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	<title>Leaule &#187; Bibliophilie</title>
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	<description>Revue littéraire et artistique d’arrière‐garde &#124; Revue transgénique pluridisciplinaire &#124; Revue obscurantiste</description>
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		<title>Le Diable et ses pompes…</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jul 2010 20:52:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Day Keene]]></category>
		<category><![CDATA[Série noire]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Les Ferron prend l’identité et l’apparence, lorsqu’il réside dans le petit village communautaire de New Hope, d’un jeune colporteur de Bibles itinérant dénommé Paul Parish. Paul Parish est un jeune croyant qui fait la fierté de New Hope. Il est simple et vertueux. Il respecte scrupuleusement les interdits de cette société puritaine&nbsp;: il ne consomme jamais d’alcool et ne fume guère. Il semble d’ailleurs être un cœur simple qui apprécie le travail de la terre, porte un vieux costume élimé et conduit une voiture délabrée. Il sillonne les routes de campagne afin de propager la parole divine, lui qui connaît d’ailleurs des versets entiers de la Bible. Cet être béni est fiancé à la candide Amy et s’attire la bienveillance du père d’icelle, grand cultivateur au domaine considérable. Mais Paul Parish n’est qu’un leurre, un subterfuge. Les Ferron, qui sait pourtant incarner les dévots de manière remarquable, est le contraire de ce qu’il laisse entrevoir de Paul Parish. Ferron est l’exécutant d’un usurier. Il doit corriger, par la menace ou la violence, les victimes éplorées qui refusent de s’acquitter de leurs dettes envers son employeur. C’est un homme immoral qui fume, boit et se plaît au commerce des femmes et plus particulièrement de la sulfureuse Lydia. Il porte toujours d’élégants vêtements et conduit une somptueuse Cadillac. Paul Parish sert à Les Ferron de deuxième identité. L’élégant gredin a, en effet, élaboré un plan apparemment dénué de toute faille&nbsp;: il projette d’assassiner son chef, de lui dérober son numéraire et de s’enfuir sans laisser la moindre trace. Il peut alors se retirer, sous sa seconde identité, à New Hope et y mener une existence sereine, à l’abri des suspicions, avant de s’enfuir vers les tropiques avec son magot. Cet homme perfide a également envisagé d’épouser Amy, enhardi à l’idée de dépuceler une jeune vierge, et de s’emparer de la fortune que représentent les terres du père de la malheureuse épousée. Son plan paraît magistralement orchestré et les auspices semblent se présenter à son grand avantage. Mais les événements prennent finalement une tournure inattendue et Les Ferron, perpétuel insatisfait, créature <em>bifrons</em>, finit par ne plus savoir ce qu’il veut ni qui il est vraiment.</p>
<p>Day Keene nous livre un ouvrage magistral. De par sa parfaite maîtrise du détail, de la caractérisation et de l’intrigue, cet écrivain parvient à captiver le lecteur et à ne jamais l’ennuyer un unique instant. Le talent de cet auteur s’exalte en de nombreux points mais nous nous contenterons seulement de souligner les principaux éléments qui font de ce livre un chef d’œuvre du roman noir. Remarquons d’abord la parfaite maîtrise de ce parallélisme oxymorique qui règne entre les deux personnalités différentes de Les Ferron et qui, par de saisissants contrastes, accentue la schizophrénie du personnage. Ce que le bandit possède, le dévot le possède également, mais à sa façon. La fringante Cadillac jaune de Ferron correspond à la vieille voiture de Parish, par exemple. Les deux univers ne se rencontrent que rarement et lorsqu’il y a intrusion d’un élément d’un monde vers celui d’un autre, c’est l’équilibre de ces deux microcosmes qui en est irrémédiablement touché. La venue de Lydia dans l’hôtel que fréquente Parish complique tragiquement les plans de Ferron, qui n’a d’autre possibilité que d’évincer la séduisante rousse par n’importe quel moyen afin que ses projets d’épousailles avec Amy ne soient pas compromis. Deuxième intrusion, celle du magasine new-yorkais dans lequel Ferron et Lydia avaient posé afin d’illustrer un roman-photo érotique mettant en scène un époux homicide. Ironiquement, il s’agit de l’ultime et implicite vengeance de Lydia qui désirait que Ferron n’aime nulle autre femme qu’elle. Nous ne pouvons dévoiler les conséquences de cette contamination de la vie new-yorkaise de Ferron sur son existence en tant que Paul Parish à New Hope, néanmoins, l’irruption de l’urbanité au sein de la ruralité nuit à Ferron. Car Ferron mène, comme nous pouvons le constater, deux existences distinctes&nbsp;: celle du bandit urbain et celle du bigot campagnard. Cette personnalité dédoublée ne peut désormais plus guère retrouver son unité au risque de s’anéantir. Au début du roman, la figure dominante est celle de Ferron. Ferron dépérit en tant que Paul Parish et se met à désirer ardemment une bouteille de whisky, une cigarette et une prostituée. La vie à New Hope lui fait horreur et ne lui inspire qu’un dégoût profond. Il retrouve à chaque fois New-York avec un ineffable contentement. Puis, un glissement s’opère progressivement, comme si les deux visages distincts finissaient par se confondre, comme si Paul Parish prenait le dessus sur Les Ferron. Enfin, la personnalité de Parish devient dominante&nbsp;: le goût de la cigarette et de l’alcool lui deviennent insupportables, il rejette la prostituée qu’il avait demandée dans un hôtel new-yorkais et il semble finalement se plaire dans cette existence campagnarde, au point d’envisager sérieusement de rester avec Amy à la ferme. L’homme ne peut impunément se faire passer pour ce qu’il n’est pas&nbsp;: sa personnalité risque d’être bouleversée dans une crise d’identité qui ne peut mener qu’à la mort et à la folie. &nbsp;En restant aussi longtemps à New Hope, il s’était pris à son propre piège.&nbsp;»</p>
<p>Les Ferron est une figure essentiellement faustienne. Ce perpétuel insatisfait est sans cesse en quête d’un bonheur idéal, d’un bonheur dont les contours sont aussi changeants que sa personnalité. À New Hope, il se prend à rêver de cigarettes, de prostituées, de verres d’alcool et de vie citadine&nbsp;: &nbsp;À moins de cent cinquante kilomètres de là, c’était New-York, Times Square et son tumulte incessant.&nbsp;» Puis, une fois à New-York, il découvre finalement la réalité&nbsp;: &nbsp;Il <em>aimait</em> les plats rustiques. Il <em>aimait</em> la façon de vivre des paysans. Il <em>aimait</em> le calme et les agréments de la campagne. Il <em>aimait</em> le travail de la terre.&nbsp;» Ferron croit devenir heureux dans la richesse et l’exotisme. Mais il existe autant de bonheurs que de personnalités chez Ferron et, quand Parish prend le dessus sur Ferron, il aspire à une autre forme de plénitude. Lorsque les désirs de Ferron sont sur le point d’être atteints, celui-ci s’attarde à New Hope et invoque des prétextes fallacieux pour y rester. Mais, de fait, rien hormis l’amoureuse Amy, ne le retient dans ce village honni&nbsp;: personne ne le soupçonne du crime qu’il a commis car un autre suspect, évidemment innocent, a été condamné à sa place et Ferron n’est recherché qu’en guise de témoin éventuel. Quand Lydia le supplie de quitter New Hope avec elle pour fuir dans les îles, Ferron peut posséder exactement tout ce qu’il pouvait désirer&nbsp;: une femme, de l’argent et une destination tropicale et il peut atteindre son rêve sans la crainte d’attirer la méfiance autour de lui. Mais l’homme est inconstant et ce n’est pas tant le bonheur que sa quête même qui motive Ferron. Celui-ci désire à présent plus que tout épouser la vierge Amy. Il accepte un poste d’instituteur, emploi certes ennuyeux mais qui prouve qu’il est apprécié et respecté dans la communauté. La perspective d’une existence nouvelle, d’un nouvel espoir symbolisé par le nom du village, New Hope, semble l’émouvoir davantage qu’une vie dorée, certes, mais toujours sous l’identité de Les Ferron. Il aspire donc à ce nouveau bonheur simple et pur. Il est d’ailleurs persuadé d’y parvenir, jusqu’à l’erreur finale qui parvient au moment fatidique où son avenir allait être scellé et consacrer son bonheur. Si l’homme est inconstant, le destin l’est également et, en un unique et ultime instant, tout s’écroule autour de Ferron. Day Keene prouve qu’il faut parfois se contenter de ce que l’on possède plutôt que de prendre le risque de tout perdre. Ce second Faust qu’est Ferron ne se contente guère de ce qu’il pourrait avoir, et, en dépit de son application, l’erreur fatale apparaît qui vient lui rappeler qu’il n’est pas, contrairement à ce qu’il pensait, le maître de son destin et qu’il n’est qu’un fétu insignifiant entre les mains omnipotentes de la déesse Fortune. Ce Faust épris de Marguerite est rattrapé par ses crimes passés, mais Amy est, heureusement, épargnée <em>in extremis</em>, symbole d’une justice immanente et divine qui épargne cette innocente brebis et punit le meurtrier, le parjure, le dissimulateur. Cependant, tout rachat est impossible, dans ce roman, et les pensées douces et pures que Ferron éprouve finalement ne parviennent à excuser les actes commis. Ferron doit expier ses fautes, d’autant plus que la justice humaine a envoyé un innocent à la chaise électrique pour le meurtre qu’il a lui-même commis. Plutôt qu’une morale du rachat, c’est une morale de l’excellence que Day Keene valorise, sachant que tout acte passé ne peut jamais être expié mais, au contraire, ressurgit sur nous au moment où le bonheur est sur le point d’être atteint. Les moyens sont, pour l’écrivain, plus importants que la fin.</p>
<p>Ce personnage qu’est Ferron est donc un être inassouvi. Comme Faust, il serait prêt à pactiser avec le diable afin de parvenir à ses fins. Le meurtre, le vol et le mensonge ne l’inquiètent en rien. Lydia est le pendant féminin de Ferron&nbsp;: &nbsp;Pour toi, je coucherais avec le diable&nbsp;!&nbsp;» dit-elle avec sincérité. Elle aussi, nouvelle Ève, est prête à goûter le fruit de l’antique serpent pour obtenir l’amour désintéressé de Ferron. Mais les suppôts du diable sont sévèrement punis, aussi purs soient leurs désirs initiaux. Lydia adore Les, digne sentiment, mais les moyens dont elle use pour parvenir à être aimée de lui suffissent à la damner et à lui réserver un sort infâme, étranglée par l’être aimé, le sujet même par lequel elle a péché. Ferron est également une incarnation tantalienne. Tel Tantale, Ferron a commis des crimes et est puni en ne pouvant atteindre les objets de ses désirs. Comme Tantale qui, voulant prendre une pomme voyait les branches des pommiers se rétracter, voulant boire à l’eau d’un ruisseau voyait l’onde pure se retirer, Ferron assiste, impuissant, à la fin de tous ses rêves. À force d’avoir tant voulu, il a tout perdu&nbsp;; ses rêves en tant que Les Ferron, puis ses aspirations en tant que Paul Parish. Les deux personnalités conflictuelles se sont annihilées du fait même de leurs aspirations contradictoires. Peut-être Ferron était-il voué à ne jamais connaître le bonheur&nbsp;? C’est la quête incessante du bonheur qui stimule l’homme mais sa réalisation finit irrémédiablement par le décevoir. Quel que soit le destin qui aurait pu lui être réservé, Ferron aurait peut-être fini par se lasser de son existence. L’issue de Ferron est la fin symbolique de tout être qui se détruit par la passion et qui ne parvient pas à se contenter des sentiments et des possessions les plus simples.</p>
<p><em>Le Diable et ses pompes…</em> se lit comme une pièce de théâtre tragique où le héros se précipite inconsciemment vers une fin inévitable. Le <em>fatum</em> décide à sa place de son sort et il lui est impossible, en dépit de ses efforts, d’y échapper. Dès le début du roman, le destin de Ferron est tracé et les acteurs de la tragédie sont placés. La théâtralité est présente dans l’œuvre et confirme notre thèse. Qui est Ferron sinon un acteur de théâtre qui tente d’orchestrer la pièce dans laquelle il joue le rôle principal&nbsp;? Mais Ferron se laisse prendre au piège dramaturgique en deux points&nbsp;: le masque finit par adhérer à son visage de manière à ce qu’il soit bientôt impossible de déterminer qui est l’acteur et qui est le rôle et Ferron, qui croit être l’auteur de son destin, n’est que le jouet d’une force impérieuse qui le dépasse. Nous pensons, évidemment, au célèbre monologue d’<em>As you Like it</em> de William Shakespeare&nbsp;:</p>
<blockquote><p>
<em>All the world’s a stage,<br />
And all the men and women merely players:<br />
They have their exits and their entrances;<br />
And one man in his time plays many parts</em>.</p></blockquote>
<p>Chaque personnage se dissimule derrière un masque de théâtre&nbsp;; même la prude Amy dissimule sous sa candeur des désirs irrépressibles. Les Ferron ne serait donc que l’allégorie de la triste dissimulation humaine.</p>
<p align="justify">
<div align="justify"><img src="http://leaule.com/img/daykeene.png" alt="" title="Day Keene" width="114" height="142" class="alignleft size-full wp-image-3581" />Day Keene est un auteur injustement méconnu. Michel Lebrun fut l’un de ceux qui parvint à faire connaître cet écrivain magistral, notamment grâce à son <em>Almanach du crime</em> de l’année 1981 qui lui consacre un abondant dossier et une étude thématique. Bien que Lebrun résume <em>Le Diable et ses pompes…</em> de manière étrangement idyllique, son avis sur l’ouvrage mérite d’être mentionné&nbsp;: &nbsp;Les retournements, les coups de théâtre se succèdent sans aucun temps mort jusqu’à une apothéose qui laisse le lecteur abasourdi&nbsp;: Day Keene lui avait donné absolument tous les éléments pour prévoir la fin de l’histoire, et le lecteur n’avait rien vu&nbsp;! C’est la technique du roman détective classique adaptée, de main de maître, au roman noir.&nbsp;» Fut un temps, comme pour quelques génies littéraires injustement oubliés, nous ne savions rien de Day Keene. Nous savons désormais qu’il débuta sa carrière d’écrivain en tant qu’auteur de pièces de théâtre et de scénarios de feuilletons radiophoniques. Nous présumons que la théâtralité dont est pétri <em>Le Diable et ses pompes…</em> provient de ses écrits de jeunesse. Il écrivit ensuite des nouvelles de <em>pulps</em> puis s’adonna principalement aux romans policiers. La plupart de ses romans suivent un schéma canonique&nbsp;: le héros est injustement accusé d’un crime qu’il n’a pas commis et partagé entre deux femmes qui incarnent le Bien et le Mal. L’une est une séductrice implacable, l’autre une créature bienveillante. <em>Le Diable et ses pompes…</em> est donc une œuvre à part dans les compositions de cet écrivain. L’ouvrage délaisse les poncifs manichéens pour présenter une vision ambivalente de l’homme où chacun possède en lui le Bien et le Mal. Les deux femmes du roman sont des êtres insaisissables qui possèdent chacune un aspect négatif et un aspect positif. Les Ferron n’est pas le héros conventionnel des romans de Day Keene&nbsp;: bien qu’il soit, comme de coutume, un grand gaillard bien bâti, il n’est pas l’homme sans reproches des autres œuvres de l’auteur. Il s’agit, encore une fois, de nuancer les personnalités, car le lecteur se sent malgré tout proche de Les Ferron, dont les contradictions et les atermoiements sont ceux de chacun.</div>
</p>
<p>Nous conseillons donc vivement la lecture d’un ouvrage aussi intéressant que <em>Le Diable et ses pompes…</em>. Bien qu’il puisse être considéré comme une originalité de l’auteur, il représente un moyen remarquable de découvrir Day Keene et l’ampleur de son talent littéraire. Son sens aigu du suspense captive le lecteur de la première à la dernière phrase et celui-ci referme le livre avec un sentiment étrange mais agréable de contentement et de réflexion mêlés.</p>
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		<title>La Loi des Ancêtres</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Jul 2010 20:04:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bibliophilie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’Érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Anticipation]]></category>
		<category><![CDATA[Cycle des Ancêtres]]></category>
		<category><![CDATA[Fleuve noir]]></category>
		<category><![CDATA[Peter Randa]]></category>

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		<description><![CDATA[La Loi des Ancêtres s’attache à narrer les péripéties d’Henri Algan, le capitaine du Carcal, vaisseau en approche de la planète aux quatre continents dénommée Kher. Comme tout Ancêtre, Algan, du fait de trajets sidéraux durant d’innombrables décennies, subit régulièrement des hibernations prolongées qui lui ont permis de traverser les siècles en conservant le corps [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Loi des Ancêtres</em> s’attache à narrer les péripéties d’Henri Algan, le capitaine du Carcal, vaisseau en approche de la planète aux quatre continents dénommée Kher. Comme tout Ancêtre, Algan, du fait de trajets sidéraux durant d’innombrables décennies, subit régulièrement des hibernations prolongées qui lui ont permis de traverser les siècles en conservant le corps d’un homme jeune. Il dispose, sur Kher, de quelques descendants qui jouissent d’un statut élevé dans la hiérarchie de la planète. Tel est le privilège de chaque enfant d’Ancêtre. Privilège qui comporte une contrepartie&nbsp;; un fils d’Ancêtre peut certes assurer un avenir radieux à sa descendance mais ne connaît guère son père. Seuls ses enfants ou ses petits-enfants peuvent espérer rencontrer leur patriarche lors d’une escale sur la planète, après un périple d’un siècle. En amorçant les procédures d’arrivée sur Kher, Henri Algan constate que les robots du spatiodrome réservé aux Ancêtres réagissent de façon inhabituelle. Soudain, le Carcal est pris dans un champ de force d’une puissance insoupçonnée et il n’est plus possible pour son capitaine de s’en extraire sans disloquer le vaisseau. Finalement, le Carcal n’a d’autre possibilité que de se poser. Henri tente de lancer une fusée d’avertissement adressée aux Ancêtres afin de les prévenir d’une probable révolte sur la planète. Mais la fusée est spontanément détruite par les assaillants. Le staré Tarkov, un des dirigeants de Kher, annonce qu’il désire prendre l’astronef en son pouvoir. Les Ancêtres ont donc été déchus de leur autorité sur la planète. Henri ordonne alors la destruction de la tour de contrôle du spatiodrome. Cette tour abritait les projecteurs nocturnes. L’ennemi se retrouve donc dans l’obscurité une fois la nuit tombée. L’Ancêtre profite de ce répit pour s’échapper subrepticement et rendre une visite discrète à son descendant grâce à un compensateur de gravité qui lui permet de voler silencieusement. Algan se rend dans le château familial et visite en premier lieu la chambre qu’il occupait avec l’épouse qu’il s’était choisie sur la planète, une dénommée Gisèle. Une photographie de sa femme et de son fils orne la pièce, habitée par une jeune dormeuse qui sommeille durant l’investigation discrète de l’Ancêtre. La photographie comporte, en son dos, un message inquiétant, écrit de la main de son descendant&nbsp;: toute la famille Algan aurait été exilée sur le quatrième continent de la planète. Ria Lémon, fidèle connaissance familiale, est la seule qui puisse permettre à l’Ancêtre de retrouver les siens. Il s’agit de la fille endormie. Fille qu’il s’empresse d’éveiller mais dont il finit bientôt par se méfier…</p>
<p>Ce dernier volume clôt talentueusement le <a href="http://leaule.com/mot-clef/cycle-des-ancetres/" target="_blank">cycle des Ancêtres</a>, cycle qui se caractérise par une constance remarquable. Aucun tome ne pourrait être considéré comme inférieur aux autres et <em>La Loi des Ancêtres</em> ne fait guère exception. Chaque ouvrage prend comme protagoniste un Ancêtre différent. Cependant, ces Ancêtres sont parfois dotés de qualités, de pensées et de comportements si semblables qu’ils paraissent être un seul et même personnage, celui de l’Ancêtre canonique. L’Ancêtre est l’archétype même du proscrit randéen et nous le découvrons, au fil des ouvrages de ce cycle, de façon nuancée. L’Ancêtre est certes un surhomme doté de qualités remarquables. Néanmoins, il est un être tourmenté et solitaire. Conditionné à la vie dans l’espace, l’Ancêtre est incapable de se fixer sur aucune planète et multiplie épouses et descendants sans véritablement constituer de famille. En effet, lorsqu’il revient, après des pérégrinations de plusieurs siècles, il rencontre ses descendants tout en restant du même âge que lorsqu’il quitta la planète. L’Ancêtre a peur de vivre. Ainsi, il ne peut demeurer plus de quelques mois sans hiberner. «&nbsp;Notre fatalité à nous, les Ancêtres, c’est le temps…&nbsp;» Henri Algan est né sur Terre O il y a plus de 6 siècles. Il a quitté la planète originelle par attrait pour l’espace, par désir de quitter la médiocrité terrienne ordonnée par un gouvernement inepte.</p>
<blockquote><p>À l’époque, Terre O était gouvernée, comme elle l’a été souvent, par une assemblée élue qui avait entrepris une fois de plus un nivellement par le bas assez désastreux et dont l’injustice fondamentale me révoltait […] et je suis parti en me disant que, à mon retour, je trouverais la Terre sortie des théories politiques fumeuses des illuminés qui la gouvernaient à ce moment-là.</p></blockquote>
<p>Hélas, après quelques siècles d’errance, il ne fut plus guère possible à l’Ancêtre de s’installer durablement sur Terre O. Même si le régime politique en place, une théocratie strictement hiérarchisée, lui plaisait infiniment, il ne pouvait plus rester sur une planète sans ressentir l’angoisse de la vie et l’impérieux désir de retrouver l’espace.</p>
<p>L’ouvrage pose la question du pouvoir&nbsp;; les Ancêtres jouissent effectivement d’une puissance qu’aucun dirigeant planétaire ne pourrait posséder. Les Ancêtres sont les seuls à diriger simultanément toutes les planètes colonisées par les Terriens. Ils dirigent également toutes les voies qui permettent aux Terriens de se rendre d’une planète à l’autre. Ce pouvoir peut paraître exorbitant mais c’est ce statut particulier qui confère toute sa pérennité et toute sa force aux Ancêtres. Toutefois, les Ancêtres ne disposent de ce pouvoir qu’afin de préserver l’équilibre des colonies. </p>
<blockquote><p>Malheureusement, il n’est pas question que nous permettions aux planètes de se libérer de ce qu’elles considèrent comme un joug et, dans l’espace, nous ne tolérerons jamais la moindre concurrence. S’il en existait une, elle conduirait inexorablement l’humanité au chaos car toutes les civilisations qui la composent ne sont pas arrivées au même point de développement.</p></blockquote>
<p>Le souverain, tel qu’il est incarné par les Ancêtres, se doit d’être distant et intouchable. Il est considéré avec crainte et révérence, à la manière d’une divinité antique. Seule cette forme de pouvoir semble être légitime et valable, selon Peter Randa, par opposition à la démocratie où les êtres les plus communs, les plus bas et les plus vils accèdent au pouvoir. Les Ancêtres sont, au contraire, au sommet de la hiérarchie et séparés du peuple par des obstacles infranchissables&nbsp;: tout d’abord l’âge, puis la distance, les Ancêtres ne résidant que quelques mois sur chacune des planètes à plusieurs siècles d’intervalle, et, enfin, la possession exclusive d’objets technologiquement avancés. Cependant, les Ancêtres laissent les différentes colonies dans une complète liberté, les laissant évoluer et progresser selon leur rythme et refusant d’imposer le moindre commandement à la plèbe. Mais les spatiodromes doivent demeurer intouchables à la manière d’un temple sacré. Ces installations, qui permettent aux Ancêtres d’y poser leurs imposants vaisseaux, sont le seul élément contraint de leur règne. Toucher à ces spatiodromes revient à commettre un acte sacrilège et les Ancêtres prennent sérieusement toute attaque ou toute dégradation qui leur serait faite. «&nbsp;Nous régularisons les rapports planétaires. C’est devenu notre véritable raison d’exister et, si nous sommes des maîtres impitoyables quand il le faut, les populations que nous contrôlons n’ont affaire à nous que durant quelques mois par siècle.&nbsp;» Tel serait le souverain parfait, un être sage, distant et perspicace qui aurait sacrifié son existence afin de se vouer entièrement à sa tâche. Selon l’auteur, ce régime idéal est l’exact contraire de la démocratie.</p>
<blockquote><p>Les connaissances suprêmes et les techniques de pointe doivent être l’apanage d’un petit nombre… Si nous permettions aux civilisations de toutes les planètes de se développer librement, nous aboutirions fatalement à une guerre des mondes qui serait vite effroyable… Les hommes ne sont jamais majeurs… Un très petit nombre d’entre eux parvient à la sagesse… Lorsqu’une fatalité les y contraint et seulement alors.</p></blockquote>
<p>Peter Randa désire montrer l’absurdité d’un régime démocratique qui ne placerait au pouvoir que des processions d’êtres immatures, belliqueux et abjects. Ce rêve de l’écrivain est perceptible au long de ce cycle dont les protagonistes sont justement des hommes qui disposent de la sagacité nécessaire pour gouverner. Malheureusement, la Terre ne dispose guère d’Ancêtres et la croyance éperdue que certains peuples entretiennent envers la frénésie démocratique laisse vivement souhaiter qu’il soit possible, comme Henri Algan, d’hiberner pendant plusieurs siècles et de ne s’éveiller qu’une fois les humains revenus de leurs aspirations médiocres et placés sous la tutelle de créatures responsables à l’aura presque divine.</p>
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		<title>La Révolte des inexistants</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Jul 2010 17:38:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La Révolte des inexistants est le troisième opus du cycle des Ancêtres. Le commandant de l’Astaré et membre du Conseil des anciens Philippe Estainier dirige son astronef vers la planète Bardella. Étant un Ancêtre, sa perception du temps est fort différente et celui‐ci a l’apparence d’un homme jeune tandis qu’il ne s’est pas rendu sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Révolte des inexistants</em> est le troisième opus du <a href="http://leaule.com/mot-clef/cycle-des-ancetres/" target="_blank">cycle des Ancêtres</a>. Le commandant de l’Astaré et membre du Conseil des anciens Philippe Estainier dirige son astronef vers la planète Bardella. Étant un Ancêtre, sa perception du temps est fort différente et celui‐ci a l’apparence d’un homme jeune tandis qu’il ne s’est pas rendu sur Bardella depuis près d’un siècle. Il s’attend ainsi à pouvoir y rencontrer certains de ses descendants. Il reçoit justement un message d’un descendant homonyme qui cherche à l’avertir d’un danger imminent&nbsp;; le Grand Conseil chercherait à s’emparer de son vaisseau. Philippe passe outre ce message mais reste sur ses gardes en plaçant son vaisseau en état d’alerte et en atterrissant discrètement sur la planète avec une navette. Sur Bardella, son descendant jouit d’un statut privilégié en tant que membre du Grand Conseil. Philippe se décide à lui rendre une visite nocturne mais son homonyme se comporte d’une étrange manière, comme s’il était sous l’influence de quelque drogue. L’Ancêtre réalise l’incohérence de l’attitude de son descendant, qui ne se souvient plus lui avoir envoyé un tel avertissement. Il apprend que son descendant entretient une liaison avec une mutante, ce qui est passible de la peine de mort sur la planète. Le couple chercherait à fuir dans le vaisseau de Philippe afin de pouvoir vivre librement, même si la mutante devrait être stérilisée sur toute autre planète. Bardella dispose de trois races différentes, les Terriens issus de Terre O qui colonisèrent la planète grâce aux Ancêtres et les Slavons, êtres semblables aux humains mais à l’intelligence irrémédiablement amoindrie. Hélas, les Slavonnes sont de superbes créatures et nombreux furent les Terriens qui succombèrent aux charmes de leur corps splendide. De cette union étrange naquirent des mutants qui disposent de l’intelligence humaine mais ont le front déformé par deux antennes. Les Slavons ne peuvent bientôt approcher les Terriens que le jour&nbsp;; la nuit, les Slavons égorgent les Terriens afin de se nourrir de leur sang. Ils sont donc retranchés dans des réserves nocturnes. Les mutants n’ont pas hérité de cette caractéristique. Néanmoins ils sont considérés comme des êtres inférieurs. Cependant, des mutantes d’une grande beauté qui dissimulent leurs antennes grâce à leur coiffure ont réussi à devenir les secrétaires des plus influents membres du Grand Conseil. Les dirigeants de Bardella semblent comme hypnotisés et séduits par ces beautés inquiétantes. Philippe Estainer découvre également, grâce à une jeune femme nommée Galda, que des personnalités importantes ont été enfermées tandis que leurs familles ont été rétrogradées. Des Slavons réfractaires, qui auraient inopinément développé leur intelligence, se seraient rebellés et retirés dans la nature. Les Terriens mènent envers eux une guerre qu’ils sont sur le point de perdre, en dépit d’armes et de moyens incomparablement supérieurs à ceux des Slavons. L’Ancêtre se doute qu’un inavouable secret trouble l’apparente tranquillité de la planète, un secret qui touche de près les mutantes.</p>
<p><em>La Révolte des inexistants</em> aborde à nouveau les problèmes raciaux avec une rare acuité. Les mutants, ce sont évidemment les métis qui éprouvent des sentiments de rancœur et de haine envers la race dominante qu’ils ne parviendront jamais à atteindre, de mépris et de haine envers la race inférieure dont ils sont en partie issus. C’est le cas des mutants de Bardella qui préparent l’asservissement de galaxies entières colonisées par les Terriens. Leur révolte est sournoise, insidieuse et indigne. Les mutantes sont créées artificiellement par les leurs, dans une sorte d’eugénisme malsain, de façon à ce qu’elles puissent acquérir les deux qualités essentielles pour séduire et asservir les Terriens&nbsp;: une beauté surprenante et un don hypnotique. En hypnotisant les dirigeants des planètes colonisées, elles ont le parfait contrôle des décisions prises par les gouvernements et tiennent sous leur coupe les colons. Pour l’instant, les mutantes possèdent seulement Bardella mais elles désirent s’emparer du vaisseau des Ancêtres afin de s’étendre à travers toutes les galaxies colonisées. Ces inexistants ont donc prévu un plan machiavélique afin de se venger de l’insignifiance qu’on leur prête. Selon Peter Randa, tout métis possède des velléités similaires. Le sentiment d’infériorité, sentiment souvent justifié –&nbsp;n’oublions pas que les Slavons, dont sont en partie issus les mutants, sont des vampires idiots&nbsp;– provoque un impérieux désir de vengeance envers ceux qui sont supérieurs et complets. Les mutants présentent une menace pour l’équilibre social&nbsp;: «&nbsp;le corps social tout entier est miné, rongé depuis l’intérieur comme un fruit en train de pourrir… Les mutants, bien sûr…&nbsp;» Les mutants deviennent des insectes abjects&nbsp;: ils se réunissent dans des centres afin de rassembler leurs énergies psychiques. Ils espèrent conférer davantage de puissance à leurs séduisantes alliées. Ils ressemblent aux insectes des <em><a href="http://leaule.com/culture/les-frelons-dor/" target="_blank">Frelons d’or</a></em>, regroupés en nids, dépourvus d’imagination et de personnalité, voués uniquement à une unique tâche, celle de renforcer le pouvoir des mutantes. Lorsque l’exécution des mutants est ordonnée, Philippe est partagé entre le dégoût et la pitié&nbsp;: «&nbsp;Ils forment une cohorte innombrable dont l’anéantissement a quelque chose d’écœurant et fait penser au sacrifice de certaines fourmis lorsque leur nid est en danger.&nbsp;» La ressemblance avec les insectes fourmillants et impersonnels est éloquente. L’Ancêtre ne peut s’empêcher d’éprouver de l’aversion envers ces créatures&nbsp;: «&nbsp;en la voyant j’éprouve un insupportable sentiment de répulsion. Celui que tout homme normal éprouve pour les mutants…&nbsp;» Les dires de Peter Randa ne peuvent que vivement importuner d’éventuels lecteurs pour qui le métissage est un ineffable bienfait.</p>
<p>Une autre question soulevée par l’écrivain est celle du pouvoir. Ce pouvoir est incarné par les Ancêtres. Ces hommes privilégiés traversent les siècles et les distances, pouvant ainsi diriger les colonies terriennes. Ils respectent l’indépendance et l’intelligence de chaque colonie. Ils ne cherchent guère à influencer la progression de chaque planète et veillent à ce que nul despote ne s’empare des colonies en usant d’une quelconque supériorité technologique&nbsp;:</p>
<blockquote><p> Chaque civilisation évolue dans une voie qui lui est propre… Le progrès n’est pas le même partout, mais il n’est bon que s’il s’est développé harmonieusement… Sur Styra, tous les hommes portent un désintégrateur à leur ceinture… Une arme capable de faire disparaître une maison de six étages en quelques secondes… Les Styriens s’en servent judicieusement parce que toute leur éducation les a préparés à cela… Une éducation qui s’est étendue sur plusieurs générations… En serait‐il de même si on donnait cette arme aux hommes d’Ogouze, du jour au lendemain&nbsp;? Ils s’en serviraient d’abord pour régler tous leurs comptes et le massacre serait épouvantable…</p></blockquote>
<p>Seuls les Ancêtres peuvent manipuler ces différentes armes afin de protéger les colonies de toute menace technologiquement supérieure. Même si leur décision de préserver l’évolution inhérente à chaque colonie peut paraître injuste, elle relève d’une intelligence supérieure. L’exemple du désintégrateur styrien permet de comprendre que chaque peuple subit son évolution et y fonde sa civilisation, basée sur la responsabilité, la sagesse et le discernement. Un fait que certains États, qui veulent imposer leurs valeurs, leurs conceptions et leurs techniques à des peuplades qui possèdent des mœurs et des idées parfaitement antagonistes, semblent oublier, égarés dans leur frénésie égalitariste. Les Ancêtres sont, au contraire, désireux de préserver l’intégrité de chaque colonie. Ils ne sont pas des despotes mais des dieux. Chaque siècle, lorsqu’ils rendent visite aux colonies, ils semblent dotés d’une jeunesse éternelle. Ils sont les seuls à sillonner l’espace et paraissent résider dans un empyrée divin. «&nbsp;Nous sommes considérés un peu comme des dieux sur les planètes que nous visitons. Des dieux au même titre que ceux de la mythologie grecque et romaine à la grande époque de l’antiquité.&nbsp;» Ce statut leur confère une autorité incontestable. Comme les dieux de <em>L’Iliade</em> ou de <em>L’Odyssée</em>, ils influent sur le destin de la planète mais ne se préoccupent guère de futilités politiques. Peter Randa reprend d’ailleurs une idée déjà développée dans <em><a href="http://leaule.com/culture/deucalion/" target="_blank">Deucalion</a></em> selon laquelle les dieux antiques seraient en vérité des êtres issus de l’espace&nbsp;: «&nbsp;Une autre race qui nous aurait précédés et dont nous retrouverons peut‐être les traces un jour.&nbsp;»</p>
<p><em>La Révolte des inexistants</em> est donc un excellent ouvrage qui poursuit dignement ce remarquable cycle des Ancêtres. Ces Ancêtres sont des hommes supérieurs auxquels le lecteur finit irrésistiblement par s’attacher. Jouissant d’une intelligence et d’une sagacité remarquables, ces personnages n’en sont pas moins des créatures tourmentées et solitaires qui ne peuvent se fixer sur aucune planète et qui sont condamnés à sillonner l’espace. Ils sont l’incarnation du souverain d’autorité divine qui fait le sacrifice de son être pour diriger les siens sous l’impulsion de la raison d’État. Ils sont pareillement des Christophe Colomb futuristes qui rassemblent les planètes à la manière du navigateur placé sous le signe de la colombe et de l’universalité chrétienne. Rassembleurs païens, les Ancêtres constituent ce formidable lien qui unit les hommes dans les différentes galaxies de l’univers.</p>
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		<title>Retour en Argara</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Jul 2010 18:51:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Julien Lestrade est un Ancêtre qui sillonne l’espace depuis plusieurs siècles mais qui arbore toujours un corps athlétique et un visage jeune. Son vaisseau, l’Étoile, est gravement endommagé, condamnant l’équipage à une errance sans fin dans l’espace, avec l’espoir insensé de croiser une hypothétique planète où les réparations nécessaires pourraient être effectuées. Cependant, une force [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Julien Lestrade est un Ancêtre qui sillonne l’espace depuis plusieurs siècles mais qui arbore toujours un corps athlétique et un visage jeune. Son vaisseau, l’Étoile, est gravement endommagé, condamnant l’équipage à une errance sans fin dans l’espace, avec l’espoir insensé de croiser une hypothétique planète où les réparations nécessaires pourraient être effectuées. Cependant, une force d’origine inconnue attire l’astronef hors de ses inexorables errements, sans qu’il soit possible à Julien d’en discerner l’origine. Cette puissance rapproche davantage le vaisseau du point d’où elle émane et les Ancêtres aperçoivent enfin un gigantesque bâtiment d’origine extraterrestre, celui-là même qui les guide irrésistiblement à lui. Les capteurs de l’Étoile ne dénombrent qu’une unique forme de vie à bord de l’astronef étranger. Lestrade se rend seul en reconnaissance au sein du vaisseau et contemple sombrement, au gré des couloirs, les cadavres momifiés d’êtres humanoïdes. Il parvient finalement jusqu’à une salle abritant un sarcophage contenant une charmante créature. Cette femme se nomme Marka et sort d’un sommeil artificiel de plus de mille ans, réanimée par son imposant robot, baptisé Olgoo. Marka est l’ultime survivante du vaisseau qui porte d’ailleurs son prénom. Le capitaine en était son père, gravement blessé et décédé au moment de dessiner, à l’intention d’un visiteur prochain, en l’occurrence Julien Lestrade, le processus de réanimation de sa fille. L’équipage a été massacré du fait d’un soulèvement de Kholkas qui appartenaient à l’équipage et en qui le père de Marka avait pourtant confiance. Marka vivait sur Argara. Cette planète abritait plusieurs races mais seule la race blanche des Argariens a connu un remarquable essor. La race inférieure, a décidé de se lier étroitement aux blancs afin de prendre insidieusement le contrôle de la planète et d’anéantir la race supérieure par ce que l’on pourrait nommer un génocide par substitution. De ces unions contre-nature sont issus les Kholkas, pleins de haine et de ressentiment envers la race supérieure. L’élite de la race à laquelle appartenait Marka, dépositaire de tous les savoirs et de toutes les sagesses, a décidé de s’enfuir sur de grands vaisseaux spatiaux afin d’abandonner les Kholkas à leur sort. Après plus de mille ans d’absence, Marka ignore ce qu’il est advenu des différentes races de sa planète et désire retrouver Argara afin d’en apprendre davantage. Après certains événements qu’il serait fastidieux de reproduire ici, Julien se réveille sur Argara avec son équipage. Marka a complètement disparu. Julien semble avoir été hypnotisé par Marka mais, progressivement, celui-ci se découvre des capacités impromptues, comme celle de manipuler aisément les armes et les engins des Argariens, ou encore celle de connaître instinctivement la localisation des principales bases de la planète…</p>
<p><em>Retour en Argara</em> est l’un des ouvrages les plus philosophiquement éloquents de Peter Randa. Marka narre la situation de la société argarienne avec fougue et lucidité. L’écrivain y expose librement sa conception de la société française en filigrane. Pour Marka, la race blanche est toujours vouée à dominer car elle confère son essor à la civilisation. Le peuple européen, respectueux des traditions et des hiérarchies, fut justement une civilisation glorieuse qui changea admirablement la face de la Terre. Cependant, le récit de Marka s’abîme dans le pessimisme&nbsp;:</p>
<blockquote><p>Mais peu à peu, les barrières sociales qui séparaient les races sont tombées… Elles ont toutes fusionné […] Tant que les mélanges gardent un caractère exceptionnel, ils ne présentent aucun danger… Sur Argara, les distinctions ont presque totalement disparu… Une race hybride était née de cette formidable fusion à l’échelle planétaire… Naturellement, elle a tout de suite commencé à dégénérer… Il ne pouvait en être autrement. La nature le prouve…</p></blockquote>
<p>Peter Randa prévient le lecteur des dangers que présente un métissage effréné. Désireux d’une société strictement hiérarchisée, Peter Randa considère avec effroi l’abolition progressive des entraves sociales en France. Il aspire à une Europe communautaire, indépendante et intègre. Hélas, les prédictions de Marka s’avèrent réalistes et l’Histoire européenne a déjà entamé un tour inquiétant. Deux races distinctes ne peuvent, selon l’écrivain, s’unir sans créer une certaine dégénérescence. La philosophie de Peter Randa outrerait les apologistes de la négritude et du métissage. Cependant, il est, à notre sens, le véritable apôtre de la diversité&nbsp;: de par son souhait de préserver les caractéristiques des ethnies, de conserver les traits des races, il prône la diversité tandis que d’autres, comme ce délégué cégétiste, rêvent du «&nbsp;jour où le monde ne sera constitué que de gens marrons clairs avec des yeux un peu bridés&nbsp;», d’une humanité uniformisée et insipide qui est justement l’exact contraire de la diversité.</p>
<blockquote><p>Nous appelons Kholkas cette race hybride née sur Argara… Des métis de métis. C’est bien la chose la plus abominable qui puisse exister… Lentement, elle a tout envahi… elle a constitué la majorité… elle a commencé à peser sur les lois… elle a voulu prendre la direction de la planète. […] Le nombre des aliénés a augmenté dans des proportions considérables… Une sorte de lâcheté collective a amené les hommes à se targuer de droits avant de songer à leurs devoirs… Le rythme des naissances s’est accéléré jusqu’à mettre en péril les ressources alimentaires d’Argara…</p></blockquote>
<p>Les effrayantes prédictions de Peter Randa se sont avérées d’un réalisme tragique et les faits, en France, prennent rapidement la même tournure qu’en Argara. Dès à présent, les populations immigrés influent sur les lois et réclament toujours plus de droits, se considérant en terre conquise et se permettant de haïr la langue, la culture et la population d’accueil, apathique et dévirilisée, qui n’a plus guère qu’à s’effacer devant les coutumes archaïques, pernicieuses et accaparantes de chaque immigrant. Elles pèsent sur la démographie du fait d’un taux de fécondité inconcevable et les Français de souche constitueront bientôt une minorité qui, n’ayant guère le recours de l’espace, finira annihilée par un sournois génocide de substitution déjà entamé depuis des décennies. L’attitude détestable de l’État et l’abjecte manipulation des médias contribuent à l’endormissement abruti d’un peuple autrefois si grand, corps désormais rongé de l’intérieur par une lèpre sordide.</p>
<blockquote><p>Les kholkas ne sont pas les principaux responsables… Leurs chefs étaient des nôtres… Ils les ont fanatisés pour des raisons d’intérêt ou de prestige personnel… Toujours facile de flatter les bas instincts de l’homme&nbsp;! […] Le peuple est incapable de juger par lui-même… il devient vite malléable entre les mains de ses meneurs… On lui fait accepter ce qu’on veut, pourvu qu’on aille dans le sens de ses satisfactions immédiates… </p></blockquote>
<p>La responsabilité des politiciens et des électeurs est soulignée par Peter Randa. Cet écrivain visionnaire connaît les travers de la démocratie. Il sait que ce régime encourage vivement la médiocrité, l’uniformisation et le nivellement par le bas. Nulle conscience singulière, nulle âme indépendante ne pourrait émerger de cette asservissante égalité, égalité fondée sur la bassesse, la servilité et la vilenie.</p>
<p><em>Retour en Argara</em> dénote donc fortement avec le multiculturalisme hystérique de notre siècle. Cet ouvrage, deuxième opus du <a href="http://leaule.com/mot-clef/cycle-des-ancetres/" target="_blank">cycle des Ancêtres</a>, est un remarquable chef-d’œuvre dont la philosophie jouit d’une remarquable vivacité et dont le réalisme trouble le lecteur réfléchi. Peter Randa n’a, jusqu’à présent, commis le moindre impair et nous espérons découvrir d’autres remarquables romans de cet écrivain injustement méconnu dont le message mériterait pourtant d’être entendu.</p>
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		<title>Les Ancêtres</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Jul 2010 19:12:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le lieutenant Frédéric Talbot est un jeune homme intrépide et indiscipliné. Il est désigné par ses supérieurs pour s’acquitter d’une tâche fort particulière. Il lui faut postuler auprès des Ancêtres afin de devenir l’un des leurs. Le caractère de Talbot s’accorde justement avec les préférences des Ancêtres. Les Ancêtres sont les premiers hommes qui se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le lieutenant Frédéric Talbot est un jeune homme intrépide et indiscipliné. Il est désigné par ses supérieurs pour s’acquitter d’une tâche fort particulière. Il lui faut postuler auprès des Ancêtres afin de devenir l’un des leurs. Le caractère de Talbot s’accorde justement avec les préférences des Ancêtres. Les Ancêtres sont les premiers hommes qui se lancèrent dans la conquête de l’espace au-delà du système solaire. La durée des voyages interstellaires entravait toute expédition au-delà de Pluton&nbsp;: il était techniquement possible de se rendre au sein d’une autre galaxie mais le trajet était le fait de plusieurs générations successives d’explorateurs. L’hibernation permettait aux Terriens d’accomplir des distances inhumaines sans vieillir entretemps. Les premières expéditions quittèrent la Terre dans de gigantesques vaisseaux équipés du système d’hibernation susmentionné. Certains de ces astronefs abordèrent des planètes viables. Mais quelques Ancêtres éprouvèrent une grande nostalgie de la Terre et la regagnèrent à bord de l’Athos. Le trajet dura plus d’un siècle durant lequel les passagers, mis en état d’hibernation, ne prirent pas d’âge. La Terre avait tant changé, après deux siècles, que les Ancêtres ne la reconnurent plus et ne purent s’y adapter. Ils retournèrent alors sur la planète qu’ils avaient quittée, pour y retrouver finalement les descendants de ceux qu’ils côtoyaient auparavant. Ils réalisèrent donc qu’ils s’étaient placés hors du cours du temps et qu’ils n’appartenaient plus à aucune patrie, à aucune famille, à aucune époque. Ils décidèrent donc de rester dans l’espace et de fonder une guilde permettant aux Terriens d’accomplir des périples vers des galaxies lointaines. Certains de ces Ancêtres vivent théoriquement depuis plusieurs siècles mais, n’ayant passé que quelques heures par siècle sans hiberner, ils sont encore jeunes quoique dotés d’une pâleur de peau caractéristique des endormissements perpétuels. La communauté des Ancêtres repose sous l’autorité d’un Conseil suprême et dispose de techniques secrètes qui garantissent sa puissance. Un astronef s’étant écrasé sur Terre avec un unique survivant, les Terriens ont interrogé icelui et ont découvert que les Ancêtres disposaient désormais d’un moyen leur permettant d’éviter l’hibernation et de parcourir en deux jours des distances qui prenaient habituellement deux siècles. Talbot doit s’emparer de l’un de ces astronefs, après avoir été accepté auprès des Ancêtres, et le ramener sur Terre afin que soit étudié le système leur permettant d’atteindre une vitesse illimitée. Les Ancêtres sont d’ailleurs accusés d’avoir enlevé des centaines d’enfants terriens à des fins inconnues, mais le lieutenant Talbot découvrira progressivement le rôle véritable des Ancêtres contre les Vétans, espèce extraterrestre énigmatique.</p>
<p><em>Les Ancêtres</em> est le premier volume du <a href="http://leaule.com/mot-clef/cycle-des-ancetres/" target="_blank">cycle</a> du même nom consacré à ces hommes indépendants et singuliers qui vivent complètement hors du temps et n’appartiennent, par conséquent, à aucune planète et à aucune patrie. Ces Ancêtres sont des créatures redoutables car ils disposent d’une technologie inconnue des Terriens. Cependant, ils n’abusent guère de leur pouvoir et cherchent seulement à veiller sur la Terre et ses colonies galactiques. L’hibernation puis le temps négatif leur permet de sillonner l’espace et de parcourir des distances que nul être humain ne pourrait accomplir de son vivant. Les Ancêtres sont donc indispensables car ils relient Terre O à l’espace lointain. Ils sont craints et respectés comme des dieux dans certaines colonies, mais ils n’en demeurent pas moins des êtres humains aux maintes faiblesses&nbsp;: les Ancêtres sont tristes et tourmentés du fait de leur inadaptation à toute forme de civilisation. Les Ancêtres s’entourent d’objets surannés et obsolètes afin de combler le vide causé par une civilisation qu’ils ne connaîtront jamais plus, celle qu’ils ont quitté, il y a plusieurs siècles, pour explorer l’espace. L’Ancêtre est la quintessence du proscrit randéen&nbsp;: le temps, qu’il perçoit différemment, le sépare de sa patrie. Les Terriens se méfient d’eux du fait de leur puissance secrète. Les Ancêtres désirent néanmoins protéger les Terriens. Ils proviennent de la même race et sont reliés par le sang, les Ancêtres ayant de nombreux descendants sur Terre. La Terre est, en l’occurrence, menacée par la race des Vétans, des êtres à l’apparence humaine mais dont l’espèce, anémiée et exsangue, se meurt lentement. Cette race est supérieure à la race terrienne mais physiquement similaire. Elle tente de se régénérer en enlevant des enfants terriens afin de s’emparer de leur vitalité. Ce sont pourtant les Ancêtres qui sont accusés d’un tel forfait, eux qui cherchent à repousser les Vétans. Les Ancêtres doivent protéger les humains contre leur gré&nbsp;: «&nbsp;Notre mise en garde vous aurait paru automatiquement suspecte. […] Nous avons fait une première expérience dans la nébuleuse d’Andromède et nous sommes entrés en conflit non seulement avec les VETANS mais encore avec les humains que nous voulions protéger.&nbsp;» Les hommes se méfient des ces êtres qui traversent les siècles sans vieillir mais qui, pourtant, appartiennent à leur race. Aucun proscrit randéen ne peut l’être autant que ces Ancêtres qui cherchent progressivement à se couper des Terriens, conscients qu’ils appartiennent à une époque révolue&nbsp;: «&nbsp;Nous avons correspondu à un besoin de l’humanité. Grâce à nous, la race humaine a essaimé dans les plus lointaines galaxies, mais ce temps est révolu. Nous avons déjà abandonné toutes nos bases sur d’innombrables planètes.&nbsp;» Tel est le constat de Jean-Baptiste Mortier, l’Ancêtres qui commande le vaisseau l’Apocalypse. Comme toujours, chez Peter Randa, l’élite est rejetée par une majorité jalouse. Elle n’a d’autre choix que de se retirer. Les Ancêtres se définissent comme des êtres monstrueux, de la même façon que Barra dans <em><a href="http://leaule.com/culture/zone-de-rupture/" target="_blank">Zone de rupture</a></em>&nbsp;: «&nbsp;Nous sommes des espèces de monstres.&nbsp;» La supériorité du surhomme randéen en fait un être colossal et effrayant.</p>
<p>Le gouvernement terrestre est presque essentiellement constitué de Vétans infiltrés. Ils ont donc parfaite autorité sur les Terriens. Ces Vétans se sont emparés du pouvoir en toute discrétion et régissent des êtres qu’ils vont asservir et saigner de façon à ressusciter leur race. Aucun Terrien ne réalise les ambitions cruelles de ses dirigeants. Les Vétans sont un prétexte permettant à Peter Randa d’aborder quelques éléments de sa philosophie politique&nbsp;: «&nbsp;Seuls quelques esprits supérieurs sont en mesure de comprendre ce qu’il y a d’avilissant à servir complaisamment des maîtres qui vous méprisent.&nbsp;» De fait, les Vétans haïssent les Terriens qu’ils considèrent comme une race primitive. Tout politicien est un Vétan qui dédaigne une majorité inepte et servile. </p>
<blockquote><p>Nous qui avons connu d’innombrables générations successives, nous savons combien le peuple, la masse du peuple, est facile à asservir. Elle n’aspire pas à la liberté. Chaque fois qu’elle l’a connue, certains hommes l’y ont maintenue presque de force. J’ai connu l’ère des démocraties où les hommes prétendus libres étaient de serviles pantins à la merci d’une administration omnipotente. Un asservissement indirect dont ils n’essayaient même pas de secouer le joug.</p></blockquote>
<p>Usant de sa clairvoyance coutumière, Peter Randa nous confie un énième chef-d’œuvre du roman d’anticipation. <em>Les Ancêtres</em> est un ouvrage à la fois passionnant et palpitant dont la lecture ne laisse indifférent. Le cycle des Ancêtres débute donc de manière prometteuse et nous ne pouvons que vivement conseiller la lecture d’un ouvrage aussi stimulant qu’intéressant, ouvrage qui pourrait d’ailleurs être considéré de façon individuelle et indépendante, le deuxième volume du cycle, <em><a href="http://leaule.com/culture/retour-en-argara/" target="_blank">Retour en Argara</a></em>, ne constituant pas une véritable suite. Cependant, le cycle prend comme protagonistes communs les Ancêtres, personnages énigmatiques dignes de figurer parmi les dignes proscrits randéens.</p>
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		<title>Zone de rupture</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Jul 2010 01:05:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les Terriens colonisent progressivement l’espace. Les combattants, des pilotes militaires ayant subi un entraînement élaboré, ouvrent la voie périlleuse de la conquête, suivis de processions de colons, des volontaires civils accompagnés de soldats protecteurs qui s’installent sur des planètes viables mais sauvages, inexplorées et mystérieuses. L’appropriation des galaxies au profit de Terre O, la Terre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les Terriens colonisent progressivement l’espace. Les combattants, des pilotes militaires ayant subi un entraînement élaboré, ouvrent la voie périlleuse de la conquête, suivis de processions de colons, des volontaires civils accompagnés de soldats protecteurs qui s’installent sur des planètes viables mais sauvages, inexplorées et mystérieuses. L’appropriation des galaxies au profit de Terre O, la Terre originelle, aurait pu ne jamais connaître de fin. Mais les Althées, issus d’une lointaine planète, sont avides de découvertes et colonisent les galaxies alentours, cherchant à étendre leur influence jusqu’à ce qu’ils rencontrent fatalement des vaisseaux terriens investis de la même tâche. Instantanément, la guerre est déclarée entre ces deux races semblables, les Althées étant des humanoïdes semblables aux Terriens. Les deux civilisations s’affrontent donc lors de conflits spatiaux, se disputant la possession de certaines planètes périphériques. Chacun désire acculer et anéantir l’ennemi afin de continuer son élan colonisateur. Mais, dans l’espace, les guerres sont compliquées par les distances immenses qui séparent les deux planètes belliqueuses et les combattants seuls assument la dangerosité des attaques, combattants qui ne font qu’avancer sans cesse vers des galaxies inconnues et qui n’ont jamais approché la Terre. Barra, talentueux combattant, se trouve à trois générations de Terre O&nbsp;; il devine qu’il ne pourra jamais la voir autrement que dans des livres ou des projections. Néanmoins, il doit combattre et périr pour sa planète. Les combattants ignorent certaines contraintes qui pèsent sur les Terriens. À chaque planète qu’ils visitent en de brèves escales, ils épousent des femmes qui sont déclarées veuves le jour même de leur mariage et sont autorisées à se remarier un an après le départ de leur époux. Car le combattant ne revient jamais en arrière. Son existence est faite d’avancées interminables, de conquêtes infinies. Il lui est interdit de s’apitoyer sur son sort, de s’abandonner à l’amour ou de rester longtemps sur la même planète. Les femmes sont nombreuses à désirer épouser un combattant pour le prestige qu’une telle descendance leur apporterait. Les combattants sont indifférents envers ces simples compagnes passagères qu’ils ne reverront jamais&nbsp;; ainsi, ils essaiment leur descendance dans les colonies galactiques et comblent leurs désirs charnels dans une société où la prostitution est interdite et où le mariage est la seule forme d’étreinte autorisée. Lors d’une attaque inopinée où Terriens et Althées se disputent la planète Thuban IV, abritant une petite colonie de Terriens, les Althées usent d’une tactique singulière et d’une arme inconnue. Barra est promu commandant après le sacrifice de celui qui en portait le titre. Lui et un escadron de survivants se précipitent sur Thuban IV afin de protéger la colonie. Barra veut duper les vaisseaux adverses qui le poursuivent et s’engage dans un continent vierge. Il sillonne des étendues rocheuses, provoquant ainsi la perte de certains de ses poursuivants. Finalement, Barra survit avec un unique Althée. Leurs deux vaisseaux sont hors d’état et le pilote althée est blessé et inconscient. Quelle n’est pas la stupeur de Barra lorsqu’il découvre que ce pilote est en fait une femme&nbsp;!</p>
<p><em>Zone de rupture</em> est un excellent Peter Randa, un ouvrage dont l’univers est plus travaillé et plus précis que de coutume. Il ne manque guère, d’ailleurs, de ces réflexions philosophiques qui nous plaisent tant chez cet auteur. Dans ce livre, Peter Randa s’interroge particulièrement sur la question de l’appartenance à une planète, ou plutôt, à une nation, puisque Terre O, dans l’immensité de l’espace, fait office de patrie originelle pour tous les colons et les combattants. «&nbsp;La Terre&nbsp;! Je donne ma vie pour elle et là-bas personne ne sait que j’existe&nbsp;!&nbsp;» Barra éprouve un doute intense, lui qui est pourtant un modèle de dévotion et de fidélité. Il ne peut cependant s’empêcher d’être amer envers une planète à laquelle son existence est vouée mais qu’il n’a jamais pu entrevoir. Archétype du proscrit randéen, Barra l’est par sa vocation militaire et son devoir colonisateur. Même s’il se sent profondément Terrien, Barra, comme le Corse Ariézi, a été exilé de sa planète. Si Ariézi a été conditionné à son insu à la planète Vénus et considéré comme un criminel, Barra subit un sort similaire&nbsp;: «&nbsp;Je suis né à trois générations de la Terre. […] Si je partais aujourd’hui dans un vaisseau qui ne quitterait pas une seconde l’interespace, ce serait mon petit-fils qui y arriverait. Mon petit-fils déjà vieillard.&nbsp;» La distance entrave et compromet tout sentiment d’appartenance. Barra n’est pas considéré comme un criminel&nbsp;; les combattants sont des surhommes, certes, mais ils sont justement traités avec méfiance par les colons effarouchés. «&nbsp;Nous sommes des monstres&nbsp;! […] Si nous nous laissions aller au sentiment, tout s’écroulerait. L’armature d’un édifice n’a pas à se poser de questions et nous sommes un peu l’armature de cette civilisation que nous défendons sans la connaître, que nous protégeons en l’ignorant.&nbsp;» Barra ose l’admettre. Les combattants sont inaccessibles et impénétrables, ils sont une forme évoluée d’humains jugée, par conséquent, monstrueuse par les Terriens. Car le proscrit randéen est évidement un homme supérieur, dotés de capacités exceptionnelles. Ces êtres superbes représentent une minorité rejetée par une majorité jalouse et envieuse. «&nbsp;Qu’avons-nous encore de commun avec ceux que nous représentons&nbsp;?&nbsp;» Face à cette interrogation angoissante, se trouve cette certitude&nbsp;: «&nbsp;Nous appartenons à ceux qui nous ont choisi.&nbsp;» C’est pourquoi Chadora, l’Althée qui conduisait le vaisseau survivant, devient l’amante de Barra. Le peuple primitif de Thuban IV est lui aussi d’origine althée. Ce sont d’anciens colons revenus à un état premier du fait de leur isolement et des difficiles conditions de vie sur la planète. Lorsque Barra exécute le dragon qui menaçait l’équilibre de la tribu depuis des décennies, celle-ci le considère alors comme son chef, sans se soucier de son appartenance à une race ennemie. Chacun peut donc choisir à quelle nation il appartient et cette nation utilise des critères comme le courage, le mérite et la détermination. Une pensée réconfortante lorsque ceux qui se prétendent de notre nation s’abîment dans la bassesse et la stupidité. Peter Randa, ne l’oublions pas, fut un fervent nationaliste désespéré par la déchéance des siens.</p>
<p>Il ne faut point penser, de la part de Peter Randa, à une apologie du métissage. L’histoire d’amour entre Barra et Chadora est à placer dans une mythologie randéenne précise. À l’origine, de gigantesques vaisseaux provenant d’une galaxie oubliée sillonnèrent l’espace, essaimant des colonies dans différentes planètes propices à l’existence. Les Terriens et les Althées sont donc les descendants d’une race commune qui oublia progressivement sa véritable origine. Il ne peut donc être formellement question de métissage de la part d’un écrivain qui considère cela comme une dégénérescence. Les similitudes qui existent entre Althées et Terriens sont troublantes. Hormis la langue qui diffère, les Althées et les Terriens partagent des valeurs et des mœurs similaires. Peter Randa fut troublé par les conflits fratricides du <span style="font-variant:small-caps;">xx</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;; les heurts entre Althées et Terriens métaphorisent la guerre civile européenne où des frères issus de la même race s’annihilaient frénétiquement. Chadora, de par son statut, sa détermination et son intelligence, est une femme exceptionnelle. Elle est la quintessence de la femme randéenne&nbsp;: érudite, sensible et valeureuse, elle est l’<em>alter ego</em> de Barra. Elle serait donc une plus digne épouse pour un surhomme que toutes ces Terriennes qui se contentent d’une union passagère par simple goût du prestige.</p>
<p><em>Zone de rupture</em> est donc un remarquable ouvrage de Peter Randa. Il peut figurer parmi les ineffables réussites de l’écrivain, qui nous surprend toujours par la richesse de son imagination et par la cohérence de sa pensée. Les univers décrits par Peter Randa séduisent toujours autant le lecteur, en dépit de leur aspect suranné. La philosophie de l’auteur n’est point obsolète&nbsp;: elle est au contraire fort vive et la lecture de ses ouvrages est recommandée pour l’enrichissement qu’ils apportent et pour le plaisir qu’ils procurent.</p>
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		<title>Les Frelons d’or</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Jul 2010 20:16:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les Frelons d’or sert de volet conclusif à la trilogie Ariézi. Les lecteurs y découvrent, quinze jours après les faits de Baroud, le Corse Ariézi, la Saturnienne Kerill, le Vénusien Handa et quelques Syllas en pleine errance dans une galaxie inconnue. Leur soucoupe s’approche d’une planète qui ressemble étrangement à la Terre. Curieux et séduit, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Les Frelons d’or</em> sert de volet conclusif à la <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank">trilogie Ariézi</a>. Les lecteurs y découvrent, quinze jours après les faits de <em><a href="http://leaule.com/culture/baroud/" target="_blank">Baroud</a></em>, le Corse Ariézi, la Saturnienne Kerill, le Vénusien Handa et quelques Syllas en pleine errance dans une galaxie inconnue. Leur soucoupe s’approche d’une planète qui ressemble étrangement à la Terre. Curieux et séduit, Ariézi décide de poser son vaisseau dans un vaste champ de roses, près d’un archaïque village. Les quelques pauvres paysans qui entretiennent les plantations ne semblent guère abasourdis de trouver un rihan saturnien dans leur champ, fait étrange en raison de leur apparente primitivité. Au contraire, ils paraissent importunés par la présence de visiteurs qui les interrompent dans leur tâche. Ariézi et les siens s’emparent d’un couple qui résiste et semble obstinément désireux de reprendre son pénible labeur. Le Corse espère pouvoir les soumettre à l’appareil futuriste qui lui permet d’entrevoir les pensées et de comprendre les langues. Pendant qu’Ariézi et les siens s’efforcent d’emmener les deux paysans indociles, de gros frelons agressifs s’approchent d’eux et cherchent à les atteindre à la nuque. Intrigué par l’attitude insolite des insectes, qui semblent défendre les humains, Ariézi demande à Handa de procéder à la capture de quelques spécimens. Quelle n’est pas sa stupéfaction lorsqu’il réalise, après avoir tenté de s’insinuer dans l’esprit du paysan capturé, que ces créatures ne pensent guère et n’ont aucun langage. Ariézi est donc impuissant à connaître leur histoire et leur langue. Les paysans sont placés dans une salle et observés par l’équipage interdit. Un Sylla apporte de la nourriture et des couverts au couple. Après un court instant d’inattention, tous découvrent stupéfaits que la femme s’est emparée d’un couteau et a froidement assassiné son compagnon. Impuissant devant un tel comportement, Ariézi délivre finalement la paysanne qui se lance dans une fuite éperdue, comme si elle était pourchassée par un être invisible. Elle finit par gagner la proche forêt et disparaît de la vue du Corse déconcerté. Mais le Terrien intrigué n’est qu’aux prémices d’une suite d’étonnements&nbsp;; Handa lui apprend bientôt que les frelons dorés sont une espèce mutante, probablement conçue artificiellement. Plutôt que de s’empresser de quitter cette étrange planète, Ariézi décide de prolonger son séjour tant que ces mystères ne seront résolus.</p>
<p>Nous convenons que <em>Les Frelons d’or</em> est probablement le volet le plus faible de cette pourtant merveilleuse trilogie. Il n’en demeure pas moins un ouvrage talentueux, passionnant et remarquable, écrit de main de maître par Peter Randa. Il faut avouer que le lecteur s’est, au fil des deux et exceptionnels premiers volumes de la <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank">trilogie Ariézi</a>, vivement attaché à la vision fantaisiste et colorée que l’auteur entretenait au sujet de Vénus. Cette nouvelle planète qu’Ariézi explore, est terriblement moins attrayante que Vénus et sa grande ressemblance avec la Terre frustre légèrement l’imagination florissante du lecteur. Peter Randa évolue d’ailleurs vers une autre conception de l’anticipation. Si Vénus abrite une civilisation radicalement unique, il existe maintes similitudes entre cette nouvelle planète et la Terre. La civilisation déchue qui y résidait bâtissait de hauts édifices semblables à nos gratte-ciels et construisait des avions similaires aux nôtres. Cependant, la population de l’ancienne cité en ruines était vêtue à la romaine, de toges et de péplums&nbsp;! Des civilisations extraterrestres techniquement avancées et vêtues à l’antique se rencontrent souvent dans les vieux romans d’anticipation. Certains artistes et écrivains pensaient que les pyramides d’Égypte furent construites par des extraterrestres où que l’Atlantide abritait une civilisation provenant de l’espace. Cette fusion entre des moyens futuristes et des coutumes antiques ne pouvait que séduire Peter Randa, que les civilisations oubliées et énigmatiques passionne. L’écrivain se plaît en effet à de tels mélanges, en atteste <em><a href="http://leaule.com/culture/deucalion/" target="_blank">Deucalion</a></em> où se côtoient l’art égyptien et la technologie avancée.</p>
<p>La philosophie de Peter Randa est aussi moins présente, faisant presque de cet ouvrage un simple divertissement. Nous n’avons remarqué la moindre saillie philosophique hormis quelques ébauches de réflexion qui sont abandonnées au lecteur. Toute l’intrigue est laissée à l’aventure&nbsp;; nous remarquons d’ailleurs qu’Ariézi est mentionné à plusieurs reprises comme étant «&nbsp;l’aventurier&nbsp;». Néanmoins, quelques bribes intéressantes sont disposées au fil de l’ouvrage. La planète dont il est question possède plusieurs continents. Les nations qui y résident sont plus ou moins florissantes. Un État particulièrement jaloux a décidé, face à l’inutilité des guerres, de frapper de façon décisive le continent le plus aisé de la planète. Des scientifiques ont donc créé une espèce mutante de frelons. Ces insectes piquent uniquement à la nuque et dispersent dans l’organisme un venin asservissant qui vide les consciences. Les premiers nids ont été déposés, semant progressivement la panique dans les continents. Seuls de rares humains échappèrent à la piqure et se dissimulèrent dans les forêts, là où les frelons ne peuvent attaquer en essaims. L’État initiateur de cette tragédie fut lui-même victime des frelons et il n’y eût bientôt plus le moindre humain capable de contrôler le nid principal. Les frelons ont donc la parfaite maîtrise de la planète et forcent les humains à cultiver des fleurs afin de nourrir la reine de chaque ruche. À une époque encore marquée par les méfaits de la bombe atomique, Peter Randa veut prouver qu’il est imprudent de confier à des États des armes monstrueuses qui pourraient se retourner contre le genre humain tout entier. Il veut aussi montrer l’absurdité des États, qui se laissent gagner par la jalousie, l’envie, le courroux, détruisant ainsi de nombreuses vies innocentes.</p>
<p>Il nous semble révélateur que les quelques survivants, enfants et petits-enfants de ceux qui vivaient encore en sécurité dans les cités, se soient organisés de la manière suivante&nbsp;: les hommes s’occupent de la chasse, de la pêche et de la protection des cabanes tandis que les femmes lisent, écrivent et transmettent la culture de leurs ancêtres aux enfants. Les hommes sont tous illettrés tandis que les femmes savent lire et écrire. Ariézi, qui a besoin de quelques unes de ces femmes pour déchiffrer tout écrit lui permettant de connaître l’endroit d’origine des frelons, les emmène, avec le vieillard Barkas, dans les ruines de la cité. Ces femmes, vivant il y a peu dans la forêt, habillées de peaux de bêtes, ont rapidement revêtu d’élégantes toges dévoilant l’épaule et arborent des manières policées comme si elles avaient toujours vécu en citadines. «&nbsp;Les hommes n’auraient pas été ainsi […] Nous avons bien fait de choisir les femmes pour maintenir nos traditions… les hommes n’auraient été que curieux et brouillons […] Pour les femmes, l’adaptation est toujours instantanée. Déjà elles font revivre les ruines.&nbsp;» Tel est le constat de Barkas, ému. N’en déplaise aux féministes, Peter Randa valorise la famille traditionnelle où l’homme assure la protection et la subsistance tandis que la femme est dépositaire de la grâce, des traditions et du savoir. Nous trouvons ces femmes infiniment plus féminines et attendrissantes que l’actuelle créature hommasse, au sexe incertain, que nous contemplons avec consternation et qui ne mériterait pas même de s’appeler «&nbsp;femme&nbsp;».</p>
<p>Mais <em>Les Frelons d’or</em> contient tout de même quelques raretés philosophiques. «&nbsp;Les Terriens choisissent généralement des dirigeants à leur image… la majorité décide et la majorité est souvent constituée par des médiocres.&nbsp;» Cette remarquable critique du droit de vote et de la démocratie est subtilement insérée et mérite d’être relevée en ce lieu. «&nbsp;Les Terriens sont avant tout des censeurs… Dès qu’un Terrien dispose d’un pouvoir quelconque, il éprouve le besoin d’interdire quelque chose.&nbsp;» Cette autre remarque, proférée par Handa, mérite de figurer parmi ces lignes.</p>
<p>Une trilogie qui s’achève donc de façon convaincante mais néanmoins avec quelques lacunes&nbsp;: l’ouvrage se termine, par exemple, de manière précipitée. Nous ignorons comment Elmi et Ariézi se comporteront l’un envers l’autre et s’ils reprendront le vaisseau pour parcourir ensemble les galaxies. Nous pouvons supputer une issue probable mais ne pouvons nous empêcher de penser que l’<em>explicit</em> de l’ouvrage a été gâché… Mais cette fin bâclée n’enlève le plaisir ineffable d’une si saine lecture et la <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank">trilogie Ariézi</a> mérite que nous nous attardions sur ses nombreuses qualités.</p>
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		<title>Baroud</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Jul 2010 18:00:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Baroud, digne suite de Survie, constitue le deuxième volume de l’excellente trilogie Ariézi de Peter Randa. Deux ans après les faits de Survie, le Corse Ariézi a pris le pouvoir de la civilisation vénusienne. Il s’est approprié l’immense savoir du despote Handa, dirigeant à son tour la population primitive des Syllas et les cerveaux des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Baroud</em>, digne suite de <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank">Survie</a></em>, constitue le deuxième volume de l’excellente <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank">trilogie Ariézi</a> de Peter Randa. Deux ans après les faits de <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank">Survie</a></em>, le Corse Ariézi a pris le pouvoir de la civilisation vénusienne. Il s’est approprié l’immense savoir du despote Handa, dirigeant à son tour la population primitive des Syllas et les cerveaux des anciens savants de Vénus. Ariézi, détenteur d’un pouvoir incommensurable, se méfie, à juste titre, des Terriens et ne fréquente guère la base militaire qui s’est pourtant agrandie en une cité organisée. Il continue cependant à entretenir des relations amicales avec le médecin français Bertrand Maubert, lui et Ariézi étant encore considérés comme des criminels et des proscrits par leur patrie d’origine. Mais Maubert se languit de la Terre dans l’espoir d’une réhabilitation prochaine. Ariézi, quant à lui, ne désire plus retrouver une nation qui le rejeta et le condamna à l’exil sans possibilité de retour à cause d’un sérum, injecté à leur insu, rendant certes possible l’existence sur Vénus mais compromettant le retour sur Terre. La création d’un nouveau sérum, grâce au savoir des érudits vénusiens, permettant de se conditionner à la fois à Vénus et à la Terre, ne change strictement rien aux sentiments d’Ariézi&nbsp;: il refuse de s’administrer le deuxième sérum car celui-ci n’influe en rien sur sa situation de réprouvé. Le général Landrieux, représentant de l’État français fraîchement arrivé sur Vénus, effectue de basses manœuvres afin de contrôler la base terrienne. Il désire incarcérer Ariézi et bouleverser l’équilibre que le Corse avait mis en place entre les Terriens et les Syllas. Ce général, obtus et sot comme un fonctionnaire, nuit à l’existence des Français sur la planète de par son incompétence remarquable, son zèle obstiné et son absolue inadaptation. L’ordre fragile qui règne sur Vénus est, par ailleurs, ébranlé par l’arrivée d’immenses soucoupes provenant de Saturne. Les Syllas d’Ariézi espionnent furtivement les créatures, certes humanoïdes mais pourvues de quatre bras, dont les intentions sont difficilement pénétrables, surtout lorsqu’un Sylla est capturé et, dans sa tentative désespérée de fuite, partiellement désintégré par un redoutable pistolet. Dès lors, il s’agit, pour Ariézi, de protéger les Terriens en dépit des décisions stupides de Landrieux et d’assurer la survie des Syllas contre des êtres aux moyens redoutables.</p>
<p>Cette suite de <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank">Survie</a></em> est simplement providentielle car elle permet au lecteur de retrouver les attachants personnages du précédent roman et de revenir à la civilisation, certes improbable mais passionnante, de Vénus. Peter Randa peut enfin approfondir les personnalités et affiner celle du protagoniste principal, Ariézi, qui se révèle déjà progressivement à la fin de <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank">Survie</a></em>. Nous constatons les changements qu’Ariézi procure à la civilisation qu’il dirige désormais, le traitement humain qu’il apporte aux Syllas et la résurrection de Handa dans un esprit neuf, dénué de ses intentions tyranniques. Le baroudeur solitaire qu’était Ariézi a grandement mûri&nbsp;: sa nouvelle intelligence fait de lui un être supérieur, capable de maîtriser des engins futuristes, de contrôler des Syllas serviles et de diriger des cerveaux instruits. Cependant, demeure en lui cette soif de l’errance, ce désir effréné de pérégrinations. Cette aspiration perceptible encourage Ariézi à quitter Vénus pour s’adonner librement à la découverte d’autres galaxies. Bertrand Maubert jouit d’un rôle moindre dans ce deuxième opus, mais la personnalité insaisissable et contradictoire d’Ariézi suffit à combler tout manque.</p>
<p>D’autres personnages sont malgré cela mis en avant&nbsp;: le général Landrieux, par exemple, qui symbolise le fonctionnaire français, inepte et haineux. «&nbsp;Il débarque imbu de son autorité et de ses pouvoirs… disposé uniquement à la critique comme un bon fonctionnaire.&nbsp;» Landrieux continue à considérer Maubert et Ariézi comme des criminels et comme des déserteurs, ayant quitté la base, dans <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank">Survie</a></em>, afin de se rendre au sein de l’immense statue représentant une divinité assise et abritant le repaire de Handa. Quand le colonel Bertier prend la défense d’Ariézi, qui pacifie les relations entre Terriens et Syllas et fournit le minerai rare qui permet de rentabiliser les coûteuses expéditions spatiales, Landrieux répond, acerbe&nbsp;: «&nbsp;Si je comprends bien, il nous fait l’aumône de ce qui nous appartient&nbsp;?&nbsp;» Vénus n’appartient vraisemblablement pas aux Français… Landrieux ordonne même que soit réquisitionné l’appareil qui permet à Ariézi de comprendre, en quelques instants, une langue inconnue. Le général n’est pourtant point en position d’exiger une réquisition&nbsp;: il ignore même où se trouve le repaire du Corse. «&nbsp;Le devoir d’Ariézi, une fois en possession des secrets de Handa, était de les mettre à disposition de sa Patrie. Vénus est désormais propriété française… […] Personne ici n’a le droit de s’approprier quoi que ce soit sans l’autorisation du gouvernement qui accordera des concessions.&nbsp;» <em>Baroud</em> recèle de nombreuses saillies absurdes de ce genre, qui sont autant de discours ridicules mais réalistes démontrant l’aberration du système français et de ses représentants, outrecuidants et acrimonieux. Peter Randa dénonce la rigidité de l’État et la caducité de ses principes grâce à l’élargissement des perspectives qu’entraîne inévitablement la découverte de l’espace&nbsp;:</p>
<blockquote><p>les premières conquêtes de l’espace n’avaient pas conduit à l’établissement d’un gouvernement mondial… au contraire. Le gouvernement mondial, c’était un espoir des pacifistes tant que la Terre vivait en vase clos… La découverte des mondes extérieurs avait changé les données du problème et les nationalismes avaient repris le dessus… Un gouvernement mondial signifie l’effacement de chacun au profit de tous… une solution admissible quand on ne peut plus rien espérer d’autre, qui perd toute signification lorsque s’ouvrent de nouvelles perspectives.</p></blockquote>
<p>La philosophie de Peter Randa est éloquente&nbsp;: l’individualisme contre le collectivisme, le nationalisme contre le mondialisme. Mais ces bouleversements ne se réalisent pas par la révolution ou la révolte, mais par l’exil, la découverte, la conquête. «&nbsp;La grandeur de la France a toujours été assurée par des particuliers qui l’ont voulue en dépit de l’administration et contre elle.&nbsp;» Nous pouvons définitivement parler d’une philosophie du proscrit chez Peter Randa&nbsp;: ce sont les quelques exilés de l’Histoire qui font la grandeur d’une nation et non l’interminable procession de fonctionnaires qui agissent, au contraire, comme des repoussoirs régressifs. L’espace est l’unique endroit qui puisse permettre à l’homme d’obtenir la liberté désirée&nbsp;: «&nbsp;Fini l’ère des collectivités où la personnalité est contrainte de s’effacer. L’espace ne peut appartenir qu’aux individualités.&nbsp;»</p>
<p>L’arrivée des créatures de Saturne vient compliquer les relations ardues qu’entretiennent Ariézi et les Terriens. La cité est désarmée et désorganisée face aux Saturniens. Seul Ariézi peut empêcher un probable conflit, mais celui-ci est considéré comme un hors-la-loi et ne s’estime lui-même plus comme Terrien. L’héroïque Ariézi est l’exemple même du proscrit randéen. Perpétuellement en conflit avec l’État, il est vivement rejeté pour son individualisme et son refus de se plier aux règles édictées par une administration omnipotente. Nonobstant cela, il est un être intègre et sublime qui seul sauve l’humanité tandis que les fonctionnaires s’abîment dans leur sombre ignorance et leur opiniâtreté présomptueuse. Le héros randéen est toujours marginal&nbsp;: Ariézi ne se considère plus comme Terrien mais ne peut davantage être Vénusien. Ce détachement lui permet d’acquérir une intelligence saine et une morale lucide. Pour Peter Randa, l’individu doit surplomber la nation, qui doit être constituée d’êtres souverains aux valeurs et aux aspirations communes.</p>
<p><em>Baroud</em> peut donc être considéré comme un classique de Peter Randa. Le lecteur peut y retrouver les thèmes chers à l’écrivain. La venue de soucoupes en provenance de Saturne permet à l’auteur de captiver le lecteur et de traiter des relations difficiles entre trois civilisations, celles des Terriens, des Vénusiens et des Saturniens. Chaque ethnie possède ses coutumes, ses armes et ses faiblesses, et les conflits entre les différentes races représentent en macrocosme les mésententes qui subsistent entre chaque individu à l’origine similaire mais à la morale antagoniste en microcosme. Ainsi les Terriens sont-ils scindés entre ceux qui se plient à la tyrannie administrative et ceux qui décident de suivre Ariézi. <em>Baroud</em> est donc un panégyrique de l’individualité contre l’uniformisation. La véritable puissance provient de l’individu seul, débarrassé de son despote, incarné par Ariézi, devenu abîme de science et de connaissance, et non d’un peuple asservi, à l’image des Saturniens, considérablement affaiblis par leur conditionnement à Vénus. Ces Saturniens durent quitter leur planète surpeuplée afin d’éviter la stérilisation. Ils fuirent ce traitement indigne en acceptant, comme Maubert et Ariézi dans <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank">Survie</a></em>, de coloniser Vénus, la seule échappatoire que leur proposa leur gouvernement. Considérablement anémiés, des centaines de Saturniens périrent lors de l’expédition afin de satisfaire un «&nbsp;bien commun&nbsp;» qui n’a cure des individus. Les hommes, à l’instar des Saturniens, sont diminués par un État vampirique. Le savoir, l’intelligence et l’indépendance permettent, au contraire, d’acquérir une providentielle vigueur. En compagnie de la ténébreuse Saturnienne Kerill, Ariézi décide de quitter Vénus à bord d’un rihan, un vaisseau saturnien. Les deux créatures veulent jouir de leur liberté et de leur indépendance. Conscients qu’ils sont intrinsèquement différents, ils décident d’entretenir une relation distante et respectueuse. «&nbsp;Un problème racial, mais il est tout de même différent de celui qui se pose sur la terre où l’on n’admet l’égalité de droit que par le mélange…&nbsp;» affirme Ariézi. Contre le métissage, forme sournoise d’uniformisation,  le Corse veut préserver son intégrité et celle de la Saturnienne. Dans un siècle qui prône, derrière l’excuse de la diversité, une uniformisation assujettissante, nous devinons à quel point les ouvrages de Peter Randa, leur morale saine et leur philosophie juste, mériteraient d’être lus et relus…</p>
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		<title>Deucalion</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Jul 2010 19:11:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Armand Forestier est un ancien pilote spatial effectuant des allers-retours de la Terre à la Lune pour le compte du gouvernement français. La conquête du système solaire est essentiellement l’affaire des États et les compagnies explorant et colonisant l’espace sont publiques. Pour devenir pilote, il convient de passer des concours afin d’occuper un des rares [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Armand Forestier est un ancien pilote spatial effectuant des allers-retours de la Terre à la Lune pour le compte du gouvernement français. La conquête du système solaire est essentiellement l’affaire des États et les compagnies explorant et colonisant l’espace sont publiques. Pour devenir pilote, il convient de passer des concours afin d’occuper un des rares postes disponibles. Armand Forestier a réussi à être nommé pilote mais, lors d’une expédition sur la Lune, il s’est discrètement emparé de platine, la ressource principale du satellite, propriété de l’État français. Immédiatement congédié de la compagnie et radié des registres, il est sommé de ne plus jamais piloter le moindre engin spatial. Forestier, destitué et dépité, se rend ironiquement à un «&nbsp;bar de l’espace&nbsp;» pourtant terrestre et cherche à oublier ses maux dans la consommation d’alcool. Un homme avenant et élégant se permet de s’asseoir à sa table et lui offre une seconde consommation. Il s’appelle Martin Valbert, fondateur d’une exceptionnelle usine aéronautique nationalisée récemment, contre le souhait de son propriétaire. L’entrepreneur lui propose de piloter un vaisseau spatial unique, confectionné pièce par pièce en orbite autour de la terre, opportunément nommé le Conquérant. Le désir présumé de Valbert est, après avoir exploré Phobos, petit satellite de Mars sur lequel auraient été retrouvés les vestiges d’une civilisation disparue, de se rendre sur Vénus afin de coloniser la planète qui aurait été déclarée viable par des scientifiques terriens. Après quelques atermoiements, Armand Forestier accepte et rencontre bientôt le prochain équipage du Conquérant. Il fait la connaissance de la séduisante Elsa, la sœur de Martin Valbert, et de l’énigmatique professeur von Valgen, scientifique dont les expériences audacieuses furent interdites sur Terre. En somme, l’équipage du Conquérant accueille des êtres d’une extrême intelligence dont les ambitions ont été brimées par le conformisme étatique et dont l’unique échappatoire est de coloniser l’espace, immensité inconnue leur permettant d’enfin exprimer leur talent et leur liberté. Les colons s’emparent du Conquérant et se rendent vers Phobos après avoir échappé à l’attaque d’un canon terrien disposé sur la Lune. Cependant, Martin Valbert est assassiné et von Valgen échappe de justesse à ce qui semble être, selon Armand Forestier, une tentative d’attentat sur sa personne. Lui et le savant décident de ne pas inquiéter l’équipage, et préfèrent garder le silence sur les périlleux évènements. Ils se mettent cependant à suspecter leur entourage. Mais l’arrivée sur Phobos fait oublier la présence éventuelle d’un meurtrier&nbsp;: les explorateurs y découvrent les vestiges apparemment inoccupés d’une civilisation supérieure de titans, où l’art égyptien se mêle aux objets futuristes.</p>
<p>Peter Randa livre une œuvre fort complexe&nbsp;; <em>Deucalion</em> dresse le portrait pessimiste d’une humanité éprise de nihilisme. D’un côté se trouvent les lâches, les tyrans de la Terre qui brident tout esprit d’initiative, toute aspiration à la liberté.</p>
<blockquote><p>Notre civilisation est peureuse, étroite et mesquine. […] On nous a ouvert l’espace et le cosmos, mais nous élisons toujours des Parlements selon un principe établi avant l’ère du machinisme. Nous sommes à la merci d’un fonctionnarisme sournois qui est devenu une sorte de pouvoir occulte… […] Si on a nationalisé mes entreprises, c’est pour complaire à la multitude, la masse anonyme et médiocre qui représente d’innombrables bulletins de vote et que l’on flatte odieusement à cause de cela…</p></blockquote>
<p>Tels sont les acerbes et réalistes propos de Valbert, propos qui trouvent plus que jamais un sens à notre époque. Malheureusement, Peter Randa voit, comme seule échappatoire, la conquête éperdue de l’espace… Constat éminemment optimiste&nbsp;: du temps de Peter Randa, il était encore réaliste de penser que la conquête de l’espace allait être permise dans un délai bref et que certaines planètes du système solaire seraient accueillantes pour le Terrien. Peter Randa apprécie, par exemple, particulièrement Vénus, qu’il décrit, dans la <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank">trilogie Ariézi</a>, comme une planète à la végétation luxuriante que l’homme peut habiter, grâce à un sérum, sans s’embarrasser de scaphandre. En vérité, bien que Vénus soit la jumelle de la Terre en raison de sa taille, de sa densité et de sa structure, l’existence y est compromise en raison de températures insupportables à l’être humain. De nos jours, de tels rêves ne sont plus permis. L’homme est donc toujours incapable d’échapper à la tyrannie et à la stupidité des États. La conquête de l’espace n’a jamais été aussi hypothétique alors que l’intelligence humaine n’a sans doute jamais autant été capable de s’en donner les moyens. Hélas, les États semblent avoir la main mise sur les avancées astronomiques et emprisonnent l’homme dans le cadre asservissant des nations. Ces États s’étendent, dans <em>Deucalion</em>, au fur et à mesure que l’espace est conquis&nbsp;: la lune appartient aux Nations unies et abrite une base militaire dotée d’un canon destructeur. Les inventions d’une élite minoritaire sont aussitôt prises à leurs créateurs et nationalisées de façon à appartenir au bien commun (<em>sic</em>), expression qui ne signifie strictement rien. «&nbsp;[L’État] gouverne au nom de la majorité et il a décrété que les minorités doivent s’incliner… Pourquoi&nbsp;? Les minorités constituent presque toujours l’élite d’une nation&nbsp;», s’insurge la sagace Elsa. Le narrateur, Armand, semble partager ses dires&nbsp;: «&nbsp;L’intelligence asservie à la masse imbécile est devenue son esclave taillable et corvéable à merci.&nbsp;» Imposés, asservis, persécutés, les intelligences supérieures sont rabaissées au rang de la sombre, jalouse et inculte populace. Les héros de <em>Deucalion</em> n’ont donc d’autre issue que de devancer les États en explorant, grâce au Conquérant, les planètes vierges. Cependant, il ne faut gère oublier, dans ce sombre portrait, les entrepreneurs, dont les fureurs sont justifiées mais les intentions indignes. Valbert dissimule ses véritables projets afin de séduire Forestier. Celui-ci est persuadé que Valbert n’a d’autre aspiration que de coloniser pacifiquement Vénus en s’affranchissant de la tutelle oppressante des États. En réalité, Valbert est un fanatique qui veut à prendre le pouvoir en menaçant la Terre, de la planète Vénus, avec des armes effrayantes. Armand symbolise l’équilibre entre ces deux polarités excessivement manichéennes&nbsp;: il veut simplement découvrir l’espace et jouir de sa liberté sans se lancer dans quelque entreprise vengeresse. </p>
<p>La fuite demeure, selon Peter Randa, la solution la plus saine et, après maintes pérégrinations, l’Éden retrouvé est promesse de rédemption pour Armand et Elsa dont les prénoms commencent étrangement par les mêmes lettres qu’Adam et Ève. <em>Deucalion</em> revient effectivement sur la genèse de l’être humain et dresse une synthèse cohérente de la création humaine. L’homme serait conçu artificiellement par les titans de Phobos. Comme Deucalion et Pyrrha, ces créatures auraient créé et répandu l’homme. Le récit scripturaire de la tour de Babel et la légende grecque des Titans ne seraient que des témoignages symboliques des tentatives désespérées des derniers créateurs de retrouver Mars. L’édifice ordonné par Nemrod ne serait donc qu’une gigantesque fusée confectionnée par les géants et l’échec de cette entreprise aurait causé la confusion des infortunés observateurs. La mythologie génésiaque rejoint l’anticipation eschatologique&nbsp;: Peter Randa noue passé et présent avec acuité et sagacité. Comme toujours, l’écrivain considère l’Histoire comme un cycle éternellement repris&nbsp;: «&nbsp;Des inadaptés surgiront toujours au moment opportun pour relancer l’aventure de l’homme… Les Titans l’ont sans doute voulu ainsi, car ils savaient à quel pessimisme aboutit fatalement le progrès matériel.&nbsp;» Ces réprouvés symbolisent, chez Peter Randa, la puissance, le renouveau, la création, à l’instar des grandes figures d’éveil comme le Christ et Orc. Armand est la promesse de résurrection d’une société qui s’abîme dans l’insanité. Le lecteur jalouse secrètement cette figure christique et cherche, en vain, l’être fondateur qui renouvellera de sarments neufs les vignes putréfiées de la société.</p>
<p>Véritable ode au rêve et à la liberté <em>Deucalion</em> dénonce l’asservissement des Terriens&nbsp;: «&nbsp;on continue à enfermer et à contenir les hommes au nom de lois désuètes, un peu comme si l’on considérait l’imagination et le rêve comme pernicieux. Certaines lois sont à l’étude pour interdire certaines œuvres.&nbsp;» Il serait sacrilège de proscrire ce roman de Peter Randa où se mêlent l’espoir, le rêve et l’imagination… Mais la façon dont est délaissée cette œuvre d’un public idiotement béat prouve son désintérêt envers les chimères spirituelles individualistes et son engouement pour un onirisme infécond et vulgaire.</p>
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		<title>Les Éphémères</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Jul 2010 19:39:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Un certain Karver se déplace dans un ovule, capsule qui sillonne un tube interminable, se rendant d’une cité à une autre. Karver est un Survivant de classe A, appartenant donc à la caste la plus élevée de la hiérarchie terrestre. Lors de son trajet, son ovule est attaqué par des Éphémères qui se sont introduits, en dépit de l’infaillible système de sécurité, dans le tube. Parmi ces Éphémères, Karver découvre un être lui ressemblant trait pour trait de manière troublante. Il s’avère que les Survivants sont immortels et puisent leur éternelle jeunesse en se régénérant grâce aux corps d’Éphémères atteints d’un cancer incurable. Karver a été régénéré grâce au corps du frère jumeau de Philippe, pourtant en excellente santé. Or, le processus eut des conséquences singulières&nbsp;: Karver s’empara de l’apparence du jumeau tandis que celui-ci prit le corps de Karver. Ce dernier étant plus âgé qu’Armand, le frère de Philippe se retrouve, jeune pourtant, dans le corps d’un vieil homme. Jouant de cette troublante ressemblance, Philippe prend la place de Karver et tente de se faire passer pour lui afin de contrôler et de propager la révolte dans les inaccessibles cités que les Éphémères ne sont guère autorisés à fréquenter. La société est scindée en quatre castes distinctes&nbsp;: les Survivants, race supérieure d’hommes immortels qui dirigent les cités, les Techniciens et les Savants, qui, sans être immortels, jouissent de certains privilèges, puis les Éphémères caste dite inférieure. Les Éphémères vivent à l’abri des cités, dans des campagnes décontaminées après les conflits nucléaires, ils sont, la plupart du temps, des paysans simples dotés de peu d’instruction et méconnaissant parfaitement les avancées technologiques des cités. Les Éphémères, comme leur nom l’indique, sont mortels et ne bénéficient d’aucun traitement permettant de prolonger leur existence. Madier, un prétendu Éphémère, sème la discorde et la révolte parmi les siens. Il affirme que les Survivants s’emparent des corps d’Éphémères bien portants pour leur régénération et asservissent certains des leurs dans les cités, puis vident leur mémoire au moment où l’âge les empêche d’accomplir leur labeur, maintenant volontairement les Éphémères dans l’indigence, l’ignorance et la certitude d’un trépas prochain. Les Éphémères, convaincus que les Survivants sont des tyrans, suivent Madier et ne se doutent point de la complexité des évènements, dans une société reposant sur la dissimulation où les despotes ne sont point ceux que l’on croit.</p>
<p>Ce roman d’anticipation post-apocalyptique de Peter Randa est encore une digne réussite du genre. Dans un sobre cadre futuriste sommairement décrit se déroule un véritable drame humain qui ressemble à un roman d’angoisse. Les personnages sont fuyants et insaisissables et le héros est entraîné dans une machination machiavélique qui semble complètement le dépasser comme si, au moment de tenir les rênes de l’intrigue, Philippe était entraîné dans une chevauchée furieuse qu’il ne parvient plus à maîtriser. Les coups de théâtre se succèdent&nbsp;: ceux qui prétendent généreusement défendre les intérêts des faibles s’avèrent, en vérité, être les plus sournois, séduits par une irrépressible soif de pouvoir et de destruction. Au contraire, ceux que l’on croit être les tyrans, vautrés, dans d’éternelles bacchanales au sein de luxueuses cités sont de pauvres hères incapables de procréer ni même de désirer et qui ont sacrifié leurs aspirations personnelles pour protéger et préserver les Éphémères de toute énergie corruptrice. Les Survivants désirent ainsi stimuler le renouveau d’une nouvelle humanité, dépourvue de tout aiguillon corrupteur. <em>Les Éphémères</em> permettent à Peter Randa de disséminer des bribes de sa philosophie. Comme de coutume, l’écrivain use de ses talents de visionnaire et de sage pour avertir le lecteur des dangers futurs qu’encourt l’humanité. Parmi ses objets de réflexion figure la révolution, tumulte nihiliste implacable qui précipite les innocents dans une frénésie destructrice. «&nbsp;Madier est arrivé… Madier avec ses discours enflammés et virulents, ses phrases vengeresses. Il sacrifiait mon frère à son idéal… Est-ce qu’une cause, même légitime, justifie une telle monstruosité&nbsp;?&nbsp;» Le révolutionnaire est un être qui n’hésite pas à mentir et tuer afin de parvenir à convaincre les crédules de la justesse de sa cause. Mais ses ambitions, aussi pures et immaculées soient elles, ne peuvent –&nbsp;et ne doivent&nbsp;– excuser la barbarie et la dissimulation de ses procédés.</p>
<blockquote><p>La Propagande… Un mot que nous pensions avoir banni à jamais du langage humain. Madier n’a fait que reprendre des techniques du passé. On fait croire ce qu’on veut aux hommes lorsque, cessant de s’adresser à eux en particulier, on leur inculque le sentiment d’une fausse solidarité des communautés. L’homme n’est clairvoyant que pour lui-même… Dès qu’il se croit responsable du sort de ses semblables, il perd tout sens critique, milite pour les pires absurdités…</p></blockquote>
<p>Peter Randa se plaît à lier le passé au futur. Notre présent est d’ailleurs chargé de cette propagande asservissante et avilissante&nbsp;: diversité et solidarité sont les maîtres mots d’une société qui cherche sciemment à abêtir davantage ceux qui prônent un révolutionnarisme festif en arborant un t-shirt à l’effigie de Che Guevara, ceux qui défendent les intérêts d’une communauté métissée au nom des augustes <em>Drouadlôm</em> et ceux qui s’estiment fiers de participer à un système de répartition inique sous prétexte qu’ils sont financièrement responsables des sombres médiocres qui les vampirisent tel d’inassouvissables sangsues. Cette plèbe anémiée exemplifie la prose visionnaire de cet écrivain génial qui sait arborer une écriture sèche et simple mais pourtant chargée d’un sens qui ne peut que stimuler l’esprit des quelques avisés que les manigances étatistes et que les retapes médiatiques n’ont pu complètement pervertir.</p>
<p>Peter Randa dresse un portrait pessimiste du futur&nbsp;:</p>
<blockquote><p>Longtemps, la race blanche avait dominé toutes les autres, maintenant un équilibre universel, mais elle était en train de se désagréger, rongée à l’intérieur par une multitude d’agitateurs politiques qui se livraient aux surenchères les plus insensées. L’humanité s’enlisait dans un fonctionnarisme absurde et elle était la proie des “professionnels” du gouvernement… Les hautes fonctions des États n’étaient plus des charges honorifiques, mais de vulgaires métiers.</p></blockquote>
<p>Ces quelques phrases sont si perspicaces et vives que nous les croirions écrites en l’an 2010. Notre indigne époque contemple plus que jamais d’un œil effaré la vanité d’incultes dirigeants dotés d’autant de dignité qu’un proxénète à la manque qui se prostituerait lui-même si cela pouvait lui rapporter quelque argent. Elle regarde mêmement les incongruités d’une procession tyrannique de fonctionnaires moribonds rémunérés par ceux-là même qu’ils dominent du joug de la paperasserie procédurière et de l’indifférence béate. Philippe, nouveau Christ parmi les ruines, symbolise le renouveau cyclique de l’humanité&nbsp;: «&nbsp;Il ne reste rien de toute la civilisation que nous avions préparée pour les Éphémères… Rien… […] Le destin de l’homme est sans doute de devoir rebâtir éternellement sur des ruines…&nbsp;» De là est probablement issu l’intérêt que porte l’écrivain pour les civilisations disparues qui sont un thème souvent repris par lui. Ces mondes glorieux, détruits par des conflits issus des ambitions irrationnelles des politiciens, sont sans cesse reconstruits par de nobles âmes crédules qui finissent toujours par être irrémédiablement séduites par le même endoctrinement destructeur, façonnant ainsi le cycle éternellement réitéré de l’histoire humaine.</p>
<p><em>Les Éphémères</em> est encore un ouvrage magistral écrit de la plume vive et visionnaire de Peter Randa. Cette œuvre talentueuse se lit certes avec aisance mais reste longtemps dans les esprits troublés et séduits. Nous ne pouvons que recommander vivement <em>Les Éphémères</em>, livre digne d’occuper une place fort honorable dans la bibliographie de ce prolifique auteur.</p>
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