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	<title>Leaule &#187; Andrea Giordana</title>
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		<title>Django porte sa croix</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Feb 2009 18:35:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maetel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéphagie]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coin de l’érudit]]></category>
		<category><![CDATA[Andrea Giordana]]></category>
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		<category><![CDATA[Enzo G. Castellari]]></category>
		<category><![CDATA[Gilbert Roland]]></category>
		<category><![CDATA[Western européen]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Les Westerns italiens sont souvent l’objet de réécritures de grandes tragédies antiques et d’ouvrages littéraires narrant de mémorables vengeances, les paysages arides et tourmentés ainsi que les mœurs rudes et farouches que l’on retrouve dans ce sous-genre cinématographique se prêtant fort bien à l’expression des horreurs et des contradictions de l’âme humaine que toute tragédie a pour mission d’accentuer de façon catharsique. <em>Django porte sa croix</em> en fait partie, étant une adaptation de la célèbre pièce, <em>Hamlet</em> de Shakespeare. L’hommage à la tragédie shakespearienne, soigneusement parsemé le long du film, semble suffisamment perceptible pour tout spectateur faisant preuve d’un peu d’attention et de culture. La première scène évoque l’apparition du spectre du père du Prince Hamlet lui annonçant son assassinat par son frère Claudius. Dans le film, le père de Johnny ne fait que prononcer le nom de son fils d’une voix sépulcrale au son macabre et éloquent d’un orgue. Johnny, couvert de sang et l’air terriblement effaré, contemple la silhouette sombre de son père couvert d’une cape, qu’une brume rougeâtre l’empêche de distinguer. Johnny devra donc découvrir lui même l’assassin de son père, le brouillard oppressant et rubicond préfigurant le sang qui sera répandu lors de cette quête désespérée. Johnny aura mêmement une vision maladroite de sa blonde amie courant sur un pont pour le rejoindre, unique scène de félicité du film. Le pont sera le symbole de l’impossible réunion des deux amants et, dans une ironie dramatique remarquable, la jeune fille surplombera l’élément qui l’accueillera morte avant la fin du film, l’Ophélie de la pièce de Shakespeare se noyant elle-même dans un ruisseau (le rendu esthétique du film voulant se rapprocher de la peinture des préraphaélites, notamment de Millais, ou encore de Cabanel). Enzo G. Castellari avec un remarquable talent réussit à présenter en quelques courtes séquences ce qui sera l’essence même de son film.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/vlcsnap-437846.png" title="Site externe : http://leaule.com/medias/vlcsnap-437846.png" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/vlcsnap-437846-500x212.png" alt="" title="Johnny Hamilton (Andrea Giordana)" width="500" height="212" class="aligncenter size-medium wp-image-5513" /></a></p>
<p>Le héros, Johnny Hamilton, retourne chez lui après une absence de deux années, ayant participé à la guerre de Sécession dans le camp sudiste. Il est alors recueilli par une troupe de saltimbanques et de comédiens. L’un d’eux, alors que Johnny sera pris de cauchemars, récitera devant l’océan lumineux des fragments du fameux monologue du Prince Hamlet (acte III scène 1, traduction de François-Victor Hugo)&nbsp;:</p>
<blockquote><p>Mourir&hellip; dormir,<br />
dormir&nbsp;! peut-être rêver&nbsp;! Oui, là est l’embarras.</p>
<p>[&hellip;]</p>
<p>Être, ou ne pas être, c’est là la question.<br />
Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir<br />
la fronde et les flèches de la fortune outrageante,<br />
ou bien à s’armer contre une mer de douleurs<br />
et à l’arrêter par une révolte&nbsp;?</p></blockquote>
<p>Quittant les artistes intrigués, Johnny traversera sur son destrier d’énigmatiques étendues de roches levées&nbsp;; une érosion improbable leur a conféré la forme de champignons s’étalant vers le ciel et répandant leur ombre inquiétante sur le sol aride, renforçant un sentiment de malaise et d’emprisonnement. Johnny, en effet, n’aura cesse d’être obsédé par le meurtre de son père et ne pourra trouver ni répit ni repos avant de le venger. Cette obsession qui lui étreint le cœur est brillamment illustrée par la prégnance du monde tellurique que l’on retrouvera dans son acception la plus bassement humaine&nbsp;; le cimetière troglodytique. Ces rochers incongrus ornant un paysage rocailleux que l’on contemplera assez souvent dans le film, sont un tableau intérieur qui illustre parfaitement les horribles sentiments de Johnny, les rochers représentant des tombes naturelles, sépultures imaginaires de son défunt père, leur nombre important et leurs apparitions nombreuses décrivent le profond bouleversement du jeune homme. Johnny aperçoit alors un hors la loi crucifié dans une séquence d’ironie dramatique d’une grande audace. Johnny ignore que ses pérégrinations l’amèneront à se voir lui aussi crucifié en un symbole christique fort (cette crucifixion sera l’apogée des douleurs et de la passion du héros, avant l’apaisement de la vengeance), mais le spectateur devine et sait que Johnny sera atrocement mortifié avant l’issue du film. Le cimetière dans lequel se rend Johnny porte le nom de «&nbsp;Danark Cemetry&nbsp;» toujours un discret hommage à l’œuvre de Shakespeare où l’action est située au Danemark. Le cimetière, lieu fondamental, se trouve dans une large et sombre grotte soigneusement décorée de peintures rupestres et de fresques énigmatiques de civilisations précolombiennes éteintes. Il y règne une ambiance hiératique renforcée par les multiples cierges allumés aux lueurs chancelantes. Ce sanctuaire au séduisant syncrétisme ressemble à l’antichambre des Enfers, inquiétant lieu de transition entre morts et vivants où le temps semble suspendre son cours et où les vivants se meuvent avec peine. En référence aux mythes gréco-romains, ce lieu oppressant est habité par un être étrange qui se fait le passeur entre les défunts et les vivants&nbsp;; un sempiternel ivrogne creusant des tombes tel un Charon ridicule et attachant. Le soin apporté aux décors participe en grande partie à l’atmosphère onirique du film. Johnny, notre audacieux héros, prend l’ampleur d’un Ulysse ou d’un Énée qui n’hésitera pas à éveiller les morts et à les questionner pour connaître le meurtrier de son père. Le soin minutieux apporté au cadrage et aux couleurs (il est à noter quelques plans surprenants par leur beauté vertigineuse et le choix de tons jaunes savamment mis en valeur) constitue un point magistral du film. Johnny sera aidé dans son périple par un ancien ami, Horace, l’Horatio d’<em>Hamlet</em>, dandy distingué et racé qui soutiendra Johnny lors des revers et des combats, toujours doté d’une audace pugnace. Le rôle d’Horace est interprété avec finesse et charme par Gilbert Roland, joignant aux allures élégantes d’un Clark Gable la friponnerie d’un bagarreur insatiable.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/vlcsnap-447790.png" title="Site externe : http://leaule.com/medias/vlcsnap-447790.png" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/vlcsnap-447790-500x212.png" alt="" title="Horace (Gilbert Roland)" width="500" height="212" class="aligncenter size-medium wp-image-5515" /></a></p>
<p>Lorsqu’il rentrera dans sa demeure, Johnny découvrira avec horreur que sa mère aura épousé le frère de son défunt époux, Claude. L’entrée subreptice du jeune homme, découvrant la table d’un banquet évoquant les bacchanales d’un Don Juan est excellemment tournée&nbsp;; les restes du repas, le vin répandu sur la table en taches de rubis et les chandeliers renversés sont comme une peinture de vanités&nbsp;; le thème des vanités harmonisera l’ensemble du film, qu’il s’agisse du repaire du brigand Santana, abritant tissus précieux, armures et harpe, ou de l’avidité de Claude pour qui l’appât de la poussière d’or sera magistralement exhibée lors de la scène finale dont je ne dévoilerai point l’issue tant celle-ci vaut qu’on s’y attarde avec un œil neuf et pur. Le choix d’un acteur blond, pourtant frère d’un homme brun de chevelure est lui même très savamment fait&nbsp;; la blondeur de ses cheveux est une vivante évocation de cette soif d’or. L’Allemand Horst Frank joue donc un Claude convaincant et lugubre qui se vantera avec morgue de ses aptitudes au pistolet et se permettra de donner des leçons à Johnny. Cette accentuation judicieuse de l’adresse de Claude sera renversée par la volonté rageuse de Johnny&nbsp;; en dépit de ses mains blessées, il liera avec une corde son pistolet à sa paume sanglante, faisant de l’arme une extension de sa main. Cette brève scène qui rappelle le final de <em>Django</em> (il n’est point anodin que Sergio Corbucci, réalisateur de <em>Django</em>, élabora le scénario du présent film) montre que l’opiniâtreté et le courage valent plus que de froides dispositions. Cela à mes yeux justifie le titre français, <em>Django porte sa croix</em>, émettant un parallèle entre Johnny et Django qui en dépit de mains affreusement mutilées parviendront à la vengeance finale. Le thème de la croix dans le titre, évocation de la scène de crucifixion, est également porteuse de sens&nbsp;; Johnny a porté sa soif de vengeance comme le Christ a traîné sa croix, chacun a en lui une douleur secrète qui aiguillonne son cœur. La similitude entre Jésus et Johnny est accrue par la figure de la <em>mater dolorosa</em>, la mère de Johnny, la douce Gertie, mortellement blessée, rampera jusqu’au lieu de crucifixion de son fils tout comme la Vierge Marie se lamentant sur le trépas de son fils. Le titre anglais, <em>Johnny Hamlet</em>, a, en ce qui le concerne, seulement gardé la référence la plus évidente, celle de la pièce de Shakespeare. Celui en italien, <em>Quella sporca storia nel West</em>, Cette sale histoire de l’Ouest, est sans doute le moins profond, il évoque juste les horreurs de ce récit sanglant, ce «&nbsp;conte plein de bruit et de fureur&nbsp;» pour reprendre une autre pièce de Shakespeare, <em>Macbeth</em>. Andrea Giordana incarne un Johnny tourmenté et expressif avec un grand talent, plaisamment mis en valeur par la qualité de plans élaborés avec minutie et recherche esthétique (il est à remarquer la caméra virtuose de Castellari effectuant une rotation complète en dessous du visage de Johnny lorsque celui-ci découvre la tombe de son père, mimant le vertige du héros face à la sombre réalité). L’effet de miroir lors du duel final où Johnny se cache derrière un abreuvoir rempli d’eau, les balles ricochant sur la surface placide est également une réussite révélatrice du talent de Castellari&nbsp;; elle rappelle un élément essentiel dans le film, l’eau dans laquelle Emily est noyée, mais aussi un autre monde, celui des morts (Gertie, Emily et le père de Johnny) qui veillent à l’accomplissement de la vengeance. Une trainée d’or dans la paille permettra au héros de suivre Claude, signifiant que l’appât de richesses perdra le meurtrier. Johnny, n’ayant cure de l’argent, laissera l’or se répandre et se perdre par le vent, accentuant la différence entre les deux personnages, l’un avide de fortune, l’autre complètement désintéressé.</p>
<p><a href="http://leaule.com/medias/vlcsnap-446187.png" title="Site externe : http://leaule.com/medias/vlcsnap-446187.png" target="_blank"><img src="http://leaule.com/medias/vlcsnap-446187-500x212.png" alt="" title="Claude Hamilton (Horst Frank)" width="500" height="212" class="aligncenter size-medium wp-image-5514" /></a></p>
<p><em>Django porte sa croix</em> est un excellent film, tant sur l’esthétique et la symbolique, qui se voit avec délectation et bonheur. Il est absolument déplorable que les éditeurs français se complaisent à diffuser les excréments de la filmographie du maître romain, tels que <em>Les Guerriers du Bronx</em>, <em>La Mort au large</em> et autres immondices, alors que de véritables merveilles demeurent à ce jour ignorées des Français. Chez <em>Leaule</em>, nous n’attendons pas que l’inénarrable Quentin Tarantino s’intéresse providentiellement à l’œuvre d’Enzo G. Castellari pour mettre en valeur les réussites cinématographiques de ce réalisateur mésestimé par la postérité.</p>
<div align="left"><strong><u>Appendice</u>&nbsp;:</strong><br />
Bande-annonce française<br />&nbsp;</div>
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