Retour en Argara
Julien Lestrade est un Ancêtre qui sillonne l’espace depuis plusieurs siècles mais qui arbore toujours un corps athlétique et un visage jeune. Son vaisseau, l’Étoile, est gravement endommagé, condamnant l’équipage à une errance sans fin dans l’espace, avec l’espoir insensé de croiser une hypothétique planète où les réparations nécessaires pourraient être effectuées. Cependant, une force d’origine inconnue attire l’astronef hors de ses inexorables errements, sans qu’il soit possible à Julien d’en discerner l’origine. Cette puissance rapproche davantage le vaisseau du point d’où elle émane et les Ancêtres aperçoivent enfin un gigantesque bâtiment d’origine extraterrestre, celui-là même qui les guide irrésistiblement à lui. Les capteurs de l’Étoile ne dénombrent qu’une unique forme de vie à bord de l’astronef étranger. Lestrade se rend seul en reconnaissance au sein du vaisseau et contemple sombrement, au gré des couloirs, les cadavres momifiés d’êtres humanoïdes. Il parvient finalement jusqu’à une salle abritant un sarcophage contenant une charmante créature. Cette femme se nomme Marka et sort d’un sommeil artificiel de plus de mille ans, réanimée par son imposant robot, baptisé Olgoo. Marka est l’ultime survivante du vaisseau qui porte d’ailleurs son prénom. Le capitaine en était son père, gravement blessé et décédé au moment de dessiner, à l’intention d’un visiteur prochain, en l’occurrence Julien Lestrade, le processus de réanimation de sa fille. L’équipage a été massacré du fait d’un soulèvement de Kholkas qui appartenaient à l’équipage et en qui le père de Marka avait pourtant confiance. Marka vivait sur Argara. Cette planète abritait plusieurs races mais seule la race blanche des Argariens a connu un remarquable essor. La race inférieure, a décidé de se lier étroitement aux blancs afin de prendre insidieusement le contrôle de la planète et d’anéantir la race supérieure par ce que l’on pourrait nommer un génocide par substitution. De ces unions contre-nature sont issus les Kholkas, pleins de haine et de ressentiment envers la race supérieure. L’élite de la race à laquelle appartenait Marka, dépositaire de tous les savoirs et de toutes les sagesses, a décidé de s’enfuir sur de grands vaisseaux spatiaux afin d’abandonner les Kholkas à leur sort. Après plus de mille ans d’absence, Marka ignore ce qu’il est advenu des différentes races de sa planète et désire retrouver Argara afin d’en apprendre davantage. Après certains événements qu’il serait fastidieux de reproduire ici, Julien se réveille sur Argara avec son équipage. Marka a complètement disparu. Julien semble avoir été hypnotisé par Marka mais, progressivement, celui-ci se découvre des capacités impromptues, comme celle de manipuler aisément les armes et les engins des Argariens, ou encore celle de connaître instinctivement la localisation des principales bases de la planète…
Retour en Argara est l’un des ouvrages les plus philosophiquement éloquents de Peter Randa. Marka narre la situation de la société argarienne avec fougue et lucidité. L’écrivain y expose librement sa conception de la société française en filigrane. Pour Marka, la race blanche est toujours vouée à dominer car elle confère son essor à la civilisation. Le peuple européen, respectueux des traditions et des hiérarchies, fut justement une civilisation glorieuse qui changea admirablement la face de la Terre. Cependant, le récit de Marka s’abîme dans le pessimisme :
Mais peu à peu, les barrières sociales qui séparaient les races sont tombées… Elles ont toutes fusionné […] Tant que les mélanges gardent un caractère exceptionnel, ils ne présentent aucun danger… Sur Argara, les distinctions ont presque totalement disparu… Une race hybride était née de cette formidable fusion à l’échelle planétaire… Naturellement, elle a tout de suite commencé à dégénérer… Il ne pouvait en être autrement. La nature le prouve1…
Peter Randa prévient le lecteur des dangers que présente un métissage effréné. Désireux d’une société strictement hiérarchisée, Peter Randa considère avec effroi l’abolition progressive des entraves sociales en France. Il aspire à une Europe communautaire, indépendante et intègre. Hélas, les prédictions de Marka s’avèrent réalistes et l’Histoire européenne a déjà entamé un tour inquiétant. Deux races distinctes ne peuvent, selon l’écrivain, s’unir sans créer une certaine dégénérescence. La philosophie de Peter Randa outrerait les apologistes de la négritude et du métissage. Cependant, il est, à notre sens, le véritable apôtre de la diversité : de par son souhait de préserver les caractéristiques des ethnies, de conserver les traits des races, il prône la diversité tandis que d’autres, comme ce délégué cégétiste, rêvent du « jour où le monde ne sera constitué que de gens marrons clairs avec des yeux un peu bridés », d’une humanité uniformisée et insipide qui est justement l’exact contraire de la diversité.
Nous appelons Kholkas cette race hybride née sur Argara… Des métis de métis. C’est bien la chose la plus abominable qui puisse exister… Lentement, elle a tout envahi… elle a constitué la majorité… elle a commencé à peser sur les lois… elle a voulu prendre la direction de la planète. […] Le nombre des aliénés a augmenté dans des proportions considérables… Une sorte de lâcheté collective a amené les hommes à se targuer de droits avant de songer à leurs devoirs… Le rythme des naissances s’est accéléré jusqu’à mettre en péril les ressources alimentaires d’Argara2…
Les effrayantes prédictions de Peter Randa se sont avérées d’un réalisme tragique et les faits, en France, prennent rapidement la même tournure qu’en Argara. Dès à présent, les populations immigrés influent sur les lois et réclament toujours plus de droits, se considérant en terre conquise et se permettant de haïr la langue, la culture et la population d’accueil, apathique et dévirilisée, qui n’a plus guère qu’à s’effacer devant les coutumes archaïques, pernicieuses et accaparantes de chaque immigrant. Elles pèsent sur la démographie du fait d’un taux de fécondité inconcevable et les Français de souche constitueront bientôt une minorité qui, n’ayant guère le recours de l’espace, finira annihilée par un sournois génocide de substitution déjà entamé depuis des décennies. L’attitude détestable de l’État et l’abjecte manipulation des médias contribuent à l’endormissement abruti d’un peuple autrefois si grand, corps désormais rongé de l’intérieur par une lèpre sordide.
Les kholkas ne sont pas les principaux responsables… Leurs chefs étaient des nôtres… Ils les ont fanatisés pour des raisons d’intérêt ou de prestige personnel… Toujours facile de flatter les bas instincts de l’homme ! […] Le peuple est incapable de juger par lui-même… il devient vite malléable entre les mains de ses meneurs… On lui fait accepter ce qu’on veut, pourvu qu’on aille dans le sens de ses satisfactions immédiates3…
La responsabilité des politiciens et des électeurs est soulignée par Peter Randa. Cet écrivain visionnaire connaît les travers de la démocratie. Il sait que ce régime encourage vivement la médiocrité, l’uniformisation et le nivellement par le bas. Nulle conscience singulière, nulle âme indépendante ne pourrait émerger de cette asservissante égalité, égalité fondée sur la bassesse, la servilité et la vilenie.
Retour en Argara dénote donc fortement avec le multiculturalisme hystérique de notre siècle. Cet ouvrage, deuxième opus du cycle des Ancêtres, est un remarquable chef-d’œuvre dont la philosophie jouit d’une remarquable vivacité et dont le réalisme trouble le lecteur réfléchi. Peter Randa n’a, jusqu’à présent, commis le moindre impair et nous espérons découvrir d’autres remarquables romans de cet écrivain injustement méconnu dont le message mériterait pourtant d’être entendu.
