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	<title>Leaule &#187; trilogie Ariézi</title>
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		<title>Les Frelons d’or</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Jul 2010 20:16:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les Frelons d’or sert de volet conclusif à la trilogie Ariézi. Les lecteurs y découvrent, quinze jours après les faits de Baroud, le Corse Ariézi, la Saturnienne Kerill, le Vénusien Handa et quelques Syllas en pleine errance dans une galaxie inconnue. Leur soucoupe s’approche d’une planète qui ressemble étrangement à la Terre. Curieux et séduit, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Les Frelons d’or</em> sert de volet conclusif à la <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" title="Site externe : http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank" target="_blank">trilogie Ariézi</a>. Les lecteurs y découvrent, quinze jours après les faits de <em><a href="http://leaule.com/culture/baroud/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/baroud/" target="_blank" target="_blank">Baroud</a></em>, le Corse Ariézi, la Saturnienne Kerill, le Vénusien Handa et quelques Syllas en pleine errance dans une galaxie inconnue. Leur soucoupe s’approche d’une planète qui ressemble étrangement à la Terre. Curieux et séduit, Ariézi décide de poser son vaisseau dans un vaste champ de roses, près d’un archaïque village. Les quelques pauvres paysans qui entretiennent les plantations ne semblent guère abasourdis de trouver un rihan saturnien dans leur champ, fait étrange en raison de leur apparente primitivité. Au contraire, ils paraissent importunés par la présence de visiteurs qui les interrompent dans leur tâche. Ariézi et les siens s’emparent d’un couple qui résiste et semble obstinément désireux de reprendre son pénible labeur. Le Corse espère pouvoir les soumettre à l’appareil futuriste qui lui permet d’entrevoir les pensées et de comprendre les langues. Pendant qu’Ariézi et les siens s’efforcent d’emmener les deux paysans indociles, de gros frelons agressifs s’approchent d’eux et cherchent à les atteindre à la nuque. Intrigué par l’attitude insolite des insectes, qui semblent défendre les humains, Ariézi demande à Handa de procéder à la capture de quelques spécimens. Quelle n’est pas sa stupéfaction lorsqu’il réalise, après avoir tenté de s’insinuer dans l’esprit du paysan capturé, que ces créatures ne pensent guère et n’ont aucun langage. Ariézi est donc impuissant à connaître leur histoire et leur langue. Les paysans sont placés dans une salle et observés par l’équipage interdit. Un Sylla apporte de la nourriture et des couverts au couple. Après un court instant d’inattention, tous découvrent stupéfaits que la femme s’est emparée d’un couteau et a froidement assassiné son compagnon. Impuissant devant un tel comportement, Ariézi délivre finalement la paysanne qui se lance dans une fuite éperdue, comme si elle était pourchassée par un être invisible. Elle finit par gagner la proche forêt et disparaît de la vue du Corse déconcerté. Mais le Terrien intrigué n’est qu’aux prémices d’une suite d’étonnements&nbsp;; Handa lui apprend bientôt que les frelons dorés sont une espèce mutante, probablement conçue artificiellement. Plutôt que de s’empresser de quitter cette étrange planète, Ariézi décide de prolonger son séjour tant que ces mystères ne seront résolus.</p>
<p>Nous convenons que <em>Les Frelons d’or</em> est probablement le volet le plus faible de cette pourtant merveilleuse trilogie. Il n’en demeure pas moins un ouvrage talentueux, passionnant et remarquable, écrit de main de maître par Peter Randa. Il faut avouer que le lecteur s’est, au fil des deux et exceptionnels premiers volumes de la <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" title="Site externe : http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank" target="_blank">trilogie Ariézi</a>, vivement attaché à la vision fantaisiste et colorée que l’auteur entretenait au sujet de Vénus. Cette nouvelle planète qu’Ariézi explore, est terriblement moins attrayante que Vénus et sa grande ressemblance avec la Terre frustre légèrement l’imagination florissante du lecteur. Peter Randa évolue d’ailleurs vers une autre conception de l’anticipation. Si Vénus abrite une civilisation radicalement unique, il existe maintes similitudes entre cette nouvelle planète et la Terre. La civilisation déchue qui y résidait bâtissait de hauts édifices semblables à nos gratte-ciels et construisait des avions similaires aux nôtres. Cependant, la population de l’ancienne cité en ruines était vêtue à la romaine, de toges et de péplums&nbsp;! Des civilisations extraterrestres techniquement avancées et vêtues à l’antique se rencontrent souvent dans les vieux romans d’anticipation. Certains artistes et écrivains pensaient que les pyramides d’Égypte furent construites par des extraterrestres où que l’Atlantide abritait une civilisation provenant de l’espace. Cette fusion entre des moyens futuristes et des coutumes antiques ne pouvait que séduire Peter Randa, que les civilisations oubliées et énigmatiques passionne. L’écrivain se plaît en effet à de tels mélanges, en atteste <em><a href="http://leaule.com/culture/deucalion/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/deucalion/" target="_blank" target="_blank">Deucalion</a></em> où se côtoient l’art égyptien et la technologie avancée.</p>
<p>La philosophie de Peter Randa est aussi moins présente, faisant presque de cet ouvrage un simple divertissement. Nous n’avons remarqué la moindre saillie philosophique hormis quelques ébauches de réflexion qui sont abandonnées au lecteur. Toute l’intrigue est laissée à l’aventure&nbsp;; nous remarquons d’ailleurs qu’Ariézi est mentionné à plusieurs reprises comme étant «&nbsp;l’aventurier&nbsp;». Néanmoins, quelques bribes intéressantes sont disposées au fil de l’ouvrage. La planète dont il est question possède plusieurs continents. Les nations qui y résident sont plus ou moins florissantes. Un État particulièrement jaloux a décidé, face à l’inutilité des guerres, de frapper de façon décisive le continent le plus aisé de la planète. Des scientifiques ont donc créé une espèce mutante de frelons. Ces insectes piquent uniquement à la nuque et dispersent dans l’organisme un venin asservissant qui vide les consciences. Les premiers nids ont été déposés, semant progressivement la panique dans les continents. Seuls de rares humains échappèrent à la piqure et se dissimulèrent dans les forêts, là où les frelons ne peuvent attaquer en essaims. L’État initiateur de cette tragédie fut lui-même victime des frelons et il n’y eût bientôt plus le moindre humain capable de contrôler le nid principal. Les frelons ont donc la parfaite maîtrise de la planète et forcent les humains à cultiver des fleurs afin de nourrir la reine de chaque ruche. À une époque encore marquée par les méfaits de la bombe atomique, Peter Randa veut prouver qu’il est imprudent de confier à des États des armes monstrueuses qui pourraient se retourner contre le genre humain tout entier. Il veut aussi montrer l’absurdité des États, qui se laissent gagner par la jalousie, l’envie, le courroux, détruisant ainsi de nombreuses vies innocentes.</p>
<p>Il nous semble révélateur que les quelques survivants, enfants et petits-enfants de ceux qui vivaient encore en sécurité dans les cités, se soient organisés de la manière suivante&nbsp;: les hommes s’occupent de la chasse, de la pêche et de la protection des cabanes tandis que les femmes lisent, écrivent et transmettent la culture de leurs ancêtres aux enfants. Les hommes sont tous illettrés tandis que les femmes savent lire et écrire. Ariézi, qui a besoin de quelques unes de ces femmes pour déchiffrer tout écrit lui permettant de connaître l’endroit d’origine des frelons, les emmène, avec le vieillard Barkas, dans les ruines de la cité. Ces femmes, vivant il y a peu dans la forêt, habillées de peaux de bêtes, ont rapidement revêtu d’élégantes toges dévoilant l’épaule et arborent des manières policées comme si elles avaient toujours vécu en citadines. «&nbsp;Les hommes n’auraient pas été ainsi […] Nous avons bien fait de choisir les femmes pour maintenir nos traditions… les hommes n’auraient été que curieux et brouillons […] Pour les femmes, l’adaptation est toujours instantanée. Déjà elles font revivre les ruines.&nbsp;» Tel est le constat de Barkas, ému. N’en déplaise aux féministes, Peter Randa valorise la famille traditionnelle où l’homme assure la protection et la subsistance tandis que la femme est dépositaire de la grâce, des traditions et du savoir. Nous trouvons ces femmes infiniment plus féminines et attendrissantes que l’actuelle créature hommasse, au sexe incertain, que nous contemplons avec consternation et qui ne mériterait pas même de s’appeler «&nbsp;femme&nbsp;».</p>
<p>Mais <em>Les Frelons d’or</em> contient tout de même quelques raretés philosophiques. «&nbsp;Les Terriens choisissent généralement des dirigeants à leur image… la majorité décide et la majorité est souvent constituée par des médiocres.&nbsp;» Cette remarquable critique du droit de vote et de la démocratie est subtilement insérée et mérite d’être relevée en ce lieu. «&nbsp;Les Terriens sont avant tout des censeurs… Dès qu’un Terrien dispose d’un pouvoir quelconque, il éprouve le besoin d’interdire quelque chose.&nbsp;» Cette autre remarque, proférée par Handa, mérite de figurer parmi ces lignes.</p>
<p>Une trilogie qui s’achève donc de façon convaincante mais néanmoins avec quelques lacunes&nbsp;: l’ouvrage se termine, par exemple, de manière précipitée. Nous ignorons comment Elmi et Ariézi se comporteront l’un envers l’autre et s’ils reprendront le vaisseau pour parcourir ensemble les galaxies. Nous pouvons supputer une issue probable mais ne pouvons nous empêcher de penser que l’<em>explicit</em> de l’ouvrage a été gâché… Mais cette fin bâclée n’enlève le plaisir ineffable d’une si saine lecture et la <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" title="Site externe : http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank" target="_blank">trilogie Ariézi</a> mérite que nous nous attardions sur ses nombreuses qualités.</p>
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		<title>Baroud</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Jul 2010 18:00:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Baroud, digne suite de Survie, constitue le deuxième volume de l’excellente trilogie Ariézi de Peter Randa. Deux ans après les faits de Survie, le Corse Ariézi a pris le pouvoir de la civilisation vénusienne. Il s’est approprié l’immense savoir du despote Handa, dirigeant à son tour la population primitive des Syllas et les cerveaux des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Baroud</em>, digne suite de <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank" target="_blank">Survie</a></em>, constitue le deuxième volume de l’excellente <a href="http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" title="Site externe : http://leaule.com/mot-clef/trilogie-ariezi/" target="_blank" target="_blank">trilogie Ariézi</a> de Peter Randa. Deux ans après les faits de <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank" target="_blank">Survie</a></em>, le Corse Ariézi a pris le pouvoir de la civilisation vénusienne. Il s’est approprié l’immense savoir du despote Handa, dirigeant à son tour la population primitive des Syllas et les cerveaux des anciens savants de Vénus. Ariézi, détenteur d’un pouvoir incommensurable, se méfie, à juste titre, des Terriens et ne fréquente guère la base militaire qui s’est pourtant agrandie en une cité organisée. Il continue cependant à entretenir des relations amicales avec le médecin français Bertrand Maubert, lui et Ariézi étant encore considérés comme des criminels et des proscrits par leur patrie d’origine. Mais Maubert se languit de la Terre dans l’espoir d’une réhabilitation prochaine. Ariézi, quant à lui, ne désire plus retrouver une nation qui le rejeta et le condamna à l’exil sans possibilité de retour à cause d’un sérum, injecté à leur insu, rendant certes possible l’existence sur Vénus mais compromettant le retour sur Terre. La création d’un nouveau sérum, grâce au savoir des érudits vénusiens, permettant de se conditionner à la fois à Vénus et à la Terre, ne change strictement rien aux sentiments d’Ariézi&nbsp;: il refuse de s’administrer le deuxième sérum car celui-ci n’influe en rien sur sa situation de réprouvé. Le général Landrieux, représentant de l’État français fraîchement arrivé sur Vénus, effectue de basses manœuvres afin de contrôler la base terrienne. Il désire incarcérer Ariézi et bouleverser l’équilibre que le Corse avait mis en place entre les Terriens et les Syllas. Ce général, obtus et sot comme un fonctionnaire, nuit à l’existence des Français sur la planète de par son incompétence remarquable, son zèle obstiné et son absolue inadaptation. L’ordre fragile qui règne sur Vénus est, par ailleurs, ébranlé par l’arrivée d’immenses soucoupes provenant de Saturne. Les Syllas d’Ariézi espionnent furtivement les créatures, certes humanoïdes mais pourvues de quatre bras, dont les intentions sont difficilement pénétrables, surtout lorsqu’un Sylla est capturé et, dans sa tentative désespérée de fuite, partiellement désintégré par un redoutable pistolet. Dès lors, il s’agit, pour Ariézi, de protéger les Terriens en dépit des décisions stupides de Landrieux et d’assurer la survie des Syllas contre des êtres aux moyens redoutables.</p>
<p>Cette suite de <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank" target="_blank">Survie</a></em> est simplement providentielle car elle permet au lecteur de retrouver les attachants personnages du précédent roman et de revenir à la civilisation, certes improbable mais passionnante, de Vénus. Peter Randa peut enfin approfondir les personnalités et affiner celle du protagoniste principal, Ariézi, qui se révèle déjà progressivement à la fin de <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank" target="_blank">Survie</a></em>. Nous constatons les changements qu’Ariézi procure à la civilisation qu’il dirige désormais, le traitement humain qu’il apporte aux Syllas et la résurrection de Handa dans un esprit neuf, dénué de ses intentions tyranniques. Le baroudeur solitaire qu’était Ariézi a grandement mûri&nbsp;: sa nouvelle intelligence fait de lui un être supérieur, capable de maîtriser des engins futuristes, de contrôler des Syllas serviles et de diriger des cerveaux instruits. Cependant, demeure en lui cette soif de l’errance, ce désir effréné de pérégrinations. Cette aspiration perceptible encourage Ariézi à quitter Vénus pour s’adonner librement à la découverte d’autres galaxies. Bertrand Maubert jouit d’un rôle moindre dans ce deuxième opus, mais la personnalité insaisissable et contradictoire d’Ariézi suffit à combler tout manque.</p>
<p>D’autres personnages sont malgré cela mis en avant&nbsp;: le général Landrieux, par exemple, qui symbolise le fonctionnaire français, inepte et haineux. «&nbsp;Il débarque imbu de son autorité et de ses pouvoirs… disposé uniquement à la critique comme un bon fonctionnaire.&nbsp;» Landrieux continue à considérer Maubert et Ariézi comme des criminels et comme des déserteurs, ayant quitté la base, dans <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank" target="_blank">Survie</a></em>, afin de se rendre au sein de l’immense statue représentant une divinité assise et abritant le repaire de Handa. Quand le colonel Bertier prend la défense d’Ariézi, qui pacifie les relations entre Terriens et Syllas et fournit le minerai rare qui permet de rentabiliser les coûteuses expéditions spatiales, Landrieux répond, acerbe&nbsp;: «&nbsp;Si je comprends bien, il nous fait l’aumône de ce qui nous appartient&nbsp;?&nbsp;» Vénus n’appartient vraisemblablement pas aux Français… Landrieux ordonne même que soit réquisitionné l’appareil qui permet à Ariézi de comprendre, en quelques instants, une langue inconnue. Le général n’est pourtant point en position d’exiger une réquisition&nbsp;: il ignore même où se trouve le repaire du Corse. «&nbsp;Le devoir d’Ariézi, une fois en possession des secrets de Handa, était de les mettre à disposition de sa Patrie. Vénus est désormais propriété française… […] Personne ici n’a le droit de s’approprier quoi que ce soit sans l’autorisation du gouvernement qui accordera des concessions.&nbsp;» <em>Baroud</em> recèle de nombreuses saillies absurdes de ce genre, qui sont autant de discours ridicules mais réalistes démontrant l’aberration du système français et de ses représentants, outrecuidants et acrimonieux. Peter Randa dénonce la rigidité de l’État et la caducité de ses principes grâce à l’élargissement des perspectives qu’entraîne inévitablement la découverte de l’espace&nbsp;:</p>
<blockquote><p>les premières conquêtes de l’espace n’avaient pas conduit à l’établissement d’un gouvernement mondial… au contraire. Le gouvernement mondial, c’était un espoir des pacifistes tant que la Terre vivait en vase clos… La découverte des mondes extérieurs avait changé les données du problème et les nationalismes avaient repris le dessus… Un gouvernement mondial signifie l’effacement de chacun au profit de tous… une solution admissible quand on ne peut plus rien espérer d’autre, qui perd toute signification lorsque s’ouvrent de nouvelles perspectives.</p></blockquote>
<p>La philosophie de Peter Randa est éloquente&nbsp;: l’individualisme contre le collectivisme, le nationalisme contre le mondialisme. Mais ces bouleversements ne se réalisent pas par la révolution ou la révolte, mais par l’exil, la découverte, la conquête. «&nbsp;La grandeur de la France a toujours été assurée par des particuliers qui l’ont voulue en dépit de l’administration et contre elle.&nbsp;» Nous pouvons définitivement parler d’une philosophie du proscrit chez Peter Randa&nbsp;: ce sont les quelques exilés de l’Histoire qui font la grandeur d’une nation et non l’interminable procession de fonctionnaires qui agissent, au contraire, comme des repoussoirs régressifs. L’espace est l’unique endroit qui puisse permettre à l’homme d’obtenir la liberté désirée&nbsp;: «&nbsp;Fini l’ère des collectivités où la personnalité est contrainte de s’effacer. L’espace ne peut appartenir qu’aux individualités.&nbsp;»</p>
<p>L’arrivée des créatures de Saturne vient compliquer les relations ardues qu’entretiennent Ariézi et les Terriens. La cité est désarmée et désorganisée face aux Saturniens. Seul Ariézi peut empêcher un probable conflit, mais celui-ci est considéré comme un hors-la-loi et ne s’estime lui-même plus comme Terrien. L’héroïque Ariézi est l’exemple même du proscrit randéen. Perpétuellement en conflit avec l’État, il est vivement rejeté pour son individualisme et son refus de se plier aux règles édictées par une administration omnipotente. Nonobstant cela, il est un être intègre et sublime qui seul sauve l’humanité tandis que les fonctionnaires s’abîment dans leur sombre ignorance et leur opiniâtreté présomptueuse. Le héros randéen est toujours marginal&nbsp;: Ariézi ne se considère plus comme Terrien mais ne peut davantage être Vénusien. Ce détachement lui permet d’acquérir une intelligence saine et une morale lucide. Pour Peter Randa, l’individu doit surplomber la nation, qui doit être constituée d’êtres souverains aux valeurs et aux aspirations communes.</p>
<p><em>Baroud</em> peut donc être considéré comme un classique de Peter Randa. Le lecteur peut y retrouver les thèmes chers à l’écrivain. La venue de soucoupes en provenance de Saturne permet à l’auteur de captiver le lecteur et de traiter des relations difficiles entre trois civilisations, celles des Terriens, des Vénusiens et des Saturniens. Chaque ethnie possède ses coutumes, ses armes et ses faiblesses, et les conflits entre les différentes races représentent en macrocosme les mésententes qui subsistent entre chaque individu à l’origine similaire mais à la morale antagoniste en microcosme. Ainsi les Terriens sont-ils scindés entre ceux qui se plient à la tyrannie administrative et ceux qui décident de suivre Ariézi. <em>Baroud</em> est donc un panégyrique de l’individualité contre l’uniformisation. La véritable puissance provient de l’individu seul, débarrassé de son despote, incarné par Ariézi, devenu abîme de science et de connaissance, et non d’un peuple asservi, à l’image des Saturniens, considérablement affaiblis par leur conditionnement à Vénus. Ces Saturniens durent quitter leur planète surpeuplée afin d’éviter la stérilisation. Ils fuirent ce traitement indigne en acceptant, comme Maubert et Ariézi dans <em><a href="http://leaule.com/culture/survie/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/survie/" target="_blank" target="_blank">Survie</a></em>, de coloniser Vénus, la seule échappatoire que leur proposa leur gouvernement. Considérablement anémiés, des centaines de Saturniens périrent lors de l’expédition afin de satisfaire un «&nbsp;bien commun&nbsp;» qui n’a cure des individus. Les hommes, à l’instar des Saturniens, sont diminués par un État vampirique. Le savoir, l’intelligence et l’indépendance permettent, au contraire, d’acquérir une providentielle vigueur. En compagnie de la ténébreuse Saturnienne Kerill, Ariézi décide de quitter Vénus à bord d’un rihan, un vaisseau saturnien. Les deux créatures veulent jouir de leur liberté et de leur indépendance. Conscients qu’ils sont intrinsèquement différents, ils décident d’entretenir une relation distante et respectueuse. «&nbsp;Un problème racial, mais il est tout de même différent de celui qui se pose sur la terre où l’on n’admet l’égalité de droit que par le mélange…&nbsp;» affirme Ariézi. Contre le métissage, forme sournoise d’uniformisation,  le Corse veut préserver son intégrité et celle de la Saturnienne. Dans un siècle qui prône, derrière l’excuse de la diversité, une uniformisation assujettissante, nous devinons à quel point les ouvrages de Peter Randa, leur morale saine et leur philosophie juste, mériteraient d’être lus et relus…</p>
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		<title>Survie</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Jun 2010 19:53:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Au sein d’une base militaire, perdue dans l’immensité du Sahara, deux prisonniers sont vivement priés de participer à une expérience singulière. Le Corse Fernand Ariézi et le médecin Bernard Maubert sont deux parfaits inconnus, rapprochés par le fait qu’ils sont condamnés à la guillotine pour avoir commis un meurtre. Plutôt que d’exécuter les deux hommes, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au sein d’une base militaire, perdue dans l’immensité du Sahara, deux prisonniers sont vivement priés de participer à une expérience singulière. Le Corse Fernand Ariézi et le médecin Bernard Maubert sont deux parfaits inconnus, rapprochés par le fait qu’ils sont condamnés à la guillotine pour avoir commis un meurtre. Plutôt que d’exécuter les deux hommes, le colonel Bertier leur propose un expédient terrible et pourtant passionnante, celui de coloniser la planète Vénus et, grâce à l’injection d’un sérum, pouvoir respirer librement l’air vénusien sans être intoxiqués par les vapeurs délétères qui viennent le vicier. Cependant, ce sérum providentiel, tout en rendant l’air vénusien respirable, fait de l’oxygène terrestre un véritable poison irrespirable. Les deux meurtriers sont donc bannis de la Terre à perpétuité&nbsp;: ils ne peuvent plus physiquement résider sur Terre mais ne sont pour autant de véritables Vénusiens, la planète leur étant radicalement inconnue et hostile. Sans patrie, sans famille, ils deviennent des exilés errants, hantés par le souvenir de leur acte criminel et de leur châtiment injuste. Les détenus acceptent cependant cette irrévocable expédition, conscients qu’ils sont, quoi qu’il en soit, condamnés à mort et que seule Vénus présente une échappatoire viable à la guillotine acérée. Le colonel leur promet qu’il les dotera d’armes pour leur permettre de se défendre dans une nature vierge et hostile, semblable à une jungle terrestre, mais dotée de fleurs luxuriantes, de cactus anthropophages, et de feuillages azurés. Il leur affirme qu’ils seront les maîtres sur cette planète vierge, qui sera progressivement peuplée de Terriens proscrits, de scientifiques et de militaires. Pourtant, une fois arrivés à la base vénusienne, après avoir été inopinément endormis puis embarqués dans la fusée, Ariézi et Maubert sont conditionnés contre leur gré à l’atmosphère vénusienne et les scientifiques rechignent à leur confier des armes pour assurer leur défense. Nul ne fait confiance à deux condamnés à mort, même si les deux meurtriers avaient chacun une justification légitime à leur acte&nbsp;: Maubert, par exemple, s’est rendu compte que sa femme le trompait. L’épouse se trouvait avec son amant lorsque le médecin, furieux, l’a punie de ses infidélités en l’assassinant. Les juges ont découvert que la femme était riche et que Maubert était le légataire de son testament. Il fut aussitôt accusé de l’avoir tuée afin de récupérer ses richesses, mais Maubert n’avait, en vérité, d’autre dessein que de venger son orgueil blessé et son amour outragé. Le sérum fait progressivement son effet et Maubert est le premier à retirer son scaphandre et à évoluer librement sous atmosphère vénusienne. La planète, que l’on croyait inhabitée, est en fait peuplée de sauvages humanoïdes&nbsp;: deux scientifiques, en tentant une approche pacifique, sont sérieusement blessés et enlevés par les Vénusiens sous l’œil terrifié des habitants de la base terrienne. Mais, lors d’une promenade dans la jungle proche, Maubert est approché par un sauvage avenant qui lui confie un livre écrit en une langue inconnue et chargée de symboles géométriques. Ceux que l’on prenait pour des êtres primitifs cachent, derrière eux, le passé inquiétant d’une civilisation florissante et supérieure. Maubert et Ariézi se rendent donc en mission diplomatique, escortés par les sauvages. Ils pénètrent dans un train souterrain rapide et futuriste, avant de découvrir l’intérieur d’une gigantesque statue vénérée par les peuplades vénusiennes et son intriguant et unique habitant.</p>
<p>Ce qui plaît, dans <em>Survie</em>, c’est tout d’abord son côté délicieusement désuet. Ce récit d’anticipation a vieilli et cela est perceptible en certains endroits du roman. Mais, quand, dans d’autres œuvres, cet aspect obsolète irrite, nous trouvons à <em>Survie</em> un charme intrinsèquement dépendant des idées de Peter Randa concernant l’avenir. L’écrivain pensait que l’URSS serait première à poser le pied sur la Lune et s’empresserait de la coloniser rapidement. Les États-Unis exploreraient ensuite Mars, et la France Vénus. Ce dernier point est particulièrement truculent&nbsp;: Peter Randa écrit à une époque où la France possédait encore quelque valeur. Comment aurait-il pu prévoir l’absolue nullité française&nbsp;? La France est un fléau qui chancit tout ce qu’elle effleure et sa médiocrité s’étend désormais à tous les domaines, dont celui de la recherche spatiale… Tandis que les terriens parviennent à coloniser le système solaire, les militaires en sont encore à taper des rapports à la machine à écrire. Peter Randa n’avait prévu l’invention puis l’essor inopiné de l’informatique. Tandis que les colons spatiaux sont endormis dans des capsules futuristes au cœur de fusées remarquables, les détenus sont toujours exécutés à la guillotine. Peter Randa ignorait la prochaine abolition de la peine de mort en France. Quoi qu’il en soit, une société futuriste qui explore l’espace peut se permettre d’avoir des moyens moins obsolètes d’exécuter des condamnés&nbsp;! Il faut dire que Peter Randa ne désire guère proposer une vision futuriste et précise de la Terre. Son sujet est essentiellement symbolique&nbsp;: il désire narrer l’exil de deux hommes au sein d’une civilisation partagée entre la vigueur primitive, la sournoiserie scientiste et l’intelligence civilisatrice. L’improbable Vénus, décrite, dans le roman, comme une planète viable, à la végétation luxuriante, n’est que la fantasmagorique vision d’un Éden déformé et futuriste, dirigé par une divinité omnipotente et inquiétante. Il n’est pas anodin qu’Handa, créature supérieure de la planète, possède ses appartements dans la gigantesque statue d’un dieu vénéré par les sauvages vénusiens. Handa est un dieu qui a droit de vie et de mort sur ses sujets, qui scrute chaque recoin de la jungle d’un œil inquisiteur et qui détient à lui seul toute la puissance et l’intelligence de l’antique civilisation vénusienne. Elle fut abîmée par l’abjecte et fière convoitise de savants cruels qui ne subsistent plus désormais qu’à l’état de cerveaux conservés dans des flacons remplis d’un liquide nutritif ou d’êtres vaguement humanoïdes dont les membres ont été déformés afin de ne pouvoir physiquement se révolter et dont l’intelligence a été bridée à l’accomplissement d’une seule et même tâche, savamment répétée, avec de petits doigts délicats. Maubert et Ariézi sont les nouveaux Adam et Ève de cette jungle édénique. Ils sont les êtres perturbateurs de cet équilibre singulier et Ariézi, s’emparant du savoir d’Handa, goûte au fruit de la connaissance vénusienne. </p>
<p>Peter Randa, comme de coutume, fait preuve de réflexion et répand de façon éparse des bribes de son intéressante philosophie. Il critique le mythe, de nos jours encore extrêmement présent, du bon sauvage. Les deux scientifiques, levant les mains en signe de paix, à l’approche de la tribu vénusienne, sont aussitôt attaqués et enlevés. </p>
<blockquote><p>Dois-je vous rappeler aussi le slogan en vogue… Il chantait la gloire des “conquêtes pacifiques” et les hurluberlus obstinés à nous présenter les “méchants” terriens en conflit avec des civilisations extragalactiques généralement écœurées par sa triste mentalité et disposant pour épauler son pacifisme de moyens de destructions à côté desquels notre bombe atomique faut figure de jouet de bazar… Tout cela correspondait malheureusement à une tendance philosophique soigneusement entretenue et développée dans l’opinion publique et on a tout d’abord envisagé les voyages interstellaires sur des bases ridicules.</p></blockquote>
<p> Peter Randa fait une allusion à la repentance coloniale occidentale. Ceux qui croient en un sauvage intrinsèquement bon et pacifique font une erreur grossière&nbsp;: c’est ce que l’écrivain tend à démontrer en présentant des Vénusiens, en apparence primitifs, vêtus de lances et de pagnes, qui sont cependant mus par une puissance autrement plus destructrice et impérieuse que les modestes moyens des scientifiques terriens qui n’ont pas suffisamment de munitions pour supporter un siège et doivent attendre six mois pour que parvienne la prochaine fusée qui leur apporterait de maigres provisions et quelques soldats supplémentaires. Le passé colonial de l’Europe a fait que les explorateurs spatiaux sont partis sur des bases rousseauistes, s’imaginant que l’extraterrestre serait une sorte de bon sauvage et qu’il serait, en quelque sorte, l’incarnation de la pureté face à des forces colonisatrices intrinsèquement corruptrices. Si Peter Randa n’a pas réussi à rendre matériellement un futur plausible, il parvient admirablement à anticiper l’évolution psychologique de l’Occidental. De nos jours, les colonisateurs sont forcément des êtres vils tandis que les colonisés sont des créatures bienveillantes et opprimées. Les Terriens réalisent vite que cette conception manichéenne de la colonisation est erronée. Le conquérant n’est pas celui que l’on croit et l’existence des terriens sur Vénus est un moindre mal face à la tyrannie qui règne déjà sur la planète. S’installer sur une planète signifie survivre, comme l’indique le titre du livre, et non tenter idiotement de pactiser avec des sauvages. Maubert et Ariézi, dénués de toute conception socialiste et romantique de la colonisation spatiale, sont conscients du défi qui se présente à eux&nbsp;: s’imposer face à une nature hostile et inconnue et face à des peuplades farouches et singulières. </p>
<p>Chez Peter Randa, l’anticipation n’est qu’un prétexte pour présenter des histoires symboliques nous touchant encore étroitement. C’est pourquoi les décors sont à peine décrits et les personnages sont seulement esquissés. Le plus important est l’histoire et ce que le lecteur pourrait en puiser. Les enseignements de Peter Randa ne sont pas vains et futuristes. C’est notre passé, notre présent plus que notre futur que l’écrivain veut dépeindre et c’est pourquoi il est un véritable visionnaire. Ainsi, lors d’un dialogue entre le médecin et le dirigeant vénusien, ce dernier use de propos provocants&nbsp;: «&nbsp;Chez vous, la civilisation a évolué dans le sens d’une humanité qui n’existe en quelque sorte qu’en parole. Vous vous êtes fabriqué une fausse image de vous-mêmes que vous proclamez à tout venant et vous dissimulez votre véritable nature sous le voile de l’hypocrisie.&nbsp;» Lorsque l’ambigu vénusien sauve un scientifique terrien en le transfusant avec le sang d’un sauvage, Maubert esquisse un geste de révolte. Mais le vénusien rétorque&nbsp;: «&nbsp;J’ai préservé l’existence qui m’a paru la plus importante. Je sais, sur Terre, vos conceptions sont différentes et vous ne sacrifierez pas la vie d’un inutile pour sauver un génie. J’imagine que dans votre Société la médiocrité s’épanouit et s’étale&nbsp;?&nbsp;» Ces propos acerbes se passent de toute forme de commentaire tant ils sont remarquablement signifiants et terriblement réalistes.</p>
<p>Peter Randa, de son vrai nom André Duquesne, fut un romancier prolifique qui, dit-on, était capable de rédiger un roman en quelques jours, lui donnant un «&nbsp;style sec, nerveux et sans fioritures&nbsp;». Sa plume est en effet vive, acérée et rapide. Elle ne s’attarde guère sur de vains détails. Le récit est minimaliste, la syntaxe simple, conférant aux récits de Peter Randa une certaine vivacité, un certain réalisme. Celui-ci a écrit plus de 200 ouvrages dans des registres variés, du roman d’espionnage au livre érotique. Après un bref passage à la Série noire, qu’il a quitté pour «&nbsp;incompatibilité d’humeur&nbsp;» avec le directeur d’icelle, et une courte visite au Masque, Peter Randa devient l’auguste pilier, durant 25 ans, des éditions Fleuve noir, produisant dans quatre des cinq collections de l’éditeur&nbsp;: Angoisse, Anticipation, L’Aventurier et Spécial-Police. <em>Survie</em> est un exemple convaincant de cette féconde collaboration&nbsp;; ce roman d’anticipation est un classique de la production randéenne. Bref et saisissant, <em>Survie</em> est caractéristique du style de l’auteur et de ses saillies philosophiques impromptues et passionnantes.</p>
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