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	<title>Leaule &#187; George Hilton</title>
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		<title>Lo chiamavano Tresette… giocava sempre col morto</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Feb 2009 10:59:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thorkaël</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéphagie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Anthony Ascott]]></category>
		<category><![CDATA[George Hilton]]></category>
		<category><![CDATA[Giuliano Carnimeo]]></category>
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		<category><![CDATA[Western européen]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Le banquier MacPerson, généreux mécène de Petite Pomme, une modeste cité du Texas en pleine croissance, engage Bamby, un bourlingueur se faisant passer pour le nouveau shérif local, et Tresette, un illustre pistolero de l’Ouest, afin d’acheminer l’or des mineurs vers Dallas et protéger la cargaison des convoitises des bandes de malfrats qui essaiment la contrée. Mais nos deux héros ne transporteront durant leur périple que du plomb doré car MacPerson, de connivence avec Marlene, plantureuse gérante de la pâtisserie de la ville, expédient le véritable butin au Mexique, caché dans des gâteaux&hellip;</p>
<p>Voici en quelques lignes le synopsis de <em>Lo chiamavano Tresette&hellip; giocava sempre col morto</em>, métrage que le spectateur français n’eut guère la joie de découvrir dans nos salles obscures en 1973, puisque non distribué (et, à ce jour, non édité sur un support vidéo). Le titre de l’œuvre, traduit littéralement par «&nbsp;Ils l’appelaient Tresette&hellip; il jouait toujours avec le mort&nbsp;», augure, à tort, un western sombre. Dans les années 70, sur fond de crise économique et politique –&nbsp;les terroristes d’extrême gauche mettent l’Italie à feu et à sang&nbsp;– la franchise <em>Trinita</em> avec le duo Hill-Spencer imposa une nouvelle donne dans le western européen&nbsp;: la parodie des clichés du genre. Le contexte délétère de l’époque n’y fut pas étranger&nbsp;; le public transalpin échappait, le temps de quelques heures, aux turpitudes du quotidien grâce à ces comédies outrancières dénuées de violence, d’hémoglobine et de morts. Ainsi, <em>Tresette</em> appartient à ces indénombrables succédanés de <em>Trinita</em> qui envahirent les écrans larges à travers l’Europe, certains affligeants, d’autres de bonne facture&nbsp;; en l’espèce, <em>Tresette</em> entre dans la seconde, à mon humble avis.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/vlcsnap-46532.png" title="Site externe : http://leaule.com/medias/vlcsnap-46532.png" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/vlcsnap-46532-500x281.png" alt="" title="Tresette (George Hilton) et Bambi (Chris Huerta)" width="500" height="281" class="aligncenter size-medium wp-image-4457" /></a></p>
<p>Le film se construit autour d’un binôme que tout oppose, Tresette et Bamby. George Hilton est un Tresette svelte, décontracté, volubile et élégant dans son costume aussi noir et bien taillé que sa barbe. Le «&nbsp;tressette&nbsp;», populaire jeu de cartes en Italie, désigne par extension métonymique un joueur habile et finaud, des qualités qui –&nbsp;il n’y a pas de hasard onomastique&nbsp;– siéent parfaitement à notre héros. Acteur racé mais mésestimé, l’Uruguayen, aux capacités dramatiques au dessus de la moyenne des productions d’alors (il est poignant dans les classiques <em>Le temps du massacre</em> et <em>Les 4 desperados</em>), incarne avec emphase et un plaisir non dissimulé son facétieux personnage. A l’inverse, le pétulant Chris Huerta, une espèce de Bud Spencer du pauvre, est un Bamby bougon, hirsute et trapu vêtu de haillons aux couleurs délavées. Fort comme un bœuf, il distribue les baffes comme Jésus Christ multipliait les pains et ne se sépare que rarement de Monsieur Thompson, son fidèle cheval coiffé d’un chapeau melon. Tresette et Bamby ne s’estiment guère&nbsp;: pour le premier, Bamby n’est qu’un rustre et une brute&nbsp;; pour le second, Tresette n’est qu’un malandrin et un folâtre. Néanmoins, les mésaventures que vivront les deux acolytes au cours de leurs pérégrinations les rapprocheront au point d’instaurer dans cette collaboration professionnelle un solide compérage. Évidemment, cette paire funambulesque emprunte, par certains aspects, aux références Terence Hill et Bud Spencer qui eux-mêmes s’inspiraient du cinéma burlesque d’antan, comme les fameux Stan Laurel et Oliver Hardy. Ce concept du couple antinomique remonte par ailleurs bien avant l’invention du cinématographe, né d’une longue tradition de la culture européenne&nbsp;; au XVIIe siècle, déjà, le grand et maigre Don Quichotte accompagné du petit et gros Sancho Pansa faisaient rire aux éclats les lecteurs.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/vlcsnap-44196.png" title="Site externe : http://leaule.com/medias/vlcsnap-44196.png" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/vlcsnap-44196-500x281.png" alt="" title="Tresette" width="500" height="281" class="aligncenter size-medium wp-image-4456" /></a></p>
<p>Le prolifique Anthony Ascott (Giuliano Carnimeo dans le civil), qui signa brillamment trois séquelles de la franchise <em>Sartana</em>, réussit l’exploit de livrer un western à l’humour peu subtil mais sans lourdeurs pachydermiques, servi par une musique légère et primesautière de Bruno Nicolai. Les tribulations picaresques et inénarrables de Tresette et Bambi s’enchaînent dans un rythme effréné, marquées par une constante accumulation de gags anthologiques et jubilatoires. Tous les procédés comiques du théâtre (situations, caractères, gestes) sont passés en revue et les quiproquos, les invraisemblances, la variété de personnages hauts en couleurs donnent à <em>Tresette</em> des accents de bande dessiné et de cartoon. Il serait vain de tout référencer mais citons à titre d’exemple les mafieux siciliens traquant un VRP en produits cosmétiques&nbsp;; une cohorte de bandits plus grotesques les uns que les autres, entre le gang de moines malfaiteurs, Toto le Constipé ou encore Bill le Chauve qui se retrouve avec une coupe afro après que Tresette lui eût fracassé des flacons d’élixir sur son crâne lisse &nbsp;; Tan Orango, un maroufle au visage simiesque qui cherche des noises à Bamby&nbsp;; et ce dialogue hilarant entre un séide benêt de MacPerson et Tresette caché derrière une porte, qui résume à merveille l’esprit vaudevillesque du film&nbsp;:</p>
<blockquote><div align="justify">— Il y a quelqu’un&nbsp;?<br />
— Personne.<br />
— Ah, bien&nbsp;!</div>
</blockquote>
<p>L’apogée de la dérision est atteint avec l’ineffable Poison, un funambulesque tueur efféminé accoutré d’un complet-veston en cuir noir qui persiste, en dépit de ses échecs récurrents, à défier Tresette. Tout au long du métrage, Poison, avec la précision d’un horloger suisse, apparaît à intervalles réguliers devant Tresette, de manière impromptue et abracadabrantesque, mais finit toujours ridiculisé par le héros. <em>Tresette</em> se conclut en apothéose par un ébouriffant final carnavalesque et rabelaisien. Dans son essai <em><a href="http://amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2070234045/leaule-21" title="Site externe : http://amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2070234045/leaule-21" target="_blank" target="_blank">L’Œuvre de François Rabelais et la Culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance</a></em>, Mikhaïl Bakhtine développait l’idée que le Carnaval fut jadis l’occasion pour les gens –&nbsp;riches et indigents&nbsp;– d’échanger leurs statuts sociaux le temps d’un jour de célébration. Anthony Ascott fournit une illustration ironique et satirique de cette inversion des rôles, le soir d’un bal masqué, organisé par le banquier. Les notables –&nbsp;MacPerson, entarté et englué dans la mélasse, et Marlene, emballée dans sa propre robe, les jambes et le jupon à l’air&nbsp;– sont tournés en ridicule&nbsp;; Tresette et Bamby, qui ne sont, au fond, que d’erratiques vagabonds, s’éclipsent, victorieux, en possession du trésor.</p>
<p>Supérieur à beaucoup de nos pitoyables pantalonnades contemporaines, <em>Lo chiamavano Tresette&hellip; giocava sempre col morto</em> demeure un divertissement honorable qui, séquence après séquence, prête les larmes au rire. D’aucuns mépriseront une telle œuvre pour son absence d’intellectualisme&nbsp;; rappelons-leur, à tous égards, que, à une période où les chaînes de télévision se comptaient sur une paire de doigts, le bas peuple se satisfaisait volontiers de ces pellicules sans prétentions projetées dans les cinémas de quartier. Et pardonnez-moi de croire que ces <em>panem et circenses</em> furent certainement plus sains que les affligeantes programmations qui abrutissent au quotidien le beauf français planté en permanence devant son Veau d’or, le téléviseur.</p>
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