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	<title>Leaule &#187; XIXe siècle</title>
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		<title>Une vieille maîtresse</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Feb 2009 20:23:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bibliophilie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Barbey d’Aurevilly]]></category>
		<category><![CDATA[XIXe siècle]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;Barbey d’Aurevilly&nbsp;: un livre, <em>Une vieille maîtresse</em>&nbsp;&raquo;&nbsp;; cette compendieuse assertion de Maurice Barrès suffit à présenter cette œuvre fondamentale. S’il est un ouvrage de Barbey d’Aurevilly à lire, c’est bien <em>Une vieille maîtresse</em> qui entremêle pleinement toutes les caractéristiques de cet auteur admirable. Incompris en son temps (on l’accusait abjectement d’écrire comme le Marquis de Sade et de penser comme Joseph de Maistre, vaine antinomie) et méconnu du nôtre (il semblerait que notre aberrante  époque se plaise à enfouir nos écrits les plus précieux sous un nombre démesuré d’excréments littéraires&nbsp;; &laquo;&nbsp;Le Français est un animal de basse-cour [&hellip;]&nbsp;; l’ordure ne lui déplaît pas dans son domicile, et en littérature, il est scatophage. Il raffole des excréments&nbsp;&raquo; écrivait fort congrûment Baudelaire dans <em>Mon cœur mis à nu</em>) Barbey d’Aurevilly est néanmoins un écrivain sublime dont l’œuvre est éblouissante et séduisante à la fois. Quoi de plus lumineux que ce blanc et adorable ange qu’est Hermangarde de Polastron&nbsp;? Quoi de plus fascinant que cette dévorante et flamboyante succube qu’est la Vellini&nbsp;? Entre ces deux remarquables femmes, un grand séducteur byronien, Don Juan de salon désargenté et pénitent, Ryno de Marigny. </p>
<p><em>Une vieille maîtresse</em> est un ouvrage énergique dont la verdeur tient de l’expérience de Barbey d’Aurevilly&nbsp;; les amours chaudes et perverses qu’il aura lui-même entretenu avec une Espagnole diabolique vont marquer les pages d’<em>Une vieille maîtresse</em> d’un relent de soufre et d’un goût de pêche (selon Barbey d’Aurevilly, le fruit de la tentation d’Adam et Eve ne serait point la pomme, mais la pêche, fruit juteux et doucereux si proche en français du mot &laquo;&nbsp;péché&nbsp;&raquo;). La dissection intransigeante de sa liaison frénétique demeure pour l’écrivain un moyen inaltérable d’expier son inconduite et d’éviter de choir à nouveau dans les rets de l’infernale amante. &laquo;&nbsp;Je n’ai rien inventé&nbsp;&raquo; affirma Barbey&nbsp;; seule l’issue est rectifiée. Là où Barbey réussira à panser ses blessures et parviendra à rompre définitivement, Ryno l’abject, le pusillanime, ne voudra se purger du poison que la Vellini aura injecté dans ses veines. L’épanchement de ses errances dans la confidence faite à l’attentive Madame de Flers ne sera qu’un vain sursaut de sagacité avant qu’il ne recommence à désirer la Vellini. Les deux hommes ont dû affronter une scène de rupture, mais seul Barbey aura la bravoure nécessaire pour briser irrévocablement ses attaches. Le chétif Ryno ne saura trouver les mots justes pour achever ce chaotique concubinage de plus de dix ans. L’intensité de la scène de rupture n’en est pas moins intéressante&nbsp;: &laquo;&nbsp;Dans le feu le plus blanc et le plus central d’une flamme inextinguible, je lui dis avec joie, en rejetant le bras qu’elle avait sous le mien et en la regardant, comme probablement elle n’avait jamais été regardée, même par moi&nbsp;: &ldquo;regardez-moi bien, Madame, car vous ne me reverrez plus&hellip;&rdquo; Je la plantai sur le trottoir et je sortis de sa vie comme on sort par le trou qu’on fait. Cela s’est brisé comme les sucriers qu’elle me jetait à la tête&nbsp;&raquo;. Barbey eût la fermeté de rejeter le bras de son amante, mais Ryno ne parvint pas à contenir un baiser lors de la scène des adieux&nbsp;; avec sa finesse habituelle, Barbey d’Aurevilly évoque déjà cette impossibilité de rompre qui fera tout le malheur de Ryno, et surtout d’Hermangarde, trahie avant même d’être épousée. La Vellini a marqué à jamais Ryno de son empreinte&nbsp;; l’amant est sans cesse rappelé à l’amante par l’alchimie du souvenir, du passé auquel la Vellini s’agriffe farouchement. C’est la tache sombre que l’on retrouve dans <em>Le Rideau Cramoisi</em>, cette éclaboussure fuligineuse qui fausse le regard et qui souille le cœur, entravant inexorablement toute tentative d’oubli. Et cependant&nbsp;: &laquo;&nbsp;J’ai aimé trois ans une femme horrible&hellip; le diable m’avait cadenassé, bouclé, et crocheté à ce monstre&nbsp;; mon amour ressemblait à de l’ivrognerie&hellip;&nbsp;&raquo;. Ryno est également enivré par la Vellini, mais ce vin est âpre et érode ses entrailles (comme le dirait l’<em>Apocalypse</em> de Saint Jean de l’ouvrage confié au prophète par un ange qui lui demande de l’avaler&nbsp;: &laquo;&nbsp;Prends, et dévore-le&nbsp;; il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel&nbsp;&raquo;)&nbsp;; Ryno et la Vellini sont écœurés de leur liaison, et l’enfant que Vellini portait, mort en bas âge, a exténué ce couple véhément &nbsp;: &laquo;&nbsp;Nous nous sommes plus haïs qu’aimés&nbsp;&raquo;. Mais l’éros, l’assujettissement charnel subsistent comme une lèpre lascive. La Vellini, elle-même, semble dénuée de tout attrait&nbsp;; petite, masculine, moricaude, les lèvres agrémentées d’un duvet brun, elle semble la parfaite figure du monstre baudelairien, femme à la hideur délicieuse. Un thème cher à Barbey d’Aurevilly demeure celui de l’androgyne, que l’on retrouve notamment dans <em>Le Bonheur dans le Crime</em>. Hauteclaire Stassin, femme musculeuse et dotée d’une pilosité à la nuque qui en émotionnera plus d’un, est bien plus masculine que son amant, le comte Serlon de Savigny, efféminé tel &laquo;&nbsp;un mignon du temps de Henri III&nbsp;&raquo;, nerveux et racé. L’inversion des sexes et l’aspiration à l’union définitive de l’androgyne platonicien sont courants chez l’auteur, de même que cette obsession de la femme qui, dotée d’attributs mâles, hante l’homme devenu le frêle jouet de ses fantaisies et de ses caprices. La Vellini, bien qu’affreuse au premier abord, finira par fasciner et posséder Ryno. En se levant elle révèle des chevilles à l’érotisme saisissant (sa robe noire étant toujours trop courte), ses traits s’animent d’une fièvre exubérante, ses mouvements sont aussi félins et dangereux que ceux d’une panthère (il convient de lire <em>Le Bonheur dans le Crime</em> où Hauteclaire donne un coup de gant à une panthère du Jardin des Plantes&nbsp;; &laquo;&nbsp;panthère contre panthère&nbsp;&raquo; s’exclamera le docteur Torty). La femme félin est également très présente dans <em>Une vieille maîtresse</em>&nbsp;; vêtue de noir, voluptueusement allongée sur sa peau de tigre, la Vellini est un fauve dangereux qui évoque ce fameux poème de Baudelaire où son chat lui rappelle sa femme&nbsp;:</p>
<blockquote><p>Je vois ma femme en esprit. Son regard,<br />
Comme le tien, aimable bête<br />
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,<br />
Et des pieds jusques à la tête,<br />
Un air subtil, un dangereux parfum,<br />
Nagent autour de son corps brun.</p></blockquote>
<p>&laquo;&nbsp;Deux éclairs partirent de cette épine dorsale qui vibrait comme celle d’une nerveuse et souple panthère, et je compris, par un frisson singulier, la puissance électrique de l’être qui marchait ainsi devant moi&nbsp;&raquo;&nbsp;; Ryno est captif, déjà, de ce grand prédateur qui scellera leur étreinte dans le sang. Vellini s’enivre du sang des blessures de Ryno et s’entaille elle-même le bras pour en abreuver son amant. Tout comme la bohémienne Carmen, l’Espagnole Vellini n’est pas &laquo;&nbsp;sorcière à demi&nbsp;&raquo;&nbsp;; superstitieuse, elle voit dans le sang un philtre qui l’unira éternellement à l’être aimé, philtre bien plus puissant que celui d’Iseult. En souvenir de ce breuvage, elle n’hésitera pas à se couper et à répandre son sang sur la tête de Ryno lorsque celui-ci aura épousé Hermangarde afin de l’ensorceler derechef.</p>
<p>Face à la Vellini, Hermangarde fait figure d’ange chaste&nbsp;; la jeune vierge innocente et bienveillante se mettra à adorer Ryno de Marigny en dépit de son âge déjà avancé, de sa situation consternante et surtout de sa réputation de galant dépravé, d’&laquo;&nbsp;homme qui tue les femmes&nbsp;&raquo;. De fait, Hermangarde contemplera de ses propres yeux les atrocités commises par Marigny&nbsp;; elle verra la sempiternelle et horrifiante chute de Madame de Mendoze, amante délaissée et répudiée qui, en recherchant assidûment son ancien amant et en l’épiant lors de ses courtisaneries, s’anéantit au point d’en devenir phtisique et d’expectorer son sang. Le thème du sang apparaît alors de nouveau, mais exprime ici la perte irréparable de l’être aimé car au lieu de se recueillir sur l’amant ou dans la bouche de celui-ci, la liqueur vermeille souille les mouchoirs de la femme. La douce Hermangarde, au lieu de s’effaroucher de ce pitoyable spectacle se met à en chérir davantage le séducteur. La marquise de Flers, douce grand-mère d’Hermangarde, coutumière des dangers et roueries de l’amour acceptera et bénira même cette union incertaine. La digne patricienne, charmée par Ryno qui lui avouera ses compromettantes errances, ne saura refuser ce mariage vulnérable, voulant vivre, à travers sa petite-fille, son ultime passion. Ce n’est que lorsque la marquise de Flers abandonnera les jeunes époux pour retourner à Paris que Ryno entreverra la Vellini et que ses souvenirs d’elle se déchaîneront dans son âme. Si la présence de l’hiératique marquise imposera à Ryno de Marigny délicatesse et retenue, son départ déclenchera les déchirements fanatiques de l’époux qui languira de nouveau auprès de sa vieille maîtresse. Nonobstant cela, Ryno continuera d’aimer Hermangarde, mais, comble de l’écœurement, il désirera frénétiquement la Vellini, l’abside de cette délétère situation se situant dans la scène ou Hermangarde contemplera avec horreur les ébats sensuels de Ryno et de la Vellini que Barbey d’Aurevilly a dû épurer suite à maints blâmes. La chaste Hermangarde manquera d’en mourir et fera une fausse couche&nbsp;; toutes deux martyres de la couardise de Ryno, Hermangarde et la Vellini resteront infécondes, stigmatisées par sa pleutrerie. &laquo;&nbsp;Tu passeras sur le cœur de la jeune fille que tu épouses, pour me revenir&nbsp;!&nbsp;&raquo; avait prédit la Vellini. Après tant de dévouement et de dignité, Hermangarde  entendra avec répulsion la confession de son époux qui conviendra aimer les deux femmes. Consciente de l’énormité de cet ubuesque aveu, Hermangarde refusera d’accepter l’inacceptable&nbsp;; &laquo;&nbsp;Je ne vous crois plus&nbsp;!&nbsp;&raquo; révoltée par la veulerie de cet homme incapable de choisir entre les deux femmes. A qui revient la faute&nbsp;? Certainement pas à l’exemplaire Hermangarde dont nous suivons avec désolation le long supplice, ni à la Vellini, qui ne souhaite que récupérer son compagnon de dix longues années et dont le désespoir est palpable en dépit de ses airs fantasques et sulfureux. L’abject Ryno de Marigny, bien que son comportement soit ineffablement ignoble, ne serait, selon Barbey d’Aurevilly, le réel coupable. Le vicomte de Prosny esquisse à l’issue de l’ouvrage une conclusion fort spirituelle&nbsp;; &laquo;&nbsp;Hermangarde est sacrifiée à une ancienne maîtresse&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;Ma foi! Ce n’est pas nous qui l’avons jetée aux murènes&nbsp;&raquo; soulignent la responsabilité de la marquise de Flers, qui, consciente de l’emprise de la vieille maîtresse et de la singulière fidélité de Ryno à la Vellini en dépit de son inconstance immuable, a tout de même cédé sa petite-fille au lovelace timoré, aliéné à sa redoutable concubine. Marigny finira par rejoindre la Vellini en plein jour, sa voiture ornée de l’&laquo;&nbsp;écusson écartelé des Marigny et des Polastrons aux portières&nbsp;&raquo; signe de la dislocation du couple calomnié par les paris d’une société avide de scandales et curieuse de l’issue chancelante de cet hymen qui n’aurait dû voir le jour. Comme souvent chez Barbey d’Aurevilly, les histoires se dénouent dans la géhenne et l’affliction&nbsp;; les êtres impurs sont bénis d’un bonheur démérité (tout comme Hauteclaire et Savigny, heureux dans une union jupitérienne après avoir lâchement empoisonné l’épouse du comte) et les être méritants endurent des maux tragiques à jamais (la clotte dans <em>L’Ensorcelée</em>, cette Marie-Madeleine massacrée dans un ultime acte d’expiation, et surtout Jeanne Le Hardouey, suppliciée par sa fascination pour l’abbé de La Croix-Jugan). Car Barbey d’Aurevilly veut nous montrer le mal pour nous en délivrer&nbsp;: &laquo;&nbsp;L’enfer, c’est le ciel en creux. Le mot diabolique ou divin, appliqué à l’intensité des jouissances, exprime la même chose, c’est-à-dire des sensations qui vont jusqu’au surnaturel.&nbsp;&raquo; Cette catharsis tutélaire se fait par l’aiguillon de la tentation et le déploiement de toutes les fureurs humaines, à commencer par la passion amoureuse. L’écrivain profondément catholique veut lutter contre l’apathie et l’incuriosité&nbsp;; il veut dégourdir et exciter l’esprit du lecteur, préférant un éveil abrupt plutôt qu’un endormissement imbécile, afin de le convertir. Qui ne tomberait en effet sous le charme luciférien de la Vellini&nbsp;: &laquo;&nbsp;Quant à Vellini, si elle ne vous rend pas amoureux fou, je vous déclare incombustible et vous pouvez manger un poulet dans un four allumé sans inconvénient&nbsp;&raquo;, pourquoi refuser de montrer l’âme humaine telle quelle est dans ses abominations et ses monstruosités les plus inavouables certes mais les plus véridiques&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il faut renoncer à peindre le cœur humain ou le peindre tel qu’il est&nbsp;&raquo;, car sans la peinture de la passion, l’art, la littérature et même la morale ne sauraient exister. Le catholicisme se nourrit de cet art pour apporter les enseignements que l’artiste n’aurait donné&nbsp;; le romancier &laquo;&nbsp;peint la passion telle qu’elle est et telle qu’il la vue, mais qui, en la peignant à toute page de son livre l’a condamnée&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Pour parachever cette humble appréciation d’<em>Une vieille maîtresse</em>, citer les mots de Barbey d’Aurevilly dans sa préface de 1866 semblerait primordial car ils justifient l’existence même du roman&nbsp;:</p>
<blockquote><p>Le Catholicisme est la science du Bien et du Mal. Il sonde les reins et les cœurs, deux cloaques, remplis, comme tous les cloaques, d’un phosphore incendiaire&nbsp;; il regarde dans l’âme&nbsp;: c’est ce que l’auteur d’<em>Une vieille maîtresse</em> a fait. Ce qu’il a montré s’y trouve-t-il&nbsp;?&hellip; Il a dit la passion et ses fautes, mais en a-t-il fait l’apothéose&nbsp;?&hellip; Il a dit sa puissance, ses encharmements, l’espèce de barre qu’elle met dans notre libre arbitre comme dans un écusson faussé. Il n’a étriqué ni la passion, ni le Catholicisme tout en les peignant. Ou <em>Une Vieille Maîtresse</em> doit être absoute de ce qu’elle est quoi qu’elle soit, ou il faut renoncer à cette chose qui s’appelle le roman.</p></blockquote>
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