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	<title>Leaule &#187; Japon</title>
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		<title>Tofotukami Wemitamafe</title>
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		<pubDate>Mon, 25 May 2009 18:23:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Mélomanie]]></category>
		<category><![CDATA[Black Metal]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Mïsogi possède cette singularité d’être un groupe de Black Metal nippon profondément inspiré par ses origines orientales, tant musicalement que poétiquement. Chez <em>Leaule</em>, nous avons l’ineffable honneur de suivre, depuis un certain temps déjà, les évolutions artistiques du créateur de Mïsogi, le génial Touko. Nous souhaitons ardemment que ce modeste hommage à cet artiste, remarquable tant par sa fécondité que par sa ténacité, puisse lui permettre de s’épanouir et de nous confier d’autres merveilles dans l’auguste lignée de <em>Tofotukami Wemitamafe</em>. Touko est un musicien précautionneux et avisé&nbsp;; ce premier opus fut le fruit recherché de maintes années de réflexion esthétique. Ce temps ne fut point perdu en vain&nbsp;; l’adroit fondateur a côtoyé les principaux maîtres du Black Metal japonais, Magane, Sigh, Abigail, et fut profondément marqué par leur démarche de façonner un Black Metal inspiré de la florissante et foisonnante culture nippone. Mais cette entreprise, bien que notable, ne perdura point et les influences japonaises demeurèrent fort ténues chez ces groupes tiraillés entre leurs traditions et un genre musical profondément occidental.</p>
<p>Adoucir le paradoxe, atténuer l’antithèse et élaborer l’infinie affinité entre le Black Metal et le Japon fut le dantesque travail de Touko, l’instigateur, le créateur de ce que nous nous permettrons de nommer avec un profond respect l’Oriental Pagan Metal. Après avoir réalisé quelques démos pour d’autres projets, Touko façonna, en 2001, son groupe tant espéré, Mïsogi. Ce nom résume admirablement la démarche de l’auguste créateur&nbsp;; le <em>mïsogi</em> est un rituel de purification intrinsèquement lié à l’eau qui consiste à invoquer les esprits divins en un geste de réconciliation. Touko réaffirme ainsi sa volonté de créer un Black Metal immaculé, inspiré des traditions japonaises, de le purifier de toute influence néfaste ou corruptrice, et d’«&nbsp;exprimer des sentiments transcendantaux à travers la musique&nbsp;», comme il l’explique si bien. Les cris et les évocations du rituel du Mïsogi rappellent également les grognements sourds du Black Metal, prouvant ainsi qu’il existe un inextricable lien entre la culture de Touko et ce genre musical qu’il apprécie tant, mais qui puise pourtant ses sujets dans une mythologie qui lui est, hélas, étrangère. Touko apprécie également maints groupes de Black Metal occidental dans la veine de Burzum, dont il avait fait une fidèle reprise de <em>A Lost Forgotten Sad Spirit</em> dans une précédente démo. Touko ne s’est pourtant pas contenté d’imiter les modèles occidentaux du Pagan ou du Viking Metal&nbsp;; il était d’ailleurs impossible pour lui de s’épanouir dans des sujets inappropriés et méconnus sans exalter les richesses luxuriantes et inexplorées de sa propre culture. Il voulait, au contraire, extraire l’essence même du Black Metal, dans toute sa finesse musicale, pour en engendrer une forme unique, personnelle, infiniment orientale qui pourrait lui permettre de lier un Metal épuré et élégant avec différents styles de musique traditionnelle nipponne, le <em>minyoh</em>, le <em>soh</em>, le <em>biwa</em> et des instruments spécifiquement japonais, dont le <em>koto</em>, le <em>shamisen</em> ou le <em>fue</em>. Le résultat est, en un mot simple et direct, magnifique&nbsp;; un Black Metal consciencieux, minutieux, élégant, allié avec habileté et dextérité à des instruments traditionnels et des partitions énigmatiques. Cette entreprise fort périlleuse donne un résultat singulier et superbe grâce au perfectionnisme de Touko et à sa passion tant pour le Black Metal que pour la musique traditionnelle japonaise. L’auditeur d’un Black Metal classique et occidental est instantanément surpris et séduit par cette originalité musicale, mais, également, par cette fidélité aux canons du genre. <em>Tofotukami Wemitamafe</em> reste assurément du Black Metal&nbsp;: les membres du groupe arborent un visage livide marqué de noir, émettent des cris puissants sur fond de guitare et de batterie frénétiques. Ses compositions sont, il faut l’avouer, excellentes, d’une finesse et d’une pureté que seuls les hauts noms du Black Metal peuvent se targuer de composer. Elles ont, de surcroît, le charme de s’allier à des voix masculines ou féminines qui scandent des chants, à de la flûte hypnotique ainsi qu’à des partitions qui passent avec aisance du Metal au traditionnel, les deux se mêlant, s’unissant, s’enchevêtrant, pour former une musique unique et en tout point remarquable.</p>
<p>Le titre introductif, <em>Asagimadala</em>, est un court morceau, simple et épuré, où Touko chante, sur fond itératif de guitare, son adoration poétique devant un papillon aux infinies pérégrinations, à la manière des courts mais charmants poèmes japonais. Cette légère scène contemplative est aussitôt contrebalancée par le second titre, <em>Susanowo</em>, puissant morceau à la musique exubérante et débridée, en l’honneur du dieu de la destruction, divinité tyrannique, belliqueuse et terrible. La voix, autrefois douce et rêveuse, se fait râle formidable, murmure menaçant, accompagnée de guitares saisissantes et répétitives ainsi que d’instruments traditionnels, dont la fameuse flûte, accentuant la violente démence de cette voix furieuse rythmée par des impulsions frénétiques parfaitement maîtrisées. Des chants subtilement placés cadencent les exhortations possédées avec des accents spectraux. La divinité serait, selon les paroles, issue du rituel du <em>mïsogi</em>&nbsp;; Touko, tout comme le dieu japonais, puise ses forces de la purification pour devenir un être vengeur et violent. Cette véhémence est puissamment mise en valeur par un Black Metal raffiné et opulent, dont les modulations rageuses sont remarquablement exaltées. Ces deux titres sont issus de la démo <em>Kiriu</em> mais ont été complètement remaniés et perfectionnés de façon à ce qu’ils atteignent l’achèvement transcendantal d’un Black Metal énergique et éloquent.</p>
<p><em>Idumo</em>, est un morceau frénétique où s’unissent la guitare débridée et les cymbales véhémentes en un rythme ardent et âpre. La musique est à la fois démente et maîtrisée, les voix sont expressives et impressionnantes. L’emportement s’essouffle progressivement puis reprend, plus sourd, plus menaçant, suivi de chœurs brefs rapidement interrompus par la vocifération vocale. Complexe et singulier, il s’achève sur des voix profondes qui soulignent la délicatesse de ce Black Metal élaboré comme une œuvre protéiforme. <em>Aidu</em>, titre instrumental, associe la douceur de la flûte kagula, la vigueur des tambours et l’amertume de la guitare avec subtilité.</p>
<p><em>Filume</em> est un titre complexe issu de la deuxième démo du groupe, <em>Wakemitama</em>. Il débute avec une partie instrumentale unissant à nouveau la flûte légère que l’on nomme <em>fue</em>, la guitare et également un clavier aux sonorités japonisantes de harpe Koto. La voix se fait finalement entendre en anglais, acérée, entrecoupée régulièrement de passages chantés par une voix féminine grave et douce, en japonais. Cet effet de chants amébées, dans deux langues différentes, ressemble à quelque dialogue éthéré et terrible. Le chant de la femme exalte la beauté de la nature, tandis que, dans une tonalité dysphorique, la voix masculine éructe des imprécations sur le thème de la mort, de la religion et de l’extase. Le contraste entre voix et thèmes est audacieux et saisissant. Le titre semble s’achever sur quelques sonorités psychédéliques de Noise Music japonaise, mais reprend avec des grondements furieux alliés à un clavier fougueux. <em>Phlebotomy</em> se veut plus conventionnel, il n’en demeure pas moins un excellent titre de Black Metal où la voix sait se faire mélodieuse et tonitruante, alternant passages chantés, passages criés et passages parlés, tous deux magistralement interprétés avec des <em>riffs</em> judicieusement placés. Entêtant, séduisant, ce titre ne manque ni de caractère ni de vigueur.</p>
<p><em>Tukuyomi</em> débute sur une guitare euphorique avant de devenir forcenée et de s’unir à une batterie impétueuse. Ce chant parle non sans poésie d’un dieu mineur de la mythologie nippone, qui serait une divinité de la lune nocturne. Alternant des passages de climax vocal et musical à des périodes d’ataraxie surprenantes, dont un instant de silence inopiné et une brève partie de clavier relevant du génie absolu tant dans son positionnement que dans sa composition. <em>Akakiyuki</em> provient, tout comme <em>Tukuyomi</em> de la démo <em>Kiriu</em>. C’est une chanson sur une jeune fille vouée à la vengeance. L’influence thématique du manga <em>Lady Snowblood</em>, de Kazuo Koike, est perceptible avec la mention du sang et de la neige. La grâce funeste de la femme est suggérée par l’emploi de sonorités douces et amères, symbolisant sa résolution vengeresse et sa gracieuse féminité&nbsp;; «&nbsp;<em>her eyes are graceful though they are instrument of killing</em>&nbsp;».</p>
<p><em>Simo</em> clôt ce superbe album de façon magistrale. Anciennement issu de <em>Wakemitama</em>, ce titre est une chanson funèbre ressemblant fortement à du Doom Metal&nbsp;; c’est un titre lent et appuyé, inspiré des chansons médiévales japonaises usant du <em>biwa</em>, un instrument traditionnel ressemblant à une guitare. Le chant est en japonais, la voix est douce, capiteuse, épousant talentueusement une guitare sentencieuse et un <em>biwa</em> insistant. Le texte, est, comme de coutume, soigneusement élaboré, poétique, expressif&nbsp;: «&nbsp;<em>My heart’s been closed in perpetual ice</em>&nbsp;» conclut ce chant magnifique qui parachève merveilleusement cet album incomparable.</p>
<p><em>Tofotukami Wemitamafe</em> demeure donc une absolue réussite du début à la fin. Ce premier album de Mïsogi est l’aboutissement de longues années de passion, de pratique, de labeur et de cœur. Touko confie à l’auditeur avisé un Black Metal talentueux et protéiforme, à la fois épuré et complexe, profondément respectueux tout en ne manquant de hardiesse. Mïsogi séduit tant les ineffables puristes du Metal que ceux qui apprécient la témérité musicale, surtout quand celle-ci se pare d’énigmatiques accents nippons. Touko est une personnalité éprise de Black Metal et de culture japonaise&nbsp;; cela se perçoit dans le perfectionnisme acharné avec lequel il ébauche ses œuvres. Cet intérêt fervent est plus que communicatif, il s’immisce dans l’oreille attentive de l’auditeur et rend cette musique parfaite et inoubliable.</p>
<p class="alinea">Extraits en écoute&nbsp;:</p>
<p></p>
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		<title>The Trail of Blood</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Mar 2009 17:27:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéphagie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Jokichi, yakuza solitaire passe une existence erratique loin de son lieu d’origine, Mikogami. Cet homme redoutable et irascible inspire une grande crainte et l’évocation de son nom suffit à mêler trouble et admiration dans le cœur de ses comparses. Même si le vagabondage peut apporter gloire et renommée, il arrive que certaines des pérégrinations de Jokichi se fassent dans un mépris isolé. Ainsi Jokichi, n’ayant nul foyer, continuera son périple sous une pluie torrentielle, boitant d’une douloureuse blessure au pied. Providentiellement il croisera le domicile de la bienveillante Okinu qui lui proposera de s’abriter et de soigner sa meurtrissure infectée. Se confondant en excuses, remerciements et expressions de reconnaissance attendrie, Jokichi, troublé par la dévotion de la jeune femme, acceptera ses témoignages de charité et prendra sa défense lorsque celle-ci sera agressée et menacée par un groupe de yakuzas concupiscents. Face à son adresse à l’épée et en apprenant son identité, les offenseurs se retirent et encerclent la demeure, attendant que Jokichi sorte pour l’assassiner. Okinu et le yakuza fiévreux parviennent tout de même à s’enfuir pendant la nuit et se cachent dans une remise en ruine parmi des amas de paille, poursuivis par leurs assaillants munis de lanternes. Le lendemain, Okinu fait part à son compagnon guéri de son affliction et de ses désirs d’épouser un homme et de mener une vie sereine. Elle lui avoue qu’elle sent que ce bonheur ne pourrait être atteint qu’avec lui. Ému, Jokichi accepte d’abandonner sa vie de yakuza errant, se fait céramiste, devenant un artisan talentueux, épouse Okinu et devient père d’un enfant, Kitaro. Son fils, moqué par les garçons du village d’être né d’un père vagabond est néanmoins choyé par ses parents. Jokichi, grâce à l’action d’un généreux mécène, doit quitter sa tranquille retraite afin de présenter certaines de ses minutieuses productions à un connaisseur intéressé. Il est hélas reconnu en plein chemin par des sbires des yakuzas et emmené dans leur bastion. Bien que Jokichi refuse obstinément de se défendre, supplie qu’on le laisse en paix puisqu’il s’est retiré de l’ordre des yakuzas, il se fait avec cruauté écraser deux doigts avec le dos d’une hache. Jokichi se tranche ses doigts en lambeaux et est finalement libéré, mutilé et humilié. La mortification n’est point achevée, en prenant le chemin de son foyer il est battu, foulé au sol par des yakuzas qui tiennent d’horrifiants propos sur son épouse et son fils. Rentrant chez lui tel un agonisant, sale et éperdu, il découvrira les cadavres de son fils et de son épouse violée, tous deux maculés de sang. Au comble de la détresse, il s’évanouira en larmes auprès de sa défunte famille, ramenant à lui une étoffe écarlate qui appartenait à sa femme. Dès lors, Jokichi, perdant tout sentiment humain, ne pensera plus qu’à se venger, reprenant son statut de yakuza errant et gardant noué à sa taille le tissus rouge, symbole du déchaînement d’un homme qui a tout perdu.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/vlcsnap-363731-500x279.png" alt="The Trail of Blood" title="The Trail of Blood" width="500" height="279" class="aligncenter size-medium wp-image-822" /></div>
<p>Ce premier opus explique en quelque sorte les motifs de la vengeance de Jokichi. Au lieu de présenter les motivations du héros lors d’une réminiscence courte ou d’une confidence, c’est tout un pan du film qui exalte le passé terrible de Jokichi. Le rendu linéaire du film renforce la compassion que l’on peut éprouver pour le yakuza et justifie amplement la sanglante vengeance qui suivra. Le temps est donc pris afin de suivre le cheminement intérieur du personnage principal. Si, au début du film, il défend un vieillard et un enfant agressés par un véhément samouraï et est ému par la tendresse d’Okinu à son égard, Jokichi, dans un deuxième temps, deviendra insensible, méprisant les destins tragiques des êtres qui l’entourent et refusant opiniâtrement les avances d’une autre femme, reflet d’Okinu, abîmée dans la détresse. <em>Trail of Blood</em> narre en un sens comment un être humain indulgent et généreux devient par la force des choses une créature impitoyable vouée à la vengeance. La quête désespérée de bonheur de Jokichi ne pouvait que s’achever dans le sang&nbsp;; l’on peut voir dans le net penchant du héros pour le saké une tentative d’oublier qu’un jour toute félicité lui sera ravie et que son ravissement auprès de son épouse n’est qu’une illusion passagère qui s’achèvera dans la violence. Cet homme humble et intègre dont l’ultime désir était de passer une existence simple auprès de sa famille verra ses attentes contrecarrées par des yakuzas dont l’unique désir est de tuer, d’humilier et de violer, des monstres d’inhumanité qui vont s’empresser de souiller le petit Éden bâti avec tant de peine par cet ancien yakuza repentant. Jokichi perdra toute humanité lors de la dernière larme qui s’écoulera de son œil devant le bûcher immolant les vestiges de sa joie. Désormais, il tentera tout pour se dépouiller de son humanité. Des trois doigts qui restent à sa main gauche, il en fera des serres de rapace, ses ongles devenant des griffes, de façon à pouvoir se défendre même en étant désarmé. Ce soin apporté à transformer sa main mutilée symbolise cette volonté de se déshumaniser. Cependant, l’impossibilité pour Jokichi de se dessaisir de son humanité l’amènera à se comporter de façon singulière. Lorsqu’un couple sera agressé par des bandits, il laissera l’époux périr noyé mais défendra la femme, se souvenant de feue son épouse. L’une des caractéristiques de cet état atypique sera l’indifférence, le métamorphosant en spectre presque éthéré, l’œil inexpressif, la démarche voûtée. Le pendant de Jokichi, un combattant borgne vêtu de noir, sera en quelque sorte l’ombre du yakuza vengeur, impassible lorsque Jokichi sauvera le vieillard et son petit-fils du samouraï, agissant lorsque celui-ci ne tentera rien pour sauver la veuve, il sera tantôt un ennemi (logé chez les yakuzas il les défendra de façon à respecter les règles de l’hospitalité), tantôt un allié quand Jokichi sera entraîné dans un piège orchestré par ses détracteurs avec beaucoup de lâcheté. Jokichi fera également la rencontre d’un tueur portant des vêtements bleus surnommé Tengu (divinité japonaise connue pour son caractère malicieux et destructeur) qui restera imperturbable devant l’assassinat de son amante et quittera sa dépouille comme si de rien n’était. Son attitude contraste avec celle de Jokichi, effondré par le trépas de son épouse. La perception des couples est abordée avec insistance dans ce film où la nature humaine est vue sous un angle pessimiste. Trois couples sont présentés, et tous trois sont détruits par une mort&nbsp;; la survie d’une famille dans un univers troublé par les meurtriers et les scélérats, où tuer et humilier est devenu une distraction semble en effet bien compromise. Jokichi peut contempler les différences et les similitudes de ces deux autres couples qui se dénouent tragiquement tout comme le sien.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/vlcsnap-367459-500x279.png" alt="The Trail of Blood" title="The Trail of Blood" width="500" height="279" class="aligncenter size-medium wp-image-823" /></div>
<p>Les yakuzas abjects sont des exemples de l’âpreté d’un monde régi par l’horreur et la terreur. Les potentiels alliés de Jokichi ne sont en fait que des traitres qui ne pensent qu’à leurs intérêts, les femmes, sous des apparences avenantes, sont prostituées à des causes criminelles et toujours la présence de yakuzas rappelle cette violence que l’on peut presque palper tant elle est oppressante. Les enfants sont des êtres cruels pétris de préjugés et les parents (comme ceux d’Okinu) vendent leur progéniture à des êtres immoraux. Rien ne serait à conserver dans un tel environnement corrompu par le crime. Les aspirations de Jokichi ne pouvaient qu’être irréalisables&nbsp;; tout est dans ce Japon déliquescent touché par le doigt de l’infamie. Jokichi est le symbole de celui qui veut se réformer mais n’y parvient pas, il faut toujours qu’un drame ramène l’homme à sa nature première. Il ne peut pas changer dans de telles conditions&nbsp;; s’ensuit une tournure cyclique vicieuse qui veut que toute tentative de changement soit au final annihilée. Mais dans ces affirmations inquiétantes, Jokichi finit par trouver une raison de vivre&nbsp;: la vengeance. Si au début du film le yakuza vadrouillait sans but, il est à présent mu par son désir de revanche et la recherche des assassins de sa femme est une occupation à laquelle il s’adonne avec rage et fureur. Du vivant d’Okinu, il lui avait fait le serment que quoi qu’il arrive il ne se défendrait pas s’il était insulté par les yakuzas ennemis, mais une fois sa femme morte, la promesse est brisée, et même si son mécène tente désespérément de le convaincre de continuer sa vie paisible, le sang versé rendra impossible tout retour à l’ataraxie familiale. Désormais Jokichi n’est plus qu’un instrument de mort, comme l’attestent les combats extrêmement violents où le sabre du yakuza perce les cœurs, comme s’il jugeait l’âme de ses proies avant de les exécuter, et fait verser un sang qui ne l’apaise point encore, puisque tous les responsables ne sont encore exécutés. Cependant, Jokichi ne tue pas sans raisons&nbsp;; lorsque les véritables coupables sont abattus, il enjoint les gardes à fuir, n’ayant aucun grief contre eux. Contrairement aux yakuzas, il ne tue pas des innocents&nbsp;: cela fait de lui l’être le plus intègre du film, même s’il n’est pas irréprochable. Il est ironique de constater que la créature la plus humaine demeure celle qui a pourtant nié tout sentiment d’humanité&nbsp;; Jokichi paraît pourtant infiniment plus miséricordieux que ses adversaires. Lorsqu’une femme se met à admirer sa dévotion envers sa défunte épouse, Jokichi avoue que cela ne lui rendra hélas pas la vie. Hanté par son désir de vengeance, il est conscient que les meurtres qu’il commet sont de stériles tentatives de soulagement et que rien ne sera plus comme autrefois, néanmoins le châtiment devient une nécessité, renforçant l’animalité de Jokichi qui agit comme dépossédé de lui-même, et le caractère illusoire de sa revanche. Pourrait-on voir en lui un <em>Roi sans divertissement</em>, pour reprendre Jean Giono, lui-même inspiré de la célèbre phrase de Blaise Pascal «&nbsp;Un roi sans divertissement est un homme plein de misère&nbsp;», c’est-à-dire un homme qui, ayant perdu toute raison de vivre, s’occupe en tuant, conscient que ses actes, quels qu’ils soient n’apportent ni la paix de l’âme ni le repos des défunts, ou tout simplement un homme qui s’est oublié dans la douleur et, dans un accès de folie rageuse, tue aveuglément. Ce premier opus de la trilogie Mikogami, façonné avec soin, se regarde avec passion&nbsp;; l’on souffre en même temps que le héros et l’on suit son exode vengeur avec une délectation grandissante. La musique psychédélique, typique des années soixante-dix, accompagne fort bien ce périple poignant d’un homme condamné au ressentiment profond.</p>
<p><strong><u>Appendice</u>&nbsp;:</strong><br />
Bande-annonce originale sous-titrée en anglais</p>
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		<title>Histoire du Japon et des Japonais</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Feb 2009 21:36:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Edwin Oldfather Reischauer fut un homme pénétré de culture nippone&#160;; né à Tokyo en 1910, prédestiné en quelque sorte à s’éprendre du Japon par son père, enseignant presbytérien à Tokyo, théologien du bouddhisme japonais et par son frère aîné, historien du Japon médiéval. Edwin O. Reischauer étudia profondément l’histoire japonaise et chinoise à Harvard, Tokyo, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Edwin Oldfather Reischauer fut un homme pénétré de culture nippone&nbsp;; né à Tokyo en 1910, prédestiné en quelque sorte à s’éprendre du Japon par son père, enseignant presbytérien à Tokyo, théologien du bouddhisme japonais et par son frère aîné, historien du Japon médiéval. Edwin O. Reischauer étudia profondément l’histoire japonaise et chinoise à Harvard, Tokyo, Kyoto et Pékin et soutint sa thèse de doctorat sur le moine bouddhiste japonais du IXe siècle, Ennin. Durant son professorat, il fonda à Harvard un département d’Études asiatiques. Avec l’appui de Ruth Benedict, auteur du <em>Chrysanthème et le Sabre</em>, étude sur la civilisation et les mœurs japonaises, il éduquera les cadres de l’armée américaine à la pensée japonaise réconciliant Amérique et Japon après la seconde guerre mondiale. Cet abîme de science et de sapience sera le premier ambassadeur américain à discourir et dialoguer en Japonais. Le présent ouvrage est une réédition du Japon d’hier et d’aujourd’hui édité en 1946 et réédité en 1953 et 1964. Agacé par les imperfections du livre qui n’avaient été rectifiées par ces deux éditions corrigées incidemment, l’auteur a voulu procéder à une refonte plénière de l’ouvrage, avec une attention particulière sur le Japon du milieu du XIXe siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. L’historien voulait rédiger une histoire du Japon qui soit «&nbsp;à la fois dense et synthétique&nbsp;», «&nbsp;un livre qui alliât la rigueur scientifique et la simplicité du langage&nbsp;», épurant les faits adventices et conservant le minimum de noms propres afin de ne pas décontenancer le lecteur déjà déconfit par une histoire prodigieusement méconnue de notre nation intellectuellement étroite si l’on excepte un nombre lilliputien de lettrés fougueux (concernant la culture nippone j’en réfère notamment à Marguerite <span style="font-variant:small-caps;">Yourcenar</span> et son essai, <em>Mishima ou la Vision du vide</em>). George Bailey Sansom, autre sommité de la civilisation nippone auteur d’une gargantuesque <em>Histoire du Japon</em>, parue chez Payot, puis réédité par Fayard, composa une élogieuse préface à l’édition de 1946 de l’ouvrage de Reischauer affirmant qu’il avait magistralement atteint ses objectifs de clarté et d’abondance à une époque où la plupart des écris sur le Japon «&nbsp;relevaient malheureusement d’une catégorie d’ouvrages historiques de plus en plus florissante, dont l’objet est moins de rechercher patiemment la vérité que de se mettre au service de ces manifestations pathologiques de l’intelligence systématique que l’on désigne par le terme disgracieux mais évocateur, d’idéologies&nbsp;». L’écrit de Reischauer se veut au contraire d’être objectif et précis là où d’autres historiens choiront dans de vagues préjugés dûs à la cinglante révélation de l’identité japonaise après la guerre. </p>
<p>Ce premier tome de l’<em>Histoire du Japon et des Japonais</em> traite des origines à 1945, le deuxième s’attardant sur le Japon de 1945 à nos jours. Le deuxième volume, vivement déprécié, fut retouché par une autre main et n’étudie en majeure partie que les phénomènes sociaux et économiques d’après guerre. Il existe de bien meilleurs livres traitant du Japon contemporain, mais le lexique qui embrasse les deux tomes ne se trouve qu’à l’issue du deuxième, ce qui rend la lecture du premier ouvrage sans sa continuation caduque. Nonobstant cela, les objectifs de l’écrivain sont parfaitement atteints, faisant de l’<em>Histoire du Japon et des Japonais</em> une excellente introduction pour ceux qui s’attentionnent à l’histoire de l’impénétrable archipel. Cependant, la lecture d’autres ouvrages est vivement conseillée afin d’intensifier et d’accroître les modestes éléments dispensés par l’auteur qui bien qu’ils soient relativement exhaustifs ne suffisent guère à tout passionné de la culture nippone avide de détails et d’épaisseur. Ce livre est avant tout un ouvrage de vulgarisation destiné à un lectorat profane mais cultivé. Tout cruchon stupide ferait encore mieux de lire le dernier reportage fourni par le programme télé’ (à prononcer avec une voix d’abruti inintelligent) du mois dernier d’un journaliste inepte dans un français disetteux survolant du haut des sombres abysses de l’inculture crasse quelques faits de la civilisation japonaise dispersés comme on jette des miettes à un pigeon au regard aussi éveillé que celui d’un Français devant le journal de TF1. Ce livre est rédigé dans une langue certes simple et fluide mais néanmoins éminemment docte. Agrémenté de quelques cartes et surtout de judicieux schémas sur la constitution de Taïka, le shogunat sous les Minamoto et sous les Tokugawa, les délégations successives du pouvoir sous les régents Hojo, la constitution de Meiji, la structure canonique d’un Zaibatsu ou plus nouvellement les partis politiques japonais, cet ouvrage est des plus instructifs. Il est à noter également un syllabaire japonais présentant les Katakana et Hirakana (Hiragana). Cependant il est à déplorer le manque cruel de documents iconographiques. L’auteur s’attache certes à décrire brièvement certains éléments insaisissables au lecteur inculte, mais si par exemple le lecteur ne connaît strictement rien de l’art préhistorique de l’ère Jomon et plus particulièrement des poteries qui servaient de sépultures et de récipients culinaires, il aura grande peine à vous imaginer quelque chose d’aussi singulier qu’un vase Jomon. Les rares et miséreuses photographies parsemées dans le livre sont loin de parvenir à combler la rapacité de tout lecteur un tant soit peu curieux.</p>
<p>L’ouvrage traite de façon plus ou moins uniforme les différentes époques de l’histoire japonaise; les temps primitifs, l’influence de la Chine des T’ang jusque dans la création de deux capitales, Nara et Heian, ayant pour modèle Tch’ang-ngan la majestueuse métropole du nord de la Chine. Heian ne sera finalement jamais achevée, les Japonais n’étant guère habitués à habiter villes et cités en ce temps. Edwin O. Reischauer insiste sur les profonds bouleversements administratifs et linguistiques causés par cette influence chinoise qui perdureront de long siècles. L’auteur parle également de l’émancipation culturelle du Japon de l’ère Heian dû à la décadence de la dynastie T’ang. L’apparition d’un nouveau système d’écriture, le kana, plus adapté à la langue japonaise, permettra cette indépendance, les japonais ayant jusqu’alors utilisé le chinois comme langage érudit. La littérature japonaise, affranchie de la langue et du modèle littéraire chinois, pourra enfin exalter sa magnificence avec la création des tanka comportant trente et une syllabes disposées selon un rythme précis. Le Kokinshu, recueil d’habiles et merveilleux poèmes des dames de la cour contraste avec le pédantisme des érudits encore attachés à l’usage malhabile du chinois. Le Roman de Genji écrit par une dame, Murasaki, restera comme l’un des textes fondateurs de la littérature en prose, narrant les amours d’un prince fantasmagorique. Une très importante place est laissée au Japon féodal, époque charnière de l’ascension d’un nouveau type de pouvoir, le shogunat. Parallèlement la religion bouddhiste s’adapte à l’esprit japonais grâce à la création d’un nombre incalculable de sectes, les deux principales étant Shingon et Tendai, cette dernière étant l’inépuisable vivier des sectes nouvelles dont la célèbre secte de la Terre Pure ou Jodoshu et surtout le Zen, secte remarquable fortement appréciée des chevaliers du Japon féodal. L’ouvrage s’étend également sur la création des daimyo, grands seigneurs féodaux assujettis par des règles sévères (ils devaient entretenir à Edo de coûteuses résidences, y demeurer une année sur deux et y laisser en otage leur famille et un certain nombre de vassaux) et des samouraïs (leur étude étant cependant assez parcellaire, Reischauer se contentant d’effleurer seulement leur éthique et leur spiritualité) à travers l’exemple frappant des quarante-sept ronins. L’influence nouvelle de l’occident et les relations contradictoires que le Japon a entretenu avec l’Europe et l’Amérique est par contre excellemment traitée de même que toute la partie consacrée à la démocratisation et à l’impérialisme ainsi que celle sur le Japon lors de la première guerre mondiale. Le fait que l’auteur s’attarde plus sur cette période provoque un léger déséquilibre dans l’ouvrage, mais celui-ci reste de la première à la dernière page hautement intéressant et remarquablement bien construit. L’<em>Histoire du Japon et des Japonais</em> est donc un livre agréable à lire, une grande réussite pour un auteur qui voulait que chacun puisse découvrir l’histoire d’un pays encore méconnu de nos jours et y prendre un infini plaisir. Cette lecture doit cependant être suivie d’autres ouvrages plus complets et plus savants, le livre d’Edwin O. Reischauer n’étant qu’une solide base, un préambule à la découverte d’autres raretés narrant l’histoire du Japon. </p>
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