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	<title>Leaule &#187; Bibliophilie</title>
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	<description>Ode au temps jadis.</description>
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		<title>Le Jardin des moines</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 09:17:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bibliophilie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Manuel Azaña]]></category>

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		<description><![CDATA[Manuel Azaña est tristement reconnu de nos lecteurs pour son rôle délétère, lors de la Seconde République, comme un des principaux responsables de la Guerre d’Espagne, telles les diverses traductions des articles de l’éminent historien Pío Moa le révèlent. El jardín de los frailes est la première œuvre littéraire de Manuel Azaña, publiée en 1927. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Manuel Azaña est tristement reconnu de nos lecteurs pour son rôle délétère, lors de la Seconde République, comme un des principaux responsables de la Guerre d’Espagne, telles les diverses <a href="http://leaule.com/pio-moa-guerre-espagne/" title="Site externe : http://leaule.com/pio-moa-guerre-espagne/" target="_blank">traductions des articles</a> de l’éminent historien Pío Moa le révèlent. <em>El jardín de los frailes</em> est la première œuvre littéraire de Manuel Azaña, publiée en 1927. Cet ouvrage souligne le véritable caractère de ce fascinant personnage et les profondes raisons de son comportement ultérieur. La lecture d’<em>El jardín de los frailes</em> est édifiante et nécessaire dans la compréhension de ce sinistre personnage, pourtant doté d’une intelligence supérieure mais égaré par des désirs supérieurs aux devoirs de son temps. L’édition française du <em>Jardin des moines</em> que nous détenons offre une traduction élégante qui dévoile au lecteur francophone une personnalité étrangement attachante, en dépit des erreurs commises et des opinions détestables de cette sinistre figure, une personnalité aspirant à l’élévation de l’esprit, écrasée par la médiocrité de son époque et de l’éducation reçue, dont les sentiments sont étrangement similaires à ceux dont l’âme est révulsée par l’absurdité contemporaine. Azaña narre, dans cet ouvrage, son entrée chez les Augustins de l’Escurial, à la fin du <span style="font-variant:small-caps;">xix</span><sup>e</sup> siècle. L’écriture est caractérisée par un registre soutenu, sinon lyrique, mais également par une ironie acérée et un humour incisif, qui contrastent savamment avec la mélancolie diffuse de ces quelques pages magnifiques décrivant le calme jardin, symbole d’une nature sereine et accueillante au sein de laquelle Azaña éprouve un fugace réconfort. Azaña y présente des descriptions pittoresques de ses professeurs et fustige la société espagnole de son époque. L’œuvre s’organise tel un recueil de brefs chapitres semblables à des évocations de souvenirs suivant un ordre souvent chronologique. L’enfant Azaña est décrit et enrichi par la plume intransigeante de l’adulte jusqu’à ce que les voix s’entremêlent, dans une démarche d’introspection qui n’est pas dénuée de poésie. L’ensemble possède l’aspect d’une création singulière, caractérisée par la variété, la satire, qui séduit et inspire une certaine affection envers ce personnage haïssable et détestable.</p>
<p>Manuel Azaña, cet immense talent frustré, s’est parallèlement consacré à sa carrière politique et littéraire. Cet être, doté d’une sensibilité littéraire telle qu’elle ne pouvait que desservir ses desseins politiques, s’illustra pourtant dans des œuvres qui ne privilégiaient aucunement le lyrisme, comme les <em>Causas de la guerra de España</em> et <em>La velada de Benicarló</em>, œuvres teintées d’évidentes allusions politiques. <em>El jardin de los frailes</em> fut initialement publié entre septembre 1921 et juin 1922, dans la revue <em>La Pluma</em>, qu’Azaña dirigeait conjointement avec Cipriano Rivas Cherif. Cette publication fragmentée en dix-neuf épisodes distincts explique l’aspect segmenté de l’œuvre et la relative indépendance de chaque chapitre, pouvant se lire comme une entité originale, chargée de sa signification et de sa cohérence individuelle et de son indéniable charme, entité parfaitement maîtrisée dont la densité est égale, sans véritable transgression de la taille canonique n’excédant guère cinq pages. Le chapitre XII, d’une ampleur supérieure, sert d’appendice transitoire et d’ébauche de réflexion au sujet de la tradition <em>castiza</em> qu’Azaña considère comme surannée. L’ensemble est néanmoins cohérent et signifiant, puisque les fragments furent rassemblés et publiés en un ouvrage unique, en avril 1927. Pourtant, Azaña s’adonna à la rédaction d’<em>El jardín de los frailes</em> de façon discontinue, perpétuellement interrompu par ses impératifs politiques et littéraires. De fait, Azaña reçut, en 1926, le prix national de littérature pour sa <em>Vie de don Juan Valera</em> et œuvra à l’élaboration de sa pièce, <em>La corona</em>, publiée en 1928. Il est certain qu’en raison des affinités étroites qu’entretiennent littérature et politique dans l’œuvre d’Azaña, ce recueil singulier, d’apparence mélancolique et lyrique, évoquant de vivaces souvenirs d’enfance, porte en son sein les profondes racines de l’orientation politique d’Azaña et éclaire pleinement son comportement prochain, dont son aversion envers la religion catholique, qu’il a, il convient de l’avouer, côtoyé sous un aspect défavorable. Manuel Azaña s’est toujours vivement intéressé à la question religieuse et cette autobiographie, centrée sur son éducation catholique, explique, avec une éloquence acérée, l’inimitié que ce politicien rancunier éprouvait envers les congrégations enseignantes.</p>
<p>Lorsqu’il devient pensionnaire du Collège royal universitaire Maria Cristina, dirigé par les pères Augustins du Monastère de l’Escurial, Azaña est essentiellement bouleversé par l’étroitesse d’esprit des professeurs et des religieux, dont l’ambition est d’avilir les élèves, d’anéantir l’élan intellectuel et d’annihiler le génie. Azaña détient l’étoffe, la simple lecture de cet ouvrage parvient à le souligner, d’un être éclairé, doté d’une indéniable intelligence, d’une capacité littéraire indiscutable et d’une sensibilité ardente et avide, dont les traits semblent féminins. L’éducation reçue suscita d’amers souvenirs et frustra cette âme exigeante. Le jeune Azaña est de fait confronté à la rachitique pitance offerte par ses professeurs, pitance qui parvient difficilement à combler une soif spirituelle et intellectuelle particulièrement intarissable. Pourtant habité par un désir sincère de croire en ce Dieu dont les préceptes creux ponctuent les interminables et ennuyeuses études contraintes, Azaña exprime avec une remarquable dignité et une appréciable retenue l’altération régulière de la foi véritable, confronté contre son gré à la stupidité et à l’ineptie des représentants de la sagesse divine. Ne vomissant guère avec de véhémentes imprécations cette religion pourtant honnie, Azaña semble parfois regretter ces innombrables scènes, ridicules et affligeantes, qui lui font douter du catholicisme, jusqu’à la découverte saisissante de la vérité&nbsp;: incapable d’instruire et d’éduquer les adolescents, l’école religieuse agit tel un repoussoir, innommable vivier de toutes les frustrations et de toutes les débauches, tandis que les élèves s’adonnent avec un dédain farouche à des désirs inassouvis, excités par le sentiment de faute inculqué par des professeurs zélés.</p>
<p>Frustré par cette instruction ingrate et intransigeante d’où n’émergent guère que des élèves débauchés et décadents, Azaña s’empresse, dès qu’il en détient l’autorité, de museler considérablement l’enseignement religieux, établi par la constitution de 1931 et les lois sur l’enseignement des congrégations de 1933. Nous n’affirmons, et il serait fallacieux de le penser, que l’instruction rachitique reçue par Azaña causa les crimes commis par lui, seul véritable coupable de ses actes délétères&nbsp;; néanmoins, cet enseignement renferme «&nbsp;non seulement le secret de la personnalité de Azaña mais aussi le secret de son attitude d’homme d’état et de sa vision de l’État&nbsp;» Cette réflexion autobiographique sur l’éducation augustinienne place certes Azaña dans l’héritage classique des ouvrages anticléricaux, comme celui de Ramón Pérez de Ayala, <em>AMDG</em>, fustigeant l’éducation jésuite. L’écrit d’Azaña s’inscrit dans la prolifique littérature anticléricale contemporaine, mais il s’inscrit de façon singulière dans la littérature espagnole du <span style="font-variant:small-caps;">xx</span><SUP>e</SUP> siècle et semble, contrairement à la critique insultante et vaine des écrivains anticléricaux, chargé d’une âme individuelle, teintée d’une profonde mélancolie.</p>
<p>Azaña est conscient des défauts de son ouvrage et de l’imperfection de son sujet&nbsp;: l’initiation d’un jeune garçon sévère aux frivolités de l’existence, sa vertu inconsciente et ses efforts maladroits pour atteindre l’épanouissement intellectuel, confronté à l’absurdité de la vie et des professeurs, qui s’efforcent d’anéantir les espoirs de la jeunesse. «&nbsp;On exige trop de l’amitié&nbsp;: y compris qu’elle lise les livres et ne les discrédite pas.&nbsp;» Dénués d’amitié envers ce sinistre personnage, nous sommes néanmoins séduits par la façon dont ce sujet délicat fut abordé&nbsp;; avec une délicatesse inaccoutumée, ponctuée d’une douce mélancolie et d’un humour désabusé et conscient, chargé d’une discernable déception, de la piètre impression que ses contemporains religieux donnèrent de la foi catholique.</p>
<p>Selon Azaña, l’éducation reçue était fertile en concepts inaccessibles et terrifiants, et dépourvue d’éléments intelligibles éveillant la sensibilité personnelle des enfants. Hébétés par ces notions incompréhensibles, récitées stupidement et ressassées éternellement, les élèves perdirent rapidement l’intérêt qu’ils portaient à l’insipide psalmodie des enseignants. L’école, l’exemple de l’école française est éloquent, n’instruit guère de jeunes goujats velléitaires, qu’elle élève en véritables érudits spirituels et instruits. Azaña souligne une évolution contraire&nbsp;; de jeunes garçons vifs et vertueux, dont la vigueur et la ferveur stimulèrent l’intellect, devenus, dès la première classe, des créatures languides et lascives, écœurées par des professeurs crétins, dont la seule contemplation suffit à décourager l’élève coriace. Car professeurs et religieux sont certes dotés de personnalités atypiques mais foncièrement grossières et risibles, achevant de caricaturer un enseignement fade et futile, d’une indicible pauvreté, reposant sur un programme restreint, dont l’aspect étriqué est un accablement perpétuel. L’apprentissage des élèves consiste en de rares et stériles lectures, dont ils devaient retenir jusqu’à la ponctuation. Ce formaliste étriqué accable le désir d’épanouissement et d’élévation des enfants doués, rabaissés par cet enseignement d’une consternante sécheresse, enseignement qui vainc la curiosité, annihile la ferveur et dénature l’élève, qui devient un parfait esclave des dogmes inculqués en un éternel recommencement, détruisant réflexion individuelle et esprit critique. Or, Azaña s’adonne à la lecture d’ouvrages interdits –&nbsp;les écrits autorisés se résumant à de dissuasifs manuels ennuyeux respectant l’endoctrinement scolaire et religieux&nbsp;– ouvrages d’une inestimable richesse, tels ceux de Jules Verne, qui stimulèrent la soif d’érudition et le goût d’aventure. Doté d’une sensibilité supérieure, Azaña dévore littéralement les romans et fictions, tels ceux de Walter Scott, Alexandre Dumas, Eugène Sue, Victor Hugo et enfin François-René de Chateaubriand, découvrant grâce à la lecture une digne échappatoire à la banalité de l’existence et à son cortège d’interdits et d’abrutissements. Ce caractère exceptionnel exigeait passion et ferveur, afin d’exalter et d’épanouir sa véritable richesse, sentiments hélas anéantis par la médiocrité des lectures forcées.</p>
<p>Azaña déplore que l’histoire littéraire se résume à l’étude malavisée de manuels austères et insipides, ôtant le goût d’apprendre. Les ouvrages choisis par les professeurs et les religieux ressemblent à ceux de l’école française, rédigés par des esprits ingrats, dénués de saveur et de caractère, consacrés à l’exaltation d’une pensée étroite et misérable. Azaña narre l’étude contrainte d’un ouvrage de philosophie rédigé par un vendeur de morue en gros. Les auteurs de manuels scolaires n’ont guère changé depuis&nbsp;; ils ne fournissent qu’un brouet insipide et uniformisé, participant à l’avilissement d’une jeunesse qui acquiert progressivement la docilité nécessaire à l’obéissance et à l’acceptation de la servitude démocratique. Azaña donne des portraits particulièrement désopilants de ses professeurs, portraits qui révèlent leur idiotie et leur vulgarité, comme ce professeur nommé Don Narcisco, qui, siégeant lors d’un jury, se permit d’ôter sa chaussure, de soutenir son pied dénudé sur la table et de retirer, avec un canif, un cor qui lui était douloureux. La besogne achevée, le professeur remit sa chaussure, empli d’une profonde satisfaction, sans considérer l’exemple qu’il donnait à ses élèves et l’irrespect de ses manières. Second exemple, celui de ce professeur distrait qui, lorsqu’il réalise soudain l’imminence des examens, s’efforce de rattraper son retard en infligeant à ses élèves l’absorption cyclopéenne d’une année de cours en une poignée d’heures. Gavés jusqu’à l’épuisement, les élèves s’efforcent d’ingurgiter cet indigeste brouet, sans véritablement comprendre ce qu’ils consomment. Les élèves, stimulés par ces pitoyables modèles, fument des cigarettes et incendient le plancher de la salle de classe, tandis que le moine surveillant s’est endormi à son poste. L’attitude détestable des religieux s’accompagne fatalement de divers sévices corporels, censés aider à retenir la syntaxe latine. Dans cet étrange mélange de grossièreté et d’austérité, Azaña souffre péniblement sa condition. L’élève, confronté à de tels exemples, devient le délinquant gréviste, insolent et oisif que notre époque chérit, l’invitant à devenir le parfait parasite&nbsp;; les devoirs sont proscrits car ils confèrent le goût de l’effort, les cours sont réduits à l’apprentissage de la valeur délétère d’égalité, qui justifie la médiocrité et la banalité. Incapable de mûrir une pensée indépendante et de forger des mœurs individuelles, l’élève devient l’oisillon sot qui réclame la becquée quotidienne des professeurs, puis, à l’âge adulte, celle des gouvernements et des médias.</p>
<p>L’éducation religieuse espagnole semble pareille à l’éducation française, notamment de par son dédain pour les élèves curieux et intelligents et sa volonté de les rabaisser grâce à une instruction uniforme et un endoctrinement favorisant l’assimilation de la pensée unique. La discipline inculquée fait de l’école un véritable bagne, dans lequel l’élève, entre enfermement, privation et insatisfaction, doit plier et accepter le modèle imposé. L’école devient le temple du conformisme et du politiquement correct, apprenant la dissimulation, la fourberie et la petitesse, façonnant le citoyen vulgaire, dont l’insignifiance signifie ignorance. Les élèves doués sont perpétuellement traqués et les professeurs s’efforcent d’accabler et d’éteindre les étincelles de génie. Les enseignants, orgueilleux et fiers de leurs privilèges dérisoires, les administrations, consacrées à leur aversion envers autrui, les bastions de crétins syndiqués dont l’objectif est de décourager les insoumis restants, l’école est l’industrie de l’abrutissement –&nbsp;et de l’asservissement&nbso;– de la jeunesse.</p>
<p>L’enseignement, catholique, tel que le connut Azaña, est particulièrement caractérisé par la promiscuité avec les étudiants, promiscuité encouragée par les professeurs. L’isolement est aussitôt considéré comme le signe précurseur d’une anormalité indicible. L’enseignement devient donc le contraire de l’épanouissement individuel, qui n’existe que grâce à l’isolement salutaire dans les ouvrages et les arts. L’école agit comme puissance destructrice d’individualité visant à instiller chez l’élève une certaine vision de la normalité, reposant assurément sur la médiocrité. Donc, chaque pensée particulière, chaque geste indépendant et chaque intérêt inusuel sont considérés comme le stigmate effroyable de quelque monstruosité qu’il convient d’annihiler. L’attrait pour la lecture, que les enseignants s’efforcent de détruire en infligeant aux élèves des lectures ennuyeuses lors de cours fastidieux, n’est guère considéré comme le signe d’une âme supérieure, mais comme celui d’une anormalité, incarnée sous la forme répugnante d’un appendice révulsant, qu’il faut mutiler afin de devenir le clone abject d’une masse informe et lisse, dénuée d’aspérités et d’irrégularités. L’impulsion est évidemment similaire lorsque l’élève exprime son dédain envers l’outil précis de l’uniformisation, la télévision, et des goûts dissemblables à ceux qui sont généralement encouragés par la «&nbsp;culture&nbsp;» autorisée, qui éructe ses inepties abjectes en chaque endroit. L’école devient donc une véritable épreuve de torture, où l’élève est soumis à l’amputation acharnée et cruelle des ses singularités, jusqu’au viol de son âme, qui devient la réplique fidèle de l’âme vulgaire. L’enfant, irrémédiablement appauvri, est privé des ailes lui permettant de s’élever intellectuellement et spirituellement et, s’il n’est pas suffisamment courageux pour conserver son foisonnement intérieur, s’insère dans la multitude uniforme de la bien-pensance citoyenne.</p>
<p>Forcé de côtoyer des médiocres, qui se plient à l’asservissement des enseignants, Azaña écrit des lignes d’une profonde justesse au sujet des élèves.</p>
<blockquote><p>Il faut être un barbare pour se plaire dans la compagnie des étudiants. En général, chez les élèves, les instincts bestiaux s’extériorisent par vagues et sous prétexte de camaraderie abaissent les barrières qu’érige l’éducation pour rendre possible la vie en société. Une masse d’étudiants dégénère rapidement en une foule agitée, liée par la bassesse commune. Et tout individu qui ne souffre pas de futilité incurable et aspire à se forger tout au long de sa vie une conscience noble ne peut que s’émanciper de cette sottise primaire, qui souvent, ne dépasse pas le niveau des libertés absurdes et de mauvais goût. Beaucoup de gens caressent le souvenir de leurs années d’étudiants, mettent en avant leur douceur et tournent tendrement leur regard vers elles, pensant qu’elles furent l’âge d’or de leur vie. C’est une aberration de l’esprit, à moins que lesdites personnes n’aient connu une situation plus affligeante –&nbsp;par exemple être bagnards&nbsp;– ou ne remémorent leur jeunesse perdue, sans discerner son essence de ses incidents pittoresques.</p></blockquote>
<p>L’école est effectivement l’endroit où règnent jalousie, cruauté et hypocrisie et où l’élève est forcé de côtoyer ses semblables dans le maintien de mœurs primitives. L’école, plutôt que d’enseigner des valeurs justes et appréciables, apprend la duplicité car, du fait de l’inquisition perpétuelle des enseignants, chaque signe d’individualité est hautement punissable. La dissimulation devient l’attitude privilégiée des élèves désireux d’être respectés des professeurs, qui utilisent le mensonge et la fourberie. Encouragés par l’interminable ineptie des cours, les élèves deviennent paresseux et fainéants. Ceux que l’ennui insupporte s’adonnent aux tribulations des vices, des violences et des fraudes. Ils sélectionnent dès lors le souffre-douleur de l’école, celui qui doit subir les brimades et les violences, et qui est évidemment celui qui possède une attitude décente, un attrait pour l’effort, sinon un goût pour l’honnêteté. Dans une implacable cohérence, les élèves assimilent et reproduisent la torture que les professeurs et les religieux infligent à ceux qui osent encore résister, devenant de véritables bourreaux jaloux, ce qu’ils s’efforcent ensuite de rester à l’âge adulte, en exprimant quotidiennement leur stupidité et leur prédisposition à la revanche, à la mesquinerie et à la jalousie. Les élèves doués et solitaires, brimés par les écoliers idiots, deviennent de véritables proscrits, aucunement soutenus par les professeurs et religieux, pourtant censés protéger précieusement les élèves intelligents&nbsp;; ils soutiennent au contraire leur soumission et leur abrutissement sous l’influence douloureuse des jeunes sauvages. Cette passivité vise évidemment à uniformiser, par l’intimidation, les rares récalcitrants. L’enfermement des élèves, insiste Azaña, exacerbe leur sexualité et aiguillonne de véritables déchaînements érotiques, encouragés par la conscience religieuse de la faute et les pénitences et mortifications qui invitent, dans un réflexe malsain, à la luxure. Azaña mentionne un jeune Madrilène ne connaissant pas le Castillan, d’une innocence et d’une pureté irréprochables, qui apprit, dès la première semaine, à blasphémer et calomnier, devenant, de surcroît, ivrogne. La conscience de commettre un péché et le sentiment pervers de repentance encouragent une véritable frénésie érotique, aiguillonnée par la culpabilité et la transgression. Les rares élèves qui ne sont pas happés par cette démence charnelle deviennent mélancoliques et irascibles. Un élève fut retrouvé ensanglanté dans sa cellule après s’être flagellé. Il prétendit, dans un instinct masochiste stimulé par les effets conjugués de la religion et de l’école, adorer s’infliger de telles mortifications. Plutôt que d’élever, l’école déprave et enlaidit, instruit de comportements criminels, vol, viol et violence.</p>
<p>Le jeune Azaña, doté d’une nature romantique jurant particulièrement avec son époque et les réalités de l’enseignement, parvient à s’apaiser et s’échapper en contemplant le jardin ornant le monastère, véritable rappel de la nature telle que la concevait Chateaubriand, reflet et expression des sentiments de l’âme, et dans la lecture, qui offre à Azaña un univers imaginaire où la noblesse et le courage sont omniprésents. Azaña semble particulièrement s’identifier à Don Quichotte, dont il prétend comprendre la folie et l’attrait irraisonné pour la lecture, fasciné par l’héroïsme espagnol de cet être particulier et original. Azaña semble considérer que cette inestimable richesse est pervertie par l’Église, qui exige de la jeunesse qu’elle concilie la foi, telle qu’elle est instruite dans les écoles religieuses, et la vie sociale, chaque élève étant destiné à accomplir une fonction définie, dénuée d’attrait. S’ensuit un équilibre impossible entre ce qu’Azaña appelle l’épée et la croix, c’est-à-dire entre les attentes de la société et les interdits et exigences de la religion, entre la charité enseignée par la chrétienté et l’État, «&nbsp;qui est oppresseur et orgueilleux.&nbsp;» Les élèves dotés d’une sensibilité supérieure deviennent, comme Azaña, des êtres tourmentés par la culpabilité, nourrissant bientôt un orgueil démesuré.</p>
<blockquote><p>Un esprit tendre, d’enfant, avide d’amour, commence vite à tisser un cocon dans lequel s’enfermer avec ce qu’il y a de meilleur dans sa vie, plein de désirs nobles ou pas, mais fervents, que le monde ignore et foule aux pieds. À cet âge, on ne vit que par le cœur. […] Les maîtres nous interrogent sur l’histoire, la physique, l’agronomie…, mais jamais sur le labyrinthe dans lequel le jeune garçon s’aventure à l’aveuglette, plein de craintes et de désirs face au mystère. Larve de fonctionnaire qui deviendra père de famille dès qu’il sera dégagé des obligations militaires&nbsp;: c’est ce qu’indique l’écriteau qu’on vous accroche au cou. Et on commence alors à s’aimer soi-même d’un amour monstrueux qui a macéré dans la solitude et, la conscience coupable, on plonge dans les délices de la rêverie. Car toutes les herbes folles qu’alors nous voyons croître et se développer, c’est à coup sûr le désordre, le mal, ce qui est interdit, honteux, caché et dont on ne doit parler. Ou peut-être les autres ne sont-ils pas frappés par cette maladie, et vous êtes un cas unique, un monstre. […] Il faut s’accepter, il n’y a pas d’autre choix. Mais s’accepter ainsi, en cachette, en croyant commettre un crime, et se pencher, plein de remords et de craintes, sur les secrets qui bouillonnent au fond de nous et nous fascinent…</p></blockquote>
<p>Tout ce qui confère à Manuel Azaña le goût de la vie, l’art, l’amitié, l’amour et l’enthousiasme, il ne l’apprit guère à l’école, au contraire&nbsp;; l’enseignement s’est acharné à détruire son enthousiasme juvénile et à façonner cette culpabilité de se connaître, de se découvrir et de concevoir une pensée individuelle. La réflexion introspective est effectivement proscrite, car l’éducation religieuse s’efforce d’en faire un péché d’égoïsme, punissable des flammes éternelles, comme la force et la confiance en ses aptitudes et en ses qualités, devenues des défauts indignes qu’il convient de haïr. L’élève doit être une coquille impersonnelle et inconsistante, destinée à la banale position de fonctionnaire bigot et craintif. Le jeune Azaña ne peut supporter les pressions sociale et religieuse, réunies afin de façonner de parfaits esclaves, et se délecte de la contemplation de la nature, qui lui fait brièvement oublier son devoir. Son amour des objets familiers et ordinaires l’aide à supporter sa condition, mais subsiste, dans ses écrits, une véritable conscience du péché qui le ronge jusqu’à l’âme, conscience d’autant plus aigüe qu’il refuse de plier face aux attentes. Cette sensibilité supérieure et cette intelligence incontestable deviennent de véritables fardeaux dont il est coupable, plutôt que d’être, naturellement, des dons que les professeurs et religieux devraient cultiver et déployer.</p>
<p>Sa lucidité sur l’ineptie de l’enseignement reçue est exceptionnelle et confirme sa supériorité intellectuelle&nbsp;: «&nbsp;J’ai quitté le collège sans aucune acquisition&nbsp;; je n’avais rien à perdre ou à laisser. On m’avait donné des armes en carton pour un combat que, par chance, je ne souhaitais pas mener&nbsp;; je les jetai, sans me battre, j’étais à mon aise, je n’en souhaitais pas d’autres pour la circonstance. On me dit que c’était s’égarer et se gâcher. Soit.&nbsp;» Les connaissances acquises sont frivoles et inutiles, comparables au dressage de quelque primate savant, dont les aptitudes ne sont que façade. Les pénibles efforts pour acquérir et retenir ces connaissances s’avèrent donc inutiles. «&nbsp;Si le collège nous semblait être une interruption provisoire de notre vie personnelle, cela se devait surtout à une suspension de la culture de l’intelligence.&nbsp;» Cette destruction de l’intelligence s’accompagne d’une crainte superstitieuse, exacerbée par les professeurs et religieux, qui façonnent des créatures chétives, terrorisées par un divin incompréhensible, ôtant le plaisir et la joie d’apprendre, les substituant avec maintes privations, peurs et douleurs. L’école n’encourage guère l’élévation et l’aspiration au sublime&nbsp;; elle prépare, de fait, à ce rabaissement perpétuelle qui donne accès à une société chétive et codifiée et délivre de l’insatisfaction d’être supérieur. L’Escurial désirait diminuer et polir la passion, rendre cette dernière présentable, dans une société fade et dénuée de goût. </p>
<p>Azaña, après s’être abandonné à la prière, réalise qu’il recherche en elle une intensité qu’elle ne possède guère. Il raille le répertoire pathétique et impersonnel des prières, l’encens, et l’interminable cérémonial de l’autel. Tandis que les esprits influençables s’abîment dans une dévotion aveuglée, le jeune garçon n’éprouve que froideur face à ce vain cérémonial, pompeux et creux, doté d’une signification menaçante. Confronté à un christianisme dégénéré, dont les représentants sont des ridicules, Azaña devient brièvement païen et se repaît d’innocents mythes champêtres qui flattent son affection envers la nature, qu’il considère comme plus tendre et vif que les gesticulations de quelque prêtre lors de la messe. Préférant la compagnie des arbres, après avoir contemplé la sauvagerie humaine démesurée de l’école religieuse, le garçon s’y adonne sans interdit à la lecture, jusqu’au jour où la nature devint effrayante et ne parvint à combler ses désirs. Confronté à l’exemple délétère des élèves incivilisés réunis et confinés dans cet enfer terrestre dirigé par des professeurs incultes, Azaña désire diminuer l’influence de la religion, sans véritablement concevoir qu’elle n’est seule coupable. Entre l’épée et la croix, Azaña, répugné par cette religion insipide, choisit l’épée et décide d’outrepasser les attentes de la société, menant un combat acharné et souvent perfide, pour accéder à de hautes fonctions. La soif de savoir, pervertie par l’éducation religieuse et ses maintes bassesses, s’est muée en soif de pouvoir et, quoique les critiques d’Azaña soient souvent d’une profonde justesse, l’orgueil démesuré qu’a nourri cet être supérieur, confronté pendant l’enfance à des médiocres, provoqua la ruine d’une existence et d’une nation. Non contente d’ôter l’envie d’apprendre et d’entraver la curiosité intellectuelle, produisant des captifs inquiets, persuadés de  leur intelligence, de leur liberté et de leur sagesse, alors qu’ils sont des clones de la pensée unique dotés d’un simulacre de culture, culture misérable et rachitique recueillie dans les immondices stériles de l’abjection humaine, et d’une effronterie grossière de sauvages primitifs, elle rabaisse et humilie, avec l’assistance de ses représentants, mesquins et jaloux, les surdoués, les passionnés et, de façon générale, les élèves dotés d’un certain potentiel, encourageant frustrations et culpabilités, ouvrant donc la voie à l’esclavage totalitaire, produisant les esclaves et les tyrans futurs. L’ouvrage d’Azaña est éclairant sur ce qu’une société, telle que la société française, doit craindre dans son exaltation de l’instruction obligatoire et de l’inénarrable égalité, qui n’offre que des idiots et des frustrés.</p>
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		<title>Les Apprentis sorciers</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Nov 2011 21:50:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Anticipation]]></category>
		<category><![CDATA[Fleuve noir]]></category>
		<category><![CDATA[Peter Randa]]></category>

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		<description><![CDATA[Jacques Crécy, contrebandier français, est exilé sur la planète Djarka, planète découverte par les explorateurs portugais et habitée par des indigènes revendicatifs. Cette planète sauvage et austère est principalement exploitée pour un minerai exceptionnel, appelé le moral, dont certaines propriétés sont encore inconnues des Terriens. Jacques Crécy, pourtant recherché sur plusieurs planètes, s’adonne librement à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jacques Crécy, contrebandier français, est exilé sur la planète Djarka, planète découverte par les explorateurs portugais et habitée par des indigènes revendicatifs. Cette planète sauvage et austère est principalement exploitée pour un minerai exceptionnel, appelé le moral, dont certaines propriétés sont encore inconnues des Terriens. Jacques Crécy, pourtant recherché sur plusieurs planètes, s’adonne librement à ses activités de contrebande de jarls, un alcool interdit. Une nuit cependant, il devient le témoin involontaire d’une tentative d’assassinat sur un Terrien dénommé Jacques Richez. L’intègre Crécy neutralise les poursuivants de Richez et devient le confident inopiné des secrets de cet énigmatique comptable à l’agonie. Dépositaire des effets personnels de Richez, Crécy découvre la carte d’une région sauvage constituée de jungles interminables et peuplée de créatures terrifiantes, un sifflant à rayons, arme redoutable, et, enfouie dans un portefeuille, la simple photographie d’une charmante Portugaise dont l’attrait séduit Crécy. Mariada, fille de l’armateur Rodrigue Alveira est prisonnière dans un temple mermer, élaboré par une florissante civilisation éteinte dont rien ne subsiste, hormis cet édifice. Elle y est retenue en captivité par un certain Suamo, métis insignifiant dont le projet ambitieux concerne étroitement la civilisation oubliée et le surprenant moral. Crécy, touché par la beauté terrienne de Mariada, décide d’intervenir lorsqu’il est sollicité par Sherba, de la police djarkienne, afin qu’il espionne précisément les activités de Suamo dans la zone décrite par la carte, dans laquelle Crécy effectue généralement ses transactions illicites. L’ingénieux contrebandier décide d’écouter son instinct et découvre l’inquiétant secret de ce précieux minerai doté du pouvoir indicible de remonter les siècles.</p>
<p><em>Les Apprentis Sorciers</em> est un énième classique de Peter Randa dont la lecture est source de délectation. Les personnages répondent toujours aux représentations canoniques de la littérature randéenne, notamment Jacques Crécy correspond à l’archétype du surhomme proscrit et intègre, stimulé par d’instinctives impulsions, certes, mais surtout motivé par une morale supérieure qu’il ne trahit jamais, en dépit de l’erreur passée. Le jeune Crécy, influencé par son premier verre de jarls, alcool vénusien provoquant une irrépressible euphorie, assassina un étudiant belliqueux de la classe dirigeante afin de se défendre. L’innocence de Crécy fut reconnue, mais le blâme qu’il reçut compromit ses espoirs futurs d’intégrer la garde spatiale et fit de lui un contrebandier fugitif. Néanmoins, Crécy et Mariada, dont les sentiments envers le contrebandier sont purs et dénués de préjugés, deviennent les témoins de l’effrayante épopée des Mermers et les héritiers de leur inconcevable invention, tandis que les intrigants et les malveillants n’obtiennent qu’un trépas certain.</p>
<p>Jacques Crécy est également remarquable de par le jugement lucide qu’il porte sur la planète Djarka et sa découverte par les vaisseaux spatiaux portugais de la planète peuplée d’indigène primitifs.</p>
<blockquote><p>Ils ont donc installé des fonctionnaires à Ruhl, bombardée capitale, et ces fonctionnaires ont entrepris d’instruire les Djarkiens pour tuer le temps. Écoles et tout. Le gros slogan de l’instruction publique et obligatoire… […] Le retour de flamme a pris les Portugais le jour où l’on a découvert les premiers gisements de moral. Du moment que la planète devenait riche et qu’on lui avait fourni l’équipement indispensable, les indigènes se sont découvert des tas d’idées d’émancipation.</p></blockquote>
<p>Avec sa finesse coutumière, Peter Randa entreprend une vive critique de la colonisation telle qu’elle fut pratiquée par les colonisateurs européens, visant à éduquer les indigènes afin d’asservir des ambitions socialistes et humanitaires. Cette éducation consista précisément à leur inculquer des valeurs incompatibles avec leurs mœurs et à leur donner les armes intellectuelles leur permettant de s’insurger contre les colons, prestement considérés comme des oppresseurs au regard des valeurs démocratiques. Les indigènes sont dénués de reconnaissance envers la civilisation qui leur fit entrevoir des valeurs inconnues et étrangères et les contraignit à l’instruction obligatoire. Randa critique brièvement le système éducatif français, dont l’aspect contraint est source de conflit, particulièrement dans le cadre d’une colonisation. «&nbsp;L’instruction est une chose, mais elle n’a jamais rendu personne intelligent&nbsp;», conclut le visionnaire Peter Randa, conscient des lacunes de l’instruction française et du cortège d’idiots incapables qu’elle façonne. Les indigènes révèlent un comportement hypocrite, semblable à celui des immigrés, qui copient le modèle occidental mais se permettent toutefois de vivement le critiquer&nbsp;: les métis sont les premiers à s’enorgueillir de leur ascendance terrienne… et à fustiger l’envahisseur portugais. «&nbsp;Plutôt comique, ce gars, avec sa façon de singer les Terriens tout en les haïssant profondément&nbsp;», tel est le constat ironique de Crécy, soulignant un paradoxe encore présent et vif.</p>
<p>Cette œuvre de Peter Randa est donc fort plaisante et instructive ne serait-ce que par les références et réflexions que l’écrivain esquisse de sa plume légère mais acérée, réflexions toujours vivantes qui réjouissent le lecteur instruit. L’originalité principale de l’ouvrage réside dans son articulation imprévisible, ponctuée de rebondissements palpitants que nous nous refusons de livrer afin d’en conserver la fraîcheur.</p>
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		<title>La Source vive&#160;: Dominique</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 20:15:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Ayn Rand]]></category>

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		<description><![CDATA[Deux jeunes architectes sortent de la même école&#160;; Peter Keating avec honneur et considération, intégrant ensuite un prestigieux cabinet new-yorkais, Francon &#038; Heyer, Howard Roark, congédié par des professeurs insensibles, rejoint Henry Cameron, architecte génial cruellement incompris, dont il partage la pauvreté et la déchéance. Or, Peter Keating est en vérité un architecte médiocre, détestant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Deux jeunes architectes sortent de la même école&nbsp;; Peter Keating avec honneur et considération, intégrant ensuite un prestigieux cabinet new-yorkais, Francon &#038; Heyer, Howard Roark, congédié par des professeurs insensibles, rejoint Henry Cameron, architecte génial cruellement incompris, dont il partage la pauvreté et la déchéance. Or, Peter Keating est en vérité un architecte médiocre, détestant son ouvrage et se contentant d’imiter complaisamment les œuvres passées. Howard Roark est, contrairement à Peter Keating, un génie, doté d’un trait vif, acéré et parfait, d’une personnalité virile, intransigeante et absolue. Mais l’époque n’apprécie guère l’innovation et préfère se complaire dans de ridicules pastiches des anciens, à l’exubérance raisonnée, chargés d’inénarrables chapiteaux corinthiens, colonnes ioniques, fresques renaissantes, etc. Howard Roark refuse le compromis et ne désire souiller son talent à de grotesques imitations. Il désire des constructions épurées, claires et lumineuses, dépourvues du pesant legs des œuvres passées, simplement définies par leur fonction véritable. De ses œuvres émane une véritable beauté car, dépourvues de l’opulence insipide des admirateurs de l’architecture ancienne, elles sont personnelles, caractérisées par leur cohérence et leur singularité. Roark est prestement considéré comme un original et seuls des êtres d’exception, semblables à Roark, osent lui adresser de rares commandes éloquentes. Ayant fondé son cabinet d’architecture après l’abdication définitive de Henry Cameron, brisé par l’alcoolisme et l’indifférence des contemporains, Roark subit l’attente interminable d’un client, qui, lorsqu’il se présente, ne lui offre souvent que des projets qu’il se voit forcé de refuser pour leur superficielle adhésion à l’esthétique ancienne. Au contraire, Peter Keating connaît une fulgurante ascension et son ambition démesurée, aiguillonnée par une mère despotique et fourbe, l’invite à d’inavouables bassesses, causant la décadence et même la mort de ses principaux concurrents, crédulement persuadés de la grandeur d’âme de cet hypocrite avenant. Ces deux figures contrastées gravitent autour d’une femme, Dominique Francon, fille honnie de l’architecte Guy Francon, dont le caractère passionné attise passion et haine. Cette beauté intransigeante, symbole absolu de la femme moderne, aspire à se réaliser dans la frénésie violente qu’elle éprouve envers Roark, qu’elle s’efforce parallèlement d’anéantir.</p>
<p>La première partie de <em>La Source vive</em> est palpitante et prometteuse. Ayn Rand, cette exceptionnelle créature, possède à la fois une plume élégante et une véritable habileté à séduire le lecteur grâce à son style délicat, teinté d’ironie, à son art du portrait, qui suscite tantôt de l’admiration envers le personnage évoqué, tantôt l’éclat d’un rire soudain lorsque le personnage est décrit par des traits grotesques, qui souvent se plient à une personnalité ridicule néanmoins tellement fidèle et pareil à ce que le lecteur attentif endure quotidiennement, confronté à des caricatures. Comme souvent avec Ayn Rand, les personnages sont taillés immuablement dans le granit et répondent à une typologie manichéenne. La première catégorie est fatalement celle des surhommes modernes que sont les protagonistes randiens, protagonistes qu’elle semble vénérer de l’extrémité de sa plume frémissante. Ces héros incarnent toujours de véritables forces, dont la puissance des nerfs et des muscles est singulièrement perceptible, tendus vers un mouvement d’élévation, d’ascension dans une aspiration perpétuelle à la perfection. Ces êtres sauvages et sévères incarnent l’absolu dans sa complète expression. Caractérisés par leur immense sublimité, ces personnages abhorrent le compromis&nbsp;;  ils affrontent privations et sacrifices avec flegme, sans jamais faiblir, conscients de la qualité de leurs idéaux. Ces personnages vertueux et virils affrontent l’ignorante assemblée des inénarrables incultes dont les dirigeants sont des incarnations de la duplicité. Leurs intentions sont définies par l’instinct de destruction, quête frénétique de pouvoir par la manipulation, la bassesse et la corruption, par l’asservissement et l’avilissement d’autrui derrière l’apparence bienveillante de l’égalitarisme et de l’altruisme. Tel est notamment Ellsworth Toohey, qui dissimule, derrière un physique frêle et un air bienveillant, un caractère terrifiant, jusqu’à effaroucher sa défunte tante qui lui affirmait&nbsp;: «&nbsp;Vous êtes un monstre […] vous vous nourrissez du malheur des autres&nbsp;». Le fragile Ellsworth, doté dès l’enfance d’une âme diabolique, lui répondait&nbsp;: «&nbsp;Dans ce cas, je ne mourrai jamais de faim.&nbsp;» S’intéressant aux questions religieuses, il était le juvénile orateur qui fascinait les faibles et les insignifiants, leur inculquant une morale veule, les assujettissant à leur petitesse. Puis il se désintéressa soudainement de la doctrine chrétienne et s’abandonna au socialisme, invitant l’innombrable cohorte de ses disciples à l’égalitarisme et à la parfaite réfutation de leur individualité, anéantissant l’existence de dizaines d’adorateurs reconnaissants.</p>
<blockquote><p>L’amour pour un être […] est un mal, comme tout ce qui est personnel. Et cela ne peut rien amener que de mauvais. […] L’amour pour un être est un acte de discrimination, de préférence. C’est donc un acte d’injustice envers tous les êtres humains que vous frustrez de cet attachement arbitrairement réservé à un seul. Il faut apprendre à aimer, également, tous les êtres. Mais vous ne pouvez arriver à une si noble conception que si vous n’avez pas d’abord tué en vous-même vos égoïstes petites préférences. Elles sont mauvaises et nuisibles puisqu’elles sont en contradiction avec la première des lois cosmiques&nbsp;: la profonde égalité de tous les hommes. </p></blockquote>
<p>Lorsqu’il s’adresse en de tels termes à Peter Keating, ce dernier éprouve une immense satisfaction, celle qu’éprouvent les faibles face à l’insipide discours des égalitaristes. Celle d’être simplement dispensé de penser et de vivre, d’oublier ses ambitions, ses rêves et ses aspirations, d’abdiquer certes la tristesse et la jalousie, mais surtout la passion et la volonté. Le verbe néfaste d’Ellsworth Toohey est tel qu’il avilit et abêtit ses auditeurs fascinés, apaisés par la perspective d’une existence facile, faite de renonciation parfaite de l’individualité au sein d’une humanité rabaissée, délivrée du fardeau de la volonté et de la liberté.</p>
<p><em>La Source vive</em> est un combat entre deux conceptions antagonistes de l’humanité. Celle d’Ellsworth Toohey, dissimulant la haine et la jalousie derrière des désirs d’universalisme et d’égalité teintés de morale catholique et de vernis socialiste, et celle d’Howard Roark, qui s’exprime pleinement à travers son œuvre et ses conceptions architecturales. Les plans architecturaux de Peter Keating s’abandonnent confusément à l’incohérence, ornés de multiples styles subtilisés aux édifices antérieurs. L’œuvre de Keating est semblable à son caractère&nbsp;; sans cesse influencé par les jugements extérieurs et le désir irrépressible de plaire quitte à nier sa volonté, constitué de duplicité et de déloyauté, prompt à la trahison et à la lâcheté en dépit d’une posture avenante et généreuse. Le simulacre d’élégance et d’élévation extérieure dissimule donc des fondations instables, creuses et déplorables. Keating est à l’image des façades surchargées qu’il élabore, association superficielle de styles divers dont l’ambition est de convenir au public. Contrairement à cet être disséminé dont l’existence est déterminée par leurs semblables, Howard Roark est unité, franchise et simplicité. Il est l’incarnation de l’objectiviste randien dont l’égoïsme sublime est source de valeur morale. Son désintérêt parfait envers des créations surannées est source de dépassement. Affranchi des conceptions architecturales classiques, son œuvre entière respire son individualité et son désir de liberté. </p>
<blockquote><p>Chaque forme nouvelle a sa propre signification, comme chaque être humain à sa propre raison d’être, sa propre forme, son propre but. Pourquoi attache-t-on tant d’importance à ce que les autres ont fait&nbsp;? Pourquoi cela nous devient-il sacré pour la simple raison que ce n’est pas nous qui l’avons fait&nbsp;? Pourquoi ont-ils raison simplement parce qu’ils ne sont pas nous&nbsp;? Pourquoi prennent-ils la place de la vérité&nbsp;?</p></blockquote>
<p>Roark est l’architecte indépendant qui s’affranchit des créations passées et des avis extérieurs. Son œuvre exalte son individualité, sans cesse tendue vers sa forme véritable, obtenue intuitivement, esquissée de traits sublimes et épurés, toujours déterminée par l’âme de son constructeur qui n’hésite pas à fréquenter le chantier de ses créations et éprouver une véritable passion fusionnelle pour ses constructions, dont il suit la conception avec un profond respect. Les formes sont claires et simples, dotées de vastes terrasses lumineuses et de grandes fenêtres ouvrant sur la beauté solaire. Les lignes sont audacieuses mais judicieusement élaborées, convergeant vers un équilibre parfait. Howard Roark, semblable à son œuvre, est transparence, harmonie et unicité. Incapable de nier ses ambitions et ses aspirations, il refuse l’hypocrisie et l’affectation et préfère devenir simple ouvrier dans une carrière de marbre plutôt que de devoir supplier ses détracteurs en acceptant leurs conditions et leurs intrigues. L’âme de Roark est révélée par son art, un art que les philistins s’efforcent d’annihiler par crainte d’un être qui ose éprouver une véritable passion, commettant donc un crime contre l’égalité et révélant la véritable grandeur humaine dans une société dévastée par l’insignifiance. Contrairement à Ellsworth Toohey, dont le dédain farouche envers l’humanité est perceptible dans son discours teinté de religiosité, valorisant la soumission, la repentance et la petitesse, Roark œuvre à la gloire humaine contre le despotisme divin. Alors que Toohey, dans son furieux désir de domination, fantasme sur une humanité perpétuellement prosternée, prostrée et abandonnée, Roark est debout, dans une nudité parfaite, au sommet d’une falaise escarpée, tel qu’il figure dans l’incipit de <em>La Source vive</em>, défiant l’univers de la franchise de son rire créateur et son œuvre exalte le primat humain en une vivante invitation au dépassement. Lorsqu’il doit construire un temple pour un imbécile manipulé par Ellsworth Toohey, Howard Roark refuse d’élaborer une imposante cathédrale tendue vers le ciel, inspirant des sentiments de crainte et de modestie, il construit un édifice de forme allongée, considéré comme un vulgaire entrepôt vautré dans la fange et la bassesse des instincts charnels par les rapaces de la critique architecturale, révélant pourtant la véritable puissance tellurique des hommes fiers et libres.</p>
<p>Rand illustre dans cette œuvre magistrale ses théories objectivistes appliquées à l’art. La sculpture de Dominique, élaborée par Steven Mallory, un homme semblable à Roark, est décrite comme une véritable force de vie, dont les muscles tendus sont une invitation à la puissance et à la jouissance. Cette statue, seul ornement de ce temple de l’esprit humain, est une ode à l’existence et à l’individualité contre le despotisme de la religion qui, dans les théories objectivistes d’Ayn Rand, n’est qu’une ineptie. Plutôt que de vénérer quelque divinité éthérée, Rand révèle l’individu héroïque, seul capable d’ordonner sa destinée, affranchi des pratiques et des idéologies liberticides de la religion. Opposée à la raison objectiviste, la religion devient l’instrument des faibles et des attentistes, justifiant l’asservissement des individus dans une doctrine de la résipiscence, de la résignation et de la pénitence, notamment du fait d’un altruisme coercitif et d’un égalitarisme assujettissant. La religion ordonne de s’incliner devant une force supérieure, réfutant donc l’individualité, de laquelle est puisée la force humaine véritable. Fidèle à l’idéal objectiviste, Howard Roark nie l’idée d’une humanité diminuée par la souillure du péché et considère l’essence humaine comme source de pureté, de beauté et de noblesse. Désireux de révéler la futilité divine, Roark et Mallory sont deux créateurs défiant Dieu, dont l’art est source de vie. Steven Mallory et Howard Roark sont transfigurés par leurs créations et souvent les doigts agiles de Roark sont décrits, fins, nerveux et virils, des doigts de créateur qui soulignent la divinité humaine. La féconde harmonie qui règne entre Roark et ses esquisses, ses plans et ses maquettes, est principe de création, décrite comme la noble et valeureuse possession d’une amante docile. Les œuvres de Roark et Mallory sont immédiatement proscrites, symbolisant l’impulsion délétère de la société et des institutions la régissant. Un être tel que Roark attise naturellement jalousies et haines.</p>
<blockquote><p>Il était généralement détesté, au premier regard, où qu’il allât. Son visage était fermé comme la porte d’un coffre-fort. On enferme généralement dans un coffre-fort des choses de valeur et c’était pour cette valeur devinée que les hommes lui en voulaient.</p></blockquote>
<p>Howard Roark est un véritable être pensant, voué à l’accomplissement de sa passion sans aucune concession, dont la supériorité naturelle suscite un profond mépris. Supériorité physique de ce corps viril à la chevelure enflammée, doté d’une éclatante puissance et d’un charme fascinant, capable de tailler le marbre de ses doigts créateurs, et supériorité mentale de cette âme forte, qui subit les affronts silencieusement et dont la volonté ne fléchit jamais, comme si les insultes n’effleuraient guère cet être intègre et entier. Car l’indicible et inatteignable Howard Roark révèle, de par son indifférente ferveur, le néant de ses ennemis, impuissants à affaiblir cette droite flamme dont la rousseur symbolise l’ardent feu intellectuel de l’objectiviste. Il souligne en un implacable contraste la complète vacuité de son entourage&nbsp;; créatures ineptes, vaines et insignifiantes, intrinsèquement fausses, s’adonnant à la duplicité et à l’hypocrisie, créatures désespérément incomplètes car dénuées d’idéal supérieur et d’absolu moral, caractérisées par la concession, la flatterie et la dissimulation. Lorsqu’il refuse d’élaborer une demeure de style Tudor pour Mrs. Wilmot, Howard Roark réalise l’inconsistance effroyable de ses contemporains.</p>
<blockquote><p>Mrs. Wayne Wilmot n’existait pas en tant qu’individualité. Elle n’était que le reflet des opinions de ses amis, des reproductions de tableaux qu’elle avait vues, des romans qu’elle avait lus. Et c’était à ce quelque chose d’inconsistant, de sourd et d’impersonnel comme un paquet d’ouate, qu’il devait s’adresser et dont il ne pouvait espérer obtenir ni attention ni réponse.</p></blockquote>
<p>Cette œuvre, qu’Ayn Rand considérait comme un simple prélude à l’éminent <em>La Grève</em> demeure néanmoins magistrale et offre une véritable illustration de l’objectivisme à l’art et l’architecture. Les personnages répondent certes à une symbolique chère à Rand dont les caractéristiques transparaissent également dans <em>La Grève</em>, mais ils n’en demeurent pas moins extrêmement convaincants&nbsp;; Howard Roark possède une aura telle qu’elle égale, sinon domine, celle de son équivalent dans <em>La Grève</em>, Hank Rearden, de par la précise et éloquente insistance que l’exceptionnelle Ayn Rand use lorsqu’elle décrit cet être, véritable allégorie de l’objectivisme. La seconde partie de l’ouvrage, qui porte justement le nom de l’architecte, sera considérée ultérieurement.</p>
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		<title>Les Lois de l’ORGA</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Aug 2011 11:23:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bibliophilie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Adam Saint-Moore]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques de l’Ère du Verseau]]></category>

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		<description><![CDATA[L’astucieux Kerval est ce que les Matriarches appellent dédaigneusement un Eti, mot-valise d’être inférieur. Les Etis sont considérés comme des créatures médiocres, esclaves au sein des innombrables fermes d’État produisant vivres et énergie, sous le règne implacable de l’ORGA. Ce régime matriarcal fut fondé par des femmes qui survécurent à la Grande Désolation, une guerre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’astucieux Kerval est ce que les Matriarches appellent dédaigneusement un Eti, mot-valise d’être inférieur. Les Etis sont considérés comme des créatures médiocres, esclaves au sein des innombrables fermes d’État produisant vivres et énergie, sous le règne implacable de l’ORGA. Ce régime matriarcal fut fondé par des femmes qui survécurent à la Grande Désolation, une guerre exterminatrice entre les continents, survenue à une époque avancée de civilisation, annihilant presque l’humanité avec des armes destructrices et nucléaires. Ces femmes, furieuses de la démence des hommes, décidèrent de créer une société de guerrières, société archaïque reposant sur la réincarnation de la Matriarche Originelle et différentes castes, des Prêtresses aux Matriarches Oméga, sans oublier les Noires, amazones d’élite chargées de pacifier les Zones d’Insécurité, fréquentées par des mutants et des Sous-Humains, souvent des Etis vivant en tribus barbares avec des femmes qui ignorent les règles de l’ORGA. Les Matriarches endurent donc une existence particulièrement martiale, vénèrent avec déférence les décrets de l’ORGA et notamment l’interdiction de commettre le Crime contre l’Espèce, qui signifie entretenir des relations intimes avec un mâle, et celle d’allaiter les enfants, engendrés artificiellement et soigneusement sélectionnés, les filles devenant des miliciennes et les garçons des esclaves serviles. Mais Kerval, athlétique et rusé, contraste avec les autres Etis, caractérisés par leur rudesse et leur stupidité. Les Etis démontrant certaines aptitudes intellectuelles sont éliminés dès l’enfance, mais Kerval semble avoir providentiellement échappé à la vigilance des Matriarches. Lors d’une énième journée de labeur dans les champs d’une ferme d’État, une Alpha blonde, jeune guerrière destinée à devenir Noire, baptisée Goveka, s’apprête à entraîner ses Filobs inexpérimentées, adolescentes guerrières formées par les Alphas, à la traditionnelle chasse à l’Eti, exercice idéal permettant d’évaluer la force, le flair et l’endurance des filles et de leur attribuer un rang dans la hiérarchie matriarcale. L’impétueuse Goveka décide aussitôt de prendre en chasse un vieil Eti, avant que Kerval n’intervienne, demandant à l’Alpha de le choisir comme proie, lui assurant une chasse infiniment plus excitante que celle d’un vieillard déjà exténué par des années d’ouvrage. Goveka accepte. Or, Kerval parvient à semer les Filobs et tend un piège à la jeune Alpha. Dans la confusion de l’étreinte guerrière, Goveka commet le Crime contre l’Espèce avec Kerva. Singulièrement, la blonde amazone ne ressent aucune honte après cette union et prévoit rapidement de fuir le Matriarcat avec Kerval, quitte à affronter avec l’Eti les maints dangers qui parsèment la route vers la liberté, des poursuites des Noires et de leurs implacables limiers dressés à exterminer les Déviants, aux créatures sauvages et inquiétantes hantant les Zones d’Insécurité et les anciennes mégapoles, témoins sinistres de la glorieuse civilisation défunte, désormais habitées par des clans mystérieux et des créatures repoussantes.</p>
<p>Ce qui séduit, dans <em>Les Lois de l’ORGA</em>, est la parfaite connaissance d’Adam Saint-Moore de l’esprit féminin et des méfaits d’une société féministe, vers laquelle nous évoluons irrémédiablement. L’ouvrage d’Adam Saint-Moore, pourtant daté, est néanmoins éclairant. Confrontés à la féminisation de la société, les mâles contemporains oublient la virilité et deviennent de véritables Etis, esclaves des velléités et des ordres féminins, des créatures stupides et avachies, incapables d’agir avec fermeté et force. Les Matriarches, qui exterminent les rares mâles virils et harmonieux lors d’une impitoyable sélection, sont similaires aux féministes dont la tâche consiste essentiellement en un effort acharné de destruction des attributs masculins au profit de la splendeur féminine. L’écrivain dispense un avertissement d’une claire lucidité&nbsp;: l’anéantissement de la masculinité débute avec la valorisation des caractéristiques féminines, comme le fait de s’apprêter physiquement, avec maquillage et épilation par exemple, d’arborer des manières et des comportements efféminés, et cela s’achève par un impitoyable Matriarcat qui asservit les mâles et extermine les déviants. Pour les besoins de l’intrigue, Adam Saint-Moore a préféré esquisser un univers post-apocalyptique en une nette et soudaine régression de la civilisation, tandis que l’agonie de notre société est progressive, mais n’en demeure pas moins cruelle.</p>
<p>L’aspect bureaucratique et administratif du Matriarcat est évident, et la comparaison avec le système dans lequel nous évoluons, soumis à la dictature des administrations et des armées dociles de fonctionnaires tyranniques, est parfaitement réaliste. Une société où la féminité règne est une société soumise au joug bureaucratique, répondant à un désir particulièrement féminin d’organisation, d’assujettissement délétère, perpétré par les interminables justificatifs et formulaires qu’il convient de pourvoir. Un aspect consécutif de ce régime reposant sur d’innombrables administrations et castes qui régissent les gestes les plus essentiels et les plus anodins de l’existence est la méfiance. Comme dans l’œuvre d’Adam Saint-Moore, notre société repose sur une suspicion farouche. Quoi qu’il advienne, les Matriarches sont sommées d’établir d’interminables rapports sur leurs semblables et de dénoncer n’importe quel comportement déviant. Les relations entre les femmes reposent donc sur une parfaite hypocrisie et une défiance démesurée. Une amie, sinon une compagne, dissimule toujours une véritable calomniatrice qui s’efforce de révéler la faille lui permettant d’annihiler ses semblables et de gravir progressivement les différents échelons des castes matriarcales. C’est le cas de Mira, une des Filobs de Goveka, qui soupçonne l’Alpha d’avoir commis le Crime contre l’Espèce et émet un rapport sur la jeune blonde, la forçant, afin d’éprouver sa fidélité envers l’ORGA, à conduire Kerval dans un centre d’extermination sous la surveillance d’une Matriarche Supérieure, étudiant les moindres réactions et gestes de la jeune femme. La délation, la suspicion et, essentiellement, la fidélité à l’organisation tyrannique du Matriarcat est considérée comme une attitude exemplaire. Fin observateur des comportements féminins, Adam Saint-Moore souligne les aptitudes destructrices des femmes lorsqu’elles obtiennent un pouvoir qui ne devrait être leur. Leur caractère est de fait révélé par le fait qu’elles soient seules régnantes. Une société qui s’abandonne au féminisme repose précisément sur l’hypocrisie, car tel est le comportement habituel des femmes en société et telle est la conséquence d’une société féminisée.</p>
<p>La société de l’ORGA reposant sur le déséquilibre, la virilité étant asservie sinon anéantie, les femmes doivent combler seules leurs désirs. Elles s’adonnent au saphisme, oscillant entre de multiples partenaires. Les unions fidèles et durables s’avèrent particulièrement rares et les Noires sont souvent décrites comme d’une singulière virilité, dotées d’une carnation sombre, d’une absence remarquable de poitrine et de cicatrices couvrant leur corps élancé et musculeux. Obéissant à leurs gènes, n’en déplaise à ceux qui prétendent que les sexes sont des constructions sociales, les femmes tentent de se satisfaire des ces subterfuges de virilité mais ne parviennent à en être comblées. C’est le constat que dresse Goveka après avoir été satisfaite par Kerval, et son sentiment d’être enfin entière, n’éprouvant aucune culpabilité d’avoir pourtant commis un véritable crime selon les Matriarches. L’acte charnel entre Matriarches n’est de fait qu’un signe d’intégration pour lequel elles ont reçu une éducation précise et la capacité à provoquer le plaisir de sa partenaire est une qualité déterminante dans l’évolution d’une femme au sein de l’ORGA. Nous ne sommes guère éloignés de notre société, où la quête effrénée du plaisir et la multiplication des partenaires ont remplacé la fidélité, la tendresse et l’estime mutuelle. Puisque les femmes s’épient perpétuellement, la couche d’une Matriarche est également l’endroit où les femmes s’espionnent et guettent les gestes déviants. La quête de Goveka et Kerval est donc celle de l’unité originelle et de l’antique fusion amoureuse de l’homme et de la femme, reniée pendant des siècles par les Matriarches. </p>
<p>Enfin, signe consécutif d’une société abandonnée à la féminité, l’ORGA est un régime archaïque et agraire&nbsp;; les femmes éprouvant un certain dédain envers la raison et le progrès, elles n’éprouvèrent aucun désir de reconstituer la civilisation passée, mais se sont au contraire méfiées des progrès humains, qu’elles estimèrent dangereux, ne conservant comme technologie passée que les outils nécessaires à l’accomplissement de leur règne, dont les armes leur permettant d’asseoir leur pouvoir. Néanmoins, des techniques avancées sont consacrées à la sélection des fœtus. Le ventre des femmes n’enfante plus et l’allaitement est considéré comme une démarche avilissante. Ces créatures émancipées n’en sont pas moins des adoratrices de Gaïa et l’écologisme, digne pendant du féminisme, connaît un intérêt certain qui coïncide avec les désirs régressifs des Matriarches. Leur désintérêt envers le progrès, la raison et la science, leur volonté impérieuse de réprimer, de tyranniser et de contrôler, leur dédain envers la création, ne serait-ce que sur les plans artistique, architectural et technique révèle la véritable nature de la femme lorsque celle-ci s’abandonne à ses vils instincts et n’est pas encouragée à la création et à la perfection par un être viril.</p>
<p>Notre société possède les caractéristiques de ce Matriarcat que Goveka et Kerval cherchent éperdument à fuir. En quête d’une terre accueillante, le couple doit fuir les guerrières de l’ORGA afin d’espérer survivre. Il lui faut affronter diverses épreuves, qui laissent le lecteur sans répit, et divers univers au sein de cette Terre dévastée, de la Mégapole 3 et ses familles malveillantes aux Puants, mutants dégénérés qui se nourrissent de sang, chaque aventure permet d’introduire des personnages complexes et énigmatiques, ainsi que des décors étranges, des déserts habités par des lézards crachant un poison mortel à la sereine montagne bleue et ses forêts accueillantes, sans oublier la mégapole, vaste cité à la fois effrayante et majestueuse, dernier vestige d’une civilisation oubliée. La plume d’Adam Saint-Moore est vive et plaisante, et les péripéties se succèdent sans répit dans cette épopée convaincante. L’ORGA évoque de façon persistante les affres du féminisme contemporain. L’écrivain aborde de façon critique cette société féminisée, caractérisée par sa cruauté guerrière, sa puissante bureaucratie et son absence élémentaire de liberté. L’unique bémol réside certainement dans l’attrait de l’écrivain pour le voyeurisme saphique, qui semble parfois purement gratuit. Mais le rythme effréné des péripéties et la variété des cadres et des personnages parviennent aisément à combler cette gêne. <em>Les Lois de l’ORGA</em> est donc le début prometteur d’une série d’une série d’ouvrages parfois inégaux, intitulés <em>Les Chroniques de l’ Ère du Verseau</em>, qui introduit la richesse imaginative d’un écrivain érudit et visionnaire, de son véritable nom Jacques Douyau, ancien journaliste à <em>La Dépêche du Midi</em>, qui prédisait dès 1985 l’<a href="http://leaule.com/medias/Article-de-Jacques-Douyau.jpg" title="Site externe : http://leaule.com/medias/Article-de-Jacques-Douyau.jpg" target="_blank" target="_blank">islamisation de la France</a>. Nous conseillons donc cette saine et intéressante lecture qui ravira certainement les amateurs de science-fiction post-apocalyptique.</p>
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		<title>Commando de transplantation</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Jul 2011 17:01:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Khaldo est un extraterrestre humanoïde de la planète Galgar, planète florissante et prospère dont les résidents sont parvenus à un tel stade d’évolution qu’ils se plaisent désormais à la contemplation, à la pensée et à la sagesse. Mais cette existence sereine ne satisfait pas certains habitants, en quête de péripéties diverses, considérés comme des inadaptés. C’est pourquoi le conseil supérieur de Galgar autorise l’organisation d’expéditions ponctuelles devant abandonner la planète et regagner l’espace, dans des vaisseaux qui ne possèdent pas les coordonnées de Galgar, afin d’éviter qu’ils ne reviennent et menacent l’équilibre de la planète. Les effectifs des fusées sont réduits de façon à ce que les passagers ne soient tentés par l’idée de conquérir de nouvelles planètes. Ils doivent, s’ils découvrent des astres habités, s’intégrer discrètement aux indigènes sans interférer dans leur progression. Les passagers de ces expéditions nommées commandos de transplantation abandonnent définitivement la planète natale et acceptent de se fondre dans des civilisations inférieures. Le cadre du récit est donc semblable à celui du <a href="http://leaule.com/mot-clef/cycle-de-mandralor/" title="Site externe : http://leaule.com/mot-clef/cycle-de-mandralor/" target="_blank" target="_blank">cycle de Mandralor</a>. L’équipage du vaisseau dont il est question est exténué de cet interminable périple dans l’espace et les ressources de la fusée se raréfient. Parvenus, après d’interminables cycles d’hibernation, aux confins de l’univers, les extraterrestres découvrent enfin une planète habitable. Mais elle est déjà occupée par des êtres dont la civilisation est certes encore primitive mais suffisamment avancée pour compliquer l’intégration. Khaldo est envoyé seul en fusée de reconnaissance afin d’étudier la planète et de déterminer les conditions de l’implantation. Khaldo, qui désirait atterrir dans l’obscurité au sein d’un endroit désertique, provoque l’incendie tragique d’une forêt dans laquelle se trouvait une colonie de vacances et déclenche une traque acharnée des villageois alentours. L’extraterrestre s’enfuit et se cache jusqu’au crépuscule dans un lac situé près de l’endroit d’atterrissage. Sa combinaison verte, lui permettant de respirer dans ledit lac, dissimule sa véritable apparence, fort semblable à celle des humains, et les témoins qui le virent se glisser dans l’eau pensent qu’il est quelque monstruosité marine. Mais la traque se poursuit pendant la nuit et l’étau se resserre sur Khaldo. L’extra-terrestre capture inopinément la jeune Jeanine et apprend son langage, le français, grâce à un assimilateur de pensées. Tentant de la convaincre expressément de ses intentions pacifiques, il finit par découvrir en elle une véritable alliée qui l’initie au fonctionnement fastidieux de la société terrienne et lui révèle l’endroit idéal où lui et les siens pourraient s’implanter. Cette jeune fille, dont la race ressemble tant à celle de Khaldo que ce dernier estime que la Terre est probablement habitée par d’antiques colons de Galgar, finit par nouer avec l’extraterrestre de tendres sentiments.</p>
<p>Cet ouvrage, certainement l’un des meilleurs de Peter Randa jusqu’à présent, est passionnant et captivant de la première à la dernière phrase. Soigneusement élaboré, son rythme rapide s’attarde néanmoins en certains endroits, pour le plaisir de ceux qui regrettent la brièveté des récits randéens. Les péripéties de ce couple attachant sont fort plaisantes et diverses. Les fuites, les traques et les aventures abondent, conférant au récit une cadence effrénée. La fin inattendue parvient à combler la concision de l’œuvre et présente Khaldo et Jeanine comme des Adam et Ève modernes, en quête d’un paradis retrouvé, celui de la véritable liberté.</p>
<p>De fait, l’ouvrage critique de façon soutenue le fichage élaboré des individus, qui considèrent ironiquement ce recensement comme un signe de liberté. Peter Randa esquisse souvent des réflexions sur la société, réflexions rendues particulièrement actuelles, sinon intemporelles, par la perspicacité de l’écrivain. Ces pensées sont souvent concises et imperceptibles lors d’une lecture inattentive. Mais, dans <em>Commando de transplantation</em>, Randa insiste fortement sur les contraintes qui règnent sur les individus des nations civilisées de la Terre. Khaldo ne peut s’intégrer dans la société car il ne dispose pas de papiers d’identité et ne peut en acquérir… car il ne possède pas de certificat de naissance. Cet extraterrestre jouit d’un statut d’observateur extérieur, il réalise donc de façon entière que l’individu est dans l’impossibilité de se mouvoir librement sans que ne soient demandés ces éternels justificatifs d’identité. Selon lui, cette contrainte est une forme dissimulée d’esclavage et, en acceptant ce servage, l’homme se prive de ses libertés fondamentales. Pour Jeanine, la société repose essentiellement sur des sentiments de méfiance et de défiance, ce qui implique d’interminables vérifications de l’identité et de l’intention des individus. Elle est habituée à cette existence servile, mais Khaldo est surpris de ce qu’il apprend et sa description de la civilisation terrienne aux siens restés dans le vaisseau est d’une écrasante justesse&nbsp;: «&nbsp;Elle est fonctionnarisée au maximum. Aucune liberté individuelle. Chaque Terrien est recensé et constamment contrôlé. Ils nomment liberté une singulière forme de gouvernement qui aboutit à rendre les hommes esclaves de grandes administrations qui les régentent impitoyablement.&nbsp;» La dictature des administrations et le joug des fonctionnaires est une véritable tyrannie. Devoir, à chaque instant, rendre des comptes à telle administration, subir les caprices de tel fonctionnaire, et surtout devoir toujours fournir des documents, des papiers et des justificatifs est une forme d’esclavage. La liberté est inexistante lorsqu’il faut sans cesse dépendre des interminables paperasseries et bureaucraties imposées par cette pernicieuse dictature.</p>
<p>Khaldo dresse une description acerbe de ceux qui se plaisent à subir un tel sort afin d’assouvir un confort superficiel et illusoire, qui implique une parfaite absence de liberté et de responsabilité. Les hommes sont sans cesse protégés, couvés et surveillées, semblables à des enfants immatures devant toujours justifier leurs actes, perçus comme des fautes et des crimes.</p>
<blockquote><p>Singulière mentalité&nbsp;! Incontestablement il s’agit d’êtres humains et pourtant ils se laissent tous parquer et recenser comme un véritable troupeau. Une apparence de civilisation avec une mentalité restée purement animale. [ …] Des êtres humains, mais ils paraissent avoir peur de leur propre imagination. Ils abdiquent jusqu’à leur dignité… Même leurs savants et leurs artistes acceptent ce sevrage. Question de vocabulaire pour eux… ils souscrivent à toutes ces contraintes parce qu’on les leur impose au nom de la liberté.</p></blockquote>
<p>Peter Randa invite le lecteur à se méfier des régimes qui affirment garantir la liberté et érigent ce concept en valeur immuable et en étendard de leur dictature répressive. La liberté est souvent l’excuse qui justifie paradoxalement l’asservissement des individus, derrière des apparences qui finissent par ne plus guère tromper l’œil perspicace. Mais l’homme est tellement abêti et asservi par les contraintes et les règles qui pèsent sur lui qu’il finit par prendre son esclavage comme une illusion de liberté fort accommodante. Khaldo est stupéfait par l’existence de lois multiples qui régissent le quotidien des individus et nient sa véritable nature, comme celles interdisant le racisme, sentiment pourtant essentiel et vital, qui caractérise leur véritable nature. Ceux-ci sont non seulement forcés à être recensés et identifiés, nuisant à leur liberté d’agir à leur guise, mais d’innombrables règles et lois iniques viennent compliquer davantage l’existence. «&nbsp;Les Terriens en sont encore à cette forme primitive de la morale qui consiste à vouloir modeler les mentalités en créant des défenses et des interdictions… Tout cela les conduit à des absurdités mais ils n’ont pas l’air de s’en apercevoir.&nbsp;» Cet ouvrage est donc éclairant, joignant l’agréable et l’utile, grâce à une intrigue palpitante et à une morale éclairante et saine, ce que nous ne pouvons qu’apprécier dans ce siècle d’abêtissement moral.</p>
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		<title>Cycle zéro</title>
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		<pubDate>Sat, 25 Jun 2011 15:34:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[À l’aube de ses trente années, l’impétueux Helver reçoit une convocation de l’assemblée constituée des sages de sa planète. Ils doivent décider par vote si Helver peut intégrer ladite assemblée et être instruit des secrets et des technologies des sages de sa race. Helver est d’une éclatante jeunesse, comparativement à ses contemporains, vieillis par le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>À l’aube de ses trente années, l’impétueux Helver reçoit une convocation de l’assemblée constituée des sages de sa planète. Ils doivent décider par vote si Helver peut intégrer ladite assemblée et être instruit des secrets et des technologies des sages de sa race. Helver est d’une éclatante jeunesse, comparativement à ses contemporains, vieillis par le fil des siècles, créatures souvent désabusées et désenchantées, d’autant plus qu’il naquit de façon impromptue, à une époque où l’humanité devenait irrémédiablement stérile. En contrepartie, certains humains acquirent l’immortalité et, se considérant comme l’achèvement de leur race, ils assistèrent à l’extinction progressive des leurs jusqu’à ce que ne subsistent que les êtres supérieurs. Les aînés d’Helver sont donc vieux de plusieurs siècles. Ils regardent Helver comme un enfant et s’inquiètent de sa dangereuse fougue. Les humains oublièrent l’impatience et survivent désormais dans une sagesse immobile. Ils sont deux cent survivants à habiter la planète, deux cents humains incapables de se reproduire, qui stagnent désespérément dans cette immortalité sentencieuse qu’Helver perçoit comme un état de semi-mort, confinés dans une unique et majestueuse cité, vide de jeunesse et de renouveau. Les autres villes sont entretenues grâce à des robots pour d’éventuelles virées, mais désertes et silencieuses. </p>
<p>Helver s’ennuie fermement entouré de ces êtres dénués d’ambitions et d’aspirations. Il espère pouvoir explorer d’autres planètes et découvrir les peuplades barbares asservies par les siens sur les mondes voisins. Mais cette escapade lui est formellement interdite et le siège de l’assemblée lui est refusé. Des androïdes policiers sont réactivés soi-disant afin d’empêcher les réactions vives du recalé. Le méfiant Helver pressent que son éviction repose sur des causes infiniment plus profondes que sa grande jeunesse. Contacté par une immortelle apparemment parfaite mais néanmoins sujette à des émotions humaines longtemps refoulées, il propose à la dénommée Rénella une escapade galante afin d’oublier la déception causée par le refus. Mais Helver assiste de façon impromptue à un appel de Dirna, appel auquel il n’aurait théoriquement jamais dû assister. Helver découvre avec stupeur que Dirna possède les symptômes d’une maladie étrange alors que vieillesse et maladie semblent pourtant avoir été éradiquées depuis des siècles par les scientifiques. Les secrets s’ouvrent progressivement et Helver découvre bientôt que Nobra, le dirigeant dans la planète, effectue des essais médicaux sur certains sujets afin de ralentir l’irréversible vieillissement des cellules. Helver s’oppose vivement à cette décision et espère pouvoir dérober une fusée afin de rejoindre les colonies primitives. Il désire renouveler l’humanité grâce à l’implantation des rustiques et frustres humanoïdes sur Terre.</p>
<p>La société dans laquelle évolue Helver semble parvenue à un tel point de perfection qu’elle ennuie le fougueux jeune homme. Néanmoins, l’homme semble avoir atteint son apogée grâce à l’absence parfaite de lois et de règlements&nbsp;: «&nbsp;les êtres humains sont naturellement médiocres dans leur plus grande majorité et […] aux temps où existaient des “Gouvernements” ceux qui briguaient le pouvoir étaient presque toujours ceux qui avaient le moins de qualités naturelles.&nbsp;» Émancipé des bas calculs des politiciens et des despotes, l’homme a parachevé sa quête de science et de sagesse et acquis les qualités nécessaires à l’anarchie harmonieuse dans laquelle évolue une humanité décente et sereine. «&nbsp;Légiférer est le propre des insensés car ça leur donne une impression d’importance…&nbsp;» Mais les passions ressurgissent rapidement grâce au déferlement d’intrigues causé par l’intrusion d’Helver au sein des complots de l’assemblée. La répression apparaît comme lors de l’ère des tyrans, les robots policiers sont activés après des siècles d’inactivité et les traques et fuites attestent d’une véritable force oppressive, décidée par Nobra, donc la sagesse dissimule de primitives effusions. La nature véritable de l’humanité ressurgit, constituée de conflits et de divergences, en dépit de siècles d’apprentissage et d’abnégation.</p>
<p>Car l’homme oscille entre deux postulats contraires et peine à acquérir un équilibre salvateur entre la fougue ambitieuse d’Helver et la sagesse des érudits immortels. L’ardeur féconde de la jeunesse semble inconciliable avec les tranquilles désirs des sages. Helver considère que sa race est dénuée de vitalité et de valeur, engourdie dans la calme réalisation de ses désirs. Ses aînés estiment qu’Helver est un importun doté de mœurs surannées. Lorsque l’importation de barbares permettrait, selon Helver, de ressaisir l’humanité, les sages considèrent qu’une telle décision constituerait une inacceptable régression. Issus d’une impitoyable sélection, ils estiment qu’ils sont l’achèvement de l’humanité. Une humanité néanmoins dénaturée et dénuée de sentiments, de passions et de désirs. Helver oppose à l’immortalité des sages celle des êtres féconds, qui se perpétuent dans leur descendance. </p>
<p>Peter Randa évoque l’épineuse question de l’immortalité. Le sort des immortels n’est guère enviable. L’ennui s’est déposé sur chaque seconde vécue, un ennui cruel dissimulé derrière l’apparente sagesse. Helver, épargné par la vieillesse, est conscient de l’éphémère de la nature humaine. Il sait que le renouvellement et le renouveau sont nécessaires afin de redonner espoir et vitalité à l’humanité, sans renier la sagesse et le savoir acquis par les immortels. L’ouvrage aborde la solution d’une certaine réconciliation des contraires qui animent l’humanité&nbsp;; l’homme possède une part de fécondité, de spontanéité et de primitivité, et une part de raison, de savoir et de sagesse. Ces deux conceptions antagonistes sont illustrées par deux femmes, Rénella, l’incarnation du raffinement des immortels, et Loa, l’incarnation primitive de la fécondité. Cet ouvrage de Peter Randa se parcourt avec aisance et délectation. Il est rédigé avec prestance et efficacité, digne de cet écrivain prolifique que nous apprécions à sa juste valeur.</p>
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		<title>Les Rescapés de demain</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Dec 2010 22:59:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Philippe Sauval est un jeune cadet à la veille d’une expérience scientifique pour laquelle il s’est engagé à participer en guise de cobaye. Il est accompagné de deux amis cadets et des fiancées d’iceux, tous les cinq ayant accepté de se prêter à une séance d’hibernation prolongée devant durer dix ans et permettant, selon les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Philippe Sauval est un jeune cadet à la veille d’une expérience scientifique pour laquelle il s’est engagé à participer en guise de cobaye. Il est accompagné de deux amis cadets et des fiancées d’iceux, tous les cinq ayant accepté de se prêter à une séance d’hibernation prolongée devant durer dix ans et permettant, selon les affirmations des scientifiques, d’envisager des expéditions dans l’espace sans que les passagers n’achèvent leur périple une fois vieillards, considérant l’interminable durée des voyages spatiaux. L’hibernation permettrait ainsi à l’équipage de ne pas vieillir, de ne pas s’ennuyer et de ne pas effectuer la moindre escale afin de se ravitailler. Ce procédé fort avantageux n’a été testé préalablement que sur des singes et des condamnés à mort, pour une durée relativement courte. Les cinq cadets sont donc frémissants d’appréhension à l’idée d’hiberner pendant une décennie et peut-être retrouver, dès leur réveil, un cadre fondamentalement changé. Ils ne se doutent guère que leurs craintes vont s’avérer désespérément justes. Le professeur Sauval, le père de Philippe, qui supervise l’expérience, dissimule un inavouable secret aux cinq jeunes personnes. Avec quelques scientifiques conscients qu’une guerre nucléaire annihilera bientôt l’humanité, le professeur Sauval a décidé de prolonger l’hibernation de plusieurs siècles afin que son fils et les deux couples survivent et constituent le renouveau de l’humanité. La salle d’hibernation est située dans les profondeurs de la terre, dans une sphère de granit communiquant avec les différents centres scientifiques. Des piliers de soutien isolent la sphère de l’excavation afin d’éviter qu’elle soit touchée par un éventuel séisme. Les sujets sont soumis à la garde de robots programmés pour procéder à l’hibernation puis au réveil des cadets. Près de cette sphère, une réserve contenant notamment des armes, des livres et des microfilms permet aux survivants de se protéger et de s’instruire après leur réveil. Le jour même où les cinq volontaires sont placés en état d’hibernation, une bombe H détruit Washington et signifie le début d’une guerre annihilatrice. Lorsque Philippe Sauval et les quatre cadets s’éveillent, après plusieurs siècles de sommeil, ils découvrent une terre dévastée par ce que les survivants appellent la Grande Désolation ainsi que d’étranges créatures qui asservissent ce qui reste de l’humanité.</p>
<p><em>Les Rescapés de demain</em> est une œuvre ingénieuse de Peter Randa, dotée de tous les éléments qui donnent un charme certain à la prose de ce grand auteur de science-fiction populaire. L’intrigue est simple mais soigneusement élaborée, les personnages principaux sont à peine esquissés mais dotés d’une incontestable force de caractère, les réflexions philosophiques sont certes brèves mais omniprésentes et le héros principal correspond à l’archétype du proscrit randéen. C’est le cas de Philippe Sauval, dont l’onomastique est significative. Sauval est effectivement celui qui, parmi les cinq cadets, n’a aucune fiancée. Cette absence de soutien féminin confère à Sauval la responsabilité d’un dirigeant solitaire ne jouissant d’aucun appui et pouvant, ainsi, prendre des décisions périlleuses dont il assume seul les conséquences. Dans les solitudes insaisissables du futur, les deux cadets peuvent se reposer sur leurs aimées. L’indépendant Sauval devient instinctivement le digne stratège capable de relever l’humanité de plusieurs siècles d’oppression par les mutants. </p>
<p>La situation de la France, dans <em>Les Rescapés de demain</em>, est, de fait, particulière. Le pays est isolé dans un immense champ magnétique qui rend toute connaissance de l’extérieur impossible. Au sein de cette France recluse se confrontent trois sortes d’êtres distincts. Les mutants, créatures difformes issues de la radioactivité du conflit nucléaire, les Primitifs, survivants n’ayant pas été touchés par la radioactivité, asservis par les susmentionnés mutants, et les Hammils, créatures étranges dotées d’un corps de robot et d’un cerveau humain, créées par les mutants, leur devant ainsi allégeance, afin de maintenir en captivité les Primitifs. Les cinq cadets surviennent donc au sein d’une société régie d’une façon infiniment complexe, ignorant d’ailleurs comment a évolué l’humanité pendant ces derniers siècles d’hibernation. De fait, les apparences sont parfois trompeuses. Les Hammils, créatures dotées d’une puissance surhumaine, ne sont pas dépourvues d’âme. Oublia le vieil Hammil n’est plus un androïde indifférent, comme ses semblables moins expérimentés, et ses dires émeuvent Philippe Sauval&nbsp;: «&nbsp;nous avons des pensées abstraites et vides. […] Notre fonction est de tuer ou de garder les esclaves. Hors de cela, rien… À la longue, cela devient insupportable&nbsp;». Oublia a développé, avec l’âge, des sentiments et une lassitude certaine concernant les tâches qui leur sont abusivement conférées par les mutants. Ces derniers sont des êtres difformes, incapables de procréer entre eux. Ils deviennent effectivement stériles lors de la deuxième génération. Rejetés par les Primitifs du fait de leur laideur répugnante, les mutants n’en sont pas moins des êtres extrêmement intelligents dotés de pouvoirs télépathiques. Ils ont ainsi asservi les humains, sans leur porter atteinte, et proscrit les armes anciennes afin que la Grande Désolation ne se reproduise. Peter Randa porte un regard indulgent mais réaliste sur ces créatures. Les mutants constituent une «&nbsp;malformation de la nature&nbsp;» Ils ont une apparence repoussante mais détiennent des pouvoirs particuliers et une intelligence acérée. Cependant ils ne constituent pas un progrès dans l’évolution de l’espèce, ils ne sont qu’une déviation, dont l’humanité avait besoin pour survivre à la Grande Désolation. La nature a permis à l’humanité de survivre grâce à la création des mutants, dont le rôle devait s’avérer passager, ces créatures étant laides et ne pouvant plaire aux humains, devenant irrémédiablement stériles si elles se reproduisent entre elles. Mais, refusant de mourir, les mutants isolèrent la France derrière un champ de force et tentèrent de découvrir un moyen leur permettant de survivre. «&nbsp;Ils ont voulu survivre… un instinct terriblement ancré au cœur des hommes… se survivre contre la logique, contre la volonté de la nature… mais cela aussi fait partie du genre humain qui se refuse depuis l’aube de l’humanité à accepter les décrets du destin.&nbsp;»</p>
<p>Ces créatures prométhéennes, mues par un instinct de survie exceptionnel, servi par une intelligence rare, patientent depuis des siècles de parvenir au moyen de façonner leur descendance à l’image des Primitifs. Ils tentent ainsi de traiter avec douceur les humains, même s’ils sont forcés de les asservir afin qu’ils ne se soulèvent contre leur autorité. Ils auraient pu contaminer les humains d’un mal similaire au leur, afin que la laideur devienne commune mais, de fait, ils conservent un idéal de beauté essentiellement humain&nbsp;: «&nbsp;ce sont des victimes aussi, mais des victimes que nous ne pouvons pas sauver […] car il leur suffit d’apparaître pour que nous soyons à leur merci&nbsp;» tel est le constat de Sauval. L’attitude de ceux qui sont considérés comme Primitifs par les mutants, mais qui constituent pourtant leur inaccessible idéal, devrait servir de modèle à notre société prétendument civilisée. Les Primitifs sont de fait mus par un instinct de race qui leur fait refuser un métissage dégénérescent. Les mutants sont certes d’une rare intelligence, mais leur apparence physique suffit à créer une entrave infranchissable entre eux et les Primitifs. Toute race désireuse de survivre se méfie des apôtres d’un métissage trahissant la race originelle. Plutôt que d’acquérir une intelligence supérieure, les Primitifs ont préféré demeurer ce qu’ils sont et rester fidèles à leurs origines. Ce prophète qu’était Peter Randa nous invite à nous méfier des prédicateurs du métissage qui nous invitent à perdre nos caractéristiques au profit d’une soi-disant richesse qui serait apportée grâce au mélange racial. Comme les Primitifs, nous devrions revenir à une pensée saine et pure et réaliser que, quoi que nous puissions acquérir avec le métissage, nous perdons finalement l’essentiel, c’est-à-dire la conscience d’appartenir à une race, à une civilisation et la volonté de défendre icelle contre les intrusions malveillantes d’êtres qui ne peuvent qu’être les véritables instigateurs et vainqueurs du métissage. </p>
<p>Cette pensée s’accompagne d’une brève réflexion sur la nature humaine, toujours prompte à la destruction hasardeuse. Peter Randa fut profondément altéré par la Seconde Guerre mondiale. Mais son constat est toujours aussi vif de notre temps.</p>
<blockquote><p>Inimaginable de penser que nous en soyons là, à une époque où l’intelligence a enfin ouvert toutes les portes à la civilisation. Intelligence de créer ou de détruire… jamais celle de mesurer les conséquences… Voilà sans doute le propre de l’homme. Même civilisé, même amolli par la civilisation, il reste un aventurier capable de jouer son destin à quitte ou double à chaque seconde… </p></blockquote>
<p><em>Les Rescapés de demain</em> est donc une œuvre parfaite de Peter Randa, qui se lit avec aisance et délectation. Le lecteur, à la fin de cet ouvrage, est, comme à la fin de chaque roman de Peter Randa, partagé entre l’exaltation de péripéties palpitantes et l’irritation que le livre soit déjà fini. La prolificité de Peter Randa s’acquiert au prix de la brièveté et de la hâte des ouvrages, qui peuvent frustrer le lecteur intéressé par cette prose vive et sagace. Néanmoins, chaque livre de Peter Randa est un plaisir qui se savoure comme l’on dégusterait une luxueuse confiserie&nbsp;: avec un intense ravissement, conscient de l’éphémère du goût qui sera abandonné au palais.</p>
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		<title>La Troisième Race</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Sep 2010 16:45:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bibliophilie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Anticipation]]></category>
		<category><![CDATA[Fleuve noir]]></category>
		<category><![CDATA[Poul Anderson]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Intelligence Suprême contemple la nuit étoilée de la fenêtre de ses somptueux appartements brésiliens. Un officier importun compromet la quiétude du Seigneur du système solaire afin de lui confier un simple cahier d’enfant qui contiendrait des données nouvelles au sujet de l’affaire Arnfeld. Désireux d’obtenir de plus amples renseignements, Intelligence Suprême fait introduire Christine Hawthorne, une prisonnière terrienne. La femme, surnommée Kitty, paraît avoir été fort gracieuse, ceinte de son abondante chevelure dorée, mais elle pénètre dans le bureau d’Intelligence Suprême, le despote martien, pathétiquement angoissée. Kitty aurait trahi, assassiné et livré ses deux compagnons, un Terrien, son époux David Arnfeld et un Martien, Regelin dzu Coruthan, afin que sa fille soit épargnée et qu’elle lui soit restituée. À la lecture du cahier, Intelligence Suprême retrace l’existence de David Arnfeld après la capitulation terrienne. Le conflit entre Terriens et Martiens s’est éternisé pendant des décennies, affaiblissant considérablement les deux planètes. Les deux races s’étonnent des décisions prises par certains officiers dont les maladresses et les atermoiements ont prolongé la guerre plus que de raison. Terriens et Martiens sont deux races intelligentes et les Martiens, créatures humanoïdes délicates et cultivées, ne ressemblent guère à des barbares avides de massacres inutiles. Un enchaînement funeste de faits malheureux a cependant éternisé les hostilités. La Terre a finalement échoué et David Arnfeld, ancien astronome, retourne aux États-Unis après avoir longuement combattu les flottes martiennes dans le système solaire. Pour regagner la demeure campagnarde de ses ancêtres, il doit passer par la métropole de New York complètement dévastée. La famine s’est abattue sur les ruines de la cité. La disette engendre la violence. C’est dans cette ville apocalyptique qu’Arnfeld rencontre Kitty, alors que la jeune femme tentait, pour la première fois, de se prostituer afin de nourrir son enfant. Arnfeld propose à Kitty de l’héberger avec sa fille et tous trois, après un périlleux périple, aperçoivent enfin les champs verdoyants de la demeure Arnfeld. Hélas, des Martiens, dirigés par Regelin dzu Coruthan, résident dans le domaine avec pour mission de pacifier et de protéger la région. Tous sont donc contraints de cohabiter. Les relations s’établissent difficilement, même si Regelin fait preuve d’une sagesse, d’une courtoisie et d’une douceur immenses. Kitty éprouve une haine infinie envers la race martienne depuis le trépas du père de la petite Alice, feu son époux. David, quant à lui, dédaigne ceux qu’il considère comme des ennemis mais se rapproche imperceptiblement de Regelin. Ces deux êtres dissemblables s’estiment et s’apprécient car ils ont éprouvé un destin similaire. Bientôt, deux invités s’annoncent, un inspecteur martien et un officier terrien qui semblent intriguer Kitty. Le jeune femme, après avoir discrètement écouté à la porte de leur chambre, découvre que les deux créatures s’expriment dans une langue singulière. Le lendemain, les étranges invités décident de s’absenter et préviennent les hôtes que toute intrusion dans la pièce vacante équivaudrait à un acte d’espionnage. Passant outre la menace d’exécution, Kitty s’empare de la clé et pénètre dans la chambre avec David. Le couple découvre des documents rédigés dans un dialecte inconnu et des armes singulières qui ne sont l’œuvre ni des Martiens, ni des Terriens. Mais Regelin les surprend, déçu par cet acte de trahison…</p>
<p><em>La Troisième Race</em>, de Poul Anderson, est un excellent roman d’anticipation qui jouit d’une narration soigneusement élaborée. La lecture d’un tel ouvrage captive le lecteur dès les premières lignes grâce, notamment, à une narration encastrée dont l’élément central est constitué d’une grande analepse, soigneusement préparée et agencée, du plus bel effet. La mise en abyme – le lecteur lit un ouvrage dans lequel le personnage dénommé Intelligence Suprême lit lui-même un cahier – est élaborée talentueusement. Cette figure stylistique, en plus d’agrémenter l’œuvre, de la parer d’une esthétique certaine, sert à élaborer la construction de l’intrigue. La page préalablement arrachée qui inquiète Intelligence Suprême, représentation concrète de l’ellipse rhétorique, doit être considérée à la fois comme un gage d’authenticité du récit, cette page ayant pu servir à éponger du sang ou allumer un feu lorsque David était encore en possession de son cahier, comme le suppose le Seigneur du système solaire, un astucieux procédé permettant d’exciter l’intérêt du lecteur, fasciné par cette part de non-dit, qui devine que l’énigmatique page manquante est l’élément fondamental de l’intrigue, et un moyen ingénieux de piéger Intelligence Suprême dans une ruse savamment pensée, celui-ci présumant que la page a été arrachée afin d’effacer le passage qui narrait le meurtre lâche de deux Tahowwas prisonniers.</p>
<p>Le récit décrit l’amitié grandissante qui s’établit entre deux guerriers. Regelin est le vainqueur, un être délicat à la taille d’une extrême finesse et aux épaules imposantes dont les traits auraient pu, selon Arnfeld, être sculptés par Constantin Brâncuşi. Il émane effectivement du visage martien une sensibilité éthérée et une grâce énigmatique semblables à <em>Mademoiselle Pogany</em> et <em>La Muse endormie</em>, élaborées par le sculpteur. L’allure aristocratique de Regelin ne suffit à dépeindre cette créature particulièrement cultivée qui se passionne pour la littérature terrienne et la musique classique. Il est un soldat compatissant et respectueux envers les Terriens, qui souffre d’être éloigné de son épouse, sur une planète dont la pesanteur et l’atmosphère sont douloureuses à sa race. Arnfeld, quant à lui, est un vaincu digne mais impulsif, qui possède la rudesse simple des exploitants agricoles et la sagacité des soldats aguerris. En dépit de son aspect austère, il sait se montrer généreux et aimable. David est, à certains égards, un double de Poul Anderson. Les deux apprécièrent l’écriture, Arnfeld avouant «&nbsp;avoir eu, autrefois, le désir de devenir écrivain et passèrent une partie de leur enfance au sein de l’Amérique rurale. Poul Anderson vécût, après la Seconde Guerre mondiale, dans une ferme du Minnesota. La fascination qu’Arnfeld éprouve pour Regelin symbolise probablement l’attrait de l’écrivain pour la conquête de l’espace, conquête séduisante et périlleuse. La troisième race, celle des Tahowwas, est représentée par Radeef. Les Tahowwas sont des créatures artificielles, crées afin de pouvoir prendre l’apparence de n’importe quelle race vivante. Cette capacité a permis aux concepteurs des Tahowwas, les biologistes Sha-eb, de prendre le pouvoir sur les quatre races intelligentes du système de Sirius, en infiltrant des Tahowwas dans les postes stratégiques des milieux militaires et politiques. Ceci fait, les biologistes tentèrent d’exterminer les Tahowwas qui s’enfuirent, au sein d’un astronef, et découvrirent la Terre et Mars. Présumant qu’ils ne seront accueillis sur ces deux planètes, ils prirent la place de personnages influents des deux planètes et provoquèrent un interminable conflit afin d’épuiser les deux races. Les Tahowwas sont lâches, veules et répugnants. Sous leur forme originelle, leur corps est grotesque&nbsp;; les Tahowwas sont d’ailleurs la seule race à être contemplée nue car leurs vêtements se déchirent lors d’une mutation inattendue. La nudité déplaisante des Tahowwas contribue à renforcer le dégoût que le lecteur éprouve pour ces créatures indésirables. Pareille aux siens, Radeef est sournoise, pusillanime et disgracieuse. Chaque race est ainsi représentée par un personnage exemplaire.</p>
<p>L’étude des dires de Regelin est vivement instructive. Celui-ci ne comprend guère pourquoi un tel conflit, entre deux races égales, a pu éclore&nbsp;: «&nbsp;pourquoi cette rivalité entre nos deux planètes a-t-elle pris naissance&nbsp;? Pourquoi des incidents répétés ont-ils aigri les relations entre Mars et la Terre&nbsp;?&nbsp;» Au questionnement succède l’amertume&nbsp;: «&nbsp;Un quart de notre faible population a péri. Notre économie est ébranlée. Le peuple, appauvri, fléchit sous les impôts. Toute l’histoire de notre race a été bouleversée. Pour nous redresser, il nous faudra plus d’un siècle.&nbsp;» Ces mots auraient pu mêmement être proférés au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Poul Anderson a rédigé <em>La Troisième Race</em> en 1959, soit quelques années après l’issue de ce conflit fratricide qui éreinta la civilisation occidentale. Chaque peuple fut manipulé par la propagande d’un pouvoir inique. Martiens et Terriens sont les victimes d’un même complot, celui des politiciens, incarnés par les Tahowwas. Quoi de plus représentatif des politiciens que cette race indigne, caractérisée par le mensonge, la dissimulation et la fourberie&nbsp;? Mus par un désir irraisonné de pouvoir, les Tahowwas cherchèrent à asservir et annihiler deux civilisations florissantes. Semblable aux hommes politiques, la troisième race est constituée d’un petit nombre de sbires immondes, placés à des postes stratégiques de pouvoir, qui décident selon leur gré du destin de peuples entiers. Le conflit stupide qui opposa Martiens et Terriens ne peut être considéré que comme la franche dénonciation de l’égoïsme cruel de politiciens vicieux. </p>
<p><em>La Troisième Race</em> est donc un excellent ouvrage d’anticipation de Poul Anderson, qui mériterait de figurer parmi les chefs-d’œuvre de ce grand écrivain de science-fiction dont la plupart des ouvrages sont injustement méconnus en France. <em>La Troisième Race</em> est, malheureusement, l’unique roman de Poul Anderson publié aux éditions Fleuve noir. Le style de Poul Anderson est vif, élégant et soigné. La traduction qui en est faite par B.-R. Bruss n’altère en rien l’élégance de l’écriture. B.-R. Bruss, peintre, sculpteur, écrivain et traducteur était, il faut l’avouer, un des auteurs privilégiés de la collection Fleuve noir, «&nbsp;autant pour les sujets traités que pour la qualité de son écriture&nbsp;».</p>
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		<title>Et le dernier humain mourut</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Aug 2010 18:52:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Guy Barsac faisait autrefois partie du gouvernement. Il était précisément le président de la section de police. Destitué après un retentissant scandale, Barsac habite désormais dans un modeste endroit. Il est devenu bibliothécaire, poste pour lequel il est rémunéré «&#160;mille euros mensuels&#160;». Barsac tente d’oublier sa déconvenue dans la consommation d’argal, un alcool vulgaire. Une nuit, un être étrange apparait près de sa couche.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Guy Barsac faisait autrefois partie du gouvernement. Il était précisément le président de la section de police. Destitué après un retentissant scandale, Barsac habite désormais dans un modeste endroit. Il est devenu bibliothécaire, poste pour lequel il est rémunéré «&nbsp;mille euros mensuels&nbsp;». Barsac tente d’oublier sa déconvenue dans la consommation d’argal, un alcool vulgaire. Une nuit, un être étrange apparait près de sa couche. Barsac présume, dans un premier temps, qu’il s’agit d’un effet provoqué par le spiritueux qu’il ingurgite. Mais l’être dément cette pensée et explique qu’il est un Terrien, dénommé Arlam, venu d’un temps futur. Il promet à Barsac une nouvelle chance de connaître la réussite, chance cependant singulière. En effet, à l’époque d’Arlam, la Terre semble presque décimée. Arlam prétend que seuls quelques milliers d’hommes ont survécu à l’extinction de l’espèce parvenue, selon lui, à l’épuisement complet. Il emmène Barsac dans sa spirale temporelle afin de lui montrer l’avenir de la Terre. Le paysage est verdoyant et silencieux. Une seule habitation apparaît à l’horizon, en forme de cube suspendu dans les airs, permettant à ses résidents de changer d’emplacement. Des androïdes d’une éblouissante beauté se déplacent dans des voitures en forme de flèche acérée. Arlam vivrait seul dans ce singulier paradis, avec femme et enfant, et de nombreux androïdes à son service. Ses terres s’étendent du Portugal à l’Allemagne, sur tout le pan occidental de l’Europe. Une étendue immense pour une seule famille. Les autres habitants se partageraient des terres aussi vastes, dans d’autres endroits de la planète. Arlam demande à Barsac de diriger des vaisseaux qui viendront coloniser la Terre du futur. Arlam a ébauché un plan élaboré&nbsp;: en faisant découvrir la réplique exacte d’un vaisseau colonisateur disparu dans la périlleuse galaxie de Sarvena, le <em>Sardanapale</em>, par Barsac, celui-ci en deviendra le nouveau propriétaire selon les lois terriennes. Le vaisseau contiendra les restes d’une hydre des Pléïades afin d’expliquer le trépas de tout l’équipage, ainsi qu’une cargaison de radal pur, minerai rare qui assurera la fortune de Barsac. Aidé par la magnifique androïde B5, Barsac devra appâter les colons et recruter l’équipage qui pensera se rendre vers la galaxie de Sarvena mais restera, de fait, sur la Terre, se contentant simplement de changer de spirale temporelle. Il devra également déjouer les complots des politiciens qui le considèrent comme une menace, les mensonges de Dééva, femme qui détient d’indignes secrets, et surtout accepter la vérité au sujet d’Arlam et de la Terre du futur.</p>
<p><em>Et le dernier humain mourut</em> est l’un des ouvrages les plus complets et les plus aboutis de Peter Randa. Plutôt que de se consacrer à la quête de l’espace, l’œuvre traite principalement de Terre O et de la complexité des Terriens à deux époques distinctes. Paradoxalement, la présentation de la Terre à l’époque de Barsac permet de mieux comprendre celle du temps d’Arlam. La planète est en effet dirigée par des politiciens uniquement préoccupés par le pouvoir. Ils n’hésitent pas à mentir, aliéner et contraindre pour parvenir à leurs fins. Le meurtre même ne les effraie guère et éliminer un concurrent par des procédés crapuleux leur semblerait presque instinctif. Ces politiciens n’hésitent guère à souiller la femme, incarnée par Dééva, par un odieux chantage. Quant au peuple, il est presque inexistant dans le roman mais incarné temporairement par Barsac, avant qu’Arlam ne se présente à lui. Ce peuple vit dans des «&nbsp;blocs&nbsp;» froids et impersonnels construits en matière plastique. Les rares biens culturels que Barsac possède, sous la forme de quelques disques, sont loués et ne lui appartiennent donc aucunement. C’est dans cet état de détresse matérielle et spirituelle qu’Arlam trouve Barsac, une détresse dont les politiciens ne se soucient guère, davantage préoccupés par leurs sournoiseries. Cette situation pourrait ressembler à la nôtre dans un avenir proche, avenir dans lequel, le peuple sera enfermé dans des bâtisses aux allures soviétiques, ne disposant que d’un espace intime réduit, orné de meubles laids, dénué du moindre objet intellectuellement enrichissant. Notre temps ne contemple que l’ébauche d’un tel drame, mais maints indices tendent à montrer que Peter Randa considérait l’avenir de manière prophétique&nbsp;: l’engouement envers des immeubles soviétoïdes, pour des raisons fallacieuses d’environnement &mdash;&nbsp;une bâtisse où des hères s’entassent étant moins coûteuse en matière d’énergie que des maisons individuelles&nbsp;&mdash;, l’absence d’intimité depuis l’apparition de la téléréalité et des réseaux sociaux, la promotion d’une sous-culture de masse, pour ne pas dire d’une non-culture dans laquelle l’indigence intellectuelle et spirituelle devient signe d’appartenance à une communauté humaine métissée, l’unification du mobilier et des objets qui nous entourent avec la promotion de matériaux impersonnels, comme le plastique et le contreplaqué, que le prophétique <em><a href="http://leaule.com/culture/equilibrium/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/equilibrium/" target="_blank" target="_blank">Equilibrium</a></em> tend également à démontrer.</p>
<p>C’est dans un univers similaire qu’évolue Barsac. Le protagoniste du roman est un homme singulier à bien des égards car il visite les trois catégories sociales que l’on retrouve souvent chez Peter Randa. Généralement, les héros randéens ne connaissent qu’un seul de ces ordres. Guy Barsac, au contraire, évolue dans ce système pyramidal qui comprend trois castes principales. La première est le peuple. Il est souvent inintéressant et inexistant pour Peter Randa. Il est effacé, servile, souvent inconscient des enjeux politiques qui décident de sa destinée. Il n’aspire à rien sinon à toujours mener la même existence stupide, à s’abrutir volontairement grâce au <em>panem et circenses</em> qui les asservit et les vide de toute substance, faisant d’eux des êtres inintéressants et peut-être moins humains encore que les androïdes d’Arlam, dont les réactions sont parfois singulièrement originales. La classe qui les surplombe est celle des politiciens. Ce sont des êtres inquiétants qui ne connaissent que leurs intérêts, sont insensibles à toute forme de noblesse ou d’honneur et n’hésitent guère à s’abaisser au meurtre, au complot et à la dissimulation pour parvenir à leurs fins. Parfois, il arrive que des races extraterrestres s’insinuent au sein de cette caste afin d’obtenir le pouvoir total du peuple indifférent. C’est le cas des Vétans, dans <em><a href="http://leaule.com/culture/les-ancetres/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/les-ancetres/" target="_blank" target="_blank">Les Ancêtres</a></em>, qui sont parvenus, sans inquiéter quiconque, à s’immiscer dans la classe dirigeante au point d’en avoir presque évincé les politiciens terriens. La caste politique est donc caractérisée par la dissimulation et le mensonge. Le peuple et les politiciens sont les deux classes que nous connaissons actuellement. La caste supérieure est celle du surhomme. Le surhomme est un être fier et ambitieux, doté d’une grande sagesse. De par sa supériorité et sa sagacité, il est rejeté et incompris des autres hommes et considéré comme un paria, un proscrit ou un égoïste. Cependant, le surhomme est le seul apte à diriger la galaxie, le seul capable de sauver l’humanité et le seul à posséder les valeurs élevées et l’immense intelligence nécessaires à l’essor de la race terrienne. Les Terriens, et plus particulièrement les politiciens, cherchent à renverser l’autorité du surhomme qu’ils considèrent comme tyrannique et qui présente une menace tangible à l’accession au pouvoir de ces êtres inférieurs que sont les politiciens. C’est le cas dans <em>Et le dernier humain mourut</em>, où Barsac est victime d’une tentative d’assassinat, mais aussi dans le <a href="http://leaule.com/mot-clef/cycle-des-ancetres/ target=" title="Site externe : http://leaule.com/mot-clef/cycle-des-ancetres/ target=" target="_blank"_blank"">cycle des Ancêtres</a>, où le gouvernement, de Terre O ou d’une colonie d’icelle, désire renverser l’autorité de ces êtres qui, comme Barsac, défient le temps et disposent d’un savoir supérieur. Le surhomme est certes un souverain de droit presque divin qui exige de jouir d’un pouvoir absolu, mais son règne n’est que justice et sagesse, respect des traditions et des hiérarchies. Il n’est, par conséquent, guère étonnant que les politiciens qui constituent l’impulsion progressiste de la race terrienne et le peuple, indifférent et idiot, qui s’est laissé séduire par le poison de l’égalitarisme, s’opposent naturellement au surhomme, qui est une force conservatrice dont la sagesse transcende la simple notion de temps.</p>
<p>Arlam, surhomme du futur, prouve que la temporalité est relative pour les êtres supérieurs et que seule l’impulsion vers les valeurs passées peut donner un nouvel essor à la race humaine. Le geste d’Arlam, qui se rend dans le passé afin de peupler la Terre inhabitée de son époque, est essentiellement symbolique&nbsp;: une société qui ne retourne pas vers ses traditions est comme un arbre qui chercherait à s’élancer vers le ciel en rétractant ses racines. Il finit par se déraciner, chuter puis pourrir, car ses fondations ne peuvent plus guère se nourrir de la vivifiante terre. C’est au surhomme de garantir la pérennité de la société présente en lui permettant de se renforcer dans les valeurs passées. Les Terriens peuvent certes coloniser d’autres galaxies mais ils ne sont que des exilés s’ils oublient, aux confins de l’univers, les valeurs terriennes. <em><a href="http://leaule.com/culture/zone-de-rupture/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/zone-de-rupture/" target="_blank" target="_blank">Zone de rupture</a></em> prouve d’ailleurs qu’il est impossible de coloniser une planète et d’atteindre le bonheur sans revenir aux temps primitifs, où les valeurs telles que la fidélité, la sagesse, l’héroïsme et l’honneur étaient prépondérantes. Peter Randa suggère donc un retour aux valeurs indo-européennes et païennes de l’antiquité occidentale. Il est d’ailleurs évident que, dans sa façon de considérer la société humaine, l’écrivain s’est inspiré de la tripartition indo-européenne, départagée en trois fonctions&nbsp;: la fonction productrice du peuple paysan, la fonction guerrière des surhommes et la fonction sacerdotale ou souveraine des druides. Fonctions modifiées et dévoyées par le temps puisque le peuple ne féconde plus la terre et a perdu la notion de tradition qui y était attachée et que les politiciens, avatars grotesques de la fonction souveraine, se désintéressent de leur rôle afin de ne se préoccuper que de leurs intérêts, asservissant le peuple dégénéré dans l’ignorance et l’infécondité spirituelle d’un quotidien abject et stérile. Quant aux guerriers, d’où sont issus les rois et les surhommes, ils sont inclus dans la masse, ne disposant d’aucun moyen de s’élever, incapables de trouver leur place dans une société qui valorise la médiocrité. La fonction tripartite est donc annihilée dans une néfaste uniformité. Le surhomme randéen est un homme contre le temps, pour reprendre le terme utilisé par Savitri Devi&nbsp;: il est force de vie et sauveur du monde. Les surhommes randéens sont des hommes contre le temps et, dans <em>Et le dernier humain mourut</em>, Barsac se transfigure en divinité créatrice car il transporte, dans son vaisseau, les colons qui renouvelleront l’humanité. Le surhomme, comme l’homme contre le temps, lutte contre la dégénérescence du monde due à la marche inéluctable du progrès. Il est une force conciliatrice qui aspire au retour à la perfection originelle. Tel est le surhomme randéen qui use des progrès techniques pour accomplir son dessein. Barsac, par exemple, assimile tout le savoir d’Arlam et devient presque immortel grâce à des appareils futuristes afin de pouvoir accomplir sa mission civilisatrice.</p>
<p>La particularité de Guy Barsac réside dans le fait qu’il a connu les trois castes du système&nbsp;: il a été un politicien, puis un fort modeste bibliothécaire, pour enfin devenir un surhomme. Le lecteur est intrigué par une telle migration à travers les castes dans un ouvrage de Peter Randa, pour qui le respect des hiérarchies est important. Nous pouvons trouver une explication à ceci. Guy Barsac a indéniablement l’étoffe d’un surhomme. Il est ambitieux, sage, courageux et intelligent. Néanmoins, il ne parvient à trouver sa place dans la classe des surhommes car celle-ci a été anéantie, et Barsac se trouve prisonnier de cette société abjecte dénuée d’héroïsme. Lorsqu’Arlam se présente à lui, Barsac peut enfin atteindre la caste du surhomme. Le futur et le présent se complètent&nbsp;: le présent est dénué de la classe des surhommes car il s’est enlisé dans la médiocrité. Le futur, au contraire, n’a plus qu’un unique surhomme qui a anéanti les hommes par dépit mais a ensuite réalisé qu’il avait besoin des classes inférieures pour exister. Arlam, le surhomme du futur, est comme une divinité sans fidèle. Il n’a plus sa raison d’être. Sans sa mission protectrice et civilisatrice, il n’est rien. Peter Randa veut montrer l’harmonie des hiérarchies et la complémentarité des castes. Il prône une société strictement hiérarchisée. Selon lui, toute société égalitaire est impossible et, lorsqu’elle s’abandonne, comme la nôtre, dans l’abîme de la diversité, elle représente un danger pour l’équilibre des races et la survie de l’humanité. Arlam, seul survivant du démocide qu’il a lui-même ordonné peut paraître une créature abjecte. Néanmoins, Barsac finit par comprendre sa déception à la contemplation d’une humanité médiocre et prend sa défense&nbsp;: «&nbsp;Je ne suis pas en mesure de juger ses raisons… Compte tenu de la morale d’aujourd’hui, c’est un criminel… Compte tenu de la morale de son temps, ce n’est sans doute pas la même chose.&nbsp;» Quand l’humanité entière déçoit, il est compréhensible d’avoir été amené à l’extrémité qu’Arlam a dû choisir. Dieu a également éradiqué l’espèce humaine lors du déluge, hormis l’intègre Noé et les siens, sans que cela n’outre des centaines de chrétiens. Le geste d’Arlam est principalement symbolique&nbsp;; il est celui d’un homme lassé de son époque et de la stupidité de ses contemporains. Le désir d’extermination est également l’un des thèmes chers du groupe Puissance. Certaines paroles auraient pu être proférées par Arlam lui-même&nbsp;:</p>
<p></p>
<blockquote><p><em>The army of Puissance of unsurpassed might. A legion of terror with no one to fight. They set out one day just to wage war on. To conquer the earth the despicable whore.</p>
<p>They came to a crossroad now who should they choose. To wage mindless war on the Black or maybe the Jews? They reached the conclusion the world is too small. This left them no option but to kill them all.</p>
<p>Where should they turn now the left or the right. Who were to be slaughtered the Yellow or the White? They reached the conclusion the world is still too small. This left them no option but to kill them all.</p>
<p>When all the human garbage had been whisked away. The only survivors faced the new dawn. All that remained was the earth to divide. With their strength came freedom through blind genocide</em>.</p></blockquote>
<p>Le rêve d’Arlam impressionne vivement Barsac qui, dépositaire de son savoir et de sa puissance, accomplit cette nouvelle humanité à laquelle le surhomme du futur aspirait. Car il s’agit moins d’extermination que de renaissance. Une renaissance dorée et ordonnée contrairement à notre société moribonde qui repose sur l’égalitarisme festif.</p>
<blockquote><p>Car c’était une idée prodigieuse que la sienne… Prodigieuse et monstrueuse en même temps… Monstrueuse car, pour la réaliser, il n’a pas hésité à anéantir tous les siens… Il voulait façonner une humanité nouvelle. Une humanité débarrassée du déchet laissé par toutes les philosophies antérieures…, une idée barbare, inhumaine dont il serait peut-être sorti un nouvel âge d’or car ce qui l’a toujours empêché de refleurir ce sont les résidus que les hommes traînaient avec eux et qui les condamnaient d’avance comme ce fut le cas avec une atroce acuité aux sombres jours du vingtième siècle. Pour s’épanouir vraiment, l’humanité a toujours eu besoin d’unanimité, et, chaque fois qu’elle a essayé de concilier des contraires, elle n’a abouti qu’au chaos car la grande loi de la nature est l’antagonisme violent et implacable.</p></blockquote>
<p><em>Et le dernier humain mourut</em> est un ouvrage majeur de Peter Randa. Le lecteur y découvre les subtilités de la philosophie randéenne. À travers un récit d’anticipation captivant, l’écrivain parvient à convaincre le lecteur de la sagesse des surhommes. Pourtant publié en 1970, ce roman prophétique énonce déjà les maux de la société moderne. L’absence complète d’être supérieur provoque le déséquilibre d’une société prétendument égalitariste qui se complait dans la petitesse. C’est en se tournant vers le passé et plus particulièrement vers la sagesse originelle des Indo-européens que l’homme occidental pourra retrouver ses valeurs, dans le respect des fonctions tripartites. Ce retour aux racines de l’Europe n’est pas synonyme de régression puisque c’est l’avenir que les Terriens colonisent, un avenir qui ressemble au renouveau de l’humanité dans une nature vierge sur laquelle Barsac veille désormais, semblable à un dieu. N’en déplaise à ceux qui s’acharnent jalousement à maintenir les surhommes dans l’ignorance et à promouvoir de fausses élites dégénérées, le surhomme jouit d’un statut de divinité et est le seul être capable d’ordonner et de hiérarchiser la société, lui permettant de regagner son essor et son équilibre. <em>Et le dernier humain mourut</em> doit probablement outrer des lecteurs gauchistes qui verraient certainement dans l’œuvre de Randa des relents de fascisme, de racisme et de retour aux heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Ils ne doivent certes comprendre l’œuvre prophétique de l’un des plus grands écrivains populaires du <span style="font-variant:small-caps;">xx</span><sup>e</sup> siècle, abrutis qu’ils sont par les inlassables invitations à la débauche multiculturelle, à la bacchanale égalitaire et à l’orgie socialiste. Se complaisant dans leur nombrilisme et leur matérialisme béat, ils sont pareils au peuple randéen, insignifiants et immondes. Les gestes du héros seuls sont dignes d’être décrits, gestes sublimes qui ordonnent l’univers est préservent l’équilibre, gestes que seuls peuvent comprendre quelques initiés et que repoussent les lecteurs incultes. Nous pensons humblement que cette œuvre peut mériter le titre de chanson de geste moderne, pour l’intérêt que nous lui portons et la sagesse qu’elle nous procure. Le surhomme randéen est probablement l’intègre chevalier du roman d’anticipation.</p>
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		<title>L’Homme éparpillé</title>
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		<pubDate>Sun, 22 Aug 2010 16:04:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bibliophilie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Anticipation]]></category>
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		<description><![CDATA[Hermon Sawa, redoutable scientifique, est l’auteur d’armes terrifiantes. Le savant a, par exemple, élaboré un assimilateur de pensée, une œuvre effrayante car elle permet à son porteur d’asservir l’esprit de quiconque. La Terre est, à cette époque, partagée entre différents politiciens qui n’hésitent à user de moyens répréhensibles afin d’obtenir le pouvoir absolu. L’assimilateur d’Hermon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Hermon Sawa, redoutable scientifique, est l’auteur d’armes terrifiantes. Le savant a, par exemple, élaboré un assimilateur de pensée, une œuvre effrayante car elle permet à son porteur d’asservir l’esprit de quiconque. La Terre est, à cette époque, partagée entre différents politiciens qui n’hésitent à user de moyens répréhensibles afin d’obtenir le pouvoir absolu. L’assimilateur d’Hermon Sawa permettrait à son possesseur d’acquérir un pouvoir insoupçonné. Sawa, qui semble ne guère se préoccuper des conflits d’intérêt, désire seulement oublier son physique ingrat en devenant le cerveau ultime de la race terrienne. Hélas, il est assassiné et les meurtriers tentent de s’emparer de sa création en vain. Sawa se réveille progressivement, après une transplantation du cerveau, dans le corps d’un dément, Allan Barstier. Mais la nouvelle enveloppe qui protège le cerveau d’Hermon Sawa n’est pas celui d’un insensé insignifiant. Allan Barstier est l’unique héritier d’un clan autrefois prestigieux. Son père, suite à un complot inique, fut injustement accusé d’avoir encouragé la colonie spatiale de Komok à s’insurger contre le gouvernement de Terre O. L’influence du clan fut considérablement diminuée tandis que Ronald Barstier fut exécuté suite à un procès partial. Allan Barstier est, de surcroît, un élégant jeune homme et Hermon Sawa découvre, dans ce corps qui n’est le sien, les douceurs de la beauté et de la jeunesse. Mais le chirurgien, Lal Mercer, désire cloîtrer Allan Barstier et lui administre une drogue lorsque sa grand-mère, Sergina Barstier, lui rend visite avec l’espoir qu’il soit définitivement guéri de sa démence. Elle ignore que son petit-fils n’est plus qu’une simple enveloppe charnelle dans laquelle Hermon Sawa prit place après qu’il fut assassiné et que son corps fut répandu aux confins de l’univers. Mais Sawa, conscient que son être a profondément changé depuis que son corps est neuf et séduisant, feint de ne connaître sa véritable identité et s’échappe du centre dans lequel il était détenu, conscient que Lal Mercer aspire certainement à le manipuler afin d’obtenir l’assimilateur de pensées. Mais Sawa n’a plus les mêmes desseins qu’autrefois. Influencé par la vigueur de son nouveau corps, il peine à reconstituer les formules permettant la création de l’assimilateur. D’ailleurs, il devine que son invention est fatale et désire l’annihiler. Par un profond sentiment de reconnaissance envers le clan de celui dont le corps lui fut sacrifié, Hermon Sawa veut réhabiliter les Barstier et prendre sa place de dirigeant sous l’identité d’Allan Barstier.</p>
<p><em>L’Homme éparpillé</em> est un roman qui mérite amplement son titre. Le protagoniste est en effet un être dont l’identité corporelle et spirituelle jouit d’une ambivalence certaine. Le défunt corps d’Hermon Sawa a été répandu dans l’espace et son cerveau se trouve dans le corps d’un inconnu. Cette fragmentation du corps symbolise l’écartèlement de l’esprit. Allan Barstier et Hermon Sawa se retrouvent effectivement dans la même enveloppe charnelle. Les deux âmes parviennent cependant à s’unir. Si la personnalité dominante est celle de Sawa, celui-ci est vivement influencé par Allan Barstier. Feu Hermon Sawa n’est parfaitement lui-même. Il ne se souvient pas de certaines formules car un fragment de son intelligence n’est plus. Il se comporte en éphèbe fier et noble alors qu’il était, autrefois, un vieillard acerbe. Il finit même par considérer le clan Barstier comme sa famille. Et pourtant il n’est point Allan Barstier. Le savant présume que c’est ce corps qui modifie son raisonnement&nbsp;: une âme ne se comporte pas de la même manière suivant une infinité de facteurs. Le corps est un élément déterminant dans la façon dont un être réagit. Dans la Bible, le corps est parfois dévalué, et c’est cette vision d’un corps abritant le péché, la concupiscence, de ce corps bestial, haïssable, infirme de l’Épître aux Corinthiens que l’écrivain rejette en rééquilibrant corps et âme et en soulignant son importance dans la façon dont cette dernière perçoit, pense et procède. Contre cette conception dualiste où l’âme symbolise l’élévation spirituelle et le corps l’abaissement tellurique, Peter Randa veut prouver la complémentarité du corps et de l’esprit. Cette quête se charge de sens dans le cas de notre protagoniste dont l’être est désespérément fragmenté. Cependant, ce morcellement d’Hermon Sawa est providentiel&nbsp;: il lui permet de constituer une unité qu’il ne pouvait atteindre autrefois du fait d’un corps ingrat qu’il lui fallait compenser en se consacrant essentiellement à la connaissance. «&nbsp;Je n’ai plus les qualités intellectuelles de Sawa… Disons ses qualités intellectuelles en profondeur, mais je n’ai tout de même pas l’impression d’être devenu un imbécile… J’ai seulement une autre forme d’intelligence. Qui n’est plus orientée strictement vers la science, la recherche et le ressentiment.&nbsp;»</p>
<p>Ce roman pourrait ressembler au personnage de Faust&nbsp;: «&nbsp;Je pense au vieux Faust des légendes… On donne volontiers toutes les connaissances du monde pour une nouvelle jeunesse.&nbsp;» Hermon Sawa n’a jamais désiré cesser ses recherches. Épris de science, il n’en a jamais éprouvé la vanité. Il est, en quelque sorte, un Faust effrayant qui dispose, grâce aux progrès de son époque, de possibilités illimitées que ne possédait pas le docteur du <span style="font-variant:small-caps;">xvi</span><sup>e</sup> siècle. Néanmoins, une fois incarné dans un corps digne de Narcisse, il ne semble guère se tourmenter de la perte irréversible d’un pan entier de son savoir. Le fait de renaître dans une enveloppe charmante sert de digne compensation. Il est donc ici effectivement question d’une expérience faustienne. Faust, savant frustré, signe un pacte avec Méphistophélès, créature diabolique qui lui propose, contre son âme, de mener une vie de plaisirs. La <em>libido sciendi</em>, aspiration éperdue de connaissances, est remplacé par la <em>libido sentiendi</em>, désir intrinsèquement sensuel. Comme Hermon Sawa, Faust est un vieillard acerbe qui ambitionne d’acquérir le savoir universel. Il s’incarne finalement dans un séduisant jeune homme éperdu d’ivresse. La métamorphose ne s’effectue plus gère par le truchement du diable, dans <em>L’Homme éparpillé</em>, et seule la transplantation du cerveau permet ce rajeunissement. Le mythe est ainsi renouvelé et surtout réécrit, paré d’un décor d’anticipation. Le Faust manipulé, veule et égoïste devient un Faust qui refuse de se soumettre aux puissances méphistophélétiques incarnées par les différents dirigeants et savants de Terre O, qui cherche à redresser le clan innocent des Barstier et qui prend ses responsabilités en tant que nouvelle incarnation de l’ordre et de la justice terrienne. </p>
<p>Sa position de chef de clan fait de Sawa un surhomme randéen. L’ancien savant doit en effet affronter les différents ennemis du clan en ayant conscience que certains des siens s’apprêtent à le trahir. Utilisant l’assimilateur de pensée afin de connaître les opinions secrètes de certaines personnes influentes, il sait, par exemple, que l’on projette de le faire assassiner. Néanmoins, il utilise l’assimilateur avec justesse, se refusant, par exemple, à l’employer pour deviner les sentiments amoureux d’une femme. Ceci fait du protagoniste un être infiniment juste mais seul, à l’image de tous les héros randéens que nous connaissons jusqu’à présent.  «&nbsp;Un chef est toujours isolé, même au milieu de ses fidèles.&nbsp;» L’homme solitaire et sage est, pour l’écrivain, le symbole de la justice rejetée par le monde, c’est pourquoi il est perpétuellement isolé et incompris.</p>
<p><em>L’Homme éparpillé</em> est donc un bon ouvrage de Peter Randa qui, comme de coutume, se lit rapidement et passionne le lecteur. L’originalité de ce roman tient dans le fait qu’il semble être une réécriture futuriste du mythe faustien, réécriture qui n’est certes fidèle mais dont les traits principaux se retrouvent néanmoins. Une œuvre surprenante, par conséquent, qui n’en demeure pas moins un classique de Peter Randa que nous ne pouvons que conseiller vivement.</p>
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