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	<title>Leaule &#187; Musée Jacquemart-André</title>
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		<title>Bruegel, Memling, Van Eyck&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Sep 2009 18:57:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Musée Jacquemart-André reste un divin et providentiel réceptacle, recueillant ponctuellement de remarquables expositions choisies avec un goût raffiné. La fort petite taille de la section réservée aux expositions temporaires ne l’empêche nullement de fournir des rétrospectives de grande qualité, souvent agencées avec une rigoureuse minutie et toujours agrémentées de textes explicatifs profondément édifiants. A [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Musée Jacquemart-André reste un divin et providentiel réceptacle, recueillant ponctuellement de remarquables expositions choisies avec un goût raffiné. La fort petite taille de la section réservée aux expositions temporaires ne l’empêche nullement de fournir des rétrospectives de grande qualité, souvent agencées avec une rigoureuse minutie et toujours agrémentées de textes explicatifs profondément édifiants. A présent, le Musée Jacquemart-André sert d’écrin à la prestigieuse collection Brukenthal, rassemblant des œuvres flamandes, italiennes, hollandaises et allemandes du XIe siècle au XVIIIe siècle. Cette admirable collection fut initiée par Samuel von Brukenthal, conseiller et ami de l’Impératrice d’Autriche, Marie-Thérèse, réputé pour son goût exquis et son insatiable curiosité. Il recueillit ainsi, auprès de réputés marchands, des ouvrages précieux, des objets d’art raffinés et des tableaux somptueux. Parmi les peintres que prisait vivement Samuel von Brukenthal, trois noms attestent à eux seuls de la finesse des inclinations du collectionneur&nbsp;: Pieter Bruegel, orfèvre précautionneux des richesses et des nuances du paysage naturel, Hans Memling, le subtil portraitiste flamand et Jan Van Eyck, le peintre dont les figures sont ciselées avec minutie et réalisme. L’Impératrice même lui offrit certaines de ses plus belles pièces&nbsp;; afin de disposer ces œuvres délicates dans un digne écrin, Samuel von Brukenthal fit bâtir, en Transylvanie, un palais qui devint un musée selon le testament de son défunt propriétaire. Cette magnifique rétrospective révèle l’exquis goût viennois de l’époque pour les tableaux et l’érudition rare de ce grand collectionneur. L’exposition du Musée Jacquemart-André suit un classement à la fois chronologique et thématique qui permet admirablement d’apprécier les contrastes entre les différents genres picturaux et leur rendu dans l’évolution du temps, révélant toute la variété et l’abondance de cette collection éminente.</p>
<p>La première partie de l’exposition est consacrée à l’art du paysage et au peintre Bruegel. A l’issue du Moyen-âge, les portraits exigent, en guise d’ornementation, un décor de plus en plus présent et soigné. Cette importance progressive du décor, due notamment à l’émergence d’une perspective de plus en plus réaliste, tout en gardant sa signification symbolique, permet au peintre de façonner un arrière-plan, mettant en valeur les visages et les bustes grâce à différents contrastes et insérant des motifs évocateurs se rattachant au modèle. Au fur et à mesure que le peintre élabore des décors toujours plus foisonnants et détaillés, la peinture du paysage se fait un genre autonome. Les peintres du Nord, férus de méticulosité et de réalisme, trouvent dans les paysages une façon d’exprimer pleinement toutes les richesses des effets au pinceau, toutes les contradictions des couleurs et toutes les textures permettant de relever jusqu’au moindre détail. Bruegel, en s’abandonnant à la représentation de scènes villageoises et populaires dans un décor naturel, précis et exacerbé, exploite toutes les possibilités du genre. Le <em>Massacre des Innocents à Bethléem</em> présente la scène de l’évangile selon Saint Mathieu dans un décor enneigé typiquement flamand. La place du village d’un blanc immaculé, cernée de maisons aux toits à la neige vierge, évoque l’innocence des victimes, mais également la froide cruauté des soldats ameutés en une multitude de lances levées et de cuirasses étincelantes. Une autre œuvre remarquable de cette collection est le <em>Paysage montagneux avec un moulin</em> de Jodocus de Momper et Jan II Brueghel. L’effet de perspective est accentué par le choix des couleurs&nbsp;; le premier plan repose, en effet, sur une dominance de teintes sombres, tandis que le second plan présente une variété remarquable de verts. L’arrière-plan est composé de bleu clair, conférant un sentiment d’infini à qui contemple ce tableau, renforcé par la forme fuyante de la vallée. Les quelques personnages peints se font de plus en plus sombres et imprécis suivant leur éloignement. Le ciel serein est tacheté d’oiseaux représentés avec une délicatesse exquise.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/tofo1.jpg" alt="Paysage montagneux avec un moulin" title="Paysage montagneux avec un moulin" width="500" height="274" class="aligncenter size-full wp-image-1705" /></div>
<p>L’exposition se consacre ensuite au peintre Hans Memling et aux maîtres du portrait. Cette salle présente des portraits de grands peintres flamands et d’artistes du XVIe siècle. Hans Memling est l’un des plus remarquables ciseleurs de visages. Ils sont assurément élaborés avec finesse&nbsp;; les traits sont pleins de douceur et de grâce, les carnations sont pâles et subtiles. L’<em>Allégorie de la Vertu</em>, œuvre appartenant à la collection Jacquemart-André représentant une jeune femme étreinte par des roches acérée et protégée par deux lions, révèle l’application raffinée du peintre. A partir du XVe siècle, se développe la pratique du portrait de cour. Ces portraits se devaient d’être réalistes mais comportaient parfois des codes représentant, par exemple, une qualité, un statut particulier. Les rois et les princes furent férus de cet art, qui s’étendit aux nobles et aux personnes aisées. Hans Memling peignit par exemple le <em>Donateur priant avec son fils défunt</em> et la <em>Donatrice en dévotion avec son petit chien</em>. Ces deux magnifiques tableaux devaient former un triptyque avec une représentation centrale d’une Vierge à l’Enfant. Chacun des donateurs est pieusement tourné vers la Vierge, l’homme lit une Bible tandis que la femme prie, les mains jointes. La beauté et la transparence des voiles ainsi que les somptueuses bagues de la donatrice révèlent la richesse du couple. Le petit chien, debout derrière la femme, est un symbole de fidélité, que l’on retrouve chez les fameux <em>Epoux Arnolfini</em> de Jan Van Eyck. Le diptyque de Hans Schwab Von Wertingen, représentant Wilhelm IV de Bavière et Jacoba de Baden possède lui aussi un certain nombre d’éléments symboliques qui témoignent de l’opulence du couple et de la tendre affection qui les unit. L’initiale du duc de Bavière décore le collier de son épouse et inversement, tandis que le paysage est continu d’un panneau à l’autre, prouvant la proximité des deux époux. Les costumes, soigneusement brodés, les superbes ornements et les guirlandes dorées exaltent les foisonnantes richesses du couple.</p>
<p>La troisième salle est consacrée à l’œuvre centrale de l’exposition, l’<em>Homme au chaperon bleu</em>, de Jan Van Eyck. Ce chef-d’œuvre fut, à l’époque de Samuel von Brukenthal, attribué à Albrecht Dürer. Le tableau est de fort petite taille mais de lui émane une aura mélancolique saisissante. L’intimité et la sobriété de ce portrait de cette modeste huile sur bois sont remarquables. Le modèle, probablement Jean IV de Brabant, est représenté de trois-quarts, songeur et contemplatif, tenant une bague de fiançailles. L’homme est affublé d’étoffes précieuses dont les plis sont magnifiquement rendus. La fourrure qui orne son vêtement est reproduite avec une délicatesse admirable. </p>
<p>La salle suivante est consacrée à la peinture mythologique qui permit aux artistes de déployer toute leur sensibilité et leur habileté dans la représentation du corps humain. Des commanditaires lettrés firent perdurer la représentation picturale de scènes mythologiques jusqu’au XVIIIe siècle. Les peintres peuvent y exprimer librement la sensualité des postures et la grâce des corps tout en offrant des scènes érudites aux symboles soigneusement pensés. <em>Diane et Callisto</em>, de Hans Rottenhammer, inspiré des <em>Métamorphoses</em> d’Ovide, permet au peintre de montrer la beauté des deux corps féminins dénudés, lascivement étendus, et de narrer cette scène d’Ovide où Callisto, enceinte de Zeus en dépit de son vœu de chasteté, se retrouve chassée par Diane et métamorphosée en ours par Junon. Zeus fit d’elle la constellation de la Grande Ourse.</p>
<p>Puis, l’exposition aborde les cabinets de curiosités et l’œuvre de Johann Georg Hinz. La salle se partage en deux pans, avec en premier des scènes maritimes, et, en deuxième, les cabinets de curiosités. Les scènes maritimes permettaient de montrer des navires en proie à la tourmente et aux orages&nbsp;; c’est le cas des deux œuvres de Andries van Ertvelt, <em>Bateau amarrés dans une crique après la tempête</em> et <em>Bateau de pêche dans la tempête</em>. Des expéditions navales permirent aux collectionneurs de découvrir des objets incongrus, qui vinrent remplir les cabinets de curiosités. Johan Georg Hinz excellait dans la maîtrise de cet art singulier. Son <em>Cabinet de curiosités</em> est constitué d’étagères en trompe-l’œil ornées d’objets divers. Les coquillages précieux et le corail, œuvres de la nature, côtoient statuettes antiques et vases ornés de chérubins, élaborés par les hommes. Des colliers de perles noués par des rubans font la jonction entre les richesses de l’homme et de la nature. Les différents objets sont soigneusement disposés, c’est le cas des deux mousquets, des deux coupelles et des deux goussets, donnant l’impression d’un désordre choisi, d’un foisonnement ordonné.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/tofo2.jpg" alt="Cabinet de curiosités" title="Cabinet de curiosités" width="500" height="626" class="aligncenter size-full wp-image-1706" /></div>
<p>Les peintres hollandais et flamands s’adonnèrent également à la peinture de genre, permettant de saisir des moments de la vie quotidienne des individus les plus humbles avec parfois un certain humour. Ces scènes anonymes furent fort prisées des élites pour le rendu expressif des personnages et le réalisme des décors. Le <em>Soldat à sa fenêtre fumant la pipe</em> de Frans Van Mieris fut offert à Samuel von Brukenthal par Marie-Thérèse. La fenêtre qui sert de cadre au fumeur est peinte en trompe-l’œil, introduisant une subtile perspective. Une végétation noueuse vient gracieusement agrémenter le mur. Le soldat, personnage humble, scrute avec malice l’observateur, sa bouche esquissant un sourire espiègle.</p>
<p>L’exposition dirige ensuite le flâneur vers la salle consacrée à la peinture religieuse. L’on y trouve le surprenant <em>Ponce Pilate</em> de Leonard Bramer. Pilate repose sur un trône, éclairé par une très faible lumière, et se lave les mains de la condamnation du Christ. Les turbans et les costumes des personnages confortent l’observateur dans l’idée que ce peintre fut l’un des premiers à introduire l’orientalisme dans ses œuvres. L’on a souvent prétendu que Leonard Bramer était l’élève de Rembrandt, ce qui est impossible, cependant, l’influence du Caravage dans le rendu du clair-obscur semble pertinente. Une autre œuvre remarquable de cette salle est celle de <em>Marie, Jésus et Sainte Anne</em> de Justus Sustermans. Les trois âges de la vie son représentés avec une grande dextérité. Le regard attendri de Sainte Anne, le visage serein de la Vierge et le sourire du Christ sont magistralement exécutés, de même que le rendu des tissus, le rouge dont est vêtue la Vierge évoquant la Passion de son Enfant. L’<em>Ecce Homo</em> du Titien révèle un Christ non point humble et docile, mais un Christ intensément fier, la tête redressée sous la couronne d’épine.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/tofo3.jpg" alt="Ecce Homo" title="Ecce Homo" width="500" height="644" class="aligncenter size-full wp-image-1707" /></div>
<p>L’ultime salle présente l’art de la nature morte, permettant au peintre de faire montre sa virtuosité d’illusionniste&nbsp;; chaque fleur, chaque fruit semble en effet d’un réalisme saisissant, tout en gardant sa charge symbolique qui fait de chaque nature morte une énigme à décrypter. Cet art considéré comme moindre connut un immense succès. La <em>Guirlande de fruits sur un postament antique en trompe-l’œil avec la Sainte Famille</em> demanda le savoir de deux peintres, Jan Davidsz de Heem, qui élabora l’imposante et exubérante guirlande de fruits et de fleurs, et Erasme II Quellin, qui se consacra aux éléments architecturaux et au médaillon central. Les grains de raisins sont représentés avec une telle adresse qu’ils semblent translucides. Les lourdes grappes évoquent l’Eucharistie, les châtaignes, la Passion du Christ et les noix, son trépas. Chaque fruit doit donc être mis en relation avec le médaillon représentant la Sainte Famille. Le <em>Repos après la chasse</em> de Jacob Jordaens est une nature morte de cadavres d’animaux. La chasse devient le prétexte de ce déploiement macabre. Le premier plan du tableau est donc exclusivement composé de gibier mort, lièvres, canards, bécasses. Derrière l’amoncellement des cadavres se trouvent le chasseur au repos et ses deux chiens.</p>
<p>La collection Brukenthal est donc éminemment riche. L’exposition du Musée Jacquemart-André permet d’en saisir toute la beauté et toute la variété grâce à un parcours cohérent et soigneusement élaboré. Chaque œuvre fut choisie avec goût et fait honneur à la sagacité de Samuel von Brukenthal, dont le bienveillant portrait orne l’entrée menant à la première salle en une marque de considération grandement méritée.</p>
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		<title>De Sienne à Florence&#8230; les Primitifs italiens</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Mar 2009 15:57:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>L’exposition des Primitifs italiens permet au visiteur de découvrir une collection magnifique de panneaux de bois peints et dorés rassemblés dans les années 1840 et 1850 siècle par le baron Bernhard von Lindenau. Cet homme de goût, éminent philanthrope, fit l’acquisition de plus d’une centaine de ces panneaux lors d’un séjour érudit en Italie, désireux d’instruire et de passionner ses comparses à cet art à présent complètement oublié. En effet, si l’art de la Renaissance bénéficie d’une notoriété certaine, de même que, d’une façon plus discrète, l’art médiéval, la période de transition entre ces deux époques aux inspirations et préceptes artistiques dissemblables est rarement traitée, vouée à un oubli et un dédain déconcertants. Qui, hormis un nombre grandissant d’ignorants, pourrait croire qu’il n’y eût aucune période transitoire entre les perspectives purement symboliques, les caractéristiques de l’éloquence médiévale et l’avènement d’une perspective presque mathématique telle qu’Alberti la concevait dans son <em>De Pictura</em>, agrémentée d’une conception audacieuse des gestes et des traits humains&nbsp;? Cette exposition a le mérite de faire entrevoir au visiteur la progression délicate des peintres qui, quittant graduellement l’inspiration byzantine médiévale, se dirigent avec confiance vers une compréhension de la peinture proche de celle d’un Léonard de Vinci, d’un Raphaël ou encore d’un Botticelli. Les œuvres, représentant toutes des scènes religieuses, sont pour la plupart conservées au musée d’Altenbourg, ville natale du baron von Lindenau, d’autres proviennent de lieux divers, de France, d’Allemagne et d’Italie, faisant de cette exposition temporaire un moment unique de reconstitution d’un ensemble pertinent et admirable. L’exposition se divise en deux écoles, celle de Sienne et celle de Florence, deux écoles autrefois considérées comme paradoxalement antagoniques&nbsp;; il s’avère cependant qu’elles suivirent une démarche ainsi que des inspirations similaires, qui rendent l’ensemble extrêmement cohérent. Nous suivons la quête artistique de ces deux écoles dans un parcours chronologique partant des années 1280 jusqu’au début du XVe siècle. L’école siennoise est la plus ancienne et celle qui comporte le plus d’œuvres&nbsp;; en effet, si ces peintures sont prises pour des travaux simples il n’en était point à l’époque où elles n’étaient qu’une partie de grands retables d’autel. Sienne, cité florissante grâce au commerce de drap des ciompi et l’émergence d’une élite financière similaire à celle des Médicis, demeurait à l’époque un inépuisable foyer d’artistes influencés par l’art grec et byzantin, puis par le gothique. Lippo Memmi fit une merveilleuse <em>Vierge à l’enfant</em> au voile bleu sombre brodé d’or, assise sur un trône richement paré d’un tissu somptueux orné de pompons tombants. Ce panneau, majestueusement paré d’ors, est d’une délicatesse rare au niveau des traits et des gestes de la Vierge et du Christ ainsi que du soin apporté à la parure et à l’encadrement de cette scène raffinée. Mentionnons également le <em>Christ de pitié</em> de Pietro Lorenzetti, dont la tête et l’auréole semblent comme émerger du cadre de marbre qui l’entoure, formant un tombeau dans lequel il repose avec une indéfinissable expression de sérénité et de souffrance mêlées. Un autre panneau, <em>Le retour de la Vierge à la maison de ses parents</em>, de Sano di Pietro, montre Marie tenant les mains de son père dans un geste délicat peint avec un grand soin, suivie par une procession de jeunes filles élégantes. La perspective permet de contempler, derrière un mur bas, des arcs et des colonnes sur lesquels se tient un paon à la traine ciselée d’or. Tout y est traité avec recherche et méticulosité. L’alliance de gestes à la fois expressifs et symboliques s’exalte le mieux dans la <em>Vierge à l’enfant</em> de Liberale di Verona, où l’enfant Jésus, tenant embrassé le visage de sa mère avec un bienheureux sourire, semble déjà la réconforter des tourments qui l’habiteront lors de la crucifixion de son fils. Les œuvres de Sienne jouissent donc d’une unité remarquable&nbsp;; elles réunissent toutes une somptuosité des ors et des palettes, une recherche expressive parfois troublante, ainsi qu’une délicatesse toute décorative.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/diptyque-pietro-lorenzetti.jpg" alt="diptyque-pietro-lorenzetti" title="diptyque-pietro-lorenzetti" width="500" height="668" class="aligncenter size-full wp-image-1063" /></div>
<p>L’école de Florence, bien qu’elle présente un nombre moins important de panneaux n’en est pas moins tout aussi remarquable. Contrairement à Sienne, Florence s’affirma du côté du pape contre l’empereur lors du conflit entre Guelfes et Gibelins. La cité verra l’ascension de la grande famille des Médicis, qui encouragera avec magnanimité la prédominance artistique de Florence. Les panneaux sont d’une très grande qualité, notamment la <em>Crucifixion</em> de Lorenzo Monaco, où un majestueux Christ en croix est entouré de Saint François, Saint Benoît et Saint Romuald. Le sang écarlate coulant le long de ses bras et de sa blessure est recueilli par quatre petits anges tenant chacun une coupelle. L’expression douloureuse et désespérée des trois saints est traitée avec talent, de même que le visage du Christ mort. Une autre scène de crucifixion de Bernardo Daddi a choisi une représentation plus médiévale des visage de la Vierge et de Marie-Madeleine presque déformés par une douleur ineffable. Quatre anges entourent la dépouille crucifiée de Jésus et manifestent par leurs gestes une grande souffrance. <em>La Fuite en Egypte</em> de Lorenzo Monaco tente d’imiter les contours du dessin polylobé de Ghiberti de style essentiellement gothique. La clarté du contour en or contraste avec le fond sombre du panneau où la Vierge montée sur une mule avec son fils est guidée par un Joseph précautionneux et inquiet. Placée au centre de cette composition fort intimiste, la Vierge prend grand soin de Jésus qui la regarde avec intérêt. Cette œuvre représente par excellence le modèle de l’élégance gothique, à l’esthétique presque courtoise. Une collection somptueuse, donc, frappante par la beauté de ses ors et de ses couleurs qui permet de suivre, dans la puissance des expressions qui y sont représentées et la poésie de scènes élaborées et gracieuses, les différentes phrases de la vie du Christ et les figures des Saints, avec une telle beauté que l’on est surpris du début à la fin de la dextérité et du savoir faire de ces Primitifs italiens, que toute âme émue par la peinture de sujets religieux se doit urgemment de découvrir.</p>
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