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	<title>Leaule &#187; Cheng Kang</title>
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		<title>The Sword of Swords</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Jul 2009 20:19:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéphagie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Cheng Kang]]></category>
		<category><![CDATA[Jimmy Wang Yu]]></category>
		<category><![CDATA[Shaw Brothers]]></category>
		<category><![CDATA[vengeance]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p><em>The Sword of Swords</em> représente la quintessence du film d’arts martiaux de la Shaw Brothers. Les thèmes canoniques y sont exacerbés avec fougue afin de façonner une œuvre violente et furieuse. <em>The Sword of Swords</em> narre l’histoire d’un puissant sabre élaboré et forgé pendant dix pénibles années sous la dynastie Sung. Cette arme redoutable, qui permit à son premier possesseur maintes victoires, devint une légende lorsqu’elle disparut mystérieusement. Cet objet, suscitant la convoitise et le désir d’êtres aux ambitions multiples, réapparut sous la dynastie Ming. Il fut conservé par un intègre maître en arts martiaux, Mui Lingchuen, qui devait garder le formidable sabre hors de portée des barbares. Désireux d’envahir la Chine, ils apprirent l’existence de cette arme terrifiante et voulurent s’en servir afin de foudroyer le peuple chinois et de conquérir l’Empire. Se promenant en compagnie des siens, le maître vieillissant se voit pris dans une embuscade de traîtres chinois sous les ordres barbares. La famille de Mui Lingchuen, prestement prise en otage, est menacée de se faire assassiner s’il ne remet pas diligemment le sabre aux ennemis. Tiraillé entre son devoir de conserver l’épée et sa volonté d’épargner les êtres aimés, le maître est finalement sauvé par un providentiel inconnu qui exécute les vils adversaires. Mui Lingchuen, confiant, permet à ce tutélaire guerrier d’intégrer son clan et de devenir l’un des potentiels héritiers du sabre lorsqu’il ne sera plus. Le bienveillant étranger n’était autre qu’un félon, dénommé Fang Shishiung, cherchant sournoisement à subtiliser l’arme. Celui-ci s’est vendu aux barbares afin d’obtenir un appui, mais ne cherche, en réalité, qu’à assouvir son désir de puissance&nbsp;; persuadé, grâce à l’excellence de ses arts martiaux, d’être l’unique prétendant digne de recevoir le sabre, son abject stratagème visait à s’immiscer traîtreusement dans le clan pour en devenir le digne successeur. Mais ses ambitions sont contrariées par Lin Jenshiau, un jeune homme humble et discret qui s’avère être le favori du vieux maître. Fang Shishiung, méprisant, cherche sans cesse à le tourmenter, à l’humilier et à l’accuser devant Mui Lingchuen de façon à ce qu’il lui paraisse moins irréprochable et à ce qu’il n’hérite plus, finalement, de l’objet désiré. Mais Lin Jenshiau est un être vertueux, et le seul disciple à ne pas soupirer auprès du sabre. Il se plie donc avec soumission aux injustices qu’il subit et refuse de participer à la joute qui décidera de l’héritier légitime du sabre. Lin Jenshiau est le fils d’un simple chasseur&nbsp;; lorsque le maître sauva son père, Lin Jenshiau reconnaissant se fit son disciple, mais il n’est point intéressé par le pouvoir ni par le sabre. Il se retrouve pourtant forcé de combattre mais feint de perdre face à son redoutable adversaire, Fang Shishiung. Le vénérable maître n’est pas dupe, mais confie tout de même le sabre au prétendu vainqueur, qui révèle prestement ses véritables prétentions en entreprenant de le tuer. Le sagace maître s’était cependant méfié et avait seulement confié une copie du sabre à Fang Shishiung. Il ordonne fermement à Lin Jenshiau de tuer le félon, mais le jeune homme ne parvient pas à l’occire, dans sa grande bonté, et le laisse s’échapper. Mourant, le vieillard lui confie le sabre et l’invite à la plus grande méfiance vis-à-vis de Fang Shishiung qui cherchera perpétuellement à récupérer le sabre et qui n’hésitera pas à user de la plus grande violence pour parvenir à l’obtenir. De fait, Fang Shishiung massacrera les siens, enlèvera son épouse et le mutilera pour parvenir à ses fins.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords2.png" title="Site externe : http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords2.png" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords2-500x281.png" alt="" title="Lin Jenshiau (Jimmy Wang Yu)" width="500" height="281" class="aligncenter size-medium wp-image-4801" /></a></p>
<p>Lin Jenshiau est un intéressant personnage&nbsp;; il représente l’homme qui se trouve perpétuellement rattrapé par un destin qui le dépasse et qu’il n’a jamais voulu. Modeste et discret, Lin Jenshiau est le seul à ne pas désirer le sabre et à espérer une vie simple, loin des intrigues et des cruautés d’une vie versée dans les arts martiaux. Les circonstances font qu’il hérite, hélas, d’une funeste responsabilité, d’autant plus tragique qu’il commet plusieurs erreurs&nbsp;; la vertu et la candeur de Lin Jenshiau sont en contradiction avec la férocité des Hommes. Si Lin Jenshiau a été choisi pour détenir le sabre, c’est bien à cause de sa bonté intrinsèque dans un milieu où toutes les forfaitures sont permises. <em>The Sword of Swords</em> dresse un portrait réprobateur du monde des arts martiaux, où chacun est prêt à tromper et tuer afin de servir des desseins égoïstes de pouvoir et de prestige. Lin Jenshiau, le seul être doté d’un cœur intègre, pouvait-il refuser une tâche que lui seul était dans la capacité d’accomplir&nbsp;? Il semble que bien qu’il tente désespérément de décliner cette responsabilité, il soit assujetti à la volonté de son maître et à la fatalité d’un <em>fatum</em> impérieux. Sa faute réside dans son inexpérience&nbsp;; la connaissance et l’ataraxie ne se feront qu’au prix d’intenses souffrances et d’une profonde solitude. Le film insiste sur les conséquences d’une destinée irrépressible. Lin Jenshiau est confronté à un intense isolement&nbsp;; son maître meurt et ne peut plus le conseiller, son père ne comprend guère pourquoi il refuse de sauver sa femme, toutes les figures paternelles sont impuissantes face au destin de Lin Jenshiau. C’est d’ailleurs à cause de l’aveu de son ambassade, extorqué par son père après des insultes, des supplications et des marques de douleur, qu’un membre de sa famille devenu espion sera instruit de sa mission et en informera Fang Shishiung qui tentera de le piéger. La défiance et l’indiscrétion des siens renforceront les affres du chemin de croix de Lin Jenshiau. Tout un pan du film retrace donc les conséquences de son erreur première&nbsp;; celle d’avoir épargné le félon. Les siens seront décimés de façon sanglante, son épouse sera enlevée et torturée, la discorde et la perfidie souilleront sa famille. Lin Jenshiau sera tiraillé entre son devoir de confier le sabre à un général de l’Empereur afin qu’il soit à l’abri des convoitises barbares et sa volonté de sauver sa femme et de venger sa famille. Lin Jenshiau se trouvera dans la même position que Mui Lingchuen au commencement du film, mais Mui Lingchuen est un être mûr et réfléchi qui, même s’il aime son épouse et sa fille, sait que son devoir doit impérativement passer devant la survie des siens. Mui Lingchuen mort, il ne pourra faire part de sa sagesse à Lin Jenshiau, qui ne saura choisir entre sauver sa famille et sauver l’Empire. Quand chacun considérera en premier ses intérêts individuels, Lin Jenshiau fera pourtant preuve d’un renoncement inflexible dans l’accomplissement de sa tâche. Il sera d&#8217;ailleurs le seul guerrier à ne jamais utiliser le fameux sabre lors des combats, contrairement à Fang Shishiung qui le brandit sans aucune pitié. Mais ce cœur profondément humain ne pourra résister au déchirement d’avoir dû sacrifier son bonheur. La bonté de Lin Jenshiau est incarnée par son enfant, qui est l’unique survivant du carnage. Lorsqu’il affrontera en duel son ancien ennemi, il sera inquiété par les cris du nourrisson, permettant au barbare de récupérer l’épée. C’est bien sa douceur qui le perd une seconde fois. Cette scène de combat, magnifiquement mise en scène dans un décor de cabane en ruine au sein d’une forêt, sous une neige abondante, clôt la première partie du film, celle du supplice et de la damnation. Lin Jenshiau, après avoir subi le déchirement spirituel de la perte dramatique des siens, est mutilé dans sa chair même, empalé à un tronc d’arbre, les yeux crevés par les traits habiles de Fang Shishiung.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords3.png" title="Site externe : http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords3.png" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords3-500x281.png" alt="" title="Fang Shishiung le félon (Tien Feng)" width="500" height="281" class="aligncenter size-medium wp-image-4802" /></a></p>
<p>Laissé pour mort, Lin Jenshiau n’est plus qu’une épave infirme. Les pleurs de son enfant parviennent à le ranimer et il rampe jusqu’à lui afin de le réchauffer. Il sera recueilli par une veille dame qui se gardera bien de le dénoncer aux barbares qui ont retrouvé, au lieu de son corps moribond, des traces de sang dans la neige et qui sont partis à sa recherche afin de terminer leur tâche. Lin Jenshiau passe sa convalescence à tisser des souliers en fibre et à tenter, fort maladroitement, de prendre soin de son enfançon pendant les absences de la généreuse dame chez qui il fut recueilli. Le faible aveugle se lamente sur son infirmité, jusqu’au jour où, lors d’une distraction avec les enfants du village, il réalise que la perte de sa vue peut être compensée par l’acuité auditive. Lin Jenshiau commence alors un entrainement particulier basé sur l’affinement de l’ouïe. Il élabore ses techniques d’attaque avec deux poignards et les deux pointes qui l’aveuglèrent jadis jusqu’à être paré pour la joute finale, afin de venger les siens et de reconquérir le sabre. Lin Jenshiau est une personnalité complexe, qui oscille entre la conscience de sa diminution physique et le sentiment que celle-ci est pleinement surmontable. Jimmy Wang Yu connaît ces rôles de mutilés, si chers au cinéma asiatique, puisqu’il excellait dans les deux premiers opus de la trilogie du sabreur manchot. <em>The Sword of Swords</em> se situe d’ailleurs chronologiquement entre <em>Un seul bras les tua tous</em> et <em>Le Bras de la vengeance</em>. Jimmy Wang Yu reprendra son rôle de guerrier infirme dans <em>Zatoichi contre le sabreur manchot</em>, où il rencontrera le masseur et bretteur aveugle, incarné par Shintarô Katsu. Jimmy Wang Yu interprète donc admirablement le combattant mutilé&nbsp;; il est expressif, éloquent et émouvant. Le rôle du sabreur aveugle possède une symbolique profonde&nbsp;; l’aveuglement représente l’erreur du héros qui a entrainé sa chute et forme de façon physique l’amputation humiliante de sa dignité. Le protagoniste estropié passe toujours par une période de lamentation avant de se ressaisir et de finalement vaincre l’inexpugnable ennemi. Ayant acquis la sagesse et la connaissance nécessaire à sa tâche, Lin Jenshiau se montrera enfin digne de détenir le sabre et de mener à bien son œuvre. <em>The Sword of Swords</em> est le tragique combat d’un homme honnête dans un monde avili.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords1.png" title="Site externe : http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords1.png" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/TheSwordofSwords1-500x281.png" alt="" title="Fang Shishiung (Tien Feng) contre Lin Jenshiau (Jimmy Wang Yu)" width="500" height="281" class="aligncenter size-medium wp-image-4800" /></a></p>
<p>Ce film, à la constitution fort classique, n’ennuie pas un seul instant&nbsp;; les scènes sont élaborées avec un grand talent esthétique, les deux séquences de duel prouvent cette recherche de l’élégance symbolique. Le premier duel s’achève avec un décor hivernal et enneigé, le second, sous une pluie torrentielle dans un décor luxuriant, représentant les deux phases étapes du héros, de la mortification à la purification. La cruauté est excellemment représentée, avec, notamment, Fang Shishiung qui jette à Lin Jenshiau une bourse contenant les yeux, les oreilles et le nez des siens afin d’attiser sa fureur, ou qui invente une ruse méprisable pour que Lin Jenshiau aveugle exécute son épouse et ses alliés, précipités liés et bâillonnés sous ses coups, en pensant qu’ils sont des soldats ennemis. Tien Feng excelle en félon inhumain&nbsp;; il se jette dans les pires infamies avec une délectation impitoyable. Les généreuses projections de sang et les estocades ensanglantées sont plus insoutenables encore que dans un film du grand Chang Cheh, pourtant éminent dans l’art des trépas sanguinolents. Pléthorique et exubérant, <em>The Sword of Swords</em> tire sa singularité de son extravagant foisonnement d’archétypes qui emprunte une symbolique puissante et unique.</p>
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