… Et le vent apporta la violence

… Et le vent apporta la violence est un western italien fort talentueux et exquis, qui narre l’implacable vengeance de Gary Hamilton, qui, après dix années de bagne passées à rompre des roches sous un soleil caniculaire, se voit convoqué suite à un décret concernant les détenus politiques et après que soit revu son procès. Ayant passé dix ans à souhaiter ardemment cet instant, Gary Hamilton se retrouve enfin gracié et affranchi. Passager d’une diligence, il entend la conversation d’un officier et d’une jeune fille accompagnée de sa mère, qui font tous trois connaissance. Il apprend furtivement que l’officier volubile est le fils d’un certain Acombar, nom qui ne semble guère lui être inconnu. Sur le moment de quitter la diligence, Hamilton s’adresse à Dick Acombar ; il lui affirme qu’il viendra rendre visite à son père le soir même. Interloqué, le jeune homme lui demande s’il est un ami de son parent, mais Hamilton regarde la diligence s’éloigner sans esquisser la moindre réponse. Dick Acombar réalise que le singulier inconnu a oublié, sur la banquette de la diligence, une gourde portant ses initiales et se résigne à la conserver passagèrement, jusqu’à l’incursion crépusculaire de Gary Hamilton, où il pourra la lui remettre. Gary Hamilton se rend auprès d’un vieillard sempiterneux et lui réclame un cheval ainsi qu’un fusil. Le vieil homme lui confie qu’une tempête effroyable sévira avant la fin de la journée. Dans la résidence des Acombar, chacun se réjouit du retour du fils unique. Son ambitieux père lui a élaboré une progression fulgurante et éclatante, déterminé à éliminer ceux qui voudront rivaliser avec lui. Le père s’apprête à trinquer allégrement, jusqu’à ce que le fils annonce candidement qu’un ami du nom de Gary Hamilton viendra dans l’après-dîner. A la profonde stupéfaction du fils, les sourires se figent en un rictus incrédule, les regards inquiets se cherchent désespérément, et un silence suffocant vient remplacer l’insouciant babil des convives. Le tumulte des oiseaux de proie fuyant la tempête vient renforcer le sentiment d’angoisse de l’assistance. Tandis que Dick se rend à ses appartements, guidé par l’inquiète Maria, sa marâtre, un des convives reconnaît fermement la gourde, affirmant qu’il s’agit de celle dont Acombar et ses affidés se sont servis pour faire accuser Gary Hamilton. Acombar ordonne à ses hommes d’assassiner Gary Hamilton avant que celui-ci ne s’aventure près de la demeure. Il exige que son fils ne soit jamais instruit de certain secret. Cependant, le désir de vengeance de Gary Hamilton, symbolisé par la tempête, va s’empresser de contrarier les desseins d’Acombar.

... Et le vent apporta la violence

… Et le vent apporta la violence diffère des autres westerns italiens par son rendu éminemment gothique. L’ambiance particulière de ce film contribue amplement à le rendre unique. Le soin qui est apporté aux détails inquiétants et oppressants en fait une œuvre habilement élaborée, entrecroisement du western et du film d’épouvante, qui se ressent jusque dans la musique, dosage des sonorités classiques du western entrecoupées d’airs sinistres et sombres. Le vent, qui annonce l’inéluctable vengeance de Gary Hamilton est un de ces éléments choisis qui parviennent à retranscrire une ambiance digne des romans gothiques anglais. D’autres ornements diffus se veulent conférer au film une ambiance angoissante, comme le vol de fuite des oiseaux de proie, qui symbolisent Acombar et les siens, prédateurs désormais pourchassés, la fenêtre qui s’ouvre soudainement sous l’impulsion d’une violente bourrasque, la somptueuse mais inquiétante pièce aux murs couverts de miroirs ou encore l’incessant et lugubre son de la cloche. Tous ces éléments sont placés à des instants judicieux qui justifient la véhémente frénésie des ennemis de Gary Hamilton, qui s’abandonnent progressivement à cette tension presque surnaturelle au point de s’abîmer dans la folie. La nuit tombante symbolise elle-même l’issue d’une vision rationnelle des éléments qui se fait progressivement insensée car elle est abandonnée aux forces chtoniennes des ténèbres, forces qui portent indubitablement Gary Hamilton. Ainsi, au fur et à mesure que le crépuscule s’installe, les morts se font de plus en plus nombreux, dans des conditions de plus en plus énigmatiques, resserrant le huis clos venteux sur les quelques survivants qui finissent par se faire peur eux-mêmes en présumant que Gary Hamilton est un fantôme qui surgit et disparaît vivement.

Gary Hamilton est vivant, mais sa vie est toute entière consacrée à la vengeance. C’est pourquoi il est le seul à oser s’aventurer dans des catacombes indiennes dont les galeries lui permettent d’aller et venir sans être découvert. Les défunts sont donc les témoins muets de ces mises à mort inflexibles. Un autre témoin discret est le jeune prêtre, personnage insaisissable et énigmatique. Gary Hamilton lui confie son amertume d’être innocent et d’avoir été astreint à une existence de damné. « J’ai le bagne dans le sang », lui avoue-t-il, terrible. Le religieux se contente de se taire et de se mettre à jouer de l’orgue. Lorsqu’il est sommé par Acombar de dénoncer Gary Hamilton, le prêtre, muet, retourne à son instrument. Acombar lui tire dessus à plusieurs reprises et, à chaque fois, le prêtre se relève pour jouer longuement une note toujours plus aiguë. Cet étrange personnage semble symboliser l’innocence souillée par l’injustice des hommes. Il est la figure christique de l’agneau crucifié, illustrant le sort de tous les martyrs. Gary Hamilton représente le Lucifer de William Blake, à la fois ange de lumière et ange des ténèbres. Il n’est point intrinsèquement mauvais, il est simplement, pour reprendre l’expression janséniste, « un Juste à qui la grâce à manqué ». Le film reprend le dogme de la grâce efficace de Saint Augustin et réfute celui de la grâce suffisante, qui veut que les œuvres assurent le salut. Gary Hamilton était, en effet, un excellent homme que ses maintes qualités n’ont pu sauver, étant donné qu’il n’a pu éviter le bagne, qui est vu comme un séjour en Enfer, désert fumant et aride où les prisonniers enchaînés brisent inlassablement des roches. Gary Hamilton prend également la place d’Abel dans le troisième chapitre de la Genèse, et Acombar est Caïn, le traître fratricide. La présence presque surnaturelle de Gary Hamilton symboliserait la conscience d’Acombar qui vient le tourmenter après ces maintes années : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn » écrivait Victor Hugo dans le poème La Conscience. Dans le cimetière souterrain, pointant son fusil sur ses victimes à travers un soupirail, Gary Hamilton est la parfaite incarnation de cet œil inexorable.

... Et le vent apporta la violence

Gary Hamilton est pourtant un homme juste, contrairement à Acombar : « Les fautes des pères ne doivent pas retomber sur les enfants », dit-il, après que Dick Acombar se soit rendu près de lui, muni d’aucune arme, afin d’obtenir des éclaircissements sur la conduite singulière de son père. Cependant, contrairement à cette affirmation, les péchés commis par Acombar finiront par avoir des conséquences tragiques sur sa progéniture, mais Acombar, seul, en sera le responsable : ce fils chéri finira par périr de sa propre main, et non de celle de Gary Hamilton. Acombar finit donc par se punir involontairement de ses fautes. La scène finale, où, dans la demeure en feu, Gary Hamilton apparaît dans le reflet de chacun des miroirs, dans un enchaînement inquiétant de plans, consacre le châtiment dernier d’Acombar en un symbolique avant-goût de l’Enfer et de la démence. Le film se montre fidèle à ces propos de Dieu, dans la Genèse, après que Caïn ait commis le premier meurtre de l’humanité : « La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. Maintenant tu es maudit de la terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Quand tu cultiveras la terre, elle ne donnera plus ses fruits ; tu seras errant et fugitif sur la terre ». Le bonheur d’Acombar s’avère aussi fragile et superficiel que la fameuse galerie de miroirs ; si Acombar connaît richesse et sérénité, un simple objet, la gourde portant les initiales G.H., qui hante régulièrement l’écran tel un fantôme annonciateur, parvient à faire renaître la peur de la punition divine, punition d’autant plus effrayante qu’elle est justifiée et inéluctable. La descendance de Caïn subira l’exil et l’errance loin de la face de Dieu : le décès de Dick Acombar symbolise cette culpabilité de Caïn qui rejaillit sur ses fils au pays de Nod. Gary Hamilton, en tuant un serpent pendant sa dernière journée de bagne, refuse de suivre les mêmes erreurs qu’Acombar. Il ne cède ainsi guère à la tentation des richesses en léguant son ancienne fortune aux villageois et refuse de goûter au fruit issu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Contrairement à Acombar, douleur, jalousie et culpabilité ne viennent fausser son jugement, faisant de sa vengeance un acte inéluctable, une némésis aussi fatale que froide. Quand Acombar tue, dans sa fureur, des innocents, Gary Hamilton connaît ses prochaines victimes et ne se laisse aucunement détourner de son projet. Gary Hamilton est l’Adam d’avant le Péché Originel, tandis qu’Acombar est le Caïn, doublement coupable de sa faute, le meurtre symbolique du « frère » innocent et de celle de ses parents, Adam et Ève. Une fois sa vengeance achevée, Gary Hamilton rend son fusil au vieillard, n’ayant plus de raison de s’en servir, et s’enfuit sur son cheval ; la vengeance libératrice n’a pu ôter le goût du « bagne » qui souille son âme, mais elle lui a conféré la sérénité dans une aube d’espoir.

… Et le vent apporta la violence est donc un excellent western, admirablement servi par Klaus Kinski, qui interprète de façon convaincante un Gary Hamilton tourmenté, silencieux et calme, déterminé à se venger. Son jeu presque solennel parvient à conférer au personnage une aura insaisissable, comme s’il appartenait à la fois aux morts et aux vivants. En dépit de moyens modestes, de peu de figurants et de personnages secondaires simplistes, … Et le vent apporta la violence se démarque des autres westerns par son charme gothique et par la prestation exceptionnelle de Klaus Kinski, à la fois effrayant et intriguant dans ce rôle d’insensible vengeur.

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… Et le vent apporta la violence
Autres titres d’exploitation :
Un homme, un cheval, un fusil
Titre original : E Dio disse a Caino
Réalisation : Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson)
Bande originale : Carlo Savina
Distribution :
Klaus Kinski, Peter Carsten, Marcela Michelangeli…
Année : 1969
Origine : Italie, Allemagne
Durée : 70 minutes
… Et le vent apporta la violence se démarque des autres westerns par son charme gothique et par la prestation exceptionnelle de Klaus Kinski, à la fois effrayant et intriguant dans ce rôle d'insensible vengeur.

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