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	<title>Leaule &#187; Candlemass</title>
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		<title>Death Magic Doom</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Jul 2009 15:24:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici encore un disque de Candlemass qui frôle l’excellence&#160;; après King of the Grey Islands, qui signait le digne retour du groupe après l’injuste défection de Messiah Marcolin, Death Magic Doom représente, en quelque sorte, l’aboutissement artistique de Candlemass auprès du chanteur qui succéda au fantasque moine, l’américain Robert Lowe. King of the Grey Islands [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voici encore un disque de Candlemass qui frôle l’excellence&nbsp;; après <em><a href="http://leaule.com/culture/candlemass-king-grey-islands/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/candlemass-king-grey-islands/" target="_blank" target="_blank">King of the Grey Islands</a></em>, qui signait le digne retour du groupe après l’injuste défection de Messiah Marcolin, <em>Death Magic Doom</em> représente, en quelque sorte, l’aboutissement artistique de Candlemass auprès du chanteur qui succéda au fantasque moine, l’américain Robert Lowe. <em><a href="http://leaule.com/culture/candlemass-king-grey-islands/" title="Site externe : http://leaule.com/culture/candlemass-king-grey-islands/" target="_blank" target="_blank">King of the Grey Islands</a></em> fut façonné pour Messiah Marcolin&nbsp;; Robert Lowe dût donc chanter des airs qui ne lui étaient destinés et plier sa voix aux exigences premières du capricieux Messie. Le résultat fut sublime, grâce aux remarquables qualités du nouveau chanteur, qui parvint malgré tout à fournir une œuvre personnelle et cohérente, mais nous attendions avec hâte et appréhension un suivant album, qui viendrait sceller la prometteuse collaboration entre Candlemass et Robert Lowe. Nous ne fûmes absolument pas déçus par cet album. <em>Death Magic Doom</em> est donc, au contraire, pleinement adapté aux capacités et aux goûts de Robert Lowe, qui, ayant trouvé sa place auprès des musiciens, permet à sa voix de se déployer pleinement, dans des contrastes de plus en plus saisissants. C’est encore du Candlemass, mais avec plus d’audace, plus de caractère et plus de panache, comme si, après maintes errances artistiques, le groupe était enfin pleinement conscient de toute l’ampleur de ses qualités musicales et atteignait une maturité artistique nécessaire pour élaborer des œuvres dantesques, franches, parfaites, comme celles que l’on trouve dans <em>Death Magic Doom</em>.</p>
<p>Le premier titre, <em>If I Ever Die</em>, est un convaincant prélude. Le titre est saisissant, et entraine d’ores et déjà l’auditeur dans l’impétueux maelström musical de Candlemass. Les quelques notes dissonantes des premières secondes se muent en un rythme farouche et soutenu qui porte inlassablement la voix du chanteur, expressive et précipitée. L’air, mis en valeur par une musique enfiévrée et furieuse ainsi que par des <em>riffs</em> frénétiques, est brièvement entrecoupé de quelques secondes de silence où le chanteur exalte son sentiment d’immortalité. En effet, le titre est marqué par un profond sentiment de vie qui perce au travers de cette vive musique et de cette voix impérieuse. Robert Lowe scande toutes les conséquences de son trépas&nbsp;: «&nbsp;<em>rivers will dry, pillars will break, Hell feels like ice, the mountains will shake</em>&nbsp;» et «&nbsp;<em>the stars will drop from the sky, the gods will mourn me and cry</em>&nbsp;» symbolisent l’apocalypse qui parachèvera sa mort, mort improbable face à la véhémence de cette volonté de vivre qui lui donne la certitude d’être immortel. Hymne à la vie et à l’insouciance, ce titre invite l’auditeur à n’avoir aucun regret, aucune tristesse, à profiter de chaque instant comme s’il n’y avait pas de lendemain. Seule cette façon d’exister fait de l’homme un être immortel pour qui la mort n’est qu’une abstraction. <em>Hammer of Doom</em> est un air plus pessimiste, reposant sur un rythme lent, appuyé et funèbre. La voix, parfois calme, parfois emportée, est suivie par les envolées tourmentées de la guitare. Un son de cloches retentissant lentement donne à cet air une sonorité inquiétante et sentencieuse. <em>Hammer of Doom</em> narre l’inéluctable exécution d’un homme et sa descente en Enfer, descente sous entendue par l’isotopie de l’enfer «&nbsp;<em>hell</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>hellfire</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>inferno</em>&nbsp;» et par l’allure désolée du lieu où aucune rose ne pousse et où aucun rayon de soleil ne point.<br />
<a href="http://leaule.com/medias/PromoCandlemass.jpg" title="Site externe : http://leaule.com/medias/PromoCandlemass.jpg" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/PromoCandlemass-500x332.jpg" alt="" title="Candlemass&nbsp;: photo de promotion" width="500" height="332" class="aligncenter size-medium wp-image-4381" /></a><br />
<em>The Bleeding Baroness</em> révèle tout le talent de Candlemass qui parvient à créer des tableaux évocateurs grâce à une musique hautement expressive et à des paroles soigneusement élaborées. La lenteur majestueuse de la guitare au début de l’air rappelle la lenteur et la grâce de la pâle créature qui descend les escaliers. La voix du chanteur suggère l’envoûtement à la mention de l’odeur capiteuse de musc qui entoure la femme. Ce calme mouvement introductif est interrompu par une musique effrénée et des paroles saccadées qui suggèrent des images fulgurantes, effectuant un glissement vers l’horreur et l’effroi&nbsp;; une tour sombre pendant la pleine lune, un massacre nocturne perpétré par la femme, un vampire assoiffé d’un sang délicieux. La femme mystérieuse descendant doucement les escaliers n’était autre qu’un vampire en quête de sa proie. La véhémence acerbe de ces évocations chaotiques contraste avec le refrain, semblable à une lamentation. <em>Demon of the Deep</em> est un titre qui excelle mêmement dans la création d’une ambiance tant poétique que musicale. Le titre débute avec des notes douces et répétitives de guitare. La voix grave et lente de Robert Lowe vient se superposer à la musique jusqu’à ce que celle-ci se mette à tonner un air menaçant puis se calme à nouveau, comme après une soudaine tempête. Cette musique contrastante vient accompagner la description d’un sinistre monstre marin, semblable au Léviathan biblique, «&nbsp;<em>tyrant of the abyss, plague of the seas</em>&nbsp;», les savantes modulations de la guitare, l’éclat de la voix font de <em>Demon of the Deep</em> un titre protéiforme aussi grondant et farouche que la créature qui est décrite. La fin du titre s’achève avec quelques notes d’un discret clavier et un chœur furtif qui prononce les dernières syllabes du chant. <em>House of 1000 Voices</em> décrit un orphelinat ayant brûlé et que les petites victimes continuent à hanter. La musique est excellente et parvient à retranscrire le sentiment de peur et d’inquiétude face à un tel tableau. Le titre s’inscrit dans la tradition des films d’épouvante&nbsp;; les visages des enfants morts apparaît dans les miroirs, le bruit de leurs pas dans les couloirs se fait entendre. Les ruines noircies, abandonnées par tous et déjà envahies par la végétation, dégagent une aura diabolique et mystérieuse&nbsp;: «&nbsp;<em>just a box full of evil</em>&nbsp;». L’inéluctabilité du destin fatal de ces enfants rend la scène encore plus oppressante, d’autant qu’un élément vient troubler le calme du paysage calciné&nbsp;: «&nbsp;<em>There’s a smell of something that’s wrong</em>&nbsp;». Ces dernières paroles, presque hurlées, suggèrent que l’incendie fut criminel, de même que le terme «&nbsp;<em>murder</em>&nbsp;». Derrière cette image symbolique se cache un thème cher à Candlemass&nbsp;; la fatalité. Enfermés dans la demeure, les enfants furent condamnés et n’eurent aucun choix. Leurs rêves brisés et la fulgurance de leur mort font qu’ils errent encore dans les ruines et ne sont guère conscients d’être des fantômes. Le contraste entre l’enfance et la mort est marqué musicalement par un léger air enfantin jaillissant d’une boîte à musique accompagné de la guitare, après qu’elle ait exalté la mort dans des <em>riffs</em> lourds et acérés.<br />
<a href="http://leaule.com/medias/PromoCandlemasscircus.jpg" title="Site externe : http://leaule.com/medias/PromoCandlemasscircus.jpg" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/PromoCandlemasscircus-500x333.jpg" alt="" title="Candlemass&nbsp;: photo de promotion" width="500" height="333" class="aligncenter size-medium wp-image-4380" /></a><br />
<em>Dead Angel</em> fait explicitement référence à Lucifer, «&nbsp;<em>a born devil, a saint that deceives</em>&nbsp;» et à sa nature ambiguë, à la fois ange déchu et créature satanique. La description faite de Lucifer dans le présent titre évoque davantage la vision de William Blake que celle de la Bible&nbsp;; le poète anglais considérait en effet Lucifer comme un être semblable à Orc, homme musculeux ceint de feu, esprit de la révolution et de la sédition. Ces éléments se retrouvent dans les paroles «&nbsp;<em>I’m an image of perfection, I’m the sunrise, the resurrection</em>&nbsp;». La référence à la mer et à la terre provient de l’Apocalypse de Saint Jean où Satan s’incarne dans des monstres, l’un terrestre, l’un maritime. <em>Dead Angel</em> est évidemment un titre ironique&nbsp;; les paroles insistent sur le fait que Lucifer est partout, dans les éléments déchainés et dans le cœur tourmenté des hommes, pour en venir à cette conclusion&nbsp;: «&nbsp;<em>I’m the angel alive</em>&nbsp;». De fait, Satan n’est pas détruit dans l’Apocalypse, mais seulement enchaîné durant mille ans. Les <em>riffs</em> très rapides accompagnant le chant âpre de Lowe sont alternés par des passages plus lents, chantés par plusieurs voix douces, symbolisant la nature paradoxale de l’ange déchu. <em>Clouds of Dementia</em> aborde le thème de la folie, autre thème cher au groupe. La voix lancinante et traînante se lamente furieusement et mime parfaitement celle d’un dément désespéré. La détresse perce effectivement dans la voix du chanteur&nbsp;: il n’a pu se débarrasser des cris des fous qui occupent perpétuellement son esprit et a échoué dans ses différentes tentatives de suicide. Le dernier titre, <em>My Funeral Dreams</em> énumère des séries de rêves morbides. La musique, douce lorsque le chanteur raconte la longue descente éthérée vers les portes du trépas pendant le sommeil, se déchaine en même temps que la voix lors de l’énumération des songes. Les rêves de mort s’enchaînent sans cohérence&nbsp;: citons par exemple la mort dans les tranchées de la Première Guerre. Le narrateur se fait tirer dessus sans raison, est étranglé pour trahison ou se retrouve frappé par une flèche empoisonnée. La superposition de ces images d’anéantissement est intimement liée au thème de la superstition et de la peur. Le réveil est terrible&nbsp;; «&nbsp;<em>I’m dead without leaving my own bed</em>&nbsp;». Ces pensées funèbres sont autant de morts quotidiennes qui viennent tourmenter l’endormi. La musique, obsédante et lugubre, parvient à faire éprouver un sentiment similaire à l’auditeur, qui ressent le même trouble sinistre.</p>
<p>La présente édition limitée à 500 exemplaires contient un titre supplémentaire <em>Lucifer Rising</em> qui appartenait au précédent EP éponyme contenant deux inédits, dont celui-ci, un réenregistrement de <em>Demons Gate</em> et des versions de concert gravées sur scène à Athènes en 2007.</p>
<p><em>Death Magic Doom</em> forme un album soigneusement élaboré, superbement orchestré, doté de maintes chansons évocatrices qui traitent des thèmes chers de Candlemass. Le talent de Robert Lowe se dévoile encore une fois dans toute sa richesse et toute sa profondeur&nbsp;; sa parfaite maîtrise des effets vocaux est remarquable. L’auditeur avisé a le sentiment que ces chansons ont été faites pour lui et qu’elles lui correspondent pleinement. Ce nouvel opus s’écoute donc avec bonheur, délectation et s’inscrit parmi les nombreux chefs-d’œuvre du groupe.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/Candlemass-Death-Magic-Doom.jpg" title="Site externe : http://leaule.com/medias/Candlemass-Death-Magic-Doom.jpg" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/Candlemass-Death-Magic-Doom-500x375.jpg" alt="" title="Candlemass - Death Magic Doom&nbsp;: édition CD limitée" width="500" height="375" class="aligncenter size-medium wp-image-10431" /></a></p>
<p class="alinea">Extrait en écoute&nbsp;:</p>
<p></p>
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		<title>King of the Grey Islands</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Jun 2007 14:33:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Hormis leur premier et remarquable album, <em>Epicus Doomicus Metallicus</em>, qui a irrémédiablement posé les fondements musicaux du groupe, chaque tentative qu’a subi Candlemass de changer de chanteur fut une expérience désastreuse, déplaisante, une dénaturation de cette sensibilité qui donne à la musique du groupe tout son relief. Candlemass se retrouvait alors depuis des années assimilé à la voix chaleureuse du charismatique moine à la chevelure hirsute nommé Messiah Marcolin, dont il semblait qu’elle était faite pour perdurer toujours avec lui. Hélas, Messiah est un chanoine fort capricieux et pour des raisons qui sont pudiquement tues par le meneur, Leif Edling, Candlemass s’est vu contraint de congédier le chartreux fantasque et, cette fois-ci, la séparation semble être définitive. Si Messiah a tant marqué Candlemass, est-il raisonnable de poursuivre sur une voie semée de difficultés, notamment celle de trouver un autre chanteur, qui soit digne d’hériter du rang messianique, au risque de causer à nouveau la déception d’un public fidèle, pétri de méfiance vis-à-vis des écarts excentriques du groupe lorsque celui-ci se retrouve sans la voix du Moine irascible&nbsp;? Nous attendions donc ce dernier opus avec une crainte excessive, mais aussi avec espoir et confiance. Notre intuition nous disait que nous n&#8217;allions guère être déçus de nos maintes expectatives, et celles-ci se sont montrées de très bon aloi. Néanmoins, certaines peurs persistaient en nos esprits&nbsp;; nous doutions que les airs de ce dernier opus, composés initialement pour la voix si particulière de Messiah Marcolin, seraient aussi bien interprétés par un autre chanteur. Nous présumions qu’il s’agissait d’une néfaste erreur que le Messie quitte ce groupe qu’il a à jamais marqué de son empreinte, de cette voix à la fois puissante et douce, pleine d’expressivité et de ferveur. Cependant, depuis quelque temps, le groupe peinait piteusement à se renouveler et s’appauvrissait lentement. Messiah, conservateur pointilleux, refusait toute tentative de progression, d’audace, de changement, préférant avec une bonhomie pantagruélique prendre repos sur ses divins lauriers, s’estimant, avec une certaine présomption, si vital au groupe qu’il pouvait relâcher ses exigences et sombrer dans un contentement sourd et aveugle. En maints aspects, ce nouvel opus est une providentielle renaissance pour Candlemass, ce qui lui permet de laisser son essence s’épanouir à nouveau pleinement, tout en renouant avec cette audace, la même qui avait fait d’<em>Epicus Doomicus Metallicus</em> et de <em>Nightfall</em> deux piliers de leur discographie. <em>King of the Grey Islands</em> est, par conséquent, digne de parachever ce triptyque.</p>
<p>Ce qui charme de premier abord dans cet opus, c’est son aura éthérée et déroutante, dès le prologue, doux et énigmatique, invitation à un lointain ailleurs ou à une proximité méconnue. Nous pressentons que l’écoute de l’album ne sera qu’une longue pérégrination mystique dans des cœurs sombres et tourmentés par les affres de l’existence. Cet aspect est bien entendu renforcé par la voix étonnante de Robert Lowe, chanteur émérite de Solitude Aeturnus, un maître qui contrôle chaque effet de voix à la perfection, nous entraînant soit dans les affres d&#8217;une rudesse révoltée et charismatique, soit dans les volutes d’une douceur ensorcelante. Une voix changeante, certes, expressive et infiniment subtile, alliée à des <em>riffs</em> défiant toute puissance. Le titre <em>Emperor of the Void</em> est un exemple de cette force intacte et immortelle des musiciens, qui transporte quiconque l&#8217;écoute dans une fureur jubilatoire. L’album ne se résume certainement pas à cet unique titre, et exulte de rage à peine contenue dans les titres suivants, où la suavité de la voix contraste et s’allie à merveille au rythme ralenti et appuyé des titres <em>Devil Seed</em> et <em>Of Stars and Smoke</em>, qui parfois prennent une suavité inaccoutumée. Nous reconnaissons assurément Candlemass, mais un Candlemass perfectionné, apaisé, serein, qui renaît de ses cendres poussiéreuses pour créer un opus infiniment plus poignant et assuré que ce à quoi nous aurions pu nous attendre d’un groupe dont nous craignions l’irrésistible déclin. <em>Demonia 6</em> et <em>Destroyer</em>, deux sommets du talent de Candlemass, sont deux titres qui, à n’en point douter, raviront ceux qui apprécient un Doom Metal exacerbé par un aspect énigmatique&nbsp; les paroles expriment toutes un malaise, un sentiment persistant de mal être dans la société, et abordent des thèmes d’un pessimisme acéré&nbsp;: la dépression, la souffrance existentielle, les horreurs de la drogue, la volonté d’en finir avec ce monde avili, infâme, et toujours cette aspiration à un dépassement, une transfiguration dans le rêve et l’imagination divine, dans la mort, symbole ultime d&#8217;achèvement spirituel et d’extase finale. La reprise de <em>Solitude</em>, le titre le plus célèbre du groupe, à l’issue de l’édition <em>digipack</em>, n’est point innocente&nbsp;: la recherche du trépas solitaire, considéré comme délivrance et source infinie de délectation voit ici son expression la plus pleine. Chacun de nous est un <em>King of the Grey Islands</em> qui, au moins une fois dans son existence, a ressenti un abyssal dégoût de ce qui constitue notre basse et creuse vie quotidienne, ainsi qu’un sentiment tant de révolte que d’impuissance. L’opus se concentre sur la déchéance, la ruine de tous ceux qui ont tenté de se débattre en vain dans un monde qui n’est et ne sera jamais fait pour eux. Il s’agit probablement de l’album le plus pessimiste de Candlemass, en partie expurgé des résonances religieuses et apaisantes que l’on retrouve dans <em>Nightfall</em>. C’est sans doute pourquoi il évoque un ailleurs insulaire, semblable à l&#8217;île de Patmos, sombre et lointain, dans une dynamique descendante semblable à une chute vers des profondeurs mystérieuses et démoniaques. Le chant acéré de Lowe exprime parfaitement cette volonté de combattre et de se révolter, alliée à un désespoir profond et inextinguible qui semble consumer chaque note. <em>Clearsight</em>, avec ses râles répétitifs, en est une parfaite illustration.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/PromotionGroupe.jpg" title="Site externe : http://leaule.com/medias/PromotionGroupe.jpg" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/PromotionGroupe-500x333.jpg" alt="" title="Candlemass&nbsp;: séance de promotion 2007" width="500" height="333" class="aligncenter size-medium wp-image-4370" /></a></p>
<p><em>King of the grey Islands</em> est introduit, dans le livret, par un court texte qui résume admirablement l’ensemble de l’album. Le voici donc&nbsp;:</p>
<blockquote><p><center><em>I am the king of the grey islands. An unworthy soul, windswept and scarred, bent and confused.<br />
My castle, my ruin, the moldering grave where the memory fades with the mourning cry of the mother.<br />
Pain is an ally, loyal and true. Sweet like a burning poison. I know you.<br />
Who counts the wounds? Who sees the hunger and it’s flight over the coastline of denial?<br />
The fibers, the nerves, that rupture from arterie to cell, continuously repeating the hymn of life, death and the holy whore…<br />
Desecrated in desperation.<br />
I am the king of the grey islands. A lifeless and godforsaken realm at the rim of the great divide.<br />
Where existence is torn apart against the black rock.<br />
The foul taste of failure and disappointment enrapture my soul and my cries are smothered in fruitless abandon.<br />
The smell of self contempt sultry over the springs of oblivion.<br />
I stand before destruction, beholding the stone of my realm.<br />
It’s dignity, cold and stern. Unmerciful without empathy. Eternal like sin.<br />
You saw my birth, an ornament in your grain.<br />
You see my death.<br />
Dreadful and cold.<br />
Alone.<br />
Divine.</em></center></p></blockquote>
<p>Ces propos sont en partie repris dans le premier titre qui commence avec un prélude doux et amer à la fois, puis s’exalte dans des <em>riffs</em> à la démence à peine contenue. <em>Emperor of the Void</em> demeure l’un des titres les plus pessimistes de l’album, où la figure virginale se trouve désacralisée, dans un retournement apocalyptique, en celle d’une odieuse hétaïre. La détresse narrée dans ce titre est telle qu’elle ne trouve plus l’apaisement dans les figures conciliatrices de la religion. Dans un revirement similaire, le château se fait ruine et devient sépulcre. Il ne reste plus que la couleur grise, oppressante, et le vide infini, deux symboles d’une terreur abyssale synonyme de mort. L&#8217;isotopie de pouvoir «&nbsp;<em>ruler</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>king</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>emperor</em>&nbsp;» exalte les vanités humaines, assimilée aux vastitudes abandonnées d&#8217;îles perdues au sein d&#8217;un océan inquiétant, elle montre l’arrogance pusillanime de la nature humaine qui croît se targuer de quelque autorité alors qu’elle n’a aucune influence sur l’issue inéluctable de la vie&nbsp; la mort, mort évoquée par des éléments du corps humain qui, chaque instant, ramènent l’homme à son destin fatal. <em>Devil Seed</em> assimile la figure du diable à celle d’une drogue dont nul ne peut se défaire. L’être est dépossédé de sa substance, habité par des voix lancinantes qui rendent impossible toute guérison et causent le meurtre, le suicide. Ce sont les pouvoirs séducteurs et terribles de la drogue que cette chanson à l’air obsédant, lourd et répétitif cherche à illustrer&nbsp; il suffit d&#8217;en ingérer un soupçon, «&nbsp;<em>a little seed</em>&nbsp;», mais cette semence diabolique dévore consciencieusement jusqu’à l’âme de celui qui l’a ingurgitée, propageant une lèpre intérieure. La volonté de Satan se répand comme une vérole infâme, rendant toute échappatoire vaine. Les remords, les soins sont inutiles. <em>Of Stars and Smoke</em> exalte la dualité de l’homme&nbsp; son âme vouée à l’élévation, à l’éternité, aux chimères et son corps, fragile, tellurique, éphémère. L’homme est tel un arc-en-ciel passager dont les couleurs rapidement défaillent avant de disparaître. «&nbsp;<em>From nothing I came before, to nothing I go</em>&nbsp;», telle est la leçon de ce titre lent et délicat qui s’écoute comme une ballade, adoucissant l’acerbe sincérité de ses propos&nbsp;: «&nbsp;Homme, tu n’es qu’un songe rapide, un rêve douloureux&nbsp; tu n’existes que par le malheur&nbsp; tu n’es quelque chose que par la tristesse de ton âme et l’éternelle mélancolie de ta pensée&nbsp;!&nbsp;» écrivait Chateaubriand. <em>Of Stars and Smoke</em> veut exprimer un constat similaire à celui que Dieu dresse à Adam une fois le péché originel consommé&nbsp;: «&nbsp;car tu es poussière et tu retourneras en poussière&nbsp;». Aucun titre peut exprimer aussi bien le thème de la chute que <em>Demonia 6</em>, avec ses sonorités lourdes et hypnotiques et ses paroles répétitives. Le sentiment de déchéance se voit accompagné d’une euphorie luciférienne et d’un enivrement frénétique. <em>Destroyer</em> exacerbe, dans des <em>riffs</em> menaçants, un puissant désir de destruction, celui d’une société infâme et immonde dont le massacre est source d&#8217;ineffable jouissance. Les paroles cherchent intentionnellement à scandaliser et prouvent que s’il existe des êtres qui désirent puissamment l’extinction du monde, l’ignominieuse race humaine en est responsable&nbsp;: «&nbsp;<em>I am injected, with venom and your piss. My life is hatred, I spiral down the abyss. A mind on kill mode, expressionless face. Brain like a child, fuck the human race</em>&nbsp;». Le titre suivant, <em>Man of Shadow</em> rassemble des passages véhéments et acerbes et d’autres plus doux. Il raconte la détresse d’un homme qui se suicide par dépit, chérissant sa dépression, enfouissant son âme dans la douleur. <em>Clearsight</em>, excellent air métaphorique aux sonorités menaçantes et puissantes, raconte le périple à travers les mers du navire <em>Clerasight</em>, à la recherche des lointaines rives de la connaissance. Après quatre ans de navigation, les passagers périssent d&#8217;inanition mais leurs esprits continuent leur sempiternel périple à travers les océans, assistant au déclin progressif de l’humanité. Ce titre est merveilleusement servi par une modulation du <em>riff</em> initial extrêmement savante et talentueusement interprétée. L’ultime chant, <em>Embracing the Styx</em> arbore une imagerie tout aussi mélancolique&nbsp;: un mort franchit le Styx, fleuve sinueux des enfers, assisté par le nocher Charon. Inéluctablement, à chaque vague que la barque fend, il sent la vie s’échapper de son corps.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/PromotionRobertLow.jpg" title="Site externe : http://leaule.com/medias/PromotionRobertLow.jpg" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/PromotionRobertLow-500x333.jpg" alt="" title="Candlemass&nbsp;: séance de promotion 2007" width="500" height="333" class="aligncenter size-medium wp-image-4371" /></a></p>
<p>Outre la voix mélancolique de Lowe, qui donne l’ultime touche aux différents airs, la performance de Leif Edling s’approche de la perfection, et donne un aspect intemporel à cet opus. L’air de clôture, <em>Embracing the Styx</em>, représente une merveilleuse synthèse de tout l’album qui s’achève dans une tranquillité déconcertante, mortelle et fascinante. Les musiciens sont loin d’être délaissés&nbsp;; si l’étouffant trappiste occultait légèrement les performances musicales des instrumentistes, Lowe parvient, dans un équilibre magistral, à s’imposer tout en laissant s’exprimer avec largesse les <em>riffs</em> toujours aussi talentueux, mais plus acerbes et appuyés qu’à l’accoutumée, de Leif Edling.</p>
<p>Un nouveau chef-d’œuvre de Candlemass, donc, sans doute celui dont l’ambiance est la plus pessimiste et sombre. Un chanteur mélancolique, à la fois plaintif et agressif, nous confie une prestation mémorable. Des musiciens imposants, aux <em>riffs</em> majestueux, se montrent d’une expressivité inégalée. Tout est compris, dans cet album, pour en faire l’un des meilleurs de Candlemass, rival estimé et méritant d’<em>Epicus Doomicus Metallicus</em> et de <em>Nightfall</em>. Précisons que la version <em>digipack</em> contient deux titres exclusifs, <em>Solitude</em> et <em>At the Gallows End</em> interprétés par Robert Lowe. On peut y suivre l’évolution musicale du groupe, sa nouvelle sensibilité, plus extravagante et amère, et apprécier la prestation fort sagace du nouveau chanteur. Ces deux titres, bien qu’étant des reprises d&#8217;anciens albums, s’inscrivent à merveille dans l’ambiance tourmentée de l’opus. Pour ceux qui auront le privilège d’acquérir l’édition limitée du <em>digipack</em>, ils découvriront un mini-disque bonus contenant la reprise de Robert Lowe du titre <em>Black Dwarf</em>, signe éclatant que Robert Lowe est un digne héritier de Messiah Marcolin, et la version première de <em>Demonia 6</em>. Nous fûmes enchantés à l’écoute de <em>King of the Grey Islands</em>, que nous ne nous lassons guère d’apprécier. Chaque titre est intriguant, merveilleux, puissant, et mérite une écoute attentionnée afin d’en saisir toute la profondeur. Il faut, avec intérêt, prêter l&#8217;oreille à cette musique si foisonnante et changeante, servie par un chanteur expressif et troublant.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/Candlemass-King-of-the-Grey-Islands.jpg" title="Site externe : http://leaule.com/medias/Candlemass-King-of-the-Grey-Islands.jpg" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/Candlemass-King-of-the-Grey-Islands-500x375.jpg" alt="" title="Candlemass - King of the Grey Islands&nbsp;: édition CD limitée" width="500" height="375" class="aligncenter size-medium wp-image-10430" /></a></p>
<p class="alinea">Extrait en écoute&nbsp;:</p>
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