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	<title>Leaule &#187; communisme</title>
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		<title>Le Déclin du courage</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Aug 2009 19:14:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Déclin du courage, d’Alexandre Soljenitsyne, discours prononcé à l’université de Harvard en 1978, n’est pas un élogieux panégyrique de notre société&#160;; c’est, au contraire, un acerbe constat sur la déchéance de l’Occident. L’écrivain russe ne se plaisait guère dans son exil américain&#160;; ce discours lui permit d’affirmer clairement son opinion, face à une jeunesse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le <em>Déclin du courage</em>, d’Alexandre Soljenitsyne, discours prononcé à l’université de Harvard en 1978, n’est pas un élogieux panégyrique de notre société&nbsp;; c’est, au contraire, un acerbe constat sur la déchéance de l’Occident. L’écrivain russe ne se plaisait guère dans son exil américain&nbsp;; ce discours lui permit d’affirmer clairement son opinion, face à une jeunesse érudite, dans l’espoir que celle ci parvienne à mener une vie droite et digne. Ce discours, exalte de façon poignante le profond dégoût que porte l’auteur envers l’Occident déclinant. Cette dégénérescence, Soljenitsyne la perçut aussitôt, mais l’homme occidental, ce Sardanapale ventripotent, hébété par les inepties répandues par les <em>media</em>, continue à croire que la piètre existence qu’il mène est un immuable modèle. Selon Soljenitsyne, l’Occident souffre d’un profond sentiment de supériorité. Son aveuglement inepte fait que tout occidental considère que les autres peuples devraient verser dans la démocratie. Toute personne refusant l’idéal démocratique est considérée comme fanatique. L’homme occidental, persuadé qu’il est de son devoir d’éclairer les esprits obscurs, juge autrui selon son intérêt pour les valeurs démocratiques. Ce fait est d’autant plus remarquable en France, où nos soi-disant hommes d’État se permettent, sans la moindre bienséance, d’adresser des remontrances au reste du monde. Le Français souffre d’un puissant dédain et d’une grande arrogance envers tout ce qui n’est pas démocratique et républicain, au point de manquer cruellement d’esprit critique envers ces valeurs qu’il défend si avidement.</p>
<p>Après avoir constaté la parfaite incompréhension des États démocratiques envers les autres peuples, Soljenitsyne dresse un portrait de l’Occident contemporain à travers quelques uns de ses traits les plus avilissants. Le premier de ces traits est le déclin du courage, perceptible au sein des élites dirigeantes et des intellectuels. La veulerie futile des personnes qui nous gouvernent mollement et nous imposent une ligne de pensée ignominieuse n’est plus à démontrer. La perte de virilité dont parle l’écrivain touche désormais un nombre grandissant d’hommes, devenus des créatures efféminées et ridicules suite à l’anéantissement des anciennes valeurs patriarcales et à la confusion des sexes dans la débauche festive. Les féministes altèrent progressivement toutes les caractéristiques masculines, comme le courage, pour travestir les hommes virils en sybarites féminisés. La quête effrénée et éperdue du bien-être est, selon Soljenitsyne, une des tares de l’Occident. En se concentrant uniquement sur l’acquisition de biens matériels, la revendication de l’être occidental est superficielle et vouée à l’inassouvissement. L’homme, tourmenté par l’envie, la jalousie, l’avidité, reste un insatisfait et les gouvernements, en voulant offrir à tous les mêmes chances et les mêmes moyens oublie que l’être humain ne saurait se contenter de ce qu’on lui offre, surtout si la part qu’on lui allègue est similaire à celle du voisin. Les gouvernements encouragent donc les hommes à la rapacité et à la convoitise, à l’<em>inuidia</em>, c’est-à-dire, à la volonté féroce de détruire l’être envié. Diminué par un matérialisme grégaire, l’homme n’est plus qu’un enfant velléitaire incapable de se prendre en main, qui use de brutalité dès que quelqu’un contredit ses vœux de bien-être. Cette attitude est parfaitement illustrée à notre époque par les individus qui manifestent dans les rues et font idiotement grève en réclamant de nouveaux droits, de nouveaux privilèges, mais en étant incapables de se prendre en main eux-mêmes. L’on se retrouve face à une société où triomphent la médiocrité et l’irresponsabilité. La conception humaniste, qui veut que l’homme soit dénué de toute forme de mal, fait que la société se retrouve même impuissante face à certains de ses membres dont on excuse les exécrables crimes sous prétexte qu’ils sont l’expression d’un mal-être.</p>
<p>Soljenitsyne insiste sur les défauts du droit occidental&nbsp;; l’Occident se repose en effet pleinement sur un système juridique froid, formel et insuffisant. S’il est juridiquement accepté que les produits alimentaires soient empoisonnés par divers produits douteux de conservation, parce que, quoi qu’il en soit, les consommateurs sont libres de ne pas acheter les dits aliments, cela est moralement inacceptable pour l’écrivain. L’absence de morale vient également de la presse, réceptacle de jugements hâtifs, de rumeurs élevées en vérités inaltérables, qui forment une opinion faussée et immédiatement assimilée comme certitude par l’être irréfléchi. La presse méprise le respect de la vie privée, avec comme argument le fait que les gens ont le droit de savoir. Quiconque contemple les individus se repaissant des frasques dérisoires de quelques inénarrables humains réalise qu’il n’y a pas que le droit, il y a également le plaisir, un plaisir irrespectueux, indécent et inintelligent. Quiconque ne partage pas cet attrait est considéré comme un original et prestement stigmatisé. Qu’en est-il du droit de ne pas savoir&nbsp;? Lorsque la radio et la télévision, jusque dans les boutiques, les gares, les restaurants, éructent leurs incessants flots d’insanités, il est ardu de ne pas savoir, surtout quand les hommes eux-mêmes se font le récipient regorgeant des idioties semées allègrement par les <em>media</em>. L’écrivain russe parle de «&nbsp;hâte&nbsp;» et de «&nbsp;superficialité&nbsp;», tels sont les symptômes de la maladie mentale des occidentaux. Cette infâme lèpre se caractérise également par l’élaboration d’une culture de masse, d’un art diminué, d’une pensée grégaire. Tout grand homme qui voudrait entreprendre un changement audacieux ou qui proposerait un raisonnement différent se verrait aussitôt entravé. Soljenitsyne sait ici de quoi il parle, lui qui fut longuement moqué de la plus irrespectueuse façon par de soi-disant penseurs français. Ces ruines de fatuité et d’outrecuidance osèrent railler cet immense prophète dont le seul courage méritait toutes les louanges. Voici comment l’Occident s’éteint et se précipite vers l’abîme. L’Histoire, pourtant, sermonne cette société moribonde par des admonestations irréfragables&nbsp;; le déclin des arts et l’absence de grands hommes en font partie.</p>
<p>S’en suit une confusion entre le bien et le mal que Soljenitsyne dénonce, car elle amènera, à terme, le «&nbsp;triomphe absolu du mal&nbsp;». Cet aveuglement prend pour exemple les soi-disant pacifistes qui, par leur indolence, se sont faits les complices de terribles génocides. «&nbsp;Mais ces gémissements, les entendent-ils à présent, les pacifistes par principe&nbsp;?&nbsp;», demande-t-il en évoquant les plaintes des martyrs. Cette apathie cache, selon cet écrivain visionnaire, une véritable perte de la volonté. L’Occident est spirituellement affaibli, car il a encensé le matérialisme et déprécié la richesse du cœur, la profondeur de l’esprit, la grandeur de l’âme humaine. Il est certain que le pacifisme est un remède aussi lâche qu’aisé. Pour se défendre, il fait être prêt à mourir, donc se déposséder de ses velléités matérialistes pour acquérir une certaine ardeur spirituelle. Comment une société qui préconise le matérialisme, l’égoïsme et l’athéisme peut-elle encore compter des braves&nbsp;? Qu’en est-il de l’élévation spirituelle dans une société farouchement abîmée dans un <em>statu quo</em> débilitant&nbsp;? L’«&nbsp;anthropocentrisme&nbsp;», qui veut l’homme au centre de l’univers, a remplacé l’élévation spirituelle vers une divinité qui serait au sein de tout. Il s’est débarrassé de tout ce qu’il y a de profond, d’inexplicable et de mystique en l’homme pour se tourner seulement vers son bonheur corporel. «&nbsp;Par-delà le bien-être physique et l’accumulation des biens matériels, toutes les autres particularités, tous les autres besoins de l’homme, plus délicats et plus élevés, restèrent hors de l’attention des constructions étatiques et des systèmes sociaux, comme si l’homme n’avait pas de sens plus élevé à donner à la vie&nbsp;». Les États tâchèrent, en effet, d’ôter à l’homme cette part obscure et unique, afin de mieux le régir, en lui promettant, contre son obéissance, le bien-être terrestre. Combler le vide spirituel eût été plus épineux&nbsp;: il suffisait juste, pour les États, de convaincre l’homme occidental que la spiritualité n’est qu’un vestige obsolète et obscurantiste. Ce fut, selon Soljenitsyne, l’achèvement de l’humanisme et du socialisme. Les deux se concentrent sur un matérialisme démesuré et sur l’abandon de toutes les responsabilités de l’homme envers Dieu et la société. «&nbsp;Que tout socialisme en général comme dans toutes ses nuances aboutit à l’anéantissement universel de l’essence spirituelle de l’homme et au nivellement de l’humanité dans la mort&nbsp;». L’homme, ayant perdu Dieu, n’appose plus la moindre limite à ses passions&nbsp;; il propage le mal et l’animosité car sa liberté est dénuée de responsabilité. Sa quête de bonheur matériel ne souffre plus la moindre retenue, étant donné que son âme n’est plus qu’un germe atrophié. Soljenitsyne conclut que si l’homme n’était né que pour le bonheur, il ne connaîtrait pas la mort. Face à ceux qui, avachis dans un confort stupide, considèrent que l’existence est faite pour jouir frénétiquement, Soljenitsyne affirme que nous devons «&nbsp;quitter la vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés&nbsp;». </p>
<p>Soljenitsyne avoue que l’Occident ne peut être un modèle pour les Russes, qui, dans la douleur, se sont enrichis spirituellement&nbsp;: «&nbsp;une âme humaine accablée par plusieurs dizaines d’années de violence aspire à quelque chose de plus haut, de plus chaud, de plus pur que ce que peut aujourd’hui lui proposer l’existence de masse en Occident que viennent annoncer, telle une carte de visite, l’écœurante pression de la publicité, l’abrutissement de la télévision et une musique insupportable&nbsp;». L’Occident a, d’ailleurs, préparé lui-même la fin de sa civilisation, et il semblerait que les gens qui s’en soucient et qui se préoccupent de la profondeur de leur âme soient rares. Ce court et sage discours devrait être largement transmis&nbsp;; mais qui s’en soucierait à part quelques êtres sagaces&nbsp;? L’inéluctable fin de la civilisation occidentale progresse chaque jour avec plus de hargne et de férocité. Comme Cassandre contemplant impuissante le déclin de Troie, nous ne pouvons que constater l’agonie occidentale, telle que la prévoyait déjà Alexandre Soljenitsyne, ce prophète que peu de gens osèrent écouter.</p>
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		<title>Equilibrium</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Jul 2009 19:18:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Equilibrium, film prophétique et hautement esthétique, compte parmi les réussites les plus considérables du cinéma d’anticipation. Ce genre, parfois chétif et aberrant, peut détenir de parfaits chefs-d’œuvre apocalyptiques d’envergure. Equilibrium est pourtant bien loin des prétentions fastueusement ridicules et illuminées de maints films d’anticipation dont le message inepte se voit jugulé par de dérisoires apparats. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Equilibrium</em>, film prophétique et hautement esthétique, compte parmi les réussites les plus considérables du cinéma d’anticipation. Ce genre, parfois chétif et aberrant, peut détenir de parfaits chefs-d’œuvre apocalyptiques d’envergure. <em>Equilibrium</em> est pourtant bien loin des prétentions fastueusement ridicules et illuminées de maints films d’anticipation dont le message inepte se voit jugulé par de dérisoires apparats. Il commence d’ailleurs fort simplement, par des images d’archives qui nous sont coutumières&nbsp;; des scènes de guerres dévastatrices et de ruines fumantes qui ont marqué les âmes, des visages symboliques de la pugnacité humaine. Ces courtes fresques suffisent aisément à nous rapprocher intimement du film, accomplissant le périlleux défi de présenter un futur vraisemblable et inévitable. Avec une subtilité évocatrice qui adornera toute l’œuvre y sont délicatement enchâssées des séquences de ce futur&nbsp;; la silhouette d’un homme armé effectuant des mouvements vifs et abrupts, un bâtiment brunâtre inquiétant orné d’un Tau menaçant, et, enfin, deux battants d’une froide porte s’ouvrant sur des soldats dont on ne distingue guère les visages. Une voix profonde narre les faits&nbsp;; une troisième guerre mondiale, au début de notre siècle, a accablé l’humanité qui a failli s’anéantir. Les survivants décidèrent de s’efforcer d’éviter une quatrième querelle et, poursuivis par la quintessence de leur irréfragable nature, déterminèrent le fléau véritable de l’humanité&nbsp;; les sentiments et émotions, qui produisent d’admirables prodiges certes, mais provoquent mêmement d’indomptables ignominies. Le <em>Prozium</em>, liqueur dorée insérée dans un pistolet singulier, est le remède autant à la haine qu’à l’amour. Tout sentiment est alors considéré comme un syndrome qu’il faut fermement éradiquer, l’émotion est devenue une maladie ignominieuse qu’il faut soigner avec frénésie. Que le <em>Prozium</em>, pourtant présenté comme un élixir sublime, soit injecté par un pistolet que l’on s’appose contre le cou révèle talentueusement l’affreux suicide quotidien et répété de chacun sur son humanité. Avec une régularité machiavélique, tout habitant de Libria, havre illusoire des survivants de l’ultime conflit, s’administre l’hydromel délétère dans l’espoir de vivre éternellement en paix et d’annihiler tout sentiment. De surcroît, tout ce qui peut provoquer une émotion est irrémissiblement banni&nbsp;; l’art est proscrit, les tableaux des maîtres du passé sont sévèrement brûlés, la musique est strictement interdite, la littérature est réprouvée, tout livre est froidement consigné dans une inexpugnable et austère citadelle. Les objets subissent également une inspection austère&nbsp;; les miroirs aux cadres dorés, les vieux fauteuils, les lampes anciennes, les flacons de parfum, les cartes postales et autres affichettes enluminées et même les boules neigeuses sont proscrites. Quiconque cesse de s’administrer du <em>Prozium</em>, quiconque possède un bibelot émouvant ou une breloque interdite est appelé «&nbsp;transgresseur&nbsp;» et se trouve prestement condamné à être incinéré vivant. Les bureaux sont laids, épurés et froids, les pièces des demeures sont identiques, sans le moindre ornement, les fenêtres sont condamnées et les bâtiments extérieurs, brunâtres et massifs, évoquent les bâtisses infâmes des tyrans du siècle dernier. Hors des remparts de Libria se trouvent les Enfers&nbsp;; cet endroit interdit, jonché de ruines solitaires, recueille les transgresseurs qui récupèrent clandestinement les œuvres d’art et forment un réseau qui fournit en objets défendus d’autres transgresseurs de Libria qui les accumulent dans des pièces secrètes. Ces transgresseurs sont prêts à succomber pour pouvoir contempler quelques instants un tableau et pour préserver ces sublimes fragments d’humanité d’une impitoyable destruction par les flammes.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/vlcsnap-00003-500x218.png" alt="Equilibrium" title="Equilibrium" width="500" height="218" class="size-medium wp-image-1619" /></div>
<p>Des soldats revêtus de combinaisons noires se rendent régulièrement dans les Enfers afin d’éradiquer sans pitié et sans sommation les transgresseurs. Ces simples fantassins sont assistés par les Ecclésiastes, des combattants appartenant à l’élite du Tetra-Grammaton, sous l’impérieux empire du Père. Cet énigmatique despote refuse depuis maintes années toute entrevue avec ses sujets et ses décisions ne sont transmises que par un intermédiaire mystérieux dénommé Dupont, mais la projection de son image et la diffusion de ses discours sont incessantes dans Libria. Lors d’une de ces expéditions funestes dans les Enfers, les Écclésiastes Preston et Partridge sont sollicités afin d’exterminer des transgresseurs ayant conservé des tableaux et différents effets prohibés. John Preston est un Ecclésiaste particulier&nbsp;; en plus d’être un excellent guerrier aux aptitudes éminentes, devine d’instinct où sont dissimulés les objets interdits et arrive à connaître les pensées des transgresseurs tout en ne les éprouvant pas lui-même. Preston commence donc à douter de son équipier, Partridge, qu’il soupçonne d’être déviant. Partridge, en effet, se tient en retrait lors des escarmouches, subtilise un livre et fait parfois preuve d’un emportement excessif lors des conversations. En parfait Ecclésiaste, Preston le dénonce et se rend aux Enfers, dans une église abandonnée, afin d’arrêter Partridge, qui, imperturbable, lit un poème de Yeats&nbsp;:</p>
<blockquote><p>But I, being poor, have only my dreams&nbsp;;<br />
I have spread my dreams under your feet&nbsp;;<br />
Tread softly because you tread on my dreams.</p>
<p>Mais je suis pauvre, je n&#8217;ai plus que mes rêves&nbsp;;<br />
J&#8217;ai déroulé mes rêves sous tes pieds&nbsp;;<br />
Marche doucement, parce que tu marches sur mes rêves.</p></blockquote>
<p>Partridge avoue alors à Preston sa répugnance pour cette dictature qui a annihilé tout ce qui faisait d’eux des hommes. Il confesse qu’il est prêt à payer le prix pour pouvoir éprouver des sentiments&nbsp;; ce prix est d’éprouver haine et souffrance. Partridge lève lentement son livre afin de cacher son visage et prend subrepticement son arme. Preston le tue, la balle traversant le recueil de poèmes. En exécutant Partridge, Preston extermine derechef son humanité, mais cette fois, son cœur vacillant est en proie au doute. Il se retrouve, avant même de quitter l’église, affublé d’un nouveau coéquipier, l’ambitieux et inquiétant Brandt. Une fois à son domicile, il se remémore l’arrestation de son épouse, accusée d’avoir cessé de prendre ses doses de <em>Prozium</em>. Troublé, il brise par inadvertance son ampoule de <em>Prozium</em> et se rend à l’Equilibrium pour la remplacer. Mais le bâtiment est clos suite à une tentative de sabotage de la résistance, et Preston se rend, sans s’être injecté le moindre <em>Prozium</em> au domicile de Mary O’Brian, soupçonnée d’abriter des objets interdits chez elle. Mary tente de se défendre en arrachant le fusil d’un soldat, Brandt tend son arme pour la tuer, mais Preston s’interpose, prétextant qu’elle serait utile pour renverser la résistance. Cependant, au fond de son être, l’oppressant doute coexiste avec la découverte bouleversante des sentiments, sentiments proscrits qui le feront se dresser contre le despotisme de Libria.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/vlcsnap-00020-500x218.png" alt="Equilibrium" title="Equilibrium" width="500" height="218" class="size-medium wp-image-1621" /></div>
<p><em>Equilibrium</em> est une création magistrale, un chef-d’œuvre du film d’anticipation qui a été iniquement occulté par <em>Matrix</em> auquel il a été abusivement assimilé du fait de scènes de combat stylisées et de certains costumes sombres à col resserré au cou. Mais la comparaison ne peut se poursuivre&nbsp;; contrairement à l’intrigue tortueuse et incompréhensible de <em>Matrix</em>, servie par des séquences de combat omniprésentes et chimériques, <em>Equilibrium</em> est basé sur un sujet simple, éloquent, mis en valeur par une esthétique sobre et efficace. Le fait qu’<em>Equilibrium</em> présente non point un futur fantasmagorique mais un futur probable et, à notre humble avis, inéluctable, contribue à faire de ce film une œuvre visionnaire de grand talent. Ayant bénéficié de fort peu de moyens, <em>Equilibrium</em> parvient admirablement à façonner un univers vraisemblable et cohérent. La force évocatrice d’<em>Equilibrium</em> amène même à se demander pourquoi certains films ont besoin d’un budget colossal pour ne fournir, au final, qu’un inutile divertissement. <em>Equilibrium</em> traite d’un sujet rare&nbsp;; celui de l’importance de l’art et des sentiments pour l’Homme. Les émotions lui sont vitales, sans elles, il n’est qu’une enveloppe vide, les battements de son cœur ne sont plus qu’un vain mécanisme, son existence n’est plus vouée qu’à l’asservissement. La tyrannie de Libria interdit tout sentiment, toute émotion afin de mieux asseoir son pouvoir&nbsp;: «&nbsp;nous avons cherché à passer outre l&#8217;individualité, en la remplaçant par la conformité, en la remplaçant par l’uniformité, par l&#8217;unité, ce qui permet à chaque homme, chaque femme et chaque enfant de cette grande société de mener une vie identique&nbsp;», telle est la propagande de Libria. L’art, expression ultime de l’individualité et du génie humain, ne pourrait que nuire à ce régime qui, tel le communisme, prétend éviter les jalousies, les guerres et faire le bonheur de chaque individu en exaltant un esclavage quotidien où chacun sera privé de tout ce qui fait de lui un être humain et mènera une vie identique à celle des autres. L’art est l’expression d’un goût, d’une préférence, d’une passion que tout tyran se doit d’abolir afin d’éviter toute tentative de résistance. L’odeur capiteuse d’un vieux parfum, le sourire serein d’une femme sur un tableau ou l’affection adorable d’un chien ne doivent plus détourner l’Homme de son rôle&nbsp;; celui d’être le captif d’un pouvoir oppresseur qui s’efforce de dominer jusqu’aux pensées de ses sujets. <em>Equilibrium</em> invite l’Homme à réfléchir sur le rôle essentiel de l’art dans l’expression des sentiments et de la pensée. Hélas, l’Homme se dirige progressivement vers un gouvernement proche de celui d’<em>Equilibrium</em>. Le dédain grandissant qu’il porte à l’art, son absence régulière d’émotions, son indifférence vis-à-vis du Beau, son abandon de tout ce qui touche l’âme font qu’il vit une existence de plus en plus lisse, plate et uniforme, propice à l’instauration d’une forme de tyrannie. Les gouvernements encouragent d’ailleurs la propagation d’une sous-culture de masse abrutissante et asservissante, où chacun pense faire preuve d’individualité mais se contente de se plier à l’opinion générale. L’abandon de toute spiritualité dans un matérialisme béat et inepte qui ne procure aucune émotion engendrera certainement un régime comme celui de Libria. Brûler les livres et les tableaux n’est que la dernière étape du chemin vers l’asservissement&nbsp;; nous constatons dès à présent les prémisses de ce processus de déshumanisation et d’assujettissement dans les différentes méthodes des gouvernements pour désintéresser les gens de toute forme d’art en faisant la célébration d’un <em>art</em> dégénéré, en les invitant à s’abêtir devant des émissions télévisuelles ineptes, en les rendant chaque jour plus analphabètes, plus insensibles devant l’élégance sobre d’un poème ou devant le sublime d’un texte littéraire qu’à terme ils peineront à déchiffrer. Le maintien dans l’avilissement et dans l’ignorance permet aux gouvernements d’imposer sans résistance et sans heurt un régime de plus en plus coercitif, exigeant davantage d’impôts et davantage de sacrifices. Dans ces instants d’obscurantisme sordide, les êtres qui s’émeuvent devant la lecture d’un poème, comme Partridge, ou qui pleurent en écoutant la musique jaillissant d’un vieux tourne-disque, comme Preston, font figure de géants dont la sensibilité rare permettra l’éclosion renaissante du génie humain. Dans cette société, alourdie par de frustres symboles, opprimée par d’inlassables propagandes, accablée par une uniformisation absolue, grand rêve des gouvernements, les créatures faisant preuve d’individualité sont immédiatement immolées. L’élite dirigeante, peut, par contre, avoir dans ses bureaux des fresques de grands peintres et des rideaux de velours pourpre&nbsp;; les grands utopistes qui décident de la vie idéale des peuples ne voudraient certainement pas la mener eux-mêmes. <em>Equilibrium</em> montre que c’est à chacun de décider de sa propre vie. Le discours du chef de la résistance à Preston est bref, mais éloquent&nbsp;; chaque individu a le droit de décider s’il veut éprouver des sentiments ou non, ce choix ne doit émaner que de lui, et c’est à lui de trouver la force de se contrôler. Le <em>Prozium</em> ne laisse, au contraire, aucun choix, c’est le poison de la tyrannie qui souille les veines de l’Homme et étourdit sa raison, c’est l’opium de la sujétion&nbsp;; quiconque refuse de le prendre est condamné.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/vlcsnap-00004-500x218.png" alt="Equilibrium" title="Equilibrium" width="500" height="218" class="size-medium wp-image-1622" /></div>
<p>Les figures qui résistent prennent l’allure de sacrifiés&nbsp;; les résistants exécutés pour avoir dissimulé des tableaux, les femmes et enfants tués pour avoir tenté de protéger des chiens deviennent des martyrs. Mary O’Brian est la parfaite icône de la sainte martyrisée, c’est pourquoi son prénom ne semble guère insignifiant. Refusant le <em>Prozium</em>, elle se dirige vers la mort avec un grand courage, assumant le fardeau de ses peurs exacerbées par un trépas imminent. John Preston, après avoir massacré froidement des centaines de résistants, entreprendra son chemin vers la rédemption et sera au supplice devant des meurtres qu’autrefois il commettait avec impassibilité. Son chemin de croix sera tapissé d’épines&nbsp;; la colère, l’amour, la jalousie, la tristesse, la peur s’immisceront dans son cœur troublé, provoquant des souffrances inconnues et indomptables. Ces émotions s’avéreront d’autant plus redoutables qu’elles sont interdites et punissables. L’inquiétude de Preston face aux menaces, aux suspicions et aux inquisitions fait de son existence un supplice. Cependant, John Preston refusera de s’administrer à nouveau le <em>Prozium</em>&nbsp;; les différents signes extérieurs, comme la fermeture de l’Equilibrium ou la chute inopinée de sa dose journalière, ne veulent pas signifier que Preston fut forcé d’abandonner le <em>Prozium</em>, ce sont au contraire des signes métaphoriques du trouble qu’il éprouvait et de sa volonté inavouable de cesser, ne serait-ce qu’une fois, de s’administrer la néfaste drogue. Après quelques frénétiques hésitations face à la profondeur de ses émotions, Preston finira par dissimuler les doses derrière le miroir de sa salle de bain, métaphore de la nature humaine, symbolisée par le miroir, qui donne une image fidèle de l’être, finissant par vaincre le <em>Prozium</em>. Partridge disait qu’éprouver la fureur et la colère était un prix à payer en contrepartie d’autres sentiments plus doux&nbsp;: «&nbsp;C’est cher payé, je paie volontiers&nbsp;». Preston accepte finalement ce fardeau qui est celui de l’être humain. Accepter sa nature est l’acte de courage de ceux qui sont libres. Cependant, Preston ne peut ni ne doit éprouver le moindre sentiment&nbsp;; le chef de la résistance lui avoue qu’un petit nombre de personnes doivent refuser d’éprouver des sentiments pour que les autres puissent en avoir. John Preston devient donc un rédempteur qui ne parviendra à combattre que dénué de la moindre émotion. L’issue fulgurante des combats finaux s’explique donc par le fait que Preston, devenu presque une divinité vengeresse dénuée de la moindre pitié, a acquis une force surhumaine grâce à sa seule volonté de se décharger de tout sentiment. Là où le <em>Prozium</em> était faillible car il se contentait seulement d’atrophier les sentiments, Preston a atteint la véritable maîtrise de son être. Cette maîtrise ne peut donc s’atteindre qu’en étant libre. Il est impossible de créer l’humain parfait, ceux qui ont tenté de le façonner n’ont provoqué que des hécatombes. Ils ont opprimé les peuples dans une infâme servitude. <em>Equilibrium</em> montre que le désir de protection et d’infantilisation des gouvernements ne peut qu’être néfaste. C’est à l’Homme seul, libéré de ses chaines et de son ignorance, de saisir le sens de ses responsabilités, d’agir avec honnêteté, sagacité et discernement, en évitant de faillir. Seuls les gouvernements et les tyrans, par leurs actes démesurés, sont les véritables causes des guerres et des conflits. Les peuples, qui sont d’ailleurs les premiers à subir les massacres et les privations, ne doivent souffrir les fourvoiements de quelques insensés placés au pouvoir par une légitimité ambiguë. </p>
<p><em>Equilibrium</em> est un audacieux plaidoyer pour la liberté et la responsabilité de chaque humain. Son but est de réconcilier l’Homme avec sa propre nature et de lui permettre de vivre en harmonie et en intelligence avec elle. Ce film met en garde contre les facilités proposées par les gouvernements, qui ne sont que des moyens insidieux d’obtenir le pouvoir sur les peuples. Il informe aussi sur les bienfaits de l’art et de l’érudition, remparts contre l’esclavagisme béat qui est le fléau de notre siècle. Les prestations des acteurs sont tout simplement remarquables&nbsp;; Christian Bale est un parfait John Preston, qui interprète avec justesse et <em>pathos</em> les différentes étapes de la découverte des sentiments et du cheminement intérieur vers l’insurrection. Certaines scènes sont indéniablement rendues bouleversantes par le talent de l’acteur. Sean Bean est également magistral en Partridge&nbsp;; son bref rôle réussit à marquer la mémoire pendant un certain temps tant il est remarquablement exécuté. Emily Watson est une admirable Mary, vivante allégorie de la sensibilité et de l’émotion. Le film parvient à rassembler les trois finalités de la rhétorique classique, <em>mouere</em>, <em>docere</em> et <em>delectare</em>, il permet de passer un excellent moment et est rendu inoubliable par les réflexions qu’il engendre. Ainsi, il émeut, il convainc et il plaît comme peu de films d’anticipation savent le faire.</p>
<p><strong><u>Appendice</u>&nbsp;:</strong><br />
Bande-annonce américaine</p>
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		<title>Watchmen&#160;: Les Gardiens</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Mar 2009 18:49:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéphagie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Watchmen&nbsp;: Les Gardiens</em> débute inopinément par un meurtre nocturne, celui d’Edward Blake, violemment jeté à travers la fenêtre d’un haut immeuble de la ville de New York après avoir été brutalisé par un homme dont on ne voit les traits. Les enquêteurs de la police, affairés sur les lieux du crime, s’avouent déjà dépassés par cet homicide étrange déguisé vainement en cambriolage. Rorschach, créature singulière dont le visage est recouvert d’une cagoule souillée de taches d’encre qui se meuvent en formant d’étranges silhouettes et dont nous suivons les pensées écrites sur un journal intime, se rend à l’appartement de la victime qui était une de ses connaissances&nbsp;; les deux hommes étaient en effet des Watchmen, c’est à dire des justiciers masqués à présent rendus indésirables par une loi prohibitive et forcés de s’astreindre à une vie insignifiante. Le défunt portait le pseudonyme du Comédien et bien qu’il fut relativement âgé, représenté avant son meurtre en retraité tranquille vêtu d’un peignoir, cigare et verre à la main, l’homme était en pleine possession de ses moyens physiques&nbsp;; qui aurait donc pu précipiter ce colosse à travers une vitre elle-même d’une grande solidité&nbsp;? Rorschach devient alors intimement persuadé qu’un «&nbsp;tueur de masques&nbsp;», conscient de l’identité dissimulée d’Edward Blake, recherche à éliminer, pour une fort obscure raison, les héros de jadis. Nous suivons l’apocalyptique périple de Rorschach dans la ville sombre et lascive, consumée par le stupre et la violence, parti pour avertir les anciens gardiens que le Comédien n’est plus et qu’un tueur de masques a commencé à sévir. Il s’introduit dans le domicile de Dan Dreiberg, successeur du premier Hibou qui, en dépit d’une certaine bonhomie et d’une volonté farouche de nier son passé tourmenté, regrette amèrement ses souvenirs mémorables et abrite âprement dans sa cave ses anciens costumes de rapace nocturne ainsi que son vaisseau baptisé de l’affectueux sobriquet d’Archie, couvert par une bâche poussiéreuse signe d’un temps révolu mais ardu à délaisser. Il refusera de croire Rorschach, le prenant pour un dégénéré incapable de retourner à une existence sereine, mais sera encore plus rongé par le doute et le désir d’endosser son costume. Rorschach se rendra également auprès de Laurie Jupiter, le Spectre Soyeux, résidant dans une base scientifique secrète qu’il infiltrera habilement afin de l’informer ainsi que le Dr.&nbsp;Manhattan, l’unique Watchman doté de réels pouvoirs obtenus lors de la désintégration de son corps après une malheureuse expérience dont il s’est sans le vouloir retrouvé le sujet. Rorschach, se faisant congédier d’une façon fort déplaisante, se décidera à continuer son enquête solitairement, tandis que le monde autour de lui, plongé en pleine guerre froide, voit l’éventualité d’un conflit nucléaire se rapprocher inéluctablement. À travers les états d’âmes et tragédies de chacun des Watchmen sur fond d’apocalypse et de déclin des mœurs, se dessine une intrigue policière haletante impliquant la société d’un autre Watchman, le fortuné Adrian Veidt, Ozymandias, nommée Pyramid Transnational, dont les desseins sont plus que douteux. </p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/watchmen_70-500x312.jpg" alt="Rorschach" title="Rorschach" width="500" height="312" class="size-medium wp-image-989" /></div>
<p>Le film, très fidèle au comics original, en arbore une esthétique scrupuleusement similaire, sauvage, acérée et puissante&nbsp;; les rues lugubres, souillées de peintures murales outrancières, fréquentées assidûment par des voleurs voraces, des manifestants frustres, des prostituées injurieuses, présentent un univers à la violence latente et palpable faisant écho aux enjeux mondiaux et tensions entre l’URSS et les États Unis où chacun épie les manœuvres de l’autre brandissant comme un suprême avertissement la menace nucléaire. Les ambiances sont fidèlement retranscrites, presque toujours nimbées d’une obscurité oppressante symbole d’une planète en déclin suffoquée par la démence de ses habitants où les gestes des gardiens sont lents, mesurés et perçus avec la grâce d’un désespoir ostensible par opposition aux foules incultes et féroces aux gestes chaotiques. Le symbole du temps scande le film avec frénésie, qu’il s’agisse de l’horloge de l’apocalypse se rapprochant de minuit, l’heure à laquelle sera déclarée la guerre nucléaire, étant située cinq minutes avant le moment fatal au début du film, de la vocation première de Jon qui devait être horloger avant de se consacrer à la science et de devenir le Dr.&nbsp;Manhattan et qui le hante jusque sur la planète Mars où il édifiera un sublime sanctuaire fait de majestueux rouages circulaires de verre ou encore de la goutte de sang tombant sur le smiley jaune du Comédien avant sa mort se faisant presque une aiguille elle aussi figée cinq minutes avant douze heures. Ces symboles presque pétrifiés participent au ralentissement angoissant du temps avant l’issue fatale du conflit nucléaire, propageant une inextinguible tension. Les Watchmen, contraints à l’inactivité depuis une loi votée sous Nixon leur interdisant de reprendre leur rôle de gardiens, sont impuissants face à la montée des troubles. Chacun réagit à sa façon, de l’indifférence feinte à la franche inquiétude&nbsp;; ces <em>héros</em> n’en sont point, soumis à des sentiments contradictoires, à des pulsions impérieuses ou à de vagues états d’âme, il demeurent des êtres humains, et même le Dr.&nbsp;Manhattan que certains pourraient croire dénué de cœur et de sentiments s’avère être d’une sensibilité accrue, sujet à des doutes poignants. Car nous ne sommes pas devant un <em>film de super héros</em> conventionnel où les affres et les enjeux personnels sont esquissés avec légèreté et où le surhomme se vêt hâtivement de son fringuant costume et d’un vol alerte sauve l’opprimé reconnaissant. Nous nous trouvons au contraire dans une époque sombre où les Watchmen ont perdu leur prestige (les seuls vestiges de gloire des gardiens se trouvent dans le réconfort des souvenirs et des photographies vieillies)&nbsp;; ils furent dédaignés par un peuple ingrat et repoussés par le gouvernement, accusés de tous les maux et prétendus déments. Ils sont avant tout des êtres humains, tourmentés et frustrés qui hésitent tant à reprendre leurs états qu’à sauver des gens qui n’ont autrefois guère voulu d’eux, n’hésitant pas à agir avec une grande violence ou à user de procédés douteux pour parvenir à leurs fins. Certains sont affreusement laids, d’autres sont vus dans un angle des plus intime&nbsp;; on les contemple dans un quotidien d’hommes, et non de héros, avec leurs inclinations et leurs aversions, buvant de la bière en se remémorant des faits anciens, mangeant des haricots froids directement dans la boîte de conserve, s’adonnant aux plaisirs de la chair, etc. Dans le monde crépusculaire où nous sommes plongés il n’existe plus de <em>super héros</em> véritable&nbsp;; le Dr.&nbsp;Manhattan, bien qu’il soit doté de facultés et de pouvoirs proches du divin, a gardé un cœur d’humain faillible et a été utilisé à son insu comme modèle des aspirations américaines (présent à chaque événement ayant marqué le quotidien des américains, comme les premiers pas de l’homme sur la lune ou une poignée de main adressée au président) et même comme arme de dissuasion agissant notamment lors de la guerre du Viêt Nam (l’on peut signaler la scène en référence à <em>Apocalypse Now</em> où, sur fond de chevauchée des Walkyries de Richard Wagner, la gigantesque et bleuâtre silhouette du Dr.&nbsp;Manhattan assaille les soldats du Viêt Cong en levant simplement la main). Adrian Veidt qui veut se montrer comme le parfait <em>super héros</em>, embellissant son corps, décuplant ses facultés physiques et mentales, versant des sommes démesurées pour de justes causes et dirigeant même une fabrique de jouets où l’on façonne sa figurine et celle de ses opposants s’avérera être un être fanatique, voué à l’hubris, initiateur d’une néfaste et meurtrière machination. Se méfier des apparences serait sans doute la première leçon de <em>Watchmen&nbsp;: Les Gardiens</em>, car les véritables héros ne sont pas forcément ceux vêtus de costumes élégants et d’un air avenant à la grande renommée (Adrian Veidt étant le seul Watchman à avoir dévoilé son identité et son pseudonyme d’Ozymandias au monde entier, signe que celui qui fait mine de ne rien vouloir cacher demeure celui qui cherche à y dissimuler un secret plus terrible encore), mais ceux qui, dans l’ombre et l’anonymat agissent mus par d’immuables principes et une force d’âme exceptionnelle. </p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/watchmen_74-500x312.jpg" alt="Dr. Manhattan" title="Dr. Manhattan" width="500" height="312" class="size-medium wp-image-993" /></div>
<p>Le Comédien semble un Watchman intéressant à analyser&nbsp;; c’était autrefois un homme violent, brutal, intolérant et excessif. Lors de son enterrement chaque Watchman se remémore une scène du passé en sa présence, scène amère qui pousse chacun à la réflexion et parfois l’incompréhension. De fait, Rorschach est l’unique personne à avoir saisi qui était le Comédien&nbsp;; celui-ci avait tout compris à la nature humaine, il avait alors décidé d’en être une parodie, à l’instar du saltimbanque vengeur Paillasse. Sa violence barbare, ses pulsions meurtrières et le plaisir manifeste qu’il prend dans les échauffourées ne sont que le reflet accentué de ce que cache chaque humain avec chaque jour un peu plus de peine. Le smiley jaune et éternellement souriant qu’il portait à son col exprimait cette raillerie violente du personnage, brûlant une carte des États Unis devant les autres gardiens, riant en massacrant des ennemis, tuant même une femme enceinte de ses œuvres. Cette attitude infâme n’est que celle de chaque homme au quotidien, qu’il exalte avec la délectation d’un homme désabusé qui ne croît plus en la nature humaine. Cependant, ce Comédien n’en demeure pas moins un être attachant, parfois rongé de remords, cherchant l’absolution dans une mort violente de martyr qu’il acceptera avec le courage de celui qui expie ses péchés, portant jusque dans la tombe un profond secret et ces questions, insolubles, que chacun se pose encore face à son attitude. Rorschach sait que cette profonde et exemplaire acuité du Comédien lui a valu d’être le premier condamné. Il demeure lui-même un être conscient de ce dont l’homme est capable&nbsp;; fils d’une vulgaire prostituée, révolté contre la cruauté et les insultes des autres enfants, et enfin justicier masqué traquant des meurtriers de plus en plus infâmes, il approchera les pires horreurs et les pires bassesses capables par l’homme, l’apogée de l’abomination se trouvant un soir où traquant un kidnappeur il découvrira des outils de boucher à son domicile, des vêtements joyeux d’enfant à moitié consumés dans un poêle et deux grands chiens se disputant les restes de la jambe d’une petite fille. Le criminel forcé à avouer face à l’air menaçant de Rorschach suppliera qu’on l’enferme dans un asile, prétextant qu’il souffre d’une maladie mentale dont il feint d’avoir conscience. Contrairement au comics où Rorschach le tue indirectement, l’attachant à son poêle et mettant le feu à son domicile, le Rorschach du film exécutera son premier meurtrier en le frappant rageusement avec son propre couteau de boucher. Avec cette évidente critique de la façon bien trop indulgente avec laquelle sont traités les grands criminels (en excusant leurs actes par quelque trouble mental au nom de fallacieux droits de l’homme), Rorschach commence par prendre conscience de ce qu’est l’humanité, de ses crimes, de ses abominations. C’est un homme intelligent et entier qui n’accepte aucun compromis et abhorre la décadence de la société. Il montre un parfait dédain pour l’optimisme utopique et malingre de la gent de gauche incarnée notamment par le psychologue qu’on lui attribue lorsqu’il se trouve en prison. Le prisonnier s’acharnera à ne dire voir que des symboles positifs lorsque le psychologue lui montrera diverses pages blanches agrémentées de taches noires mais ne verra de fait dans ces formes psychédéliques que des symboles de la laideur humaine, du crime et de la fornication. Le masque de Rorschach étant constitué de ces mêmes dessins informes, il semble jeter à la face du monde le reflet déformé de son abomination. Il dira détester les idées de gauche et le corps gras du psychologue qui croit pouvoir le comprendre et saisir les pensées des criminels dans une dévotion égoïste alors qu’il n’a jamais vécu la moindre horreur dans son existence paisible et soi disant équilibrée. C’est là une caractéristique essentiel de toute personne de gauche qui se respecte&nbsp;; croire que l’on peut comprendre et aider le monde en menant une petite vie bourgeoise et narcissique. Les versions françaises du film et du comics présentent quelques contre-sens irritants, par exemple, le traducteur s’est idiotement trompé en traduisant le terme «&nbsp;liberal&nbsp;» par «&nbsp;libéral&nbsp;» et non par «&nbsp;de gauche&nbsp;», «&nbsp;communiste&nbsp;», «&nbsp;gauchiste&nbsp;» ou «&nbsp;socialiste&nbsp;», selon le contexte, ce que le mot signifie pourtant réellement en anglais. La traduction la plus respectueuse demeure celle de l’édition française originale de Jean-Patrick Manchette d’ailleurs étrangement remplacée par une nouvelle mouture de piètre qualité dans la récente réédition de l’ouvrage paru chez Panini Comics. L’ancienne édition devait sans doute paraître trop irrespectueuse d’une majorité de français aux réflexes gauches et aux esprits étroits. Quoi qu’il en soit, Rorschach me semble être le pendant d’un autre personnage d’Alan Moore, le V de <em>V pour Vendetta</em>&nbsp;; les deux hommes masqués refusent toute concession vis à vis de leurs principes et ont chacun pu se faire une idée de ce qu’est l’être humain par un passé violent dont ils ont été les victimes. De plus, les deux personnages sont attachés au concept du châtiment, qui veut que chacun ait le sort qu’il mérite, sans aucune compassion ni retenue. Dan Dreiberg se veut au contraire une figure plus optimiste, plus amicale et plus encline à la compassion mais qui parfois s’interroge soucieusement et finira par comprendre l’esprit humain au contact des fortes figures que sont le Comédien et Rorschach. Il restera par exemple interdit par la réaction du Comédien lors d’une émeute de gens élevant des pancartes et des insultes à l’encontre des gardiens, préférant la police à ces personnes masquées qui font naître en eux une forme de crainte ainsi qu’une haine farouche. Le Hibou tentera vainement de rétablir le calme sans violence, mais le Comédien s’élancera rageur et frappera avec ses poings dispersant la foule furieuse. Le Hibou lui demandera ce qu’est devenu le rêve américain auquel tous croyaient&nbsp;; le Comédien lui répondra qu’il s’est déjà réalisé. En effet, voici le résultat de décennies de laxisme, de dépravation, de gauchisme et d’abandon complet des responsabilités humaines&nbsp;; un monde de larves débauchées et brutales, l’escarcelle pleine de revendications égoïstes, attendant impatiemment la béquée étatiste. </p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/watchmen_69-500x312.jpg" alt="Le Comédien" title="Le Comédien" width="500" height="312" class="size-medium wp-image-988" /></div>
<p>Tel est l’un des nombreux messages du film&nbsp;; l’homme, tant qu’il n’aura pas appris le sens du mot «&nbsp;responsabilité&nbsp;» ne sera qu’une bête sauvage et primitive qu’aucun gouvernement ne pourra jamais contenir. Il s’agit également d’une critique du constructivisme incarné par la figure d’Ozymandias. Ce désir de vouloir faire un homme nouveau, d’aller à l’encontre de sa nature véritable ainsi que de tenter de faire son bonheur mène aux meurtres de masse, aux génocides. En programmant avec une minutie machiavélique des cataclysmes dans toutes les grandes mégalopoles de la Terre et tuant ainsi des milliers de personnes, il espère créer un monde nouveau où chacun se réconciliera et abandonnera les conflits nucléaires de la guerre froide. Mais il n’empêche, et Rorschach l’aura compris, que ce nouvel univers qu’Ozymandias compte créer pose ses fondations sur des milliers de meurtres et sur un infâme mensonge. Le journal intime contenant les faits authentiques que Rorschach aura soin de confier aux journalistes du <em>New Frontiersman</em>, périodique d’extrême droite, avant de se rendre au repaire d’Ozymandias rappelle que les gouvernements utopiques ne peuvent que s’écrouler car leurs bases ne sont guère saines. Ozymandias représente le communiste dans son idéal faussé qui désirait, en tuant des milliers de martyrs, que l’homme arrive au bien être et à la cohésion sociale. Le film montre à quel point ces idéologies sont abjectes, mensongères et meurtrières. À travers cette critique d’un totalitarisme exacerbé se trouve une critique du constructivisme insidieux tel que nous le constatons actuellement, au jour le jour, où des États paternalistes décident de ce qui est mieux pour nous et nous ôtent toute responsabilité&nbsp;; on épargne votre retraite et vos frais de santé à votre place comme si vous n’étiez pas assez mûr pour gérer votre numéraire, on vous dit par l’intermédiaire des <em>media</em> ce qu’il est bon de penser et de ne pas penser, on vous interdit de fumer dans des lieux privés tels que les bars et les restaurants, jusqu’où cela s’arrêtera-t-il&nbsp;? À une époque où nos libertés et responsabilités individuelles rapetissent comme une peau de chagrin, ce film est nécessaire pour montrer ne serait-ce qu’à un petit groupe de gens encore lucides l’issue inexorable de notre société. De plus, puisque l’accent est mis sur la nature cruelle de l’homme, montrant qu’il possède en lui une part de mal, pourquoi confier la responsabilité de sa vie à des États qui ne sont pas des entités abstraites mais sont eux-mêmes composés de personnes corruptibles (il serait vain de croire que le pouvoir rend meilleur)&nbsp;? En voici la preuve&nbsp;; les États engagent des guerres, des conflits ineptes où chaque membre du gouvernement se contente lâchement de regarder dans des bureaux cloisonnés les conséquences de ses actes, sans jamais mettre en péril son existence mais compromettant celle de milliers d’autres. Mais comme le demanderait V, qui a élu ces personnes&nbsp;? Bien entendu la lâche populace qui préfère confier sa vie à des États maternant plutôt que d’être responsable de ses actes. Qui est responsable de l’émergence, après l’holocauste nucléaire, du régime néo-fasciste que combat V&nbsp;? Le peuple bien entendu, qui s’abrutit à écouter la soi disant voix du destin à la radio. L’œuvre d’Alan Moore est profondément individualiste, libérale et réactionnaire dans le sens où elle critique amèrement les utopies constructivistes et dénonce les responsabilités du peuple qui les a élues, incapable de se prendre en main lui-même. Les propos du Comédien lors de l’émeute confirment cette opinion&nbsp;; il dit au Hibou qu’il protège les individus d’eux-mêmes. En plus d’exalter leur côté violent qu’il faut contenir, les hommes sont irréfléchis et immatures, ils élisent des scélérats au pouvoir et n’en assument pas les conséquences. La célèbre phrase «&nbsp;Who watches the watchmen&nbsp;?&nbsp;» peinte le long des murs peut à juste titre être interprétée selon plusieurs sens. Elle est tirée d’une satire de Juvénal «&nbsp;Sed quis custodiet ipsos custodet&nbsp;?&nbsp;» reprise elle-même de la <em>République</em> de Platon où la cité idéale se verrait munie de gardiens pour la protéger. Quand on lui demande qui garderait les gardiens, Platon répond qu’ils devront se garder eux-mêmes notamment grâce à l’enseignement philosophique. Mais de fait, les Watchmen sont des gardiens bien imparfaits&nbsp;; Ozymandias en est un parfait exemple. Pétri d’un fanatisme excessif, il symbolise le gardien qui au lieu de la protéger exécute une partie de l’humanité de façon abominablement arbitraire, vouée à l’hubris. Par extension, les gardiens sont également ceux qui dirigent un gouvernement et dont le sentiment de pouvoir fait commettre des atrocités&nbsp;; qui en effet peut faire cesser les agissements d’un gouvernement&nbsp;? Personne. La position de gardien est dangereuse et se croire investi de cette charge peut fausser tout jugement&nbsp;; un gardien n’est point celui qui décide à la place des autres ce qui devrait être bon pour chacun, c’est avant tout un protecteur. Ozymandias a outrepassé ses prérogatives en commettant un acte hideux qui n’est plus celui d’un gardien mais d’un tyran. Mais que faire quand les gardiens eux-mêmes sont répugnés par ceux qu’ils sont censés défendre&nbsp;? Face à la dégénérescence de la société et à l’immaturité des hommes, Rorschach et le Dr.&nbsp;Manhattan sont affligés au point que ce dernier préfère l’immense solitude de Mars aux peuples incompréhensibles de la Terre. Cependant lorsqu’il découvrira le principe d’individuation de chaque personne, qui veut qu’elle soit un être unique et originale à la forme spécifique issue d’une coïncidence infime, il retrouvera foi en l’être humain, mais trop tardivement. Le principe contraire, celui du multiculturalisme ethnocide que nous vivons en ce moment, a déjà été mis en œuvre dans la tentative réconciliatrice d’Ozymandias qui, sous les prétextes chimériques de tolérance et de diversité, va broyer toutes les différences et les spécificités propres à chaque civilisation pour instaurer le culte d’une sous-culture festive, mondialisée et décadente, celle du «&nbsp;vivre-ensemble citoyen&nbsp;», dont le seul mérite est d’abrutir une populace qui pourra se faire taxer, imposer, surveiller et contrôler tant qu’il y a de quoi boire, fumer, copuler et danser.</p>
<div align="center"><img src="http://leaule.com/img/watchmen_72-500x312.jpg" alt="Le Hibou" title="Le Hibou" width="500" height="312" class="size-medium wp-image-991" /></div>
<p>D’un point de vue purement formel, la scénographie est adéquate et ne se départit guère du côté délicieusement désuet du comics (musique d’époque entraînante, architecture obsolète et vêtements rétro, etc.). Les lieux sont sombres à souhait, plongés la plupart du temps dans l’obscurité et dans des lieux confinés (les laboratoires, les bureaux, les maisons et la prison) rendant un effet d’huis-clos oppressant. Le contraste final avec l’étendue vaste et blanche de neige du repaire d’Ozymandias n’en est que plus frappant, procédant à un effet d’élargissement des enjeux de la simple sphère des gardiens au monde entier. Les costumes sont fort heureusement dénués du moindre ridicule&nbsp;; le soin qui y est apporté ainsi que que leur apparence futuriste (concernant le Hibou, le Spectre soyeux et Ozymandias) parviennent à leur épargner tout aspect risiblement grotesque. Les effets spéciaux sont pour le moins convaincants et réussis jouant parfois sur une certaine grandiloquence qui les rend légèrement invraisemblables. Les scènes de combat sont à ce titre extrêmement violentes, l’on y voit des bras cassés en gros plan, du sang jaillir, des visages martyrisés, mais leur aspect excessif en atténue la portée. Il ne faut pas oublier que le réalisateur, Zack Snyder, excelle dans le film de zombies puisqu’il avait auparavant réalisé l’<em>Armée des morts</em>. L’on y retrouve ce goût jouissif des gros plans sanguinolents qui rehaussent l’effet sinistre de l’intrigue policière et des décors surannés. Zack Snyder s’était également déjà illustré dans l’adaptation d’un autre roman graphique, <em>300</em> de Frank Miller, qu’il avait réalisé avec fidélité et panache. Les aptitudes de Monsieur Snyder en ce qui concerne la mise en scène de comics est absolument remarquable si bien que l’on a l’impression en regardant <em>Watchmen&nbsp;: Les Gardiens</em> d’avoir sous les yeux une version mouvante de l’œuvre d’Alan Moore. Le choix des acteurs n’y est pas anodin&nbsp;; en sélectionnant des comédiens fort peu connus, leur permettant ainsi de se confondre pleinement aux personnages qu’ils devaient incarner, et très ressemblants pour la plupart, le réalisateur réussit à ne pas un seul instant trahir le comics. De plus, le réalisateur n’a jamais cédé au politiquement correct, dénonçant avec verve, tout comme dans le roman graphique, les utopies socialistes et mettant en scène des héros ouvertement réactionnaires (Rorschach notamment). Il a également respecté la représentation ethnique des personnages, contrairement aux rumeurs concernant l’adaptation d’un autre comics présageant que Captain America, pourtant blond aux yeux bleus, soit incarné par le médiocre Will Smith, un acteur afro-américain. Ou comment sacrifier le respect d’un personnage mythique, emblème de toute une génération, sur l’autel de la rectitude politique. L’Obamania, syndrome universel de sottise béate, n’y est pas étrangère et ne va guère arranger les choses à l’avenir.</p>
<p>À bien des égards <em>Watchmen&nbsp;: Les Gardiens</em> est un film à voir&nbsp;; les différents niveaux de lecture de ce film le rendent protéiforme et plaisant, au point qu’il est un délice de tous les entrevoir et de tous les analyser. Excentrique, exubérant, apocalyptique, prophétique, les qualificatifs ne manquent pas pour cette œuvre aux multiples faces, riche en enseignements sur la société dans laquelle nous tentons de vivre. Hélas, même un film d’aussi puissante facture que <em>Watchmen&nbsp;: Les Gardiens</em> ne risquerait pas de changer grand chose à la mentalité du spectateur moyen. Ces maints imbéciles peuplant les salles de cinéma avec autant de nourriture et de boisson pour satisfaire une centaine d’affamés pendant une semaine et se posant en spécialistes du film alors qu’ils n’ont jamais lu le comics et se sont rendus compte de l’existence de <em>Watchmen&nbsp;: Les Gardiens</em> il y a tout juste un mois par une affiche dans le métro ou dans un magazine de cinéma coûtant plus de cinq euros dont les trois quart des pages sont des publicités ineptes, qu’ils cessent de prendre un air pincé et savant en déclamant avec hauteur que ce film est fidèle au comics. Ces pédants feraient mieux de se documenter avant de déclamer des poncifs qu’ils ont lu dans leur sempiternel et stupide «&nbsp;gratuit&nbsp;» du matin, cela les rendrait plus intelligents et les instruirait davantage. Car comme le dirait Nicolás Gomez Dávila&nbsp;:</p>
<blockquote><p>L’homme cultivé et l’homme simple ne s’intéressent qu’à ce qui les attire spontanément&nbsp;; seul le demi-cultivé a des intérêts artificiels.<br />
Le demi-cultivé est la providence du marchand de «&nbsp;culture&nbsp;».</p></blockquote>
<p><strong><u>Appendice</u>&nbsp;:</strong><br />
Bande-annonce originale</p>
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