatrice et ignominieuse. Frédéric Mistral inspira Charles Maurras, qui insuffla ses racines provençales à l’Action française, «&nbsp;tentative de restauration régionaliste, occitane, inspirée de Mistral et du Félibrige, opposant le Midi classique, catholique, royal et lumineux, au Nord romantique, protestant, individualiste, républicain et nébuleux&nbsp;». <em>Mireille</em>, opéra qui représente la France d’antan, profondément catholique, fière de ses traditions et de son savoir, ne pouvait que choquer un public pour qui cette France est principalement considérée comme moisie, pétainiste et obscurantiste, peuplée d’intolérants et d’inquisiteurs. Contrairement à la définition républicaine du Français, «&nbsp;embrasser la déclaration des Droits de l&#8217;homme et du citoyen, adhérer à la République une et indivisible, se fondre dans l&#8217;esprit des Lumières, s&#8217;imprégner des philosophes, se laisser bercer par Lamartine, Flaubert, Mérimée, Hugo ou Aragon, choisir la séparation de l&#8217;Église et de l&#8217;État et, surtout, savoir dire “non” au fatalisme de la défaite comme en 1940 ou à celui de l&#8217;injustice, qu&#8217;elle soit pénale ou sociale, comme l&#8217;Affaire Dreyfus&#8230;&nbsp;» qui nie toute tradition, tout attachement, toute imagination au profit de concepts fumeux et d’abstractions rationalistes, <em>Mireille</em> est enracinée dans un passé où l’imaginaire mystique et religieux côtoie la réalité charnelle de la terre française. Frédéric Mistral écrivait&nbsp;: «&nbsp;Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut.&nbsp;». Mireille, nourrie par sa foi, son amour et sa terre sera, à sa mort, assurée d’une joie éternelle dans les cieux. Que prédire à l’arbrisseau moderne, nouant ses frêles et présomptueuses racines autour d’un vide d’oubli et de vanités, hormis une existence médiocre et vaine&nbsp;?</p>
<div align="left"><strong><u>Appendice</u>&nbsp;:</strong><br />
<em>Voici la vaste plaine</em>, air de Mireille par Valerie Masterson&nbsp;;<br />
Orchestre de la Suisse romande dirigé par Sylvain Cambreling&nbsp;;<br />
Représentation du 16 septembre 1981 au Grand Théâtre de Genève.</div>
<div align="left">&nbsp;</div>
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